‹ Le marquis de VillemerChapitre 116 sur 197 · ACTE QUATRIÈME. \b:i · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. \b:i

même ne nous demande pas compte des pensées auxquelles nous ne nous arrêtons pas. Vous n'avez à me questionner que sur des actes de ma volonté. Vous craignez, je le vois du reste, que je n'aie encouragé des projets contraires à vos intentions. Je vous réponds que je n'ai rien de tel à me reprocher, et, de ma part, j'ai l'orgueil de croire que cela doitsufGre.

Oui, cela me suffit; mais il faut justifier mon estime, il faut ôter tout espoir au marquis. Le marquis de Villemer, s'il oublie ce qu'il doit au monde et ce que son rang lui impose, doit ôtro dédommagé de son sacrifice par une grande passion: et, du moment que vous ne partagez pas la sienne, vous qui êtes à coup sûr sans ambition et sans intrigue, vous ne devez pas hésiter : di(es-lui...

CAROLINE

Il s'agit de ma dignité, madame la marquise, veuillez me laisser le choix des moyens. Avant tout, je dois partir.

LA MARQUISE

A quoi bon? Il vous suivra.

CAROLINE, remontant.

Ce serait me manquer de respect; je n'ai pas mérité cela.

LA MARQUISE

La passion ne raisonne rien. (EUe passe à gauche.) Il faut le décourager d'avance. Faites une chose énergique ! Dites-lui que vous en aimez un autre.

CAROLINE

Moi, mentir? Je ne saurais pas.

LA MARQUISE, sévèrement.

Mentir!... Caroline, vous n'avez pas de confiance en moi, c'est mal.

CAROLINE

Je ne vous comprends pas, madame.

Je VOUS comprends encore moins. Vous n'aimez pas Urbain, et vous ne voulez pas qu'il le sache. C'est un manque de franchise.

CAROLINE, éclatant.

Ah! je le savais bien, qu'on m'accuserait ici de quelque lâche intention!

LA MARQUISE

Prouvez que ce serait injuste.

CAROLINE

Il faut que je prouve... quoi donc? Ah! tenez, madame, je comprends. Vous voulez que le chagrin de M. de Villemer lui vienne de moi, de moi seule, n'est-il pas vrai? Eh bien, diteslui, dites à vos deux fils que je ne leur pardonnerai jamais l'indigne situation où ils me placent vis-à-vis de vous.

LA MARQUISE

Mademoiselle de Saint-Geneix, j'ai le droit de voir clair tout au fond de votre cœur. Je peux encore m'intéresser à vous, vous protéger, vous défendre... vous satisfaire peut-être.

CAROLINE

Est-ce que je vous demande quelque chose, moi ?

LA MARQUISE

Ah !.... Assez, mademoiselle de Saint-Geneix; je veux savoir vos vrais sentiments, je les saurai. (Eiie sonne.) Allez m'attendra chez moi. Je me dois à moi-même de vous demander cet acte de soumission.

CAROLINE

C'est le dernier, madame, [pierre entre. EUe parie bas à Pierre et sort par la galerie.)

LA MARQUISE, passant à droite.

Priez M. le duc de venir me trouver tout de suite.

PIERRE

C'est que voici M. le marquis.

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