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Anthropophagie et Hypochorématophilie

La chaire humaine est le meilleur aliment que puisse prendre un débauché, puisqu’elle favorise la formation d’un sperme abondant et de bonne qualité, compensant

€eliü qu’on a perdu. Quiconque a goûté une fois à cette douce nourriture n’est plus capable d’y renoncer. Le pain, au contraire, est l’aliment le plus indigeste et le plus malsain, parce qu’il détériore et détruit l’organisme. €’est pourquoi les tyrans nourrisent leur peuple d’esclaves avec du pain et de l’eau. (Juliette II, 323 et s.). Minski aussi attribue sa force extraordinaire à sa consommation habituelle de viande humaine. (Juliette III, 313.)

Nous trouvons, en étroite connexité avec ce cannibalisme, la contemplation, l’acquisition et l’usage varié de certaines parties séparées du corps, espèce de fétichisme d’anthropophages. Ainsi, les fesses des personnes tuées pendant les orgies sont séparées des cadavres et suspendues aux murs, pour exciter les appétits lubriques de participants. (Juliette II, 231)') Sylvie •déchire les parties génitales de ses victimes avec les dents, et les dévore. (Juliette VI, 235.) De même Olairwil se sert du membre viril enlevé au cadavre du moine Claude dans des buts lubriques (Juliette III, 101), •et déclare qu’elle semper penem videat, et que, nisi habeat ilium in cunno vel ano, son imagination en soit tellement obsédée qu’il lui semble qu’après sa mort en en trouvera un en réalité dans son cerveau! (Juliette III, 154). Cette femme anthropophage boit le sang et mange les testicules des garçons qu’elle a tués (Juliette III, 72). Elle leur arrache aussi le coeur et l’emploie comme phallus (Juliette III, 252 Minski, les brigands

0 Saint Jérôme rapporte comme témoin oculaire que les Atticotes en Bretagne se nourrissaient de chair humaine, •et qu’ils regardaient le sein féminin et le derrière coinme friandises particulières. (R. A n d r e e , „L’Anthropophagie“ Leipzig 1887. P. 14.)

2) Lors des sacrifices humains chez les anciens Mexicains, l’on arrachait d’abord le coeur de la poitrine aux victimes vivantes. (R. Andrée.) ' ■

de Brisa-Testa, Cornaro sont également des anthropophages (Juliette III, 313; V, 206; VI, 204).

Des instincts de cannibales faisaient, suivant Bettelheim, évidemment partie des jurements de vengeance au 18me siècle. Le duc de Chaulnes, qui, par suite d’une aventure galante, avait cherché querelle à Beaumarchais — du reste, à une autre occasion, il injuria sa propre mère de la façon la plus grossière — se mit à vociférer d’une voix épouvantable: „Je tuerai ce Beaumarchais, et, quand je lui aurai passé mon épée à travers le corps, et arraché le coeur avec mes dents, cette Mesuard pourra voir ce qu’elle deviendra. “ Dans la première rédaction du „Clavigo^‘ de Goethe, on trouve également : „Mes dents ont envie de sa chair, mon palais a soif de son sang etc.^)

L’hypochor ématophilie^) joue de même un rôle important chez Sade. Saint- Florent et Bodin trouvent une grande jouissance à observer l’acte de la défécation (Justine I, 136 et 304). Mondor, Saint-Fond et bien d’autres sont des coprophages. L’époux de la St.-Ange se laisse déféquer dans la bouche. (Phil. dans le Boud. I, 92.) On peut conclure des paroles plus qu’étranges de Juliette que cette délicieuse particularité n’est rien moins qu’héréditaire, mais qu’elle est pratiquée comme dernier remède stimulant par des débauchés usés, tels que p. ex. Mondor, vieillard de 66 ans. Elle se prononce là-dessus: „En général, on se trompe sur les exhalaisons du caput mortuum de nos digestions; elles n’ont rien de

0 A. B e 1 1 e 1 h e i m «Beaumarchais^. Francfort-siir-le- Mein 1886. P. 176 et 207.

2) C’est ainsi que nous nommons le fétichisme des excre'ments et la passion d’en manger, d’après le mot grec: TO 1' noycoQ}]fia =i: excréments.

malsain, rien que de très agréable: c’est le même esprit recteur que celui des simples: Il n’est rien à quoi l’on s’accoutume aussi facilement qu’à respirer un étron; en mange-t-on? c’est délicieux. C’est absolument la saveur piquante de l’olive. “ (J ul. 1, 289.) L’iiypocborématophilie sexuelle n’a rien à faire avec la manie qu’ont certains fous de ce barbouiller avec leurs excréments. Et même justement cette étrange et dégoûtante monomanie nous fournit la meilleure preuve pour notre opinion que toutes ces particularités peuvent se trouver chez des personnes saines d’esprit, ainsi qu’on le voit d’après les amplifications de Sade. Selon Taxil, les „stercoraires“, comme on les nomme actuellement, ne sont plus des cas exceptionnels. „Dans les maisons publiques on a pourvu, à cet effet, à des arrangements spéciaux, et des jeunes gens en pleine santé y répètent par instinct d’imijbation les actions anormales d’individus tombés dans l’imbécilité, et qui se sont illustrés jadis par leur vie dissolue.^)

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