‹ Le marquis de VillemerChapitre 144 sur 197 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JEAN BAUDRY, OLIVIER

JEAN BAUDRY

A nous deux! — Pourquoi m'évites-tu?

OLIVIER

Je ne vous évite pas.

JEAN BAUDRY

Non, et même, en me revoyant, après cinq mois, tu m'as sauté au cou.

OLIVIER

Mon bienfaiteur! (n se jette dans ses bras.)

Enfin! A présent, causons. Tu as un chagrin.

OLIVIER

On vous a dit?...

36 JEAN BAUDRV.

JEAN BAUDRY

On m'a dit que tu doutais de tout le monde , que tu n'étais plus médecin, que tu voulais devenir riche, que tu étais très-mécliant. Or, il y a deux espèces de méchanceté : celle des méchants, qui est de la méchanceté, et celle des bons, qui est de la souffrance. Où as-tu mal?

OLIVIEn.

Kulle part.

JEAX BAUDRY.

C'est-à-dire partout. Le cas est sérieux. — Pourquoi veux -tu être riche?

OLIVIER

Quand ce ne serait que pour m'acquitter envers vous.

JEAN BAUDRY

Ingrat!

OLIVIER

Oh ! je ne veux pas dire que je pourrais m'acquitter avec de l'argent. Ce que vous avez été pour moi, rien ne le payerait. Yous avez été un frère aîné, — non, bien plus, car un frère est obligé par le sang, et moi, vous pouviez me laisser sur le pavé de la rue. S'il y a jamais une action de ma vie ou une pensée de mon esprit qui oublie ce que je vous dois, que cette action ou cette pensée soit maudite! Oui, je serais le plus misérable des ingrats si je vous disais : vous m'avez secouru, vous m'avez élevé, vous m'avez aimé, c'est tant; votre bonté, c'est tant; votre cœur, c'est tant; voilà le total, nous sommes quittes. Mais mon éducation ne vous a pas dépensé seulement de l'affection. Maintenant que, grâce à vous, j'ai les moyens de gagner plus que ma vie, vous ne pouvez

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