ACTE TROISIEME
dois tout à monsieur Baudry, et je mourrais pour lui sans m' acquitter.
ANDRÉE
Vous pouvez vous acquitter aujourd'hui.
OLIVIER
Vous le voulez?
ANDRÉE
La reconnaissance le veut.
OLIVIER
Allons ! il vaut mieux souffrir que de faire souffrir. Ah! pourquoi est-ce lui? Au moins vous m'estimerez.
ANDRÉE
Oh! oui.
Je pars.
C'est bien !
OLIVIER
ANDREE
OLIVIER
Je vous assure que je ne suis pas mauvais au fond. Je fais ce que je peux. Mais c'est plus fort que moi, j'ai des accès de violence et de révolte. Cela tient au milieu dans lequel je suis né. Si vous me connaissiez, je suis une espèce d'àme fauve mal apprivoisée. Quand je souffre, ça me revient. J'aurais plus besoin qu'un autre d'être heureux. Si mon espérance avait été possible, avant de vous épouser, je vous aurais raconté mon enfance, oui, tout entière ! et je n'aurais pas eu peur que ma confession vous détournât de moi. Je suis certain qu'au contraire vous n'y auriez vu qu'un motif de m'être plus sympathique, et que c'eut été une tentation digne d'un cœur comme le
88 JEAN BAUDRY
vôtre de me protéger contre moi-même et de me faire bon tout à fait.
ANDRÉE
Pourquoi dire cela maintenant?
OLIVIER
Vous avez raison. Votre main?
ANDRÉE
La voilà.
OLIVIER
Étes-vous contente de moi?
ANDRÉE
Je n'oublierai jamais ce que vous faites dans ce moment. Du courage!
OLIVIER, lui quittant la main.
Soyez heureuse! (Andrée sort. — Jean Baudry entre.)