‹ Le marquis de Sade et son tempsChapitre 54 sur 82 · Autres Types pathologo -sexuels chez Sade · texte numérisé non relu

Autres Types pathologo -sexuels chez Sade

Le mérite d’avoir réuni dans ses romans presque tous les types de la pathologie sexuelle qui existent, appartient sans contredit, bien avant E. de Krafft- Ebing, au marquis de Sade. Et l’on ne saurait douter que la grande diversité des perversions sexuelles qu’il dépeint, l’individualisation exacte de chaque type en particulier ne reposât sur l’observation de la vie réelle.

1) B. Tarnowsky „Les Phénomènes morbides de l’Instinct sexuel" Berlin 1886. P. 70.

Tous les sens servent chez Sade à l’excitation des sensations sexuelles. Commençons par l’ouie! Il existe en quelque sorte un sadisme qui se manifeste par la parole. Selon Dolmancé, cela procure une agréable excitation de proférer, dans l’ivresse de la volupté, des mots retentissants ayant une signification ordur ière, parce que ce procédé contribue à fortifier l’imagination. Il ne faut donc pas en être avare, mais au contraire les prodiguer et les varier à l’infini, pour produire le plus de scandale possible. Cela procure un délice tout particulier d’épancber son coeur, en jurant ea présence de personnes vertueuses, de tâcher de les démoraliser, de les induire à prononcer des expressions semblables et, si elles se refusent à écouter de bon gré, d& les retenir et de les forcer à le faire. (Phil. dans le Boudoir I, 146 — 147.) Ainsi, madame de St.-Ange s’écrie au milieu d’une orgie, toute réjouie; „Comme tu blasphèmes, mon ami“, et crie à Eugénie, qui se tait, à la même occasion: „Jure donc, petite putain, jure donci (Phil. dans le Bond. I, 125 — 129.)

La vue prend part également à la jouissance sexuelle. Albert! aime à voir des femmes noires à côté de blanches, ce contraste le divertissant particulièrement (Juliette VI, 238). On attache une grande importance à une draperie des chambres appropriée, afin que tout contribue à augmenter la jouissance (Juliette II, 231). La classe des „voyeurs“ est également représentée en grand nombre. Saint-Fond possède comme aucun autre ,,1’art de stimuler ses passions par une abstinence ingénieuse,^ et contemple pour cette raison un certain temps l’acte de la copulation chez les autres. (Juliette II, 185.) Kaimondi aussi est

Dühren, Le Marquis de Sade.

un pareil voyeur, qui se contente simplement de regarder faire les autres (Juliette VI, 150).

L’odorat est d’abord excité par les parfums les plus variés, dont les femmes se servent. Dans la „société des Amis du Crime“, tous ceux qui participent aux orgies, se font nettoyer et parfumer par des jeunes filles et de jeunes garçons (Juliette III, 30)^). Diverses fois on rencontre la manie de flairer l’odeur des aisselles de femmes (p. ex. Juliette III, 54), de même que celle des excréments (ibidem). Un évêque se fait uriner sur le nez (Juliette III, 51).

Le goût trouve aussi son compte. Non seulement les excréments sont trouvés délicieux, mais aussi le sperme et l’urine; tout cela est avalé. (Juliette I, 172.) Les „lécbeurs“ et les „gamahucheurs“ appartiennent aussi à cette catégorie (p. ex. Juliette III, 55; VI, 152), ainsi que les nombreuses „cunnilinguae“ tribadiques. Surtout Dolmancé est fort actif dans ce domaine.

Le sens du toucher est presque toujours utilisé comme moyen préparatif, précédant une orgie : on le satisfait en donnant à „ tâter “ et à „ claquer “ les différentes parties du corps, surtout les fesses.

Parmi la foule bigarrée des perversions sexuelles

1) Rabelais de'crit dans son „Gargantua‘‘ un couvent mondain, où „à l’issue des salles du logis des dames se tenaient postés des coiffeurs et des parfumeurs, par les mains desquels passaient les hommes, quand ils visitaient les dames". „L’Abbaye de Thélème" dans „La Vie de Gargantua et de Pantagruel". L. I. Chap. 55. Ils «fournissaient aussi chaque matin des essences aromatiques" pour les chambres des dames (ibid.). — Peut-être que le nom du père Thélème dans le premier tome de «Juliette" a été emprunté à ce cloître — Chez H. Barsdorf a paru en été 1900 un ouvrage du plus haut intérêt sur les «Odeurs sexuelles".

Testantes, qui pour la plupart ont été déjà examinées, nous ne nous arrêterons qu’aux plus remarquables.

L’exhibitionisme est recommandé par Dolmancé •qui engage Eugénie à laisser voir impudemment ses appas à tout le monde, à trousser ses robes, etc. (PMI. dans le Bond. I, 147.) Saint-Fond recommande même aux hommes •«t aux femmes des vêtements qui laissent à découvert les parties génitales et les postérieures (Juliette II, 197). Les instincts de cruauté trouvent moyen de s’assouvir des plus différentes manières: la décapitation, l’écartèlement, la roue, le feu, l’écrasement entre deux plaques, les bêtes féroces, la potence, la crucification etc. Dorval fait feindre une exécution. (Juliette I, 225 — 230.) Un autre encore éprouve une jouissance toute particulière à Mre accomplir un pareil simulacre d’exécution sur sa propre personne, •espèce de masochisme symbolique. La torture est aussi mise en action (Juliette III, 65), et Juliette crible de piqûres d’épingle ses victimes (Juliette II, 285). La flagellation active et passive se rencontre nombre infini de fois; elle se pratique même dans une „salle de flagellation“ spéciale (Juliette III, 65). Parmi ces cruelles manies peut être encore rangée la monomanie de faire des saignées et des incisions. (Justine III, 223.)

La zoophilie est fort célébrée par Sade comme raffinement sexuel. „Le dindon est délicieux, mais il faut lui couper le cou au moment de l’orgasme. Le resserrement de son boyau vous comble alors de volupté" (Juliette I, 333). Dans le quatrième tome de Juliette un dindon se trouve réuni à un singe, à une chèvre et à un dogue pour délecter les gourmets sexuels. (Juliette IV, 262.)

Ferdinand de Naples est nécrophile, il assouvit sai concupiscence auprès du cadavre d’un page. (JulietteV, 263.) Même l’abus sexuel des statues est mentionné. ‘Un page satisfait son envie érotique au Louvre, en ayant recours à la Vénus Callipyge. (Juliette I, 333.)

Enfin, la réalisation de certaines fantaisies bizarres augmente chez quelques-u ns le plaisir sexuel . Belmor attache ses victimes (Juliette III, 163), le roi de Sardaigneaime les clystères (ihid. 294), qu’on rencontre encore cités à un autre endroit comme stimulant spécial (III, 54),. Vespoli afi’ectionne particulièrement les personnes folles (Jul. Y, 345), un procureur vénitien aime à s’unir aux. femmes pendant leurs menstrues (ib, VL 147), un. troisième a un faible pour la dépilation des partiesgénitales (Jul. II, 59), un quatrième fourre des bougiesallumées dans les orifices du corps (Jul. II, 22), Delbènese livre au coït sur les cercueils de ses anciennes victimes- (Jul. I, 172) etc. etc.

D’étranges produits etphénomènes de lanature servent à la volupté. Un eunuque, un nain et un hermaphrodite procurent les jouissances les plus exquises (Juliette IV, 262). L’aspect de grands incendies excitela sensualité (ib. IV, 258). L’éruption de l’Etna (Justine III, 67), du Vésuve (Jul. VI, 35), une tempête en pleine mer (Juliette VI, 269) favorisent les jouissances voluptueuses.

Des réminiscences historiques sont utiliséesdans le même sens. On imite les actions des Tibère, des Néron et desTbeodora (Juliette V, 362; VI, 319' et 341); on célèbre des orgies dans les lieux, mémorables dans l’histoire, à Pompéi et Herculanum (Jul. V, 340— 341)„ dans le temple de Vénus à Baies (ibid. V, 294) etc.

Page 1