‹ Le marquis de Sade et son tempsChapitre 47 sur 82 · Analyse de „Justine · texte numérisé non relu

Analyse de „Justine

Ce sont les „Malheurs de la vertu“ qui nous sont dépeints dans „ Justine". La vertu, personnifiée dans l’héroïne de ce nom, est perpétuellement la proie du malheur, et finit par être étranglée par le vice et par le crime. Telle est la fable du roman.

Justine et Juliette sont les filles d’un très-riche banquier parisien. Elles ont été élevées jusqu’à l’âge de quatorze à quinze ans dans un célèbre couvent à Paris. Par une soudaine banqueroute de leur père suivie bientôt après de la mort de ce dernier et de celle de leur mère, elles sont forcées de quitter le couvent et, étant restées sans moyens, de pourvoir elles-mêmes à leur subsistance.

Juliette, l’aînée, „vive, étourdie, fort jolie, méchante, espiègle" se réjouit de sa liberté illimitée. Justine, la cadette, âgée de quatorze ans, plus naïve et plus intéressante que sa soeur, nature tendre et portée à la mélancbolie et à la rêverie, se ressent bien davantage de son triste sort. Juliette s’efforce à la consoler en lui indiquant les jouissances produites par les excitations sexuelles, et lui démontre comment elle peut arriver à la richesse et à la félicité grâce à la beauté de son corps. Mais ses propositions sont rejetées avec indignation par la vertueuse Justine; là-dessus elles se séparent l’une de l’autre, pour se retrouver plus tard dans d’étranges circonstances.

On nous raconte donc d’abord la destinée de la vertueuse Justine. Celle-ci s’adresse dans son dénûment à d’anciennes connaissances de ses parents, mais elle essuie partout des refus dédaigneux. Un curé essaye même de la séduire. Enfin, elle vient chez un commerçant en gros.

nommé Dubourg, dont la principale volupté sexuelle consiste à faire pleurer des enfants, et qui est naturellement fort enchanté de Justine, qui lui raconte ses peines en répandant des larmes. Mais quand au cours de leur entretien, elle résiste obstinément à ses convoitises sensuelles, il la met aussitôt à la porte. Sur ces entrefaites, une certaine Madame Desroches, chez qui Justine était descendue, a ouvert pendant son absence sa commode, et lui a volé le peu de hardes qu’elle possédait, de sorte que la pauvre hile est livrée entièrement entre les mains de cette mégère. Dette dernière fait faire connaissance à Justine d’une demi-mondaine, nommée Madame Delmonse, qui lui tient un long discours sur les avantages et les plaisirs de la prostitution (Justine I, 28 et s.). „Ce n’est pas la vertu que l’on exige de nous, ce n’est que son masque. Je (Delmonse) suis putain comme Messaline: on me croit sage comme Lucrèce; athée comme Vanini: on me croit dévote comme sainte Thérèse; fausse comme Tibère : on me croit franche comme Socrate ; sobre comme Diogène ; Apicius fut moins intempérant que moi. J’idolâtre, en un mot, tous les vices; je déteste toutes les vertus; et si tu consultais mon époux, si tu interrogeais ma famille, on te dirait; Delmonse est un ange!“

Ces deux femmes s’efforcent de concert à la pervertir, et hnissent par la ramener chez le vieux Dubourg, auquel, toutefois, elle continue à opposer de la résistance. On l’attire ensuite dans la maison de la Delmonse, pour donner plus tard à Dubourg l’occasion de tenter fortune une troisième fois; là, Justine a d’abord à se défendre des attaques tribadiques de la lascive Delmonse. Enhn, le vieux et impuissant Dubourg arrive; il se fait d’abord convenablement préparer par la Delmonse, qui lui frotte

les testicules avec un liquide fort, et lui fait boire une merveilleuse tisane. Au moment critique, Justine s’échappe pour la troisième fois, en se réfugiant sous le lit. Le

pauvre Dubourg est frustré de nouveau, et l’on jure de se venger cruellement de cette fille récalcitrante. La Delmonse accuse Justine de lui avoir volé une montre d’or, et l’infortunée est mise en prison.

Là, elle fait la connaissance d’une certaine Dubois, qui a commis tous les crimes infâmes possibles. Elle et Justine sont toutes les deux condamnées à mort. La

Dubois met le feu à la prison, ou soixante personnes périssent dans les flammes. Justine et la Dubois s’enfuient et se joignent à une bande de brigands et de braconniers dans la forêt de Bondy. Quand Justine se refuse à suivre

sa compagne plus avant dans la voie du crime, on l’y

force en la menaçant de la mort, et elle est obligée d’assister et d’aider à une orgie effrénée, qui a lieu entre quatre hommes et la Dubois. Le frère de la Dubois, Coeur- de-Fer, tient après cela un long discours, se répandant en éloges de la pédérastie, qui est en vogue surtout chez les confesseurs. (Justine I, 88—99). Après divers forfaits commis par cette bande, Justine s’enfuit avec le commerçant Saint-Florent, auquel elle a sauvé la vie, lorsqu’on voulait le fusiller, et qui prétend la reconnaître pour sa nièce. Ils descendent à un hôtel. Bientôt la pauvre Justine s’aperçoit qu’elle est tombée de Charybde en Scylla. Ce Saint-Florent se dévoile comme un affreux débauché. Déjà à l’hôtel, il se glisse pour observer Justine satisfaisant un besoin naturel. A la nuit tombante, il& quittent la petite ville et pénètrent dans une forêt. Là, Saint-Florent lui assène subitement un coup avec son bâton, qui la fait tomber évanouie; il assouvit sur elle

sa convoitise, et l’abandonne sans connaissance et dans un piteux état. A son réveil, seulement la prière console la malheureuse Justine de sa disgrâce. A la pointe du jour, elle se cache, craignant que le misérable Saint- Florent ne revienne, et devient ainsi témoin involontaire d’une scène de pédérastie, se passant entre un jeune gentilhomme, monsieur de Bressac, et son laquais Jasmin, plus âgé que lui de vingt ans. Justine est découverte par eux et attachée à un arbre, mais bientôt délivrée et conduite chez la mère de monsieur de Bressac pour lui seiTir de soubrette. Madame de Bressac est une femme de la plus austère vertu, qui tient son fils de court. C’est pourquoi la mésintelligence règne entre les deux. Madame de Bressac fait des démarches pour réhabiliter Justine à Paris. Mais la Delmonse a émigré en Amérique, et l’affaire ne peut être éclaircie. Chose étrange, Justine est saisie d’une violente passion pour Bressac, jeune homme complètement dégénéré et misogyne au plus haut degré Celui-ci profite des avances de Justine seulement pour lui faire connaître ses habitudes vicieuses, et pour pervertir son caractère. B arrange aussi en sa présence une orgie, et viole à cette occasion sa propre mère. Après cela, il annonce à Justine qu’il a envie de se débarrasser de sa mère, qui l’incommode déjà depuis longtemps. Et en effet, l’horrible projet est mis à exécution au milieu des plus atroces débauches. Justine, qui s’est refusée à tremper dans l’assassinat, est également destinée à mourir, mais elle s’enfuit dans la petite ville de Saint-Marcel, et se cache dans une maison, qu’on tient pour une école dirigée par un certain Bodin. Celui-ci accueille fort affablement Justine, qui vient d’atteindre sa dix-septième année, et lui présente sa fille Eosalie. Bodin a trente-six

ans; il est chirurgien de profession, et cohabite avec sa soeur Célestine, âgée de trente ans. Celle-ci est une tribade et un monstre érotique tout pareil à son frère. Dans la maison se trouve encore une gouvernante de dixneuf ans, Marthe. Kodin a une école avec pension pour les deux sexes, contenant cent garçons et cent filles de douze à dix-sept ans. Des enfants laids ne sont pas acceptés. Rodin enseigne les garçons, Célestine les filles. Aucun maître étranger n’est admis, afin que les secrets de la maison soient gardés. Dès les premiers jours, Justine observe avec Rosalie les menées clandestines du frère et de la soeur. Rodin semble partager les goûts de Saint-Florent; il observe d’un réduit voisin Justine, pendant qu’elle se trouve dans le cabinet d’aisance, et defaecatione filiae delectatur. Comme Justine résiste avec opiniâtreté durant son séjour dans cette maison de volupté aux offres de Célestine et de son frère et essaye finalement de s’enfuir avec Rosalie, Rodin décide d’assassiner toutes les deux avec l’aide de son confrère Rombeau, après s’en être servi auparayant pour faire des expériences physiologiques. D’abord, on fait sur Rosalie l’opération césarienne au milieu d’horribles orgies. Justine en est quitte pour une stigmatisation, et est chassée ensuite.

Dans sa fuite, elle vient dans les environs de Sens. Pendant qu’elle est assise au bord d’un étang, elle voit et entend tomber un petit enfant dans l’eau. Elle le sauve, mais elle est prise sur le fait par l’assassin, un certain monsieur de Bandole. L’enfant est de’ nouveau livré par lui au même sort, et Justine enmenée à son château. Ce monstre vit . solitaire dans son château retiré. Il a la manie d’user de chaque femme une seule fois et de l’engrosser aussitôt. Il élève les enfants jusqu’à l’âge

de dix-huit mois, et les jette ensuite dans l’étang. Il a alors trente filles dans son château. Il est antialcooliste et végétarien, et il force aussi les filles a se contenter d’une maigre pitance, afin qu’elles conçoivent. Avant le coït, il les attache aussi sur un appareil, et les tient ensuite couchées au lit, les pieds plus haut que la tête. Tels sont les moyens qu’il emploie pour favoriser la conception. Il assiste après aux couches, ce qui lui procure un plaisir particulier, et dans de pareils cas, il fait toutes sortes d’opérations, entre autres l’opération césarienne. Justine est sauvée, juste au moment où son tour est venu, par Coeur-de-Fer, qu’elle a introduit au château, et qui lui rend la liberté.

Ensuite elle arrive dans une abbaye de bénédictins, Sainte-Marie-des-Bois, dont le prieur Sévérino, parent du pape, se révèle comme dangereux libertin et pédéraste, qui célèbre dans les salles souterraines des orgies diaboliques avec ses moines, tout aussi dissolus que lui. Il y a deux „ sérails “ au monastère, l’un de filles, l’autre de garçons, qui sont sous la surveillance d’une Messaline, nommée Victorine. Parmi les débauches décrites dans ce passage, les types les plus divers de pathologie sexuelle y sont représentés. L’un cherche à assouvir son instinct sexuel en souffletant des femmes, un autre les aime surtout pendant leurs menstrues, un troisième affectionne l’odeur de l’aisselle. Le moine Jerome dit: „Je la dévorerais dans l’état où je suis, je la mangerais toute vive; il y a longtemps que j’ai envie de dévorer une femme et de sucer son sang.“ Justine, qui s’est liée d’amitié avec une jeune fille, nommée Omphale, est par elle mise au courant de tous les arrangements véritablement raffinés de ce bordel claustral, avec ses règlements et les châtiments

fixés pour chaque contravention aux règles. Les moines mettent la peine de mort à exécution sous différentes formes : les victimes sont rôties, bouillies, rouées, écartelées, hachées en lambeaux ou tuées à coups de fouet. Dans les intervalles des nombreuses orgies, les moines tiennent, pour les justifier, de longs discours; nous mentionnons celui de Clément. L’infâme Jérôme raconte sa longue biographie, remplie de voluptées et de massacres. Au début de sa carrière, après avoir séduit sa propre soeur, il s’est plu à faire séduire des jeunes filles par leurs propres frères. Il a été aussi en Allemagne en 1760, et y a commis ses vilenies à Paderborn et à Berlin i). Ensuite il se rend en Sicile, où prospère le plus l’empoisonnement, et où les ecclésiastiques mènent une vie des plus perverses. Il y fait la connaissance du chimiste Almani, qui est grand amateur de chèvres, et chez lequel l’éruption de l’Etna produit un orgasme sexuel. Avec l’aide d’une certaine Clémence Jérôme commet alors les forfaits d’un Gilles de Eetz. De Sicile Jérôme passe à Tunis et revient ensuite en France, où, avant d’entrer au couvent, il a l’occasion à Marseille d’étudier la corruption de moeurs qui y règne.

Ce récit excite les moines à entreprendre le supplice d’un certaiil nombre de filles. Justine aussi doit en être, aussitôt que son unique protecteur Sévérino, qui est nommé général de l’ordre des bénédictins, aura quitté le couvent. Mais elle réussit à fuir. Elle rencontre en chemin Dorothée d’Esterval, hypocrite fieffée, femme du propriétaire d’une auberge, située dans un endroit solitaire. Cet

b Ce passage fait l’effet d’être une allusion au séjour en Allemagne du marquis de Sade, séjour qui tombe dans cette même année.

individu assassine d’une manière bestiale et pille tous ses hôtes. Dorothée vit, à ce qu’elle assure, en trèsmauvais rapports avec son mari, et prie Justine de venir avec elle. Mais Justine tombe à cette occasion de nouveau dans un piège. Ce d’Esterval, qui annonce toujours à ses victimes les crimes qu’il se propose de commettre sur leurs personnes, a justement besoin chaque fois que l’affaire est faite, d’une femme, et c’est sa propre épouse qui doit lui en procurer une; elle est du reste aussi pervertie que son époux. Justine est destinée à assouvir les convoitises tant du mari que de la femme, et en outre elle doit servir à attirer les voyageurs et à les prendre dans ses filets. Plusieurs horreurs de ce genre sont décrites. Un certain jour, arrive une ancienne connaissance de Justine, monsieur de Bressac, qui est un parent de d’Esterval. Ils se rendent tous les quatre chez le comte Gernande, un autre parent à eux. Celui-ci est un glouton et un buveur, et assouvit son instinct de cruauté en pratiquant des saignées et des incisions à ses femmes; il en est déjà à sa sixième femme. De semblables scènes sont dépeintes chez Sade avec les détails les plus horribles. Dorothée de son côté induit madame Gernande à exercer les pratiques tribadiques. Puis, une nouvelle branche de cette digne lignée se présente dans la famille Verneuil. Monsieur de Verneuil arrive avec sa femme, son fils Victor, sa fille Cécile et sa suite. Le vieux Verneuil pratique aussi une étrange spécialité de volupté sexuelle. Il paye les femmes riches et vole les pauvres! Il arrange aussitôt une orgie sur une „ ottomane sacrée “, au-dessus de laquelle se trouve suspendue une image de Dieu, chose qui prête à d’horribles blasphèmes. Après plusieurs scènes semblables, à l’une

desquelles Justine tonabe dans un puits profond, mais d’où elle est retirée, et pendant lesquelles Bressac tient de longs discours, où il conteste l’immortalité de l’âme, la femme et la tille de Verneuil sont tuées. Justine s’enfuit à L’yon, y rencontre de nouveau Saint-Florent, qui s’est choisi pour spécialité de séduire des vierges, qu’il fait vendre par un trafiquant de filles, aussitôt qu’il les a déflorées. Justine doit lui servir d’aide dans ces turpitudes. Lorsqu’elle s’y refuse, il l’enferme et la force à lécher ses crachats. Après l’orgie coutumière qui vient ensuite, Justine est de nouveau relâchée, et rencontre aux environs de Lyon une mendiante, qui lui demande de l’argent, et lui vole après cela sa bourse. En la poursuivant, Justine tombe dans le repaire d’une bande de mendiants. Elle assiste à leurs débauches sexuelles, où le pédéraste et jésuite Garréad et la tribade Séraphiney dont l’histoire nous est racontée dans tous les détails, jouent les principaux rôles. Justine s’échappe aussi de ce repaire de malfaiteurs, trouve un homme, nommé Eoland, que deux gentilshommes ont roué de coups et laissé sur place à demi mort, et lui porte secours. Ce Eoland est le chef d’une bande de faussaires, et demeure dans un château, situé dans les montagnes, à une grande hauteur. Tl va sans dire que cet individu est aussi un dangereux libertin, comme le remarque bientôt la pauvre Justine, qu’il a attirée dans son château. Dans un souterrain de ce château, où se trouvent de nombreux squelettes, toutes sortes d’armes, tout un attirail d’église, des crucifix, des cierges etc., ce monstre exerce le sport voluptueux qu’il nomme „jeu de coupe-corde et qui consiste à pendre ses victimes du sexe féminin, une pareille mort ju'ocurant des voluptés indicibles, comme Eoland en a

fait souvent l’expérience sur lui-même; il en fait la démonstration à Justine, qui doit couper la corde quand il en est encore temps. Finalement, Justine est précipitée par Koland dans un gouffre, rempli de cadavres, d’où elle est sauvée le jour suivant par Deville son successeur plus humain, après que lui même a quitté le château. Un beau jour, toute cette bande de faussaires est arrêtée, transportée à Grenoble et condamnée à la potence. Mais Justine est délivrée grâce à l’intervention pleine de dévouement d’un certain monsieur S . . . (Sade?), avoué au tribunal de Grenoble, qui entreprend aussi une quête pour elle.

Dans un hôtel à Grenoble, Justine rencontre la Dubois, son ancienne compagne de prison à Paris, passée baronne sur ces entrefaites. Celle-ci s’introduit chez elle avec une dissertation philosophique “, et l’engage à dévaliser un jeune commerçant. Justine révèle à ce dernier les projets de la Dubois, mais trop tard. Car il vient d’être empoisonné par celle-ci qui s’est doutée de la trahison. Justine est attaquée à l’improviste sur la grand’route par trois hommes, qui la conduisent à la villa de l’archevêque de Grenoble, où la vindicative Dubois remplit les fonctions de surveillante. Cet archevêque est comme d’ordinaire un type de vice et de cruauté, un „de ces faunes que la fable nous peint“, qui a la monomanie de décapiter. Il s’est fait arranger une „salle d’exécution“ spéciale,^) où la jeune Eulalie est décapitée.

Dans cette salle d’exécution, nn abbé est occupé à lire la „Philosophie dans le Boudoir^, parue, comme on sait, seulement en 1795 pour la première fois. Ceci est une preuve que la „Justine“ de 1797 a été soumise à une refronte fondamentale, et remaniée de même cpie la „Juliette“ et la „Philosophie dans le Boudoir", selon les impressions de la révolution.

archiepiscopo eam paedicante, en présence de Justine, saisie d’épouvante. Justine s’enfuit, mais est rattrapée par la Dubois, dénoncée comme incendiaire et assassin et livrée à la prison de Lyon, d’où elle est menée nuitamment par Saint-Florent, reparu de nouveau, chez l’un des juges, nommé Cardoville. Dans son château une société d’anthropophages célèbre ses orgies avec l’assistance de douze nègres. Justine est rompue pour un certain temps sur une roue. Puis deux filles lui font l’opération de l’infibulation. Ensuite, on la fait passer par les verges. Après cela, tous les participants se couchent sur une croix garni de pointes de fer, ce qui a pour but d’exciter immensément la volupté et de la faire éclater dans de violents accès. Après, Justine est ramenée en prison et condamnée par le tribunal sous la présidence du débauché Cardoville à être brûlée. Mais le geôlier la laisse échapper après lui avoir fait commettre un vol à son profit à lui.

Poursuivant sa route, elle remarque vers le soir une élégante dame avec quatre messieurs. Cette dame se trouve être sa soeur Juliette. Au moment de la reconnaissance, Juliette s’écrie; „0 fille pusillanime, cesse de te surprendre; je t’avais annoncé tout cela. J’ai suivi la route du vice, moi, mon enfant; je n’y ai jamais trouvé que de roses. Moins philosophe que moi, tes maudits préjugés t’ont fait révérer des chimères; tu vois ou elles t’ont conduite !“ On pnurvoit Justine de vêtements et de nourriture, et l’un des cavaliers s’exclâme, en faisant allusion à elle : „Oui, voilà bien içi les Malheurs de la Vertu !“ Et montrant Juliette: „Et là, là, mes amis, les Prospérités du Vice!'‘

Le jour suivant Juliette annonce qu’elle veut raconter à sa soeur sa propre histoire: „Vous, marquis, et vous,

mon cher chevalier, je vous prie d’entendre ce que j’ai à vous dire, et d’être persuadés que ce n’est pas sans fondement que Chahert et Noirceuil vous ont souvent dit qu’il existait bien peu de femmes plus singulières que moi dans le monde/' On se rend dans une salle du château, où l’on s’assied sur des canapés. Justine prend place sur une chaise et Juliette commence son récit.

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