ACTE TROISIÈME
même la mort de son avenir, la plume ne lui tombera pas des mains? Oli! demain sera une journée terrible! Oh! quand il n'y aura plus un jour, quand il n'y aura plus une heure, quand la plume sera là, quand la séparation sera là, inévitable, immédiate, éternelle, Olivier, quelle force aurons-nous ?
Andrée, vous m'aimez!
ANDRÉE
Non!
OLIVIER
Si! vous avez dit )tous I
ANDRÉE
Non !
OLIVIER
"Vous l'avez dit ! Oh ! j'ai ce mot, et je ne le rendrai pas.
ANDRÉE
Vous oubliez qui j'épouse.
OLIVIER
Ah ! oui. — Pourquoi est-ce justement le seul homme auquel je ne puisse vous disputer? Et cependant, comment veut-on que j'assiste tranquillement?...
ANDRÉE
Vous voyez bien qu'il faut que vous partiez.
OLIVIER
Partir! oui, il le faut. Le bonheur est ici, va-t'en ! La porte du ciel est ouverte, referme-la ! Il y a des inté-
86 JEAN BAUDRV.
rets d'argent, c'est sacré. Ils ont arrangé un mariage ; avant eux, mon âge en avait arrangé un avec le vôtre ; mais c'est le mariage d'argent qui est le bon. Elle m'aime...
ANDRÉE
Non.
OLIVIER
Dieu me la donne, je la donnerai à un autre. Non, je n'aurai pas ce courage! je n'aurai pas cette lâcheté!
ANDRÉE
Je suis mariée.
OLIVIER
Non, je ne vous donnerai pas à un autre ! Je trouverai un moyen de tout concilier.
ANDRÉE
Ne rêvez pas l'impossible !
OLIVIER
L'impossible, c'est que vous m'aimiez et que je vous quitte; c'est que nous cessions de nous aimer parce qu'il y a eu un coup de vent quelque part sur la mer î
ANDRÉE
Monsieur Baudry est le bienfaiteur de mon père.
OLIVIER
C'est le bienfaiteur de tout le monde !
ANDRÉE
Olivier î
C'est vrai, je viens de dire une mauvaise parole. Je