Le Reste des Oeuvres du Marquis de Sade
„Justine“, „Juliette“ et la „Philosophie dans le Boudoir “ sont les ouvrages auxquels le marquis de Sade «st redevable de sa célébrité bérostratique. Tout le reste d.e ses nombreux écrits est modéré et supportable, en •comparaison de ceux que nous venons de nommer. Aussi Mar ci a t désigne les idées qui j sont exprimées par la •dénomination de „ petit sadisme “.^)
Aline et Valcour ou le Koman philosophique “, écrit à la Bastille un an avant la révolution, parut d’abord en 1793 en quatre tomes, et plus tard en 1795. C’est, comme le présume Mar ci a t avec raison, incontestablement une ébauche de „ Justine et Juliette", dépeignant des caractères à peu près analogues. Valcour, jeune homme vertueux, aime Aline, noble fille de la noble épouse du cruel et vicieux président de Blamont. Celui-ci voudrait bien marier sa fille au vieux libertin Dolbourg, surtout qu’il a déjà livré auparavant comme maîtresse la vertueuse Sophie, qu’il croit être sa fille, à ce vieil ami. Il se propose de donner, aussitôt que se projet d’union sera réalisé, à Dolbourg sa propre femme pour maîtresse, afin d’en obtenir en revanche sa femme à lui, c’est à dire sa propre fille, en même qualité. Mais son dessein échoue. Aline commet un suicide. Madame de Blamont est em-
') Marciat 1. c. P. 218.
poisonnée par ordre de son époux. Valcour se retire dans un cloître, Dolbourg devient vertueux, et le président est obligé de fuir. Sous les traits de Eose et de Léonore, deux personnes vicieuses nous sont dépeintes. Léonore, qui a de la chance en toute chose, semble être un pendant de Juliette. L’ouvrage abonde en général en personnages intéressants. Hormis l’empoisonnement et quelques scènes de flagellation „ Aline et Valcour “ ne renferme point d’autres descriptions de cruautés.
Quérard pense que l’auteur s’est dépeint lui-même dans Valcour, et qu’il raconte dans ce livre en partie sa propre histoire i).
Les „ Crimes de l’Amour ou le Délice des Passions, Nouvelles héroïques et tragiques, précédé d’une Idée sur les Eomans“ Paris 1800, sont un recueil de récits romanesques, comme p. ex. „ Juliette et Eaunai“, „ Clarisse", „Laurence et Antonio, „Eugène de Franval" etc. On y dépeint la lutte entre le vice et la vertu. Ordinairement c’est la vertu qui triomphe. Le marquis de Sade cite ce recueil dans son écrit polémique contre V i 1 1 e t e r q u e ‘^).
En guise de préface des „Crimes de l’Amour", Sade écrivit l’article „Idée sur les Eomans", exposé qui ne manque pas d’un certain talent, sur la littérature des romans du 18 me siècle, avec une introduction contenant une ébauche historique sur le développement du roman, qu’il définit un „ tableau des moeurs du siècle", ayant pour but de suppléer en quelque sorte à l’histoire. Celui qui connaît les hommes est seul en état de composer un bon roman. On n’acquiert cette connaissance qu’en
b ,J^a France littéraire^. Paris 1827. T. 8. P. 303.
‘q „L’auteur des crimes de l’amour à Villeterque folliculaire“ dans: Les crimes de l’amour etc. Bruxelles 1881. P. 137-^153.
éprouvant des malheurs ou en faisant des voyages. A la fin, il repousse les reproches qu’on lui a faits relativement à sa manière cynique de s’exprimer dans „Aline et Valcour“, comme injustes. On doit montrer le vice pour je faire abhorrer. Les livres les plus dangereux sont ceux qui l’embellissent et le montrent sous des couleurs séduisantes. Au contraire, il faut le montrer dans toute sa nudité, afin qu’on en reconnaisse la vraie nature, et qu’on puisse par là l’éviter.
Enfin, nous faisons encore mention du pamphlet qui attira à Sade la rancune de Napoléon. „Zoloé et ses deux acolytes“ parut en 1800 à Paris. Zoloé est Joséphine de Beauharnais, l’épouse de Bonaparte. Elle y est dépeinte comme lascive et cupide Américaine. Son amie Lauréda (madame T a 11 i en) est une Espagnole „tout feu et toute passion“, très-riche et par conséquent à même d’assouvir toutes ses perverses convoitises. Elle et la Volsange (madame Visconti) prennent part de concert avec Zoloé aux orgies arrangées par des viveurs dissolus. Parmi ces derniers on reconnaît Bonaparte dans le baron d’Orsec et Barras dans le vicomte de Sabar.
De toutes les comédies du marquis de Sade il n’y a que deux qui soient dignes d’être mentionnées: „Oxtiern ou les Malheurs du libertinage" Versailles 1800, où sont glorifiées les délices du crime, et „Julia, ou le mariage sans femme" (manuscrit), glorification de la pédérastie.