La Préface
Elle se trouve dans ‘le premier tome de „Justine“. On y fait les suppositions fictives que la conception de l’ouvrage date de 1788, que l’auteur de ces romans est déjà mort, et qu’un ami infidèle auquel le manuscrit avait été confié déjà du vivant de l’auteur, a publié l’ouvrage en plusieurs mauvaises éditions. La présente serait une exacte reproduction de l’original. Les idées hardies qu’elle renferme ne sauraient effaroucher personnedans un „siècle philosophique “, et l’auteur ayant à sa disposition toutes les modifications de l’état de l’âme a le di’oit d’utiliser toutes les situations et toutes les peintures cyniques possibles. „ C’est en raison de ces motifs,, qu’unissant le langage le plus cynique aux systèmes les; plus forts et le plus hardis, aux idées les plus immorales; et les plus impies, nous allons, avec une courage audace, peindre le crime comme il est, c’est-à-dire toujours triomphant et sublime, toujours content et fortuné et la vertu comme on la voit également, toujours maussade et toujours triste, toujours pédante et toujours malheureuse.
On voit par là que le marquis de Sade était luimême convaincu de l’originalité sans pareille de son ouvrage , et qu’il déclare vouloir surpasser avec pleine conscience toutes les oeuvres semblables en cynisme. Nous allons à présent exposer le contenu de „Justine“ et de „Juliette“. Notre exposition sera d’autant plus détaillée qu’il n’existe en langue allemande point d’analyse authentique du principal ouvrage de Sade, qui constitue, bien qu’on en parle à profusion, l’une des choses les moins connues du monde.
Dühren, Le Marquis de Sade.