ACTE QUATRIEME
éperdu, j'allais chercher des secours que je n'ai pas trouvés, et qui n'eussent pas valu les siens! Si ma parole ne vous suffît pas, ma mère, interrogez cet honnête homme qui est là (montrant Pierre) et qui a le droit d'y ôtre !
LA MARQUISt:.
Ali ! qu"ai-je fait !
Vous avez cru à la délation d'une personne...
LA MARQUISE
Elle croyait dire la vérité, (s'avançant.) Mademoiselle de Sainl- Geneix, je n'ai jamais douté de votre honneur!
CAROLINE
Pardonnez-moi, madame, vous avez douté de m*i droiture.
LA MARQUISE
La réparation que j'ai à vous offrir...
CAROLINE
Je n'en puis accepter aucune!
LA MARQUISE
Caroline, voilà une parole cruelle ! (Eiie tombe sur le canapé.;
CAROLINE
C'est qu'on a été cruel aussi envers moi, madame la marquise. Je sais que les malheureux ont mauvaise grâce à se plaindre. Il y en a tant qui manquent de courage et de fierté, c'est tant pis pour ceux qui n'en manquent pas : tous doivent être soupçonnés. Quel était mon crime, à moi? Je suis ici pour travailler, et je travaille; je ne me mêle de rien que de faire mon devoir, sans jamais me plaindre de mon sort. Je ne recherche l'amitié et la confiance de personne. On veut malgré moi me deviner, me connaître, lire dans mon cœur, le troubler, le déchirer, le sommer de se rendre! et, quand on croit avoir vaincu ma fierté, on me fait comparaître devant un tribunal, on m'interroge, on m'interprète, on scrute les pensées qu'on m'attribue,
et l'on me jette à la tète de celui dont on me suppose éprise! et cela, parce qu'on ne daigne pas supposer que je puisse avoir un service à rendre en secret, un devoir à remplir, un chagrin à épargner! (Fondant en larmes.) C'était pourtant bien simple à se dire. Ah! gardez vos réparations et rendez-moi ma liberté. Je ne demande pas que l'on me dédommage et que l'on me console; je demande que l'on m'oublie.
URBAIN
Ah! si votre orgueil est légitime, il est impitoyable... Je le disais bien, qu'on ne pouvait pas m'aimer. (n s'appuie derrif-re sa mère,
sur le dos du canapé.)
CAROLINE
Mon Dieu !
LA MARQUISE
Mademoiselle de Saint-Geneix, vous avez raison contre moi; j'ai oublié que le malheur, noblement accepté, est le premier des titres au respect. Ne me pardonnez donc pas. Mais voyez le désespoir de mon fils, et soyez grande! Sacrifiez-lui votre fierté!... Voyons, Urbain, elle veut que je me mette à genoux? Aidez-moi, mon fils! (Eiie se lève.)
CAROLINE, vivement.
Non!
LE DUC, à sa mère.
Oh! ma mère, pas cela; vous ne la connaissez pas.
LA MARQUISE
Caroline! ma fille, je t'en prie. (Elle retombe sur le canapé.) CAROLINE, tombant à ses pieds.
Oh ! ma mère !
URBAIN
Oh ! mon Dieu !
LA M.\RQUISE, tenant Caroline dans ses bras.
Dis-moi que tu l'aimes!