‹ Le marquis de VillemerChapitre 108 sur 197 · ACTE OUATIUEME · texte numérisé non relu

ACTE OUATIUEME

LE Dit..

Ce sera bientôt dit : un mariage secret, trois années de veuvage, un enfant superbo, charmant, un orplielin que l'on pourra maintenant adojiter et dont vous deviendrez la mère. Vous voyez bien que ga vous va, ;i vous qui ne vivez que pour faire des heureux!

CAROLINE, prosque vnincue et fondant en larmes, tombe sur la chaise à gauche. Le duc passe à gauche.

0 mon Dieu !

URBAIN

Caroline! au nom de mon fils! Pour lui, si ce n'est pour moi, et par pitié, si ce n'est par amour !

CAROLINE

Ali ! laissez-moi, vous me tuez, c'est impossible!

URBAIN

Caroline, je suis perdu sans vous, oui, perdu ! Vous ne savez pas ce qu'il y a en moi d'aspirations dévorantes et de découragements amers! Il y a de tout, des fautes misérables et de sincères expiations, des sacrifices et des exigences, du mal et du bien, des tempêtes! J'ai aimé une seule fois avant de vous connaître et j'ai mal aimé! La faute n'en est peut-être pas à moi seul, mais je ne veux pas l'atténuer. Voyez! je ne sais pas mentir, je ne sais pas vous donner confiance en moi. J'ose à peine vous dire que votre bonheur à vous sera le but et l'ambition de ma vie, et pourtant, je sais qu'il y a encore dans ce cœur-là de quoi vous rendre fière et heureuse si vous l'estimez assez pour vouloir le guérir. Parlez-moi, ne me laissez pas désespérer, car, depuis hier, j'étoufTe I Je n'ai plus d'air pour respirer, je n'ai plus de lumière pour me conduire. Je sens que je vous ai offensée, vous que j'adore, et il me semble que je ne mérite plus de vivre! Ah ! si vous me haïssez, il eût cent fois mieux valu me laisser mourir cette nuit !

CAROLINE

Moi, vous haïr!... Pourquoi dire des choses cruelles à une âme qui se brise? Ah! que votre affection est amère, et qu'il est

difficile de ne pas l'exaspérer! V^oyons! ayez souci de moi, pourtant. Ne suis-je rien, ne suis-je personne, pour que vous ne craigniez pas de me faire tout ce mal ?

Vous l'aimez donc ?

Ah! dites-le!

LE DUC

Oui, diles !

URBAIN

Dites !

CAROLINE, au .lue.

Eh bien... s'il mérite d'être aimé comme il l'exige... qu'il le prouve! qu'il ne se fasse pas égoïste, qu'il ne choisisse pas justement une femme que sa mère ne peut accepter qu'en se sacriGant à lui.

URBAIN

M;iis ma mère...

CAROLINE, se levant.

Monsieur de Villemer, nous no sommes pas des enfants, vous et moi ; ne nous faisons donc pas d'illusions. Jamais la marquise de Villemer n'oubliera qu'elle a payé mes services. Séparonsnous donc aujourd'hui pour toujours. Vous penserez à moi, je le sais, et vous souffrirez, je le crains; mais vous songerez à ce que vous me devez, à moi, après ce que vous avez osé me dire et ce que vous m'avez forcée de vous répondre. (Le duc remonte.) Attendez! une consolation nous reste : vous avez un fds, confiez-le-moi. Je saurai l'élever et l'instruire. J'irai m'établir où il est, vous le verrez souvent, mais sms me voirjamiiis; je l'aimerai do tout l'amour que je ne puis avoir pour vous, et, quand je vous le rendrai, nous pourrons nous serrer la main et nous dire sans trouble que nous méritions d'êlre heureux l'un par l'autre, mais que nous avons préféré le devoir au bonheur et l'amitié qui

sauve à la passion qui tue. (EUe retombe sur la chaise.)

ACTH nu AT lui: .m;-. 139

LK l>L't', , ilescencliint au milieu.

Voilîi, ma chère Caroline, qui est tiès-griind, Irès-siiicère, mais très-impossible! Ne vous revoir que ihins des ;in nées, et vous tniter cotisciencieusoment tout ce temps-là, avec cet enfant, ce lien entre vous? Le beau rêve! Pauvre honnête fille, et votre réputation?

CAROLINE, so levant.

Monsieur le duc, elle m'appartient, puisque j'ai su !a conserver intacte! J'ai le droit de la sacrifier. (EUe s'éloigne à gauche.)

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