DUNIÈRES, DIANE, URBAIN, CAROLINE, LE DUC, LA MARQUISE
URBAIN, courant à Caroline.
Mademoiselle de Saint-Geneix, vous êtes la victime d'une perfidie odieuse, écrasez-la sous vos pieds, parlez !
CAROLINE, pâle et froide.
J'ignore qui m'accuse et de quoi l'on m'accuse. J'attends qu'on m'interroge et j'ai le droit de l'exiger.
URBAIN
Ma mère... vous l'entendez!
LA MARQUISE
Oui, et je vois que la crise est inévitable. J'ai voulu l'adoucir en provoquant la confiance des uns, en invoquant la prudence des autres; mais on appelle ambition déçue ma répugnance à frapper un coup qui brise toutes nos âmes et ruine toutes nos espérances! (EUe passe près de Caroline.) J'aurai donc le courage de m'expliquer devant tous, puisqu'on m'y contraint. Pourquoi non, après tout? La famille de Villemer ne doit pas plus avoir de secrets que de situations fausses et douteuses. Monsieur le duc, inspiré par un sentiment chevaleresque mais imprudent, puisqu'il devait être de courte durée, vous avez cru pouvoir adresser vos hommages à mademoiselle de Saint-Geneix ; elle vous a écouté, je le sais, et cela mystérieusement, car elle m'en a refusé l'aveu. Elle a certainement rejeté vos offres, puisque vous vous croyez libre ; mais je crois pouvoir affirmer, moi, qu'elle souffre de son sacrifice et que c'est là le motif do son départ. Comprenez donc que mon devoir est d'aller plus loin et de vaincre des scrupules qui ne demandaient sans doute que mon consentement pour céder. N'abusez pas cette noble enfant (Elle montre Diane.) qui VOUS croyait dégagé de tout lien; n'entre-
Hm LE WARQUIS DE VILLEMER.
tenez pas chez voire frère des émotions que vous ne pouvez pascomprendre; mais qui le tuent : épousez mademoiselle de Saint- Geneix. Certaines questions de délicatesse, monsieur, équivalent à des raisons d'honneur.
LE DUC, indigné.
Madame!... pardonnez-moi, ma mère ! (la marquise retourne i. l'extrême droite.) Mais VOUS me faite» bien cruellement expier le passé! Vous m'accusez d'une infamie! *
Non ! d'une erande léeèreté.
Certaines légèretés sont des crimes, et c'en serait un que d'avoir troublé le repos d'une personne respectable pour offrir lelendemain mon lâche cœur à une autre. Tenez, je ne peux pas répondre devant cet ange qui daignait croire en mol ! ni devant celte autre pureté qui est là, écoutant avec stupeur les révélations que vous lui faites! Mon Dieu! je me croyais absous, régénéré, purifié; j'étais tout enthousiasme, sincérité, dévouement, persuasion; je me croyais digne enfin d'appeler celle-ci ma sœur et celle-là ma femme! Et voilà que, sur un soupçon que je devine et que vous regretterez, ma pauvre mère, vous-
avez tout brisé ! [U tombe sur le canapé.) DIANE.
Tout brisé ! Non, rien, voyez. (Elle embrasse CaroUne.) LE DUC, se relevant avec impétuosité.
Ah ! que je vous aimerai, vous !
URBAIN, au duc.
Mais elle, enfin, qu'a-t-elle donc fait pour qu'on ose lui infliger la torture d'une pareille enquête?
LE DUC, avec force.
Ce qu'elle a fait? Elle a passé la nuit ici à te veiller, aprèsl'avoir trouvé là y blessé, évanoui, mourant, tandis que moi,^