ACTE TROISltMF
U R 11 A I N , se levant.
Elle se dit, je présume, que notre mère s'opposerait...
LE DUC, passant à droite.
Laisse-moi donc! ma mère ne fonde plus suj^ moi aucune espérance de gloire et de' fortune. C'est toi, quoi que tu en dises, qui satisferas son ambition par le grand mariage. Ah ! c'est comme ça; tu t'y décideras, c'est ton devoir! Te voilà passé chef de famille, mon cher Urbain; tu deviens l'aîné, l'espoir et l'avenir de notre maison. Moi , je fais oublier mes turpitudes en disparaissant de la scène du monde; je me marie humblement, et je fais une bonne fin dont tout l'honneur te reviendra.
URBAIN
A moi ?
LE DUC
Oui, ingrat! sans loi, je serais encore sous mon arbre, rêvant à des péronnelles, et attrapant des rhumatismes! Songe donc, quelle différence à présent! une chaumière et un cœur! car j'aurai une chaumière, à deux pas d'ici, au bout du parc. J'ai le moyen de vivre en paysan. Je me ferai peut-être laboureur, moi, je ne sais pas; sî c'est amusant! ça ne doit pas être bien difiicile. En un mot, je deviens ui s;ige; aussi, quand tu auras besoin d'un conseil, j'espère que tu viendras me trouver.
C'est charmant! Alors, lu es sûr de plaire à mademoiselle de Sainl-Geneix ?
LE DUC
Parbleu ! Je vas être si aimable! D'ailleurs, je compte sur toi pour lui inspirer une grande confiance en moi.
URBAIN
D'ici à un quart d'heure?
LE DUC
Il y a trois mois qu'elle nous connaît. Le monde a élé fait en sept jours; c'était bien plus compliqué.
URBAIN
Il ne t'en faudra pas tant pour changer d'avis.
LE DUC
Je ne changerai plus d'avis.
URBAIN
Jamais ?
LE DUC
Jamais!... jamais!... On ne peut pas répondre à ça! Tu me poses des questions... Enûn, me voilà fixé pour un bon bout de temps.
URBAIN
Eh bien, il faut commencer par en parler à notre mère !
LE DUC
Non pas, non pas ! elle n'entend rien aux préliminaires ; elle y met trop de solennité; c'est ce qui fait que ton mariage n'avance pas ; moi. je veux que le mien marche à la vapeur. Je commence par plaire à Caroline; dès qu'elle m'aimera, je te préviens, et c'est toi qui seras chargé de lui dire : « Mademoiselle de Saint- Geneix, vous aimez la campagne, la \ie simple; voulez-vous être duchesse, simplement, à la campagne?» Ce n'est pas plus malin que ça.
URBAIN, remontant à droite.
Allons ! que Dieu prologe mademoiselle de Saint-Geneix !
LE DUC , passant à gauche.
Tu doutes de moi? C'est absurde!
PIERRE, entrant par le fond.
Madame la marquise fait savoir à M. le duc et à M. le marquis que M. le comte de Duniéres vient d'arriver. ( ii reste au
fond. )
LE DUC
Diable ! il n'y aura pas moyen ce soir.
URBAIN
Tant mieux ! la nuit porte conseil !
ACTF TROIS II". MI-:. O'i
LE DUC
Mai?, si elle ne me conseille pas ce que je veux faire?... Viens-tu ?
URBAIN
Voir Dunières ? Oui, je te suis.
LE DUC
Dépùchc-loi. (a Pierre.) Au jardin?
PIERRE
Au salon, monsieur le duc. (lo duc son par le fond. )
Pierre, j'avais prié mademoiselle de Saint-Geneix... (caroune
entre par la galerie. — Pierre sort par le fond.)