‹ Le marquis de VillemerChapitre 107 sur 197 · ACTE OU Aï RI KM F · texte numérisé non relu

ACTE OU Aï RI KM F

maladif qiio je cacliais et qui s'est, liior, tralii devant vous, m'a privé de toute expansion. Votre pitié m'a pardonné mon malheur; mais, ce pardon, accordez-le-moi tout haut. Ne laissez pas sur ma conscience, déjà bien assez troublée, le remords d'avoir froisse un cœur aussi généreux que le vôtre, et peul-ètre méconnu un caractère dont la grandeur m'écrase... Je suis trèscoupable envers vous... Laissez-moi m'accuser et vous offrir la réparation qne je vous dois! '

CAROLINE, passant à droite.

Je ne veux pas que vous vous accusiez, monsieur le marquis; si vous m'avez quelquefois mal jugée, je ne veux pas le savoir. Tout cela n'est pas si grave, et je me suis dit, à l'occasion, tout ce que je devais me dire pour m'en consoler.

UBBAIX.

Vous vous êtes dit...?

Que j'étais au milieu devons, ici, une étrangère à qui l'on avait bien voulu escompter l'estime et la confiance qu'elle saura justifier avec le temps.

URBAIN

Vous'... une étrangère ici!... Vous qui...

CAROLINE

Une bonne infirmière si vous voulez, et qui est encore votre obligée, puisque vous avez été un bon malade, beaucoup trop

reconnaissant. (EUe se dirige vers le fond.)

U R U AIN, éperdu.

Caroline, écoutez-moi, il le faut!

c A R 0 L 1 N li , avec effort.

Non, il vous faut du calme, et à moi... puisque vous l'exigez... il faut du repos. (Elle remonte à gauche.)

LE DUC, en dehors.

Urbain ! Urbain!

^34 Li- MAUOUfS \)E VI LL K.M i; U.

SCEiNE V.

CAROLINE, LE DUC, URBAIN

LK DL'C, entr.int par le fond, et ramenant Carnline, qui voulait sortir.

Qu'est-ce que c'est? on se boude? on vient de se dire adieu ? Allons donc! il s'agit bien de ça, enfants que vous ôtes! philosophes sans foi, je devrais dire! Écoutez-moi... Victoire! Il fallait un miracle pour vous rapprocher... Eh bii'u, ce miracle... il est accompli!

CAROLINE

3Ionsieur le duc...

LE nue.

Mademoiselle de Sdint-Geneix, laissez-moi dire, vous n'avez pas la parole!

URBAIN

Dis donc vite!

LE DUC

Oui.... mais, j'étouffe! Veux-tu me permettre de sauter un peu par la chambre pour me remettre? (u passe à droite.) Non, tu t'impatientes! Eh bien, apprends la nouvelle la plus... Madame de Sévigné elle-même n'aurait pas d'épithètes! (a revient au miueu.) Dunières est là, avec sa pupille, et ma mère, qui est aux trois quarts folle d'étonnement et de joie !

URBAIN

Pourquoi tant d'étonnement ?

LE DUC

Ah çà ! tu ne comprends donc pas?...

Mais non !

LE DUC

C'est moi!

URBAIN

C'est toi?...

ACTK OUATRIi: .ME. 133

l. !•: DIT..

Oui, c"esl moi qui suis choisi, c'est moi {|ui plais, c'ost moi •>|u'on trouve cluiraïaut, c'est moi qui ai donné la poupée, c'est moi qu'on aime, enfin c'est moi qui é[)Ouse Diane do Saintrailles!

.11 tombe sur le cnnapé.)

URBAIN, trniisporti'.

Ail ! mon frère, que j'en suis licuieu\ !

LE DUC

Et moi, donc! .AFais comme c'est drôle ! Je suis né coilTé, ma .parole d'honneur ! Croyez donc à la justice distributive en ce inonde! Moi, ruiné, usé... fii se i"ve.) Qu'est-ce qui a dit ça? Je suis jeune, je suis pimpant, je suis leste, je suis éblouissant! J'ai bî^Hi me déu'uiser, m'eiïacer, me tenir dans mon coin, il va en moi ce je ne sais quoi qui veut que tout me réussisse, et iju'après avoir tout gaspillé, je trouve une fille chainiante, une llcur de printemps, une Ame pure, généreuse, avec un grand nom et avec une grande fortune qui l'élève encore, puisiju'eile s'en sert pour ine sauver l'honneur!

Coinmeot cela?

Tu ne le dexines pas, toi, mon cher créancier? (Mouvement dTrbain.) Il n'y a pas à dire non; mon honneur est celui de ma femme. Elle voulait rembourser ma mère aussi ; c'est ma mère qui n'a pas voulu. Chère mère ! à nous trois, quelle existence splendide nous lui ferons!... Et loi, qui te sacrifiais, on n'a plus rien à le demander que d'être heureux. — Mademoiselle de Saint-Geneix, tout le monde ici vous respecte et vous aioie; il ne vous manque, pour être tout à fait la fille de ma mère, que d'être la femme de son fils, et, quant à son fils, vous s;ivez bien, ma chère sœur, qu'il vous adore? Dites un mot, tendez-lui seulement la main, et voilà deux beaux et bons mariages décidés en •un quart d'heure.

Mais.-, je proteste... Je...

LE ULC.

Comment?

URBAIN

Ah! Gaétan, tu le vois! C'est ma faute, je n'ai pas su me faire aimer!

CAROLINE , éperdue.

Aimer!... fse reprenant.) Non ! c'est un rêve! Vous ne m'aimez pas, vous ne devez pas m'aimer !

LE DUC

Mademoiselle de Saint-Geneix, ne mentez pas pour la première fois de votre vie. J'ai été aveugle, moi ! mais une femme ne peut pas l'être à ce point. Vous n'avez peut-être pas voulu voir la passion de mon frère, une personne pure comme vous résiste longtemps à l'évidence; mais vous avez dû, malgré vous, sentir l'amour dans l'air que vous respiriez, et, à présent qu'il n'y a plus d'obstacle entre vous, ouvrez les yeux et laissez parler votre cœur.

Mais je vous jure...

URBAIN

tu vois, elle proteste !

LE DUC

Eh bien, si elle ne t'aime pas encore, elle t'aimera, mordieu ! il faut qu'elle t'aime, elle le doit!

URBAIN

Gaétan !

LE DUC

Laisse-moi dire! Elle a au moins une amitié immense pour ma mère, elle en aura une pareille pour... pour celui qu'elle ne connaît pas encore, pour ton fils!

CAROLINE, se rapprochant.

Son fils ?

URBAIN, ou duc.

Eh bien, oui! porle-lui de mon fils, dis-lui tout !

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