ACTE PREMIER
BRUEL
Je l'ai perdu de vue dans ces dernières années; depuis qu'il est médecin, il ne vient plus guère au Havre. Baudry m'a dit, en elTet, qu'il avait gagné beaucoup. 11 est possible qu'il se soit aniélioré.
M AD AMR GERVAIS
11 est possible ! Je le connais mieux que vous, moi qui ne l'ai pas perdu de vue et qui, depuis ma maladie, le vois tous les jours. Je vous répète que c'est le jeune homme le plus dévoué, le plus fier, le plus intelligent...
BRUEL
Un ange, si vous voulez ! Mais c'était un diable. On en pouvait si peu venir à bout, que je conseillais à Baudry de l'embarquer.
MADAME GERVAIS
Par exemple !
Mais Baudry me disait : Je ne suis pas son père. — Si vous ne lui êtes rien, alors qu'est-ce qui vous oblige à vous charger de lui? — Je n'ai jamais pu m'expliquer pourquoi Baudry s'obstinait à faire du bien à un garnement qui ne lui rendait que du mal.
AND r. É E .
C'était peut-être pour cela!
BRUEL
Comment! parce qu'il ne lui rendait que du mal?
MADAME GERVAIS
Oui! Je comprends l'idée d'Andrée. C'est évident!
16 JEAN BAUDRV.
BP.LEL.
Vous comprenez qu'on garde un enfant étranger parce qu'il est méchant?
MADAME GERVAIS
Sans doute! Un enfant qui est méchant... eh bien, il était méchant quand on l'a pris... et, puisqu'on l'a pris méchant... ^'importe! je le comprends.
Je n'ai pas votre intelligence. (Regardant la pendule.) Une heure un quart! Ma foi! votre médecin ne vient pas, je cours chez Vincent.
MADAME GERVAIS, se rappelant vaguement le nom.
Vincent?
BUUEL.
Oui, celui que j'attendais. Je ne comprends pas qu'il ne soit pas venu, ou qu'il n'ait pas envoyé. 11 m'avait promis absolument.
MADAME GERVAIS
Vincent? attendez donc ! (Elle prend les cartes sur la table et cherche; ne trouvant pas la carte de Vincent, elle finit par s'apercevoir qu'elle s'en est servie pour sa laine.)
Eh bien ?
MADAME GERVAIS
Ce>t amusant! il va falloir que je défasse ma laine! Vous êtes insoutenable !
BRUEL
Vous me querellez, donc vous avez un tort envers moi.
MADAME GERVAIS
Vous êtes impossible !