‹ Le marquis de VillemerChapitre 153 sur 197 · ACTE DEUXIÈME. 5J · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. 5J

BUU EL.

Je ne les ai pas.

CAGNEUX

Ah ! vous ne les avez pas ? Eh bien ! il me les faut.

BRUEL

Vous les aurez ; mais donnez-moi un peu de temps. Je comptais sur ce navire; s'il était arrivé, ou si seulement il avait été assuré à temps, j'étais tranquille. J'expie cruellement la négligence d'un commis.

CAGNEUX

Il fallait faire vos affaires vous-même. Tout ça ne me regarde pas. Vous me devez de l'argent. Oui ou non, voulez-vous me payer ?

BRUEL

Je ne peux pas.

CAGNEUX

Eh bien ! moi, je peux vous faire mettre en faillite,

BRUEL

Ah!

ANDRÉE , à part.

Pauvre père !

CAGNEUX

En faillite! Oui, vous y serez! Je vous apprendrai si on emprunte pour ne pas rendre, et si on abuse de la confiance d'un honnête homme pour lui prendre dix mille francs dans sa bourse. Je me vengerai! La perte sera pour moi, mais le déshonneur sera pour vous !

BRUEL

Monsieur, il v a des faillites honnêtes.

52 JEAN BAUDRY

CAGNEUX

Allez dire ça à d'autres ! Est-ce que vous vous imaginez que je crois à votre commis? Il y a quelque chose là-dessous; comme c'est naturel qu'un commis oublie de faire assurer un navire ! Vous vous êtes peut-être entendu avec la compagnie, je ne sais pas, moi.

ANDRÉE

Mon père aura deux répondants.

CAGNEUX

Je serais curieux d'en connaître un.

ANDRÉE

Son retour ! Nous étions à Paris. Les faillis frauduleux s'évadent; mon père, lui, est revenu!

CAGNEUX

L'autre répondant?

ANDRÉE

Mon travail. Quand on me verra gagner laborieusement ma bouchée de pain, on ne soupçonnera pas mon père d'avoir été malhonnête pour que sa fille donne des leçons de musique.

CAGNEUX

Oui, on commence toujours comme ça : je travaillerai! je gagnerai mon pain ! Vous feriez bien d'en donner, des leçons de musique ! Pour courir le cachet, vous n'auriez pas besoin de toutes les dentelles et de tous les bracelets que vous vous êtes achetés avec notre argent.

Monsieur !

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