‹ Le marquis de VillemerChapitre 147 sur 197 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

JEAN BAUDRV.

Non! Dieu soit loué, tu n'as pas signé! Tu ne signeras pas; je te déciderai. Nous en reparlerons; mais dans ce moment je dois retourner au Havre. Dès que je pourrai, je reviendrai ici. Promets-moi seulement de ne rien terminer jusque-là.

OLIVIER

Si je ne signe pas aujourd'hui , mon prêteur se retire.

JEAN BAUDRY

Tu en trouveras un autre.

OLIVIER

Vous disiez tout à l'heure qu'on ne trouvait pas facilement des prêteurs de vingt mille francs.

JEAN BAUDRY

Celui-ci attendra. Je reviendrai dans deux ou trois jours.

OLIVIER

Il m'a donné jusqu'à ce soir; alors, il disposera de ses fonds.

JEAN BALDRY.

Olivier, je suis obligé de retourner au Havre. A l'instant même. Obligé absolument. Tu ne peux pas admettre que, moi qui t'aime, et qui vois où la souffrance t'entraîne, je te laisserai faire tranquillement, et que je m'en irai là-bas pendant que tu mettrais sur une carte tes onze ans de travail, ta profession, ta liberté, ta réputation, ta conscience! Non! Tu me condamnerais donc à rester. Et, je te le dis, il est nécessaire que j'aille au Havre : j'y ai un devoir.

42 JEAN BAUDRY

OLIVIER

Allez au Havre.

Soit. Je reste.

JEAN BAUDRY

OLIVIER

Pourquoi? Votre présence ne changera rien à ma résolution.

JEAN BAUDRY

Oli ! ici , je ne te lâcherai pas un instant. Je m'installe chez toi ; tu ne me mettras pas à la porte , et il faudra bien que tu me tiennes compagnie. Puisque tu n'es plus médecin, tu n'auras pas de visites à faire. Mais non , tu ne me forceras pas de rester. Tiens, je ne te demande que quarante-huit heures. Mon enfant , la chose qui me réclame n'est pas mon secret, mais sache qu'il s'agit de l'honneur d'un ami. Ça ne te suffit pas? Allons, il s'agit aussi de moi. Oh! je ne puis te dire ce que je n'ose pas me dire à moi-même. C'est encore si vague ! N'en exige pas davantage. Tu consens, n'est-ce pas? Non?

Olivier, tu m'aimes un peu? (Ollvier lul serre la main.) Eh

bien, si je reste, je manque l'occasion d'être heureux. Refuse maintenant.

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