Le martyologe de l'église du Japon
Nous comprenons sous ce titre un certain nombre de Confesseurs de la foi, et d'autres pieux personnages qui ont illustré TEglise du ; services et leurs vertus. Nous ux cent quatre- vingis, parmi ^ères Augustins, quatre Pères i Pères Franciscains, soixantela Compagnie de Jésus, et cinq
de) , Frère de TOrdre de Saint- ^e de Manille au Japon en 1602, a mission difficile et très la-
borieuse du Satsouma, et se voit contraint, par sa mauvaise santé, de retourner à Manille en 1607.
' *' A*CÀctfitÂltf(fN,XT£5LN, Chrétien très zélé et cousin de Bigenno Tchounagandono, prince de Bigen, gouvernait cette dernière province en 1600.
Il fut, cette même année, Tun des principaux capitaines de Tarmée des régents de Tempire qui s'étaient déclarés contre Daïfousama. 11 combattait vaillamment à Tavant-garde, lorsque la trahison le laissa seul avec une poignée d'hommes, au milieu de la mêlée. Il ne lui restait, d'après le point d'honneur japonais, pour ne point tomber vivant dans les mains de l'ennemi, qu'à s'ouvrir les entrailles et à s'immoler de ses propres mains. Mais comme il ne pouvait, en sa qualité de chrétien, commettre un pareil crime, il résolut de se précipiter au fort de la bataille pour y vendre chèrement sa vie, et s'il le fallait, s'y faire écraser par le nombre. Mais voilà que tout à coup il se rencontre face à face avec Caïnocami, prince de Bougen, son ancien ami, et celui-ci lui crie de se rendre et lui ojQfre merci. Acachicamon ne résista pas à tant de générosité, et bientôt Caïnocami obtenait de Daïfousama le pardon du vaincu. -^
Ce vaillant capitaine, s'étant rendu à Nangasaki pour y visiter l'évêque du Japon, voulut aussi y faire les exercices spirituels de saint Ignace; lorsqu'il les eut achevés, il parla de quitter le monde et demanda instamment d'être reçu dans la maison de la Compagnie de Jésus, mais les Pères lui remontrèrent qu'il était nécessaire à ses enfants dont l'alné n'avait encore que douze ans et qu'il pourrait faire beaucoup plus de bien dans le monde que dans la vie religieuse : à quoi finalement le pieux guerrier acquiesça. Caïnocami le prit* à son service avec trois cents personnes de sa suite. Il fut désormais, lui et les siens, l'exemple de la chrétienté du Tchicougen.
Au mois de novembre 1614, la guerre éclatait entre Daïfousama et Findeyori, fils de Taïcosama. Acachicamon fut l'un des trois principaux généraux du prince Findeyori. Des préparatifs immenses furent faits de part et d'autre, des batailles même engagées, mais ce fut le 9 juin 1614, que l'affaire décisive ent lieu, et, après de sanglantes vicissitudes, la science militaire de Daïfousama lui assura la victoire : c'était sur les hauteurs dominant Ozacca. Les généraux de Findeyori, et notamment Acachicamon, avaient fait des prodiges, car par quatre fois le corps d'armée du Chôgoun avait été rompu. Le vaillant général chrétien
vèrent une grande joie de Tarrivée des missionnaires, et ils s'empressèrent de profiter de leur ministère. Mais comme les païens aussi bien que les chrétiens continuaient à se porter en foule à Téglise pour assister aux instructions, le P. de Torrez jugea à propos de renvoyer Pierre d'Alcacéva aux Indes, afin d'informer les supérieurs des bonnes dispositions que montrait le peuple japonais pour recevoir les vérités de la foi, et de la nécessité d'y répondre par un plus grand nombre d'ouvriers évangé- Kques. Le 15 février 1553, Pierre prenait à Founaï les lettres que le prince Civandono adressait au vice-roi des Indes, et bientôt s' étant embarqué à Firando, il faisait voile pour Goa. Arrivé dans cette ville, le pieux Frère s'aquitta si bien de sa commission auprès du P. Melchior Nunez, provincial de la Compagnie de Jésus dans ces contrées, que celui-ci résolut de se rendre lui-même au Japon.
Alméïda (Louis d'). Prêtre de la Compagnie de Jésus. Né d'une noble famille portugaise, Louis d' Alméïda quitta de bonne heure les études et passa aux Indes pour réparer par le négoce ce qui lui manquait du côté de la fortune. Dieu avait d'autres vues sur lui; car Louis venu au Japon en 1556 avec le P. Mel-
b LE MARTYROLOGE DU JAPON
chior Nuùez, y fut admis dans la Compagnie de Jésus par ce Provincial, alors qu'il avait à peine trente ans. Avant d'entrer dans la vie religieuse, il avait employé cinq mille écus qu'il avait apportés des Indes, à bâtir dans Founaï, capitale du Boungo deux hôpitaux, l'un pour les lépreux, et l'autre pour les enfants que leurs parents ne pouvaient pas nourrir.
Cet admirable serviteur de Dieu mourut en 1584, dans TUe d'Amacousa, trois ans après qu'il eut reçu à Méaco les ordres sacrés. Il n'avait guère que cinquante-neuf ans, mais il était si cassé qu'on lui en aurait bien donné quatre-vingts. Plusieurs années avant sa mort, son corps n'était plus qu'un squelette vivant; aussi n'y avait-il guère de contrée au Japon que ce zélé missionnaire n'eût parcourue dans l'espace de vingt-huit ans, avec des travaux inconcevables. 11 pouvait faire un dénombrement des dangers qu'il avait courus, assez semblable à celui que l'Apôtre des nations a fait des périls où il s'est trouvé, et l'on ne conçoit pas comment il a pu vivre si longtemps sans un miracle perpétuel. La mauvaise saison est rude au Japon, et le P. d'Alméïda fut obligé de passer plusieurs hivers, logé dans une cabane, tantôt sur le rivage de la mer, et tantôt sur le sommet d'une montagne, n'étant vêtu que d'une simple soutane tout usée. Les bonzes
mirent sa tête à prix, et les fidèles furent souvent contraints de lui donner des gardes. Au milieu de tant de risques et de fatigues, l'intrépide religieux jouissait intérieurement d'un repos inaltérable et nageait dans un torrent de délices.
Le ciel, dans plusieurs occasions, donna à Louis des marques évidentes d'une protection particulière. Un jour qu'il avait été pris par des pirates, il fut laissé dépouillé de tout vêtement et seul dans une barque qui n'avait ni voile, ni rames, ni gouvernail. Il demeura ainsi vingtquatre heures en pleine mer, exposé à un vent de terre extrêmement froid, toujours entre la vie et la mort, les vagues le menaçant à tout instant de l'engloutir. Enfin comme si un ange avait conduit sa barque jusqu'au rivage, il y aborda avec la même facilité que s'il eût eu à son service les plus habiles rameurs de la côte.
Parmi les vertus qu'on admira dans cet incomparable ouvrier, une des plus remarquables fut une douceur mêlée de grandeur d'âme, qui en même temps lui gagnait les cœurs, et lui conciliait le respect. Il savait surtout s'attirer l'estime et la confiance des grands, et de tous les princes et seigneurs auxquels il avait eu occasion de faire connaître Jésus-Christ, et il n'y en avait aucun qui ne lui témoignât une considération plus qu'ordinaire.
Sa prudence paraissait surtout dans le discernement des esprits, et dans les mesures pleines de sagesse qu'il prenait pour donner aux églises qu'il fondait une solidité à toute épreuve. Enfin, outre les cures surprenantes que son habileté dins la médecine et la chirurgie lui donna lieu d'opérer, la pureté de sa foi et Féminence de sa sainteté lui méritèrent de guérir, par des remèdes surnaturels, les maladies qui se trouvaient beaucoup au-dessus des forces de Tart.
Alvarez, Antoine, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il naquit à San Gonzalo de Amorante, dans le diocèse de Braga, en Portugal, exerça pendant quinze ans les fonctions de missionnaire au Japon, et mourut à Manille, le 12 mars 1615, à Tâge de soixante-trois ans.
André, d'Arima, Prince d'Arima. Il était fils et successeur de Chengandono, et il avait pour frère Soumitanda, seigneur d'Omoura. Ayant appris le baptême de Sébastien, fils cadet de Civandono, prince de Boungo, qui eut heu au mois de décembre 1575, cette nouvelle fit sur lui une si grande impression qu'il écrivit surle-champ au F. Louis d'Alméïda de venir le
trouver. Le Frère se rendit aussitôt à Arima, et dès qu'il y fut arrivé, le prince lui dit qu'il sentait bien que le temps était venu de se rendre à la grâce divine qui le sollicitait plus \dvement que jamais ; il ajouta que, depuis qu'on Feut informé de la conversion de Sébastien, tout ce qui jusque-là l'avait empêché de suivre l'inspiration du ciel, s'était complètement évanoui, et il supplia le missionnaire de le mettre au plus tôt au nombre des adorateurs du vrai Dieu. Louis d'Alméïda agréablement surpris d'entendre le prince parler de la sorte, s'empressa d'achever son éducation religieuse, et puis il lui conféra le baptême sous le nom d'André. L'un des premiers soins du prince devenu chrétien, fut de convertir en église le principal temple de sa capitale, et d'en destiner les revenus à l'entretien du culte catholique et aux besoins des missionnaires. Il se préparait à donner de plus grandes marques de son zèle, lorsque Dieu, content de ses désirs, l'appela à lui pour le récompenser de ce qu'il avait déjà fait pour sa gloire, et de ce qu'il avait dessein de faire dans la suite pour l'établissement de la religion dans ses Etats.
André, d'Ariye, Confesseur de la foi. Pendant la persécution qui sévit à Ariye, en Arima, au
mois de mars de Tannée 1627, un jeune chrétien de seize ans, nommé André, se tint au milieu d'un brasier durant Tintervalle de vingt Ave Maria, Mondo, l'orgueilleux persécuteur, ne pouvant souffrir cet acte héroïque, frappa le jeune André avec son bâton et le renversa par terre. Mais Dieu avait manifesté sa puissance, car le jeune homme affirma qu'il n'avait point ressenti de douleur, et qu'il lui semblait seulement que ses pieds s'étaient engourdis.
André, de Facata, Confesseur de la foi. André était un gentilliomme japonais qui avait été baptisé à Amangoutchi par le P. Cosme de Torrez. Ayant appris que les missionnaires s'étaient établis à Facata, dans le Tchicougen, pour y faire un cours d'instructions, il quitta tout ce qu'il possédait à Amangoutchi, et sans prendre congé du seigneur dont il était le vassal, et qui d'ailleurs était l'ennemi des chrétiens, il vint avec toute sa famille à Facata, et s'y fixa même près de l'église, pour mieux satisfaire sa dévotion. Cette dévotion était grande, il prenait toutes les nuits la discipline et il arriva même que le jeudi saint de l'année 1559, après qu'on eut porté le Saint-Sacrement au reposoir, il fit lui-même, sur le mystère de la Passion, un discours qui i ravit tous les
assistants, mais ce qui ne les édifia pas moins, ce furent les sanglantes rigueurs qu'il exerça ensuite sur lui-même pour participer à cette divine passion.
C'est par de tels actes de piété que le noble gentilhomme se disposait à la sainte communion qu'il reçut avec beaucoup de ferveur le jour de Pâques et aussi à la mort qu'il souffrit environ dix jours après. Des factieux ayant alors tout changé dans la ville de Facata, le seigneur dont André était le vassal, en profita pour le faire assassiner. Averti que les bourreaux approchaient, et sachant bien que c'était plutôt le chrétien fidèle que le vassal infidèle qu'ils voulaient punir, André ne voulut point se mettre en défense. Aussi, quand il les vit se précipiter sur lui, il se jeta à genoux, et levant les mains au ciel, il pria pour ceux qui ne tardèrent pas à lui arracher la vie.
Anselme, Seigneur japonais. Ce seigneur fut l'une des personnes de qualité qui, dans l'année 1553, reçurent le baptême à Founaï, capitale du Boungo : ce fut le P. Balthasard Gago qui le lui conféra sous le nom d'Anselme. Celui-ci, qui possédait un château important près d^un beau port, ressentit en cette circonstance une si grande joie, qu'il voulût la faire partager à
ceux qui dépendaient de lui ; c'est pourquoi il supplia le Père de venir au plus tôt dans son domaine pour y prêcher Jésus-Christ. Le missionnaire se rendit à ses désirs, et ce ne fut pas en vain, car quelque temps après son arrivée, il donnait le baptême à Tépouse d'Anselme, à ses enfants et à un grand nombre de ses sujets .
Antoine, Japonais, IlfutTun des deux serviteurs qui accompagnèrent Angeroo, ou Paul de Sainte-Foi, dans ses voyages. Il reçut le baptême en même temps que son maître, à Goa, le 29 novembre 1548. Saint François Xavier trouva dans le maître et dans les serviteurs de si grandes dispositions pour la vertu, qu'il leur fit commencer, aussitôt après leur baptême, les exercices spirituels de saint Ignace, sous la direction du P. Cosme de Torrez. Pendant les trente jours que dura cette retraite, il est étonnant avec quelle profusion le ciel communiqua à ces fervents néophytes ses faveurs les phis singulières : le saint en était lui-même dans l'admiration. Arrivé au Japon avec l'apôtre, le 15 août 1549, Antoine y persévéra dans sa ferveur première et parvint en peu de temps à une éminente sainteté.
Antoine, de Firando, Seigneur des lies Tacouchima et Ikitsouki, en Firando. En Tannée 1556, Tacouanombo, prince de Firando, ayant demandé des missionnaires, le P. MelchiorNufiez, provincial, lui envoya le P. Balthasard Gago, le F. Jean Fernandez et Paul d'Amangoutchi.
Ceux-ci furent très bien accueillis, et la prédication évangélique donna bientôt des fruits abondants. Le premier qui se rendit à la vérité fut un seigneur, proche parent du prince : il fut baptisé avec beaucoup de solennité sous le nom d'Antoine, ainsi que son épouse et son fils aîné ; elle, sous le nom d'Isabelle, et le fils sous celui de Jérôme. Le seigneur Antoine conduisit les missionnaires dans les deux îles qu'il possédait, et il les seconda si bien, en instruisant lui-même ses vassaux, qu'en moins de deux mois on comptait dans ces lies jusqu'à quatorze cents chrétiens, pour lesquels il fit bâtir plusieurs égUses àses frais. Désormais son zèle ne connut point d'obstacles, et il sut triompher des difficultés que les bonzes ne manquaient pas de lui susciter.
En 1561, dans la petite île de Tacouchima, on comptait cinq cents chrétiens et seulement huit païens. Il ne venait pas de missionnaire en Firando qu'il ne s'empressât de lui donner
l'hospitalité, et il l'aidait de tout son pouvoir. Un bonze très influent ayant fait chasser le P. Viléla, et abattre quelques croix, Antoine, qui avait vivement ressenti cet outrage, sut attendre une occasion favorable pour faire châtier le coupable. Elle se présenta en 1564. A cette époque, le prince de Firando eut une guerre importante à soutenir et il choisit Antoine, dont il connaissait l'intelligence et la bravoure, pour lieutenant-général de son armée. Le seigneur dlkitsouki consentit à tout ce qu'il lui demandait, mais ce fut à la condition expresse qu'il bannirait de ses terres le bonze insolent qui, en toute circonstance, se montrait l'ennemi acharné des chrétiens. Le prince, qui n'en ignorait rien, et qui, d'ailleurs, n'aurait pas voulu se priver des services d'Antoine, satisfit à ses justes désirs. Mais l'année suivante, les bonzes de Firando ayant fait enlever la croix du cimetière des chrétiens, Antoine, qui se sentait attaqué personnellement dans cette affaire, protesta publiquement que si la croix n'était pas remise à sa place, il ferait brûler les temples et les maisons des bonzes de Firando; ceux-ci, qui savaient bien que le seigneur Antoine était assez puissant pour passer de la menace à l'exécution, ne perdirent point un instant pour rétablir la croix dans son premier état.
C'est en 1582 que le seigneur Antoine mourut aussi saintement qu'il avait vécu : il avait été jusqu'à la fin de sa vie la gloire et le soutien d'une chrétienté où l'on pratiquait des vertus, qui auraient fait honneur à la primitive Eglise.
Antoine, de Saint-Laurent. En 1603, l'église de Saint-Laurent, située à six milles de Nangasaki, était confiée à la garde d'un vieux chrétien, nommé Antoine. Cet homme simple et vertueux était privilégié de Dieu pour la guérison des malades. Il n'y employait d'autre médecine que l'eau bénite, en même temps qu'il récitait trois Pater noster et trois Ave Maria,
Araki, Prince de Tsounocouni et vassal de Nobounanga, entra, en 1579, dans une ligue formée contre cet empereur ; il espérait par là s'affranchir de sa domination; mais le succès fut loin de répondre à ses efforts. Ayant perdu Tacazzouki qui était sa principale forteresse, il fut contraint de se réfugier dans une autre; mais là il fut bientôt assiégé par l'empereur, et ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à lui échapper. Alors il courut s'enfermer dans
présumé de sa vertu, car pendant bien d( années, le F. Ariaz servit avec un parfait d( vouement les pauvres et les malades que l'o recueillait dans Fiiôpital de Boungo. Il vouli aussi donner des soins particuliers aux enfan que leurs parents donnaient aux missionnaire pour le service de la maison des religieux : ci enfants étaient surtout destinés à contribue par leur présence à la pompe des offices divim c'est pourquoi on leur enseignait non seulemei à lire et à écrire, mais encore à chanter en mi sique et à jouer de divers instruments, l piété que le bon F. Ariaz savait leur inspire par ses exhortations et ses exemples, était profonde et si tendre, qu'ils faisaient Tadmir? tion de tout le monde, et même que Tun d'eu:
à peine âgé de treize ans, ne pouvait lire ] Passion de Notre-Seigneur sans verser de larmes abondantes.
Augustin, Frère de la Compagnie de Jésui Augustin, qui était Japonais, fut envoyé e 1362, avec le F. Jean Fernandez, dans l'île d Firando, pour y préparer les chrétiens à 1 réception des sacrements et à la visite prochain du P. Cosme de Torrez. Ils y furent accueil!
avec d'autant plus de joie qu'ils devaient diî
comme les hommes les plus éminents de leur secte, vint déjouer tous leurs calculs. Quelques mois après, le F. Augustin fut envoyé à Sacaï, et, de concert avec le F. Damien, il fit bâtir dans toute cette région un grand nombre d'églises.
Baéza. (Baptiste de), Prêtre de la Compagnie de Jésus, naquit à Ubéda, en Andalousie, et exerça d'abord le ministère des missions à Mozambique, à Goa et à Macao. Il passa au Japon en 1590, y devint, quelques années après, vicaire général de Mgr de Cerquiera, et demeura caché pendant la persécution de 1614. Il mourut à Nangasaki, le 7 mai 1626.
Ce Religieux, plein de vertu, était réputé surtout pour son union intime avec Dieu. Il y avait trente-six ans qu'il cultivait la chrétienté du Japon et que, comme une mère pleine d'amour, il l'abreuvait du lait de la doctrine évangélique. Il vivait au milieu des épreuves les plus douloureuses, et demeurait, pendant des mois entiers, enseveli vivant dans les profondeurs de la terre, afin de pouvoir ressusciter les morts spirituels. L'humidité de ces cavités profondes lui occasionna des infirmités très douloureuses dans les nerfs et les os de tout le corps, et le rendirent incapable de tout mouve-
ment; et on l'entendait souvent répéter ces paroles de saint Augustin : « Augmentez mes douleurs, Seigneur, et donnez-moi la patience! » Il vécut de la sorte une année entière, se faisant porter dans un cercueil, sur les épaules des chrétiens, à travers les villages et les hameaux. Sur le point de succomber à ses maux excessifs, il voulait qu'on le déposât à la porte du gouverneur Feizo, apostat et persécuteur, afin de remporter la palme et de mourir sur un bûcher. Mais la piété des chrétiens n'y pouvait consentir. 11 succomba enfin à la maladie, muni des sacrements de l'Eglise, dans les bras de ses fidèles qu'il laissait pleins de douleur. Il était âgé de soixante-huit ans, et avait quarante-sept ans de vie religieuse.
Les païens connurent sa mort et recherchèrent son corps, afin de le brûler. Le P. François Pachéco, Provincial, alors en prison, défendit de le conserver, et on l'enterra le plus secrètement possible.
Barajas (François de). Prêtre de l'Ordre de Saint-François, arrive de Manille au Japon, déguisé sous des habits séculiers, vers le mois de juillet 1619. Il se rendit l'année suivante à Ozacca, en compagnie du P. Jacques de Saint- François, Commissaire, et fut ensuite envoyé
par celui-ci dans la province de Wôchou qui comptait plusieurs chrétientés cultivées par les PP. Franciscains.
Barn^abé, Bonze renommé de Méaco, converti et baptisé à Amangoutchi, par le P. Cosme de Terrez, en Tannée 1553. Barnabe devint un personnage de très rare vertu : il s'occupait avec zèle des intérêts de la foi, et ne vivait, d'ailleurs, que d'aumônes et du travail de ses mains.
Barnabe, Confesseur de la foi. Barnabe, fils de pauvres Chinois, habitant de Cotchinotsou, et âgé de quarante-huit ans, fut cruellement torturé pour la foi, en novembre 1614. Il avait été au service de la Compagnie de Jésus un grand nombre d'années. Il mourut au bout de cinq ans. (Voir V. Chinyémon Matthieu.)
Benoît, Gouverneur de Sacaï. Benoit était le fils aine du seigneur japonais Biousa, et le frère de Tamiral Augustin Tsoucamidons. Il fut baptisé probablement en même temps que son père en 1584. Riousa, qui gouvernait la ville de
de la langue japonaise. Au bout de quarante jours, ils y avaient déjà fait de si grands progrès qu'ils purent commencer à prêcher en public; et il arriva que Dieu bénit tellement leurs discours que, peu de temps après, un grand nombre des habitants de Cangochima demandèrent le baptême. Le premier qui le reçut fut un homme de condition ordinaire, et dénué, d'ailleurs, des biens de la fortune. On lui donna le nom de Bernard, et il se rendit par la suite illustre par son zèle et par sa piété. Après qu'il eût accompagné l'Apôtre dans ses voyages et contribué à la fondation de l'Eglise du Japon, Bernard s'embarqua avec lui pour les Indes, le 20 novembre 1551. Le séjour qu'il fit à Goa ne fut pas de longue durée, car sur Tordre du Saint, il passa bientôt en Europe et alla jusqu'à Rome; puis s'étant retiré en Portugal, il y entra dans la Compagnie de Jésus, et finit saintement ses jours au collège de Coïmbre.
BoTA, Augustin, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Japonais. Augustin avait déjà rempli les fonctions de catéchiste, lorsque Mgr Martinez, considérant ses heureuses dispositions, l'envoya à Manille pour y faire ses études. Il revint toutefois au Japon avant d'avoir été ordonné prêtrcj et il reprit jusqu'en 1614 ses fonctions
de catéchiste ou de dogique comme auparavant. Mais à cette époque, étant retourné à Manille, il ne tarda pas à y recevoir les ordres sacrés; il avait alors cinquante-huit ans. Ayant essayé vainement de rentrer dans sa patrie, ce généreux serviteur de Jésus-Christ se consacra jusqu'à sa mort au ministère des Japonais, des Indiens et des nègres : il imitait dans sa vie Taustérité des Pères du Désert. Il mourut, accablé d'infirmités, à Marinduque, le 18 novembre 1631.
BouNGO, Louis. Il mourut de misère pour la foi, dans les environs de Nangasaki, le 28 janvier 1628.
Cabioyé, Thomas. Il était officier de la maison militaire de Michel, prince apostat d'Arima.
Son refus persistant de vénérer un livre idolâtrique et ses protestations énergiques de fidélité envers Jésus-Christ le firent condamner à la peine de mort, mais on se contenta ensuite de Texiler : c'était en Tannée 1613.
Cabral, Jean, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Portugais. Ce père arriva des Indes au
Japon vers le mois d'août 1564. Il fut envoyé par le P. Cosme de Torrez à Tacouchima pour prendre soin des chrétiens de cette Ue et des lies voisines; mais au bout d'une année de ministère, sa mauvaise santé Tobligea de reprendre la route des Indes. Soumitanda, prince d'Omoura, qui avait pu apprécier ses belles qualités, regretta vivement son départ.
Cabral (François de). Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il naquit en 1528 à Covilhana, petite ville du diocèse de Guarda, en Portugal. Il voyageait dans TOrient et se trouvait à Goa, lorsqu'il entra chez les Jésuites, à l'âge de vingt-six ans. Son zèle pour les missions lui fît parcourir une grande partie des contrées de l'Inde et de l'Asie, et presque partout il exerça les premières charges de la Compagnie. Après avoir professé la philosophie et la théologie à Goa, et gouverné successivement plusieurs maisons de son Ordre dans l'Inde, il s'embarqua pour le Japon, où il arriva vers le mois de juin 1570, et où il remplit pendant plusieurs années les fonctions de Vice-provincial. De nombreuses conversions furent le fruit de ses longs et pénibles travaux. Il régénéra dans les eaux du baptême la mère, l'épouse et les enfants du prince d'Omoura, et l'exemple de ces illustres
prosélytes en fit une multitude d'autres. En 1575, il conféra également le baptême au second fils de Civandono, prince de Boungo, et, le 28 août de Tannée suivante, au prince lui-même. Ces conversions éclatantes entraînèrent celles d'une foule de Japonais, parmi lesquels on remarqua même un grand nombre de bonzes.
Quelques mois après, le P. François de Cabrai s'embarquait pour Macao, où bientôt il était chargé de diriger les nouvelles missions qui commençaient à s'établir en Chine. Il ne se contenta pas de pourvoir à tous les besoins de cette chrétienté naissante, il la cultiva luimême pendant plusieurs années. Rappelé à Goa, il y fut d'abord revêtu de l'autorité de Visiteur et de Provincial pour toutes les Indes, et ensuite il fut établi sijpérieur de la maison professe de Goa, et il la gouverna pendant trente-huit ans. C'est là qu'il mourut saintement le 16 avril 1609, à l'âge de quatrevingt-un an; il en avait cinquante-cinq de vie religieuse.
Caldéron, François, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père était né à Soria, dans le diocèse d'Osma, en Castille. Il arriva au Japon le 18 mars 1585. Outre les diverses missions
auxquelles il fut appelé à concourir, il fut chargé en particulier de l'instruction de la jeunesse. Il s'y employa d'abord à Founaï, en Boungo, puis il s'y consacra pendant dix ans au collège d'Arima ; il fut ensuite pendant dix autres années supérieur de la Résidence de cette ville. Ayant été exilé à Manille, il y mourut, dans la plénitude de ses jours et de ses œuvres, le 4 décembre 1618, à l'âge de soixantedouze ans. Il avait quarante-huit ans de Compagnie, et trente d'apostolat au Japon.
Cambioyé, Darie, fils de Barthelémi Wocano, et âgé de vingt-trois ans, fut menacé d'être dépouillé nu, promené sur un char, et soumis aux plus violentes tortures, s'il ne renonçait à la foi. Mais Darie ne se montra pas inférieur à son père, qui lui donnait l'exemple du courage. C'est pourquoi les gouverneurs le condamnèrent à la prison. On ne l'y retint que vingt jours, et on l'exila ensuite de la contrée :
c'était en 1612.
Camisama, Princesse d'Omoura. Devenu chrétien en 1563, et délivré enfin des embarras d'une guerre qu'il avait eu à soutenir contre
un puissant seigneur, Soumitanda. prince d'Omoura, tourna toutes ses pensées à la conversion de la princesse Camisama, son épouse.
Celle-ci avait entrepris de ramener le prince au culte des idoles, mais Dieu donna tant de force aux discours et aux exhortations de Soumitanda, que la princesse se rendit et se disposa sérieusement à recevoir le baptême. Il lui fut conféré avec beaucoup de solennité, en 1570, par le P. François de Cabrai, qui venait d'arriver au Japon. La conversion de la princesse avait été sincère, aussi continua-t-elle à remplir avec beaucoup d'édification tous les devoirs de la vie chrétienne. Elle était toujours animée des plus beaux sentiments de foi et de piété, lorsqu'en 1587, Soumitanda, son époux, fit une mort très sainte.
Campion, Zacharie, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il était né à Plaisance, en Italie. Il mourut à Nangasaki, en 1606, dix-sept jours seulement après son arrivée au Japon, à Tàge de trente-cinq ans. Il avait enseigné la théologie à Macao, et il était entré depuis seize ans dans la Compagnie de Jésus.
Canzoura, Thomas, mourut de misère pour la
foi, dans les environs de Nangasaki le 6 janvier 1628.
Garvalho, Valentin, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il fut nommé Provincial et Visiteur du Japon en Tannée 1611. Mgr Louis de Gerquiera, évêque du Japon, étant mort le 20 février 1614, des difficultés s'élevèrent alors entre les divers Ordres au sujet de Tadministration de Tévêché. Il n'existait pas de chapitre pour gouverner en la vacance du siège. Le P. Valentin Garvalho fut choisi d'un commun accord par les sept prêtres japonais séculiers, les seuls existant alors, et dont trois étaient curés à Nangasaki, pour être vicaire général et administrateur, jusqu'à ce que l'archevêque de Goa pourvût canoniquement à l'administration du diocèse. Quelque temps après, le P. Valentin écrivit au Souverain Pontife pour le supplier de pourvoir au siège vacant; ce fut le P. Gabriel de Mattos, envoyé à Rome comme procureur, qui fut le porteur de la lettre, laquelle était datée du 28 décembre 1614. Il y avait six ans que le P. Valentin Garvalho remplissait avec zèle et intelligence les importantes et difficiles fonctions dont il avait été chargé lorsqu'il quitta la mission du Japon. Il mourut saintement en 1631, dans la province de Goa.
Castro (Alfonse de) était fils d'un créole espagnol du Mexique. Il habitait à Nangasaki chez un chrétien nommé Michel, lorsque celui-ci fut arrêté par ordre du gouverneur Gonrocou : c'était pour avoir donné asile à plusieurs religieux récemment arrivés au Japon.
Alfonse eut beau déclarer qu'il n'avait point reconnu ces religieux pour tels, il n'en fut pas moins que Michel arrêté et mis en prison : ceci se passait en juillet 1619. Alfonse demeura quatre ans prisonnier; il endura de grandes souffrances, et se vit menacé continuellement d'être brûlé vif ou crucifié. Un jour qu'il avait été conduit avec d'autres prisonniers chrétiens devant le tribunal du gouverneur, une femme de qualité vint à les rencontrer, et jetant les yeux sur Alfonse qui marchait pieds nus et récitait son chapelet avec une dévotion d'ange, elle lui offrit une paire de chaussures, mais il la remercia, et l'assura que la pensée que Jésus-Christ avait été ainsi conduit devant les tribunaux lui inspirait une joie qui lui donnait de la force. Pour l'encourager dans ses épreuves et le récompenser de son admirable patience, le P. Jacques de Saint- François lui donna l'habit du Tiers-Ordre. Alfonse de Castro finit par être rendu à la liberté.
Castro (Gaspard de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Cet ouvrier infatigable et homme vraiment apostolique naquit à Braga en Portugal. Ayant été admis dans la Compagnie de Jésus, il y remplit bientôt les fonctions de coadjuteur temporel : il n'avait pas encore fait d'études. Comme il savait un peu de médecine, Mgr Sébastien de Moralez, premier évêque du Japon, remmena avec lui aux Indes, en 1588 ; mais cet évêque étant mort dans le voyage, le P. Pierre Martinez qui lui succéda,- voulut conserver le F. Gaspard, et ayant remarqué en lui un fonds de prudence extraordinaire, une profonde humilité, un grand zèle de la gloire de Dieu et une charité parfaite, il crut qu'il devait Télever au sacerdoce pour l'employer au salut des âmes. Il lui fit donc étudier le latin et la théologie morale et lui conféra les saints ordres. Le P. de Castro passa au Japon avec son évêque en 1596.
Lorsqu'en 1614, les religieux furent bannis du Japon, il demeura caché dans un navire, et la nuit il allait à Nangasaki pour assister et consoler les fidèles : ce qu'il fit pendant trois mois, jusqu'au jour où le navire ayant mis à la voile, il fut contraint de quitter le pays. Mais il y retourna quelque temps après sous un dégui-
sèment, n'étant connu que du capitaine qui avait consenti à le prendre à son bord. Dès qu'il eut débarqué, il se prosterna à terre, la baisa, et pleurant de joie, il se dévoua de nouveau à la mort et à toutes sortes de tourments pour le salut des pauvres infidèles. Il s'en alla alors à Ariye, près d'Arima, où il trouva de quoi exercer son zèle, car il y confessa plus de huit mille personnes. Après avoir cultivé la chrétienté du Tacacou, il passa dans la province de Fingo, portant, comme parle l'Ecriture, son âme entre ses mains, à cause du danger continuel où il était d'être pris par les satellites qui battaient la campagne.
Quelque grands que fussent ses travaux, il y en ajoutait encore d'autres, car il jeûnait continuellement, prenait tous les jours la discipline, ne quittait point le cilice et ne s'alitait jamais dans ses maladies : il voulait mourir debout, comme un généreux soldat, les armes à la main, sachant bien que les pénitences volontaires aident à porter celles qu'on ne peut ni ne doit çviter. Le P. François Pachéco, Provincial, ayant été arrêté, il se retira promptement dans une lie voisine habitée par des chrétiens ; mais il fut bientôt rappelé par ceux d' Ariye qui désiraient vivement sa présence. Pour le soustraire aux poursuites, les chrétiens d' Ariye le cachèrent dans une fosse si étroite,
qu'elle était, dit-il dans une de ses lettres, plus propre à recevoir un mort, qu'à loger un homme vivant. Il y souffrit de si grandes incommodités qu'il y tomba malade, et il dut y passer l'hiver sans feu, sans remèdes et sans les secours nécessaires à une personne mourante.
S' étant un peu remis, le P. de Castro fut obhgé de s'enfuir à une lieue de là dans un lieu appelé Nacayama, parce que la persécution était devenue plus cruelle depuis l'arrestation du P. Balthasard de Torrez; et parce qu'on visitait toutes les maisons, il fut porté comme un mort sur une claie daiis un bois voisin où il demeura un jour et une nuit, jusqu'à ce que les satellites fussent partis. Comme il était âgé et qu'il était nouvellement relevé de maladie, ces dernières épreuves l'achevèrent. Se sentant proche de sa fin, il fit appeler un Père de la Compagnie qui lui administra les derniers sacrements. Il mourut à l'âge de soixante-six ans, après avoir travaillé vingt-quatre au Japon avec un zèle infatigable. Le P. .Pachéco ordonna de mettre le corps dans un cercueil de cèdre et de le déposer en lieu sûr. C'est le 7 mai 1626, que Dieu avait appelé le P. Gaspard de Castro à la récompense éternelle.
CATHERINE, d'Omoura. Catherine, princesse
Catherine Riousa. Elle était fille de Riousa qui fut gouverneur de Sacaï, et sœur de Tamiral Augustin Tsoucamidono. Elle remplit pendant de longues années, conjointement avec sa mère, les fonctions de secrétaire auprès de l'impératrice Mandocorosama, la principale épouse de Taïcosama. Elle donna à la cour, avant et après la mort de cet empereur, de grands exemples de vertu, contribua à la conversion de plusieurs dames d'honneur du palais, et se montra insensible aux menaces et aux caresses dont on usa envers elle, au temps de la persécution, pour la rendre infidèle à Jésus-Christ. Elle était encore, en 1600, au service de l'impératrice dans le palais d'Ozacca.
Catherine, de Nangas^iki. Elle mourut de misère pour la foi, dans les montagnes de Nangasaki où elle s'était réfugiée, le 4 octobre 1627, à l'âge de soixante-dix ans.
Cerquiéra (Louis de) , Prêtre de la Compagnie de Jésus, puis évêque du Japon. Il naquit en 1S32 à Alvito, dans la province d'Alemtejo, en Portugal, entra dans la Compagnie de Jésus,
à l'âge de quatorze ans, fut reçu docteur en théologie dans l'Université d'Evora et désigné par ses supérieurs pour être chef de la mission que Philippe II envoyait au Japon. Il partit pour sa destination, après avoir été sacré comme évêque du Japon, à Lisbonne, en 1594, et débarqua à Macao Tannée suivante; il demeura longtemps dans cette ville à cause de la violente persécution de Taïcosama contre les chrétiens. Il arriva à Nangasaki le 5 août 1598, et c'est là qu'il fit habituellement sa résidence. C'est là aussi qu'il mourut le 20 février 1614, après une maladie qui dura trois mois, et qui lui avait été causée surtout par les épreuves terribles de son Eglise et la dispersion de son troupeau. Il était âgé de soixante-deux ans et avait gouverné pendant seize ans l'Eglise du Japon. 11 avait conféré les ordres sacrés à sept Japonais, et les ordres mineurs à trois. Parmi les prêtres, il avait créé quatre curés, et, des cinq paroisses de Nangasaki, il en avait confié trois à des Japonais. Ses vertus et en particulier la sagesse de son administration lui avaient concilié l'estime et l'affection des Religieux des autres Ordres ; tous les chrétiens pleurèrent sa mort. On lui fit des obsèques magnifiques, et son corps fut enseveli dans l'église de la Compagnie de Jésus. Il avait composé plusieurs ouvrages importants.
Cespédez (Grégoire de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père naquit à Madrid et arriva au Japon le 4 juillet 1377. Il exerça son ministère en diverses provinces et alla même jusqu'en Corée pour y assister les soldats japonais qui faisaient campagne dans cette contrée et qui étaient privés de tout secours spirituel, mais il travailla principalement dans la province de Bougen, et on peut le considérer comme le fondateur de TEglise, qui, par ses soins, y prospéra pendant longtemps. Yetsoundono, ancien prince de Tango, qui avait reçu en 1600 le Bougen et une partie du Boungo, aimait à prendre ses avis. Mais le cœur de ce prince ambitieux changea insensiblement dans les années qui suivirent, et il paraissait attendre la mort du vénérable Père, pour l'amour duquel il tolérait encore les chrétiens, afin de s'affranchir de toute retenue à leur égard. C'est en 1611 que le P. de Cespédez expira d'apoplexie en revenant de Nangasaki dans sa résidence de Cocoura. Sa mort fut instantanée, et sans rien dire autre chose que deux ou trois fois Deo gratiaSy il rendit son âme à Dieu. Il était âgé de près de soixante ans, et il y avait trente-quatre ans qu'il exerçait son ministère au Japon. Yetsoudono, qui avait déclaré qu'a-
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près le décès du P. de Cespédez, il ne voulait plus ni chrétiens ni églises dans ses Etats, ne permit même pas d'enterrer le Père dans ses domaines, et le vénérable corps fut porté à Nangasaki .
Cheya, Jacques, Confesseur de la foi. Jacques, d'une noble famille et médecin de profession, était né dans la province de Bigen. Il fut converti à Jésus-Christ par le général Jean Acachicamon et baptisé à Ozacca. Déjà il avait été dépouillé de ses biens et exilé deux fois pour sa religion, lorsque le 27 mars 1614, il fut arrêté à Sourounga et condamné comme chrétien à avoir les doigts coupés et le front marqué avec un fer rouge du signe de la croix. Ayant survécu à ces cruels traitements, Jacques tout mutilé demeura à Sourounga : le travail de sa femme et les aumônes des fidèles Faidaient à vivre
Chéyémon, Thomas Araki, Confesseur de la foi. Thomas était Tun des principaux wotonas ou chefs de rue de Cotchinotsou, en Arima. On Farrêta dans cette ville, le 22 novembre 1614, avec beaucoup d'autres chrétiens qui s'étaient présentés volontairement au tribunal, et il fut
condamné à la torture. On commença par Taccabler de coups, et puis on le suspendit k un arbre, avec la tête en bas, les pieds et les mains relevés, et une grosse pierre attachée sur le milieu du corps. Il demeura deux heures dans cet état : les yeux lui sortaient de la tête, et tout son corps était enflé. Le persécuteur Safioyé, gouverneur de Nangasaki, qui se tenait à quelque distance, envoya quelqu'un pour l'engager à céder. Thomas déclara alors que, souffrant à Texcès depuis une demi-heure, il avait douté de son courage et craint de ne pas résister, mais que Dieu lui avait remis en mémoire les tourments des martyrs de cette année même, lesquels étaient restés suspendus pendant deux jours entiers. L'ordre avait été donné de couper à Thomas les doigts des pieds, mais le président Gonzayémon révoqua cet ordre pour ne pas mécontenter Safioyé. Alors Thomas Araki Chéyémon fut porté de force hors du lieu où il avait été torturé, car on ne voulait pas achever de le tuer. Le généreux confesseur avait alors trente-neuf ans^ et il survécut à ces épreuves.
Chicaidono, Sanche, Seigneur d'Imori. En l'année 1564, le P. Gaspard Viléla baptisa, en même temps que deux bonzes célèbres, un
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kindono contre le Coubo, le meurtre du Coubo, Fintervention de Nobounanga, prince de Mino, en faveur de Cavadono Voyacata, frère du Coubo assassiné, et enfin le triomphe de Nabounanga qui finit paç s'emparer du souverain pouvoir. Bien des fois parmi tant de conflits et d'intérêts opposés, les missionnaires se trouvèrent dans rembarras, mais le seigneur Chicaidono était toujours là, par ses conseils, ses secours, et au besoin ses démarches, pour les en tirer. Rien ne pouvait décourager son zèle quand il s'agissait de procurer la gloire de Dieu, et lorsque, à son grand regret, le P. Gaspard Viléla eut quitté le Japon, il ne se montra pas moins dévoué envers les autres Rehgieux et se fit un devoir comme un bonheur de rendre les plus grands services aux PP. Cabrai, Froëz et Organtini. Les Pères de leur côté, ne manquaient pas, lorsqu'ils le pouvaient, de lui témoigner leur reconnaissance, en se rendant à ses invitations. C'était surtout aux jours de fêtes que leur présence attirait au fort d'Imori et dans l'Ile de Sanga la foule des chrétiens de tous les pays environnants, et on y accourait d'autant plus volontiers que le seigneur Sanche pourvoyait à tous les frais avec une générosité vraiment princière. On y remarqua particulièrement cette affluence en 1573, à l'occasion du Carême. En 1577, Chicaidono fit bâtir à Sanga une belle église, et il arriva, cette même année,
que les habitants de File, qui avaient jusque-là résisté aux exhortations de leur seigneur et à la grâce divine, reçurent le baptême : ils étaient au nombre d'environ quinze cents.
C'est vers cette époque que, ne voulant plus s'occuper que de bonnes œuvres et de la satisfaction de son âme, le seigneur d'imori laissa l'administration de son domaine à son fils Mancie, qui était un jeune homme doué de belles qualités, très pieux et très capable de succéder à son père. On le vit bientôt se mêler aux humbles et aux petits, pour leur venir en aide, les instruire de la doctrine chrétienne, et se faire ainsi volontiers le serviteur de ceux qui auparavant révéraient en lui leur seigneur et leur maître. Il allait aussi de temps en temps à Méaco pour conférer avec les Religieux, et ceuxci le visitaient souvent, reconnaissant qu'après Dieu ils lui étaient redevables de tout ce qu'ils avaient dans ces contrées.
Il semblait que la paix dont le pieux Sanche jouissait ne pût être désormais troublée, tant il se tenait à l'écart des choses du monde, lorsqu'il eut à subir une épreuve à laquelle il ne s'attendait guère. Et comment aurait-il pu s'y attendre? Il fut accusé, lui et son fils, auprès de Nobounanga, de vouloir livrer le fort d'Imori au seigneur Miokindono. Le dénonciateur avait si bien coloré la calomnie que l'empereur, d'a-
bord incrédule, puis bientôt incertain et inquiet, chargea Soucamadono, gouverneur de Cawatchi, d'examiner cette affaire de très près, et s'il trouvait les accusés coupables, de les punir de mort. Le gouverneur vit bien tout de suite de quoi il était question, et il résolut de sauver des innocents. Il avertit Sanche d'avoir k se retirer dans un autre fort, et puis il conduisit lui-même Mancie à la cour impériale. Alors Nobounanga, qui ne demandait pas mieux que de connaître la vérité, délégua deux de ses plus intimes officiers pour savoir de Mancie comment toute cette affaire pouvait s'expliquer. Le jeune seigneur n*eut point de mal à confondre la calomnie, et il le fit avec tarit d'évidence, que Tempereur, pleinement convaincu de son innocence, non seulement le renvoya libre, mais encore fit publiquement l'éloge de sa fidélité, et, pour l'en récompenser, augmenta ses revenus. Délivré désormais de toute inquiétude, le seigneur Sanche reprit en paix le cours de ses bonnes œuvres. Cette dernière épreuve avait contribué à le détacher plus encore de toute affection aux choses de ce monde, et il mourut aussi saintement qu'il avait vécu depuis le jour heureux de son baptême.
Chicatorà, Simon. La princesse de Boungo,
épouse de Civandono, avait un frère qui se nommait Cicatondono : c'était le plus riche seigneur, non seulement de la province, mais presque de tout l'empire. Une chose essentielle manquait toutefois à son bonheur, il n'avait point de fils, et il était sans espérance d'en avoir jamais. Pour réparer en quelque façon ce malheur, il adopta le fils d'un Counghe, qui n'avait encore que sept ans. Chicatora, c'était le nom de cet enfant, n'eut pas plus tôt paru à la cour d^Ousouki, qu'il attira sur lui les yeux de tout le monde : sa beauté, sa bonne grâce, ses manières nobles et aisées, son adresse dans les petits exercices auxquels on commençait à l'appliquer, enfin sa facilité à apprendre tout ce qu'on lui enseignait, charmèrent tellement le prince et la princesse de Boungo, qu'ils le destinèrent à devenir un jour l'époux d'une de leurs filles, et, dans cette vue, ils prirent un très grand soin de son éducation.
Comme les missionnaires étaient bienvenus à la cour, et que Civandono leur rendait de fréquentes visites, Chicatora prit l'habitude de les voir et de s'entretenir familièrement avec eux, et ainsi de goûter peu à peu la doctrine qu'ils enseignaient. Il lui arriva même d'aller chez les missionnaires, et comme tout ce qu'il voyait dans leur maison et particulièrement dans leur église, intéressait au plus haut point sa pieuse
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curiosité, il voulut en avoir Texplication, et se déclara très satisfait de tout ce qu'on put lui dire à ce sujet. Déjà Tenfant avait grandi, et sa vive intelligence lui avait fait découvrir où se trouvait le trésor de la vérité di\4ne. Un miracle dont Tadolescent fut témoin, et qui le frappa beaucoup, lui fît prendre la résolution d'étudier sérieusement la religion chrétienne. Il s'adressa donc au P. Cabrai à cet effet, et ce Père, ne voulant pas s'opposer à Taction visible de la grâce dans un cœur si bien disposé, n'hésita pas à confier son instruction à un jeune religieux Japonais très dévoué et très capable de mener abonne fin une pareille entreprise. DéjàChicatora avait fait de merveilleux progrès dans la science sacrée, lorsqu'un jour Cicatondono, qui ne s'était douté de rien, voulut savoir à quel dessein le jeune religieux venait si souvent dans son palais, et quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il apprit que c'était pour répondre aux désirs de son fils lui-même, qui probablement ne tarderait pas à se faire chrétien !
Quand la princesse de Boungo qui détestait les chrétiens plus encore que son frère eut été informée de ce qui se passait, elle entra dans une violente colère et décida sur-le-champ qu'il fallait employer tous les moyens propres à ramener son neveu au culte des idoles. En conséquence, des caresses, on passa aux mena-
ces, et des menaces aux mauvais traitements, mais comme Chicatora demeurait insensible à tous ces témoignages d'une prétendue tendresse, on renvoya dans le Figen pour Ty faire vivre dans un milieu où tout contribuerait à changer ses idées. On n'y réussit point, car lorsqu'il fut revenu, après quelques mois d'absence, on le retrouva aussi ferme dans sa foi qu'avant son départ. x\lors il ne fut rien dont on ne s'avisât pour le surprendre, pour le corrompre ou pour Tintimider. Mais Chicatora triompha encore une fois des efforts d'une malice vraiment diabolique, et bien mieux, quoiqu'il fût surveillé dans la dernière rigueur, il trouva le moyen de sortir du palais et de se rendre à l'église, où le P. Cabrai, admirant son intrépidité, lui conféra le baptême sous le nom de Simon; c'était en 1577. De retour au palais, le généreux néophyte, plein d'une force divine, ne manqua pas de proclamer son bonheur.
Cette nouvelle mit la princesse et son frère dans un véritable désespoir, mais voyant leur impuissance dans cette circonstance, ils parurent un moment se radoucir et cherchèrent à persuader Chicatora qu'il devait, ne fût-ce que pour un temps, dissimuler ses sentiments, mais malgré leurs instances, ils ne purent rien obtenir de lui.
Jusque-là Civandono avait gardé le silence,
mais enfin , fatigué de tant d'indignités, il déclara hautement que les chrétiens étaient sous sa protection, qu'il les avait toujours trouvés pleins de zèle pour son service, et que malgré tous les embarras qu'on leur suscitait, il ne changerait point de sentiments à leur égard.
Alors Chicatora eut la liberté d'aller où bon lui semblerait et l'on fut très étonné de le voir sortir de sa retraite dans un état qui faisait juger qu'on lui avait souvent refusé le nécessaire.
Cependant vint le moment, où Civandono résolut, conformément à l'usage, de se démettre du gouvernement de ses Etats en faveur de Yochimoune, son fils aîné; mais désirant auparavant voir accomplir le mariage de sa fille avec Chicatora, il en parla à la princesse qui refusa net son consentement, et bientôt engagea même Cicatondono à pousser son fils à bout, si celuici ne changeait de religion. Comme on trouva Chicatora plus ferme que jamais, on le chassa ignominieusement du palais de son père. Le saint jeune homme^ ravi d'avoir perdu sa fortune pour la cause de Dieu, se retira chez les missionnaires et leur dit avec un contentement, qui était peint sur son visage, que n'ayant plus de père, il venait se réfugier entre les bras de l'Eglise, sa mère. Les missionnaires Taccueillirent avec bonheur, le consolèrent, pourvurent à ses besoins et l'exhortèrent à attendre en toute
patience des jours meilleurs. Quand ces jours arrivèrent, la rentrée au pouvoir de Civandono , motivée par les fautes de son fils, la \ictoire du prince sur les Satsoumans qui avaient été battus dans le Fiounga, la répudiation de la sœur de Cicantodono, le baptême du prince de Boung-o et son nouveau mariage, avaient singulièrement changé la face des choses et par suite la situation personnelle de Chicatora, appelé désormais à vivre au milieu d'une cour chrétienne : c'était en 1578.
Voyant les affaires du Boungo en bon état, Civandono avait laissé de nouveau le pouvoir entre les mains de son fils, et s'était retiré dans le palais qu'il avait fait construire sur la frontière du Fiuonga, emmenant avec lui Chicatora. Il y avait déjà quelque temps que ce prince y goûtait un repos bien mérité, sous le regard de Dieu et dans la pratique des vertus chrétiennes, lorsqu'une nouvelle irruption des Satsoumans l'obligea à reprendre les armes, tant l'incapacité de Yochimoune dans les choses de la guerre lui inspirait d'inquiétude.
Sur le premier avis de l'invasion, Cicatondono fut envoyé avec de bonnes troupes pour arrêter le progrès de l'ennemi, et Civandono trouva bon que Chicatora allât servir sous son père, qui l'avait enfin reçu en grâce de bonne foi. Enhardi par les premiers succès, Cicatondono
n'attendit point le vieux guerrier, qui arrivait avec de grands renforts pour le soutenir; il engagea donc Faction; les soldats du Boungo se battirent bien, le général et son fils y firent des prodiges de valeur qui arrêtèrent quelque temps la victoire ; enfin Cicatondono fut environné d'un gros de Satsoumans qui n'étaient pas moins braves que leurs ennemis : on en avertit Chicatora, lequel accourut aussitôt au secours de son père et le dégagea; mais la retraite lui ayant été coupée, il fut quelque temps, par sa valeur, l'admiration des deux armées, jusqu'à ce que las de tuer, perdant tout son sang et ne pouvant plus tenir ses armes, ni se soutenir lui-même, il tombât mort, presque également regretté de ses ennemis et de ses propres soldats ; il avait alors seize ans (1579). Ainsi périt' Simon Chicatora, dont on peut dire que la ferveur et la constance furent pour toute l'Eglise du Japon un grand exemple, et pour le Boungo, une des principales sources des bénédictions que Dieu y répandit.
Chichan (Jacques de). Prêtre de l'Ordre de Saint-François. En 1614, les chrétiens de Nangasaki, prévoyant les malheurs extrêmes de la persécution qui commençait à sévir contre eux, se tournèrent vers Dieu, qui seul pouvait les
secourir. Pour obtenir miséricorde, on se livra publiquement aux exercices de pénitence les i plus pénibles, et les Religieux des divers Ordres organisèrent des processions. Les Franciscains firent la leur, les premiers, vers la fia ^ d'avril. Le P. Jacques de Chichan, leur Commissaire, après un discours très édifiant, lava les pieds à douze pauvres lépreux, et, après avoir baisé les pieds de ces infortunés, se dé- 3 pouillade sa robe, et, vêtu seulement d'un sac ou espèce de cilice, et la hart au cou, la têtei parsemée de cendres, se chargea d'une croix très pesante, et ordonna à un jeune enfant de le tirer par la corde. Les autres Franciscains le suivaient et tousse disciplinaient jusqu'au sang. Des religieux des autres Ordres, et le gouver- ^ neur lui-même, Antoine Toan, avec sa femmes et son fils, suivaient le cortège.
Chamachicodono, Bonze converti. Vers le commencement de l'année 1563, les bonzes de Méaco, irrités des progrès du christianisme, s'adressèrent au gouverneur Dakandono, chef de la justice, pour obtenir de lui le renvoi du P. Gaspard Viléla et des mesures de répression^ contre les chrétiens. Dakandono nomma alors deux commissaires pour faire une enquête c^é talent deux bonzes très influents, très atta-
chés aux superstitions de leur secte, et qui s'appelaient Chamachicodono et Cicontodono.
A cette nouvelle les chrétiens regardèrent leur cause comme perdue, et, sur leurs instances réitérées, le P. Viléla se retira à Sacaï.
Or, il arriva, sur ces entrefaites, qu'un chrétien, nommé Jacques et qui habitait dans le voisinage de Méaco, s'adressa à Dakandono, pour être payé d'une somme d'argent qu'il avait prêtée à un païen. Comme il plaidait sa cause devant le chef de la justice, Chamachicodono entra dans le prétoire, reconnut que Jacques était chrétien, et lui dit en riant : « Serais-tu chrétien? » Jacques lui répondit hardiment :
« Oui, je le suis, par la grâce de Dieu. » — « Et qu'est-ce donc qu'enseigne la loi chrétienne ? » ajouta le bonze. « Vous me faites-là, répliqua Jacques, une grande question, et j'avoue que je ne m'estime guère capable d'y satisfaire convenablement. Tout ce que je puis vous assurer, c'est que la religion chrétienne est la seule religion véritable et qu'elle est très sainte, c'est tout ce que je puis vous en dire. » Cependant le bonze ayant insisté pour en savoir davantage, Jacques fut alors comme rempli de l'Esprit de Dieu et parla si bien, que le bonze, après l'avoir écouté attentivement sans l'interrompre, lui dit : « Allez; et faites venir le P. Viléla pour me donner des explications, car, si vous qui n'êtes
qu'un Simple, avez dit néanmoins des choses s relevées, que sera-ce du maître qui vous a instruit? » et le bonze ajouta : « Vous seriez biei surpris, sans doute, si mon collègue Cicontodonc et moi, nous venions à nous faire chrétiens. »
Quand on eut averti le P. Viléla de la demande du bonze, il ne pouvait en croire ses oreilles, et comme les chrétiens de Sacaï, encore plus défiants, ne voulaient pas le laisser partir, le Père envoya le F. Laurent à Méaco pour savoir de quoi il s'agissait au juste, et en le quittant il lui dit que s'il n'était pas de retour dans quatre jours, on le considérerait comme mort. Le terme étant expiré et le Frère ne paraissant pas, le Père dépêcha aussitôt un courrier pour avoir de ses nouvelles. Ce courrier était déjà à mi-chemin de Méaco lorsqu'il rencontra le Frère qui revenait en toute hâte à Sacaï. A peine celui-ci y fut-il arrivé que les chrétiens accoururent en foule pour savoir ce qui s'était passé. Alors le F. Laurent leur dit que son voyage avait été, par la grâce de Dieu, aussi heureux que possible, et que de fait, les deux bonzes, gagnés à Jésus-Christ, n'attendaient plus que l'arrivée du Père pour être baptisés. En l'entendant parler ainsi, les chrétiens versaient des larmes de joie et rendaient grâces à Dieu.
Le P. Viléla fut bientôt à Méaco, et il y trouva
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les deux commissaires si bien disposés et déjà si bien instruits qu'il ne tarda pas à leur conférer le baptême. Comme il était facile de le prévoir, la conversion de Chamachicodono et de Cicontodono détermina un très grand nombre de païens à embrasser la foi. Les bonzes de Méaco en étaient outrés de colère, mais ce qui ajouta encore à leur violent dépit, ce fut la publication d'an important ouvrage que les illustres convertis avaient composé, de concert, non seulement pour exposer et défendre les vérités de la religion chrétienne, mais encore pour dévoiler au public les impostures de leurs anciens collègues. Cet ouvrage eut tant de retentissement que le Coubo lui-même voulut savoir ce qu'il contenait, çt quand il en eut pris connaissance, il déclara en être très satisfait. Comme les ennemis des chrétiens continuaient à intriguer contre les chrétiens, Chamachicodono engagea
i le P. Viléla à rendre visite à Miokindono, le
I personnage le plus influent deTempire, le Père le fit, et il n'eut qu'à se féliciter de la manière
I bienveillante avec laquelle ce premier ministre Taccueillit. Ce fut encore d'après le conseil de
I ce fervent néophyte que le P. Viléla osa bien demander au Coubo l'audience qu'il obtint de
I lui, et qui fut si favorable qu'elle rassura pleinement les chrétiens contre tout péril prochain
I de persécution.
Chingandono, Paul, Guerrier japonais. Chingandono était issu d'une très noble famille du Boungo. Etant encore païen et même très ennemi des chrétiens, il remarqua que chaque jour, à certaines heures, une dame chrétienne, sa voisine, se mettait en prières, sans jamais y manquer. 11 voulut en savoir la raison, et l'ayant interrogée longuement sur les choses de sa religion, il fut tellement satisfait des explications qu'elle lui donna que bientôt, docile aux inspirations de la grâce, il commença à apprendre en secret des prières chrétiennes et à porter sur lui quelques pieuses images. Vers ce temps son père le maria à une nièce du prince Civandono; la nouvelle épouse était païenne, mais elle avait à son service une fervente chrétienne, nommée Andréa et très zélée pour la gloire de Dieu.
Andréa vit bien tout de suite que son maître songeait à embrasser la foi, et qu'il ne s'agissait plus que de lui en faciliter les moyens; celle-ci prévint donc les missionnaires, et par suite Chingandono, se rendit auprès d'eux pendant la nuit pour se faire instruire, et quand il fut bien préparé, il reçut le baptême sous le nom de Paul. La mort de son père qui arriva peu après le mit en possession de fort beaux domaines : c'était en 1582.
Quatre ans plus tard, dans une guerre que les Satsoumans entreprirent contre le Boungo, Chingandono montra bien qu'on pouvait compter sur lui, car bien qu'ils fussent très supérieurs en nombre, les ennemis ne purent jamais, malgré des efforts incroyables, s'emparer de la forteresse dont le commandement lui avait été confié. Il est vrai que dans cette guerre^ les Satsoumans eurent d'abord de grands succès, mais le général Siméon Coudera, envoyé par l'empereur au secours du Boungo, ne tarda pas à les en faire repentir. Dans toutes ces circonstances difficiles, Paul ne manqua pas de se signaler par sa valeur et quelquefois aussi par une générosité vraiment chrétienne. Il avait été chargé d'assiéger une place du Fingo où s'étaient réfugiés les vassaux du prince de Satsouma, et Jean, seigneur d'Amacousa, qui en sa qualité de vassal du Fingo, avait été obligé d'entrer dans la ligue contre le Boungo. Vint enfin le moment où la place fut tellement serrée par ses ennemis qu'il n'y avait plus pour elle d'autre ressource que de se rendre à merci. Alors Paul; ayant été informé qu'il y avait quelques chrétiens dans cette place fit dire au seigneur qu'il n'avait qu'à sortir avec eux pour venir le trouver et qu'il leur ferait bon accueil. Mais le seigneur d'Amacousa s'y refusa, disant qu'il n'aurait jamais le cœur d'abandonner à leur malheureux
sort tant de soldats qui n'étaient pas- chrétiens, et qu'il devait mourir avec eux ; Paul fut vivement touché d'une si belle résolution, et ne voulant pas se laisser vaincre en générosité, il accorda à tous les assiégés la liberté et la vie. En 1388 Cambacoundono, cédant à de vils et perfides conseils se déclarait contre les chrétiens. A cette nouvelle, Yochimoune, prince de Boungo, toujours peu digne de son baptême, se troubla, et comme il craignait avant tout de perdre les bonnes grâces du souverain, il voulut, pour se les assurer, obliger tous les seigneurs chrétiens à lui prêter serment de fidélité, ea jurant par les Camis et les Fotokes, mais Paul lui déclara hautement qu'il accomplirait volontiers cet acte solennel en prenant le vrai Dieu à témoin, et pas autrement, et le prince finit par consentir à ne pas exiger davantage. Comme Paul se disposait à se rendre à Founaï pour donner sa signature, on vint lui dire que ses ennemis se proposaient de le faire assassiner dans le trajet; il n'en fut point ému et se accompagner par trois mille soldats, pour se défendre au besoin; le bruit courut bientôt qu'il s'avançait à la tête de huit mille hommes en sorte que venant à craindre pour eux mêmes, ses ennemis se hâtèrent de lui envoyer un courrier, pour l'informer que la feuille â signer devait lui être présentée dans sa propre
demeure, ce qui rendait son voyage jusqu'à la capitale tout à fait inutile.
Vers cette époque Yochimoune députa à la cour l'un de ses officiers les plus distingués pour saluer de sa part Cambacoundono, mais au retour d'Ozacca, cet officier ayant rapporté que le souverain avait fait de Paul Chingandono le plus bel éloge, et même ajouté que le prince de Boungo ne savait pas discerner les gens de mérite et moins encore profiter de leurs services, celui-ci, fort inquiet, crut qu'il se ferait sagement d'aller se présenter lui-même pour dissiper toute impression fâcheuse, mais l'accueil qu'il reçut à la cour fut si froid qu'il revint à Founaï la mort dans l'àme.
Il ne se découragea point néanmoins, car au commencement de l'année suivante, c'était en 1389, il envoya son fils à la cour pour offrir ses hommages au souveçain, le faisant accompagner par deux personnes de la plus haute noblesse, Gicatondono, son oncle, et Paul Chingandono lui même. S'il avait espéré que ce dernier, en raison de ses sentiments religieux, dont il ne faisait pas mystère, y perdrait quelque chose de l'estime qu'on avait pour lui, il s'était grossièrement trompé. En effet, Cambacoundono ayant été informé que le jeune prince de Boungo, Gicatondono, son oncle, ainsi que Paul Chingandono et deux autres seigneurs
attendaient dans Tantichambre le moment de lui présenter leurs hommages, il dit tout de suite et à très haute xoix : « Faites entrer sans délai Chingandono, le grand capitaine du Boungo, » et Tayant reçu avec beaucoup d'affabilité, il commença à raconter aux seigneurs qui l'environnaient quelques-uns des beaux faits de guerre de l'illustre capitaine. Il voulut faire plus encore pour Thonorer, car trois jours après ayant invité à sa table le jeune prince de Boungo, Paul seul fut admis à y prendre place avec lui.
Cette préférence que le souverain avait montrée pour Paul fit une blessure si profonde au cœur de Cicatondono, que ce seigneur une fois de retour fit tout ce qu'il put pour perdre le vaillant chrétien. Toute occasion était bonne quand elle pouvait servir à le décrier et à faire douter de sa fidélité; et enfin, poussé par ses mauvais conseils, Yochimoune alla jusqu'à enjoindre au grand capitaine, et cela sous peine de mort, de renoncer à sa religion. Mais Paul, avec la fermeté de caractère, dont il avait donné tant de preuves, lui déclara net qu'il n'en ferait rien. Le prince en fut vivement irrité, et il pensait déjà à prononcer la sentence capitale, lorsqu'un sage païen lui fit observer que tout le monde ne manquerait pas de trouver plus qu'étrange, que lui chrétien et fils de chrétien,
il fit mourir un chrétien, en outre, que Paul avait beaucoup de partisans et qu'il était homme à se défendre, enfin, que Cambacoundono pourrait bien lui savoir très mauvais gré de la mort d'un officier qu'il estimait comme l'un des plus distingués de l'empire. Ces considérations arrêtèrent le prince et désormais Paul ne fut plus inquiété.
Les deux expéditions en Corée fournirent à Chîngandono de belles occasions de montrer ses rares qualités militaires et sa réputation s'en accrut tellement que Cambacoundono, devenu Taïcosama, voulut l'en récompenser. Ayant appris en effet, que par suite de la déchéance du lâche Yochimoune, Paul avait beaucoup souffert dans ses intérêts, il s'empressa de le dédommager de ses pertes par un accroissement considérable de ses revenus. Le généreux capitaine en profita surtout pour secourir bien des chrétiens que la persécution avait réduits à une extrême misère.
La mort de Taïcosama qui arriva le 15 septembre 1598, le gouvernement des régents qui suivit, et enfin l'avènement au pouvoir de Daïfousama amenèrent dans l'empire tout un nouvel ordre de choses. Ce fut en 1601, que Foucouchimandono, prince d'Aki et de Bingo se fit un bonheur d'attacher à son service le seigneur Paul Chingandono. Quand le pieux et
Chongoro, Pierre. Au commencement d'avri 1614, un grand nombre de confesseurs delà foi reçurent à Méaco leur sentence d'exil. Le hommes, ils étaient soixante et onze, devaien se rendre dans le Tsoungarou. Ils avaient revêti leurs plus riches habits, comme s'il s'était ag d'aller à une fête. Tous étaient à cheval, et le enfants placés quatre ensemble dans des pa niers sur une même monture. Un adolescen manquant à l'appel, parce qu'il avait été cach par des parents gentils, un jeune homme nommé Pierre Chongoro, s'offrit de lui mêm pour le remplacer; ayant été accepté, Pierr partit aussitôt avec les autres, sans le moindr préparatif. Arrivés dans le Tsoungarou, les exi lés furent employés à de pénibles travau d'agriculture : or plusieurs d'entre eux apparte naient à de nobles familles. Leurs souffrance n'ébranlèrent en rien leur fidélité, et plusieuri même méritèrent plus tard la couronne du mar tyre.
Chourindono, prince de Tango. 11 était fils d( Marie Kiogocou, princesse d'Omi. Ayant reçi le baptême dans sa jeunesse, il se refroidi beaucoup dans la persécution de Taïcosama
mais il reprit ensuite sa première ferveur. Daïfousama lui ayant donné, en 1601, la province de Tango, il y favorisa de tout son pouvoir la propagation de TEvangile. C'est par ses soins et ceux de sa pieuse mère, qu'une grande mission fut donnée, en 1610, dans toute cette contrée et y produisit des fruits abondants de salut.
Chouyendono, Constantin, Gouverneur de Méaco. Il était le fils cadet de Ghenifoïn, gouverneur de Méaco. Il remplit dans sa jeunesse les fonctions de page auprès de Cambacoundono, neveu de Taïcosama, et reçut le baptême en 1596. On le vit donner à cette époque de persécution des preuves d'une piété sincère. Il se trouvait à Méaco avec un de ses cousins, nommé Michel et chrétien comme lui, quand on annonça la condamnation des Religieux qui furent six semaines plus tard crucifiés à Nangasaki. Aussitôt que Constantin l'eut appris, il dit à son cousin : « Oh ! que nous voilà arrivés bien à propos pour obtenir la couronne du martyre ! Nous ferons tout ce qu'il nous sera possible pour que Notre-Seigneur nous en fasse la grâce. » Ils n'avaient pas eu d'abord l'intention de s'arrêter à Méaco, mais alors il y demeurèrent pour attendre le moment où ils devraient confesser publiquement leur foi. Le P. Organ-
tini leur envoya un de ses religieux pour les fortifier dans leur généreuse résolution, et ils conçurent un si grand désir du martyre qu'il leur tardait de se voir mener au supplice.
Comme Ghénifoïn pouvait ignorer encore que son fils eût été baptisé, Constantin voulut Ten assurer lui-même et il ajouta que, s'il le fallait, il était prêt à mourir avec le P. Organtini, qui Tavait instruit des choses de la foi. Cette déclaration fut un coup de foudre pour Ghénifoïn qui redoutait les suites de Tédit de persécution, mais quoiqu'il pût dire à son fils, il le trouva inébranlable. Les circonstances, toutefois, lui vinrent bientôt en aide, car au bout de quelque temps, Constantin et Michel, voyant qu'ils n'étaient ni recherchés, ni même inquiétés pour leur foi, s'éloignèrent de Méaco, et ne songèrent plus qu'à se sanctifier par la pratique des vertus chrétiennes.
En 1601, malgré tous les changements survenus depuis la mort de Taïcosama, Ghénifoïn était encore gouverneur de Méaco. Paul Sacondono, son fils* aîné, étant mort dans les sentiments les plus chrétiens, il crut néanmoins qu'il devait à sa dignité de livrer le corps du défunt aux bonzes qui le réclamaient, pour lui accorder les honneurs des funérailles païennes. Constantin ne pouvait se dispenser de se trouver à la cérémonie et il y assista en effet,
mais il y trouva roccasion de confesser hautement sa foi, en présence de toute la noblesse et d'une foule de bonzes, car les insignes idolâtriques, dont on se revêtait en pareille circonstance, il les rejeta avec horreur.
Dans les premières années de son règne, Daïfousama se montra favorable aux chrétiens, et c'est ainsi que Paul Chouyendono put succéder à son père dans le gouvernement de Méaco. Mais qui aurait pu croire que c'était pour le malheur du fils de Ghénifoïn? et c'est cependant ce qui arriva, car dans cette haute situation, il finit par négliger peu à peu et puis totalement les devoirs de la vie chrétienne, et bientôt même, sans renoncer à la foi, à s'abandonner aux désordres des sens.
Cependant, comme si elle eut voulu lui tenir compte d'une ferveur qui avait été sincère, la divine Providence l'arrêta sur la pente funeste où il glissait, en permettant qu'il fut accusé devant Daïfousama, par un de ses serviteurs, en qualité de chrétien. Chouyendono, plein de colère, fit tuer le délateur, mais bientôt, eJBfrayé de son acte, il donna des signes d'aliénation mentale. Alors l'empereur, le déclarant incapable d'administrer, confisqua tous ses biens, mais lui fit grâce de la vie. Revenu plus tard à la raison, Paul Chouyendono reconnut le châtiment, et après avoir réparé les scandales
qu'il avait donnés, il vécut désormais en fervent chrétien (1610).
CiCAMORO, Pantaléon. Il était le troisième fils de Civandono, prince de Boungo. Les beaux exemples de piété qu'il avait rencontrés à la cour, la présence des missionnaires qui y venaient et surtout la conversion de son père, l'avaient comme tout naturellement préparé à embrasser la foi de Jésus-Christ, lorsqu'il fut baptisé en 1580, sous le nom de Pantaléon.
Trois ans plus tard, il entrait en possession du domaine qui formait son apanage. On ne saurait croire quelle sincère et vive afifection il avait pour ceux qui lui avaient enseigné la doctrine chrétienne ; aussi, lorsqu'il lui arrivait de recevoir chez lui quelques religieux, son bonheur était extrême, il ne savait que faire pour leur être agréable, il ne pouvait pas les quitter et se plaisait à conférer longuement avec eux sur les choses de la religion. C'était avec peine qu'il les voyait s'éloigner de lui, et pour prolonger en quelque manière leur visite, il allait se placer à une fenêtre élevée de son palais pour les suivre des yeux jusqu'à ce qu'ils eussent entièrement disparus.
Une fois que Cicamoro eut contracté une alliance digne de lui, il fit savoir aux bonzes
établis sur les terres de sa dépendance qu'il n'avait pas besoin de leurs services, et que les rentes qu'on leur avait faites jusque-là seraient distribuées désormais aux soldats qu'il était tenu d'entretenir peur le cas de guerre. Les bonzes se plaignirent très haut, mais il fut sourd à leurs réclamations comme à leurs prières et bientôt il n'y eut plus traces d'idolâtrie dans le pays.
Les rapports de Cicamoro avec Yochimoune , son frère aine, furent excellents, tant que celui-ci se montra fidèle à Dieu, mais du moment où le prince de Boungo trahit les engagements de son baptême, pour ne pas déplaire à Cambacoundono, Cicamoro, indigné de tant de lâcheté, cessa de paraître à la cour. Retiré dans son domaine, qui suffisait à son ambition, il s'appliqua à y faire fleurir la religion, à rendre ses sujets heureux par une sage administration, et à les édifier par l'exemple des vertus qui font les vrais serviteurs de Dieu.
GiNGiNA, Michel, Frère de la Compagnie de Jésus. Michel était le neveu de Soumitanda, prince d'Omoura, et le cousin de Protais, prince d'Arima. C'était un jeune homme doué de très belles qualités et surtout d^une piété singulière. Il avait environ seize ans, lorsqu'en
1582 il partit pour Rome, en qualité d'ambassadeur de Protais et de Soumitanda. En même temps que lui firent voile pour l'Europe, Mancie Ito, en qualité d'ambassadeur du prince de Boungo, et deux jeunes seigneurs destinés à les accompagner, Martin Para et Julien Nacaura.
Le voyage fut très long, non seulement à cause de son immense parcours et des difficultés de la navigation, mais encore à cause du séjour prolongé que les ambassadeurs firent dans plusieurs ports durant le trajet, et ce fut à une date éloignée, le 10 août 1584, qu^ils débarquèrent à Lisbonne. On les accueillit |)artout, en Portugal, en Espagne et en Italie avec beaucoup d'empressement et de grandes démonstrations de joie ; mais c'est à Rome surtout, où ils arrivèrent le 20 mars 1585, que les fêtes données en leur honneur eurent plus de pompe et d'éclat. La réception que leur fit le pape Grégoire XIII fut vraiment magnifique, et le pape Sixte-Quint qui, sur ces entrefaites, succéda à Grégoire, ne leur témoigna pas moins de bonté; il voulut même les créer chevaliers, et il les combla, à leur départ, de bénédictions et de présents.
Le 30 avril 1586, les ambassadeurs, quittaient Lisbonne pour retourner dans leur patrie; mais à cause des nombreux incidents du voyage, ils n'arrivèrent à Nangasaki que le
21 juillet 1590. L'année suivante, après avoir pris le repos que réclamait Tétat affaibli de leur santé, ils allèrent présenter leurs hommages à Taïcosama; Tempereur les reçut avec bienveillance et goûta fort leurs récits. Revenu dans le Ghimo, Michel Cingina remit solennellement aux princes d'Omoura et d'Arima les lettres et les dons que le Saint-Père leur avait destinés. Dès lors le jeune ambassadeur pouvait prétendre à tous les avantages que le monde offre et promet à ses partisans, mais il les dédaigna, et entra, le 25 juillet 1592, dans la Compagnie de Jésus. Il y devint un religieux exemplaire et rendit d'importants services dans les temps de persécution.
CiVANDONO, François, prince de Boungo. Civandono avait vingt-deux ans lorsque saint François Xavier arriva au Japon. Il accueillit l'Apôtre avec les plus grands honneurs, lui témoigna la plus grande confiance, le défendit contre les bonzes et voulut l'entendre souvent en particulier, mais il ne se déclara pas chrétien, retenu qu'il était par le goût des plaisirs sensuels. Conduite vraiment étrange ! Pendant plus de vingt-cinq ans il favorisa de tout son pouvoir les intérêts chrétiens, se faisant le protecteur et le défenseur des missionnaires.
tout en demeurant attaché, extérieurement du moins, au paganisme; et ce ne fut qu'en 1577, et après de mûres réflexions, qu'il reçut le baptême.
Ce prince, très intelligent, habile administrateur et ami de la justice, fut engagé dans plusieurs guerres où il ne montra pas moins de capacité que de bravoure ; s'il eut quelques revers, il eut encore plus de succès. La princesse de Boungo, sa première épouse, très païenne de cœur et d'une humeur dont il eut beaucoup à souffrir, lui donna plusieurs filles, qui lui firent honneur par leurs vertus, et trois fils, dont l'alné, qui lui succéda, lui causa par son caractère léger et changeant, et surtout par son apostasie et sa mauvaise administration, de grands embarras et de vifs chagrins. D'un autre côté, Sébastien et Pantaléon, ses deux autres fils, ainsi que Julie, sa seconde épouse, lui procurèrent par leur piété sincère, de véritables consolations. Ce fut le 6 juin 1587 que Civandono rendit son âme à Dieu.
Pendant le peu de temps que ce prince avait été chrétien, il était parvenu à une si sublime perfection que les fidèles l'admiraient. On peut dire qu'après l'Apôtre de l'Orient, personne n'a plus contribué que lui à la conversion des Japonais. Pour obtenir de Dieu celle de ce généreux bienfaiteur, le P. Aquaviva, général
de la Compagnie de Jésus, avait ordonné des prières publiques dans tout son Ordre, et le pape Grégoire XIII avait accordé à la même intention une indulgence plénière en forme de jubilé. Le prince de Boungo était bien persuadé du tendre et sincère attachement que les jésuites avaient pour sa personne, et du zèle qu'ils témoignaient pour son salut éternel; c'est pourquoi, après son baptême, il disait souvent qu'il était enfant de la Compagnie.
S'il disait vrai à l'égard de toute la Compagnie, qui l'avait vraiment enfanté à Jésus-Christ, les Jésuites du Japon pouvaient, avec autant de justice, l'appeler leur père, car jamais il ne s'épargna en rien, lorsqu'il fut question de leur donner des marques efficaces de sa bonté.
Quant aux vertus particulières de cet incomparable prince, on peut dire qu'il eût, dans un degré éminent, toutes celles qui font les plus grands saints. Ses austérités étaient extrêmes son oraison continuelle, sa patience invincible, sa douceur inaltérable. Sa dévotion pour la Reine des anges était des plus tendres : tous les jours, au matin, il assemblait les gens de sa maison pour réciter en commun et à genoux la troisième partie du Rosaire, et il achevait le reste en son particulier. Tout son temps était réglé : il se confessait et communiait tous les jours, et chaque année il se retirait durant une
La pureté et la vivacité de sa foi passèrent tout ce qu'on pourrait en dire, mais le trait dominant de son caractère, et ce qui lui a mérité une place si distinguée parmi les héros du christianisme, ce fut son inébranlable constance dans les plus grandes adversités. Pendant la dernière guerre que le prince de Satsouma fit au prince, son fils, la peste s'étant mise dans la citadelle d'Ousouki qu'il avait conservée, on le vit quelque temps obligé d'errer, presque seul, par les bois et par les montagnes, plus touché de voir son fils révolté contre Dieu, qu'il ne Tétait de voir toute sa famille et ses Etats à la merci d'un ennemi cruel.
Après la guerre, il se retira avec le P. François Laguna, son confesseur, pour ne plus tuer qu'à Dieu dans la solitude; mais son .' épurée par tant de tribulations était un rit mûr pour le ciel. Le chagrin qu'il avait eu voir de toutes parts les églises renversées, les pasteurs en fuite et le troupeau dispersé, feinta la maladie contagieuse dont il avait été pippé, et dont il n^était pas bien guéri, fut ce qui contribua le plus à avancer ses jours, et Dieu, sai^s doute, se hâta de l'appeler au ciel, lur lui épargner la vue des malheurs qui bnaçaient la chrétienté du Japon. On peut
dire que sa mort fut précieuse devant Dieu et devant les hommes, et les merveilles, qui se sont opérées à son tombeau, ont fait penser à lui rendre les honneurs réservés aux saints.
Clément, Prêtre séculier japonais. Il avait été ordonné par Mgr de Gerquiera. En 1614, lorsque la persécution contraignit un si grand nombre de missionnaires et de chrétiens à s'exiler, il voulut demeurer au Japon, malgré les dangers auxquels devait Fexposer l'exercice du ministère sacré.
CoFiKi, Paul, Confesseur de la foi. Au mois de septembre de l'année 1621, les bonzes de Nangasaki résolurent d'élever un de leurs temples sur l'ancien emplacement de l'église et du bâtiment, dits de la Miséricorde. Les ouvriers chrétiens, ayant pris conseil des missionnaires, refusèrent de mettre la main à cette construction. C'est alors que l'un d'eux, nommé Paul Cofiki, fut saisi et attaché à un pin, de façon à ce que les pieds atteignaient à peine le sol. Il demeura huit jours dans cet état, et il y devint tout noir et tout enflé. Il était sur le point d'expirer, quand, sur les prières d'un espagnol, il fut détaché et rendu à sa famille. Les bonzes
avaient craint, d'ailleurs, que la homme ne fût d'un fâcheux augure tion de leur temple.
GoLLADO^ Jacques, Prêtre de TOrd Dominique. Il naquit à Méazadas, e et Métellin, dans FEstramadure, < 1600, il entra chez les Frères-I Saint-Etienne de Salamanque. Il j pon au mois de juillet 1619. Malg cution violente que les chrétiens dans cet empire, et dont il pouva instant devenir la victime, il y preuves d'une intrépidité, d'un zc charité extraordinaires. En 1625, s< l'envoyèrent à Rome pour sollicite Père une plus grande étendue de p l'exercice de leur ministère. Le l'ayant obtenue après de longs delà en Espagne, où le roi lui donna patentes pour les Philippines. Il arr lies en 1635, avec vingt-quatre m de son Ordre. Il eut des difficultés vemeur, qui ne voulait pas appuyé particuliers. Il venait toutefois de S( à ce que celui-ci exigeait au nom ( qu'il fut rappelé de Gagayan, c retiré, dans la ville de Manille.
lé pour retourner en Europe sur une le délabrée, il y fît naufrage. Il pouvait ? jusqu'à terre, mais il voulut demeurer à pour confesser les passagers. Bientôt un de mer engloutit la jonque et tout ce le contenait : c'était en 1638. Telle fut la un religieux d'un grand mérite, mais d'un [juelquefois inconsidéré. Dieu permit que [•reurs fussent rachetées d'abord par une ission profondément humble, et enfin par nort héroïque.
^DÉRA, SiMÉON Cambioïndono, Général japo- Ce fut en 1584 que Condéra, alors général ivaleric, embrassa la foi et reçut le bap- : Augustin Tsoucamidono avait été le ier instrument dont Dieu s'était servi pour mer à la lumière de la vérité. Devenu ien, Condéra ne négligea plus aucune ion de venir en aide aux missionnaires et rocurer les intérêts de la Religion. En , il accompagne le P. Cuello, Vice-provinà la cour de Cambacoundo et lui ménage excellente réception, et bientôt après il 1 avec le prince d^'Amangoutchi du retour Religieux dans ses Etats, d'où ils avaient été es, et il réussit si bien dans cette affaire, Morindono permit aux missonnaires de
prêcher dans toute l'étendue de ses domain et d'y établir trois résidences, avec une égii pour chacune. En 1586, Condéra s'avance, à tête d'une armée, jusque dans la province < Tchicougen, pour y punir, au nom du sou\ rain, le seigneur Akesouki de ses empiétemei sur le Bongen, et le succès couronne comp] tement son entreprise.
Dieu bénissait le vaillant capitaine, et celui-( plein de reconnaissance, cherchait à le fai bénir, car en cette même année 1586, Condé fut assez heureux pour gagner à Jésus-Chri son fils aîné, deux de ses frères, un frère < prince d'Ixe, ainsi que plusieurs autres se gneurs et gentilshommes.
Civandono, prince de Boungo, ayant réclan l'assistance de Cambacoundono pour la guer que son fils Yochimoune avait à soutenir cont les Satsoumans, Condéra fut envoyé immédi tement avec des troupes, et il manœuvra av tant d'habileté, qu'il rétablit en peu de tem les affaires de l'incapable Yochimoune ; il renc même à celui-ci un service plus signalé, en déterminant par ses exhortations à recevoir baptême. Condéra voulut porter lui-même Civandono cette bonne nouvelle et le viei prince en fut comblé de joie.
' Cambacoundono, qui s'était décerné à lu pême le titre pompeux de Taïcosama, ava
d'abord favorable aux chrétiens, mais nt cédé aux perfides conseils d'un bonze le flattait dans ses honteuses passions, il t par se déclarer contre eux. Alors Juste ondono, l'un des officiers les plus distins de l'empire, fut exilé de la cour : c'était
grande perte pour l'armée japonaise, et te qui l'en privait fut généralement blâmé.
s ces circonstances, Condéra parut ne ercevoir de rien, il demeura, même extérement, ce qu'il avait été par le passé et Taïima n'osa pas l'inquiéter. Celui-ci, toutefois, fît sentir à plusieurs reprises qu'il l'aurait ux récompensé de ses beaux exploits dans ihimo, s'il n'avait pas été chrétien. Mais 5st-ce que cela pouvait faire au capitaine îtien? Ce qui lui importait avant tout, lit d'avoir ses entrées libres à la cour et iavoir comment on y traitait les affaires de eligion, afin de fournir aux missionnaires iles renseignements pour guider leur con- ;e. D'ailleurs le vaste et riche domaine qu'il sédait dans le Bougen suffisait à ses désirs;
tenait si peu aux honneurs de ce monde, îu 1591 il en laissa l'administration à Caïnoi, le seul fils qui lui restât. 11 est vrai que née suivante Caïnocami étant parti pour la îe, son père dut reprendre, au grand conement de tous, les rênes du gouvernement.
Taïcosama avait envoyé une armée en Corée pour soumettre le pays, et pour rendre la Chine même, s'il était possible, tributaire de son empire, mais cette expédition n'ayant point donné les résultats qu'il en espérait, il en décréta une seconde dont Condéra fit partie : C'était en 1594. On construisit sur le littoral de la Corée douze forteresses, et le commandement de Tune des trois principales fut confiée à notre vaillant général. Il y avait beaucoup de chrétiens dans Farmée, et leur abandon spirituel eut été grand, si le P. Grégoire de Cespédez n'était venu les visiter. Sa présence fut un bonheur pour eux, et ils en profitèrent pour recevoir les sacrements. Condéra était au comble de la joie et il voulut garder le Père quinze jours auprès de lui. Ce temps fut consacré en grande partie à des exercices religieux ; il y avait instruction une ou deux fois par jour, et le général était si satisfait de ce qu'il y entendait qu'il ne voulut pas qu'on l'entretint sur d'autres sujets, et même, pour méditer à loisir sur la parole de Dieu, il se retirait seul à certaines heures, après avoir défendu qu'on vint l'interrompre.
La seconde expédition en Corée fut encore plus malheureuse que la première, et Taïcosama, déçu dans ses folles espérances de conquête, semblait faire retomber tous les
effets de sa colère sur les chrétiens qui ne pouvaient se reprocher qu'une chose : c'était de ravoir servi avec trop de fidélité et de dévouement. Cette situation fâcheuse dura jusqu'à la mort de l'empereur qui arriva enseptembre 1598, et Fun des premiers soins des régents préposés au gouvernement de l'empire, fut de mettre fin à la guerre de Corée, et de rappeler les troupes.
Une année s'était à peine écoulée qu'une division profonde éclatait entre les régents, une lutte acharnée en fut la conséquence; Jeyas, le principal d'entre eux triompha de ceux qui voulaient sauvegarder les droits du jeune Findeyori, fils de Taïcosama, et parvint ainsi à l'empire sous le nom de Daïfousama. Siméon Condéra Cambioïndono avait pris parti pour ce dernier, et il avait joué un rôle important dans la lutte en se rendant maitre du Boungo : cette province était alors gouverné par Constantin Yochimoune que Taïcosama avait disgracié, à cause de la lâcheté qu'il avait montrée en Corée, et que les régents avaient rappelé au pouvoir. Fait prisonnier, il eut été traité avec la dernière rigueur, si, au souvenir de son excellent père, Condéra n'avait eu compassion de lui.
En 1601, Daïfousama ayant distribué à ses partisans les provinces enlevées à ses adver-
LES PIECfX
saires, Caïnocami, fils de Condcra, reçut échange du Bougen, la province de Tchic^ gen, qui était plus considérable. Le nouve souverain estimait singulièrement Condé Soyemandono, son frère, et les princes d moura et d'Arima, tous excellents chrétie qui avaient marché sous ses drapeaux, sorte que leur mérite paraissait compen dans Fesprit du vainqueur l'effet produit j l'hostilité de plusieurs seigneurs chrétiens, en particulier de Tamiral Augustin Tsou midono.
Coroume, en Tchicoungo, était le doma de Simon Tochirondono, époux de Maxence, fi de Givandono; cette ville ayant été prise j les troupes de Daïfousama, Condéra y accou; bien vite pour sauver les missionnaires qui trouvaient ainsi que Maxence et ses enfaE Ce fut aussi à sa prière, que Canzouyédoi devenu prince du Fingo, avait consenti à met en liberté les religieux qui avaient été fa prisonniers dans la ville d'Outo. Enfin le \i lant chrétien s'offrit au P. Alexandre Va gnani. Visiteur de la Compagnie de Jési pour être le protecteur des missionnaires à place de l'infortuné Tsoucamidono, et s crédit lui permit à cette époque de rendre l'Eglise du Japon d'importants services.
Siméon Condéra se trouvait, en 1603,
Fouchimi, résidence de Daïfousama, lorsqu'il fut atteint de la maladie qui le conduisit au tombeau : il mourut pieusement comme il avait vécu depuis son baptême. Il avait recommandé à son fils de faire porter son corps à Facata, pour qu'il y fût enseveli dans l'église des Pères de la Compagnie de Jésus, et il avait même laissé par testament plus de mille écus pour l'entretien de cette église. Gaïnocami se conforma aux volontés de son père, et lui fit faire des funérailles magnifiques.
CoNiCBï, Jacques. Conichi, appelé aussi Sacouyémon, était fils de Jacques Mimasaca, l'un des officiers les plus distingués de Tsoucamidono, et gouverneur d'Yachchiro. Après la prise d'Outo, capitale du Fingo, par les partisans de Daïfousama (1600), Jacques Conichi se réfugia avec son p6re dans la province de Satsouma.
Le prince de Satsouma les accueillit bien, et Jacques fut appelé à la cour pour y servir en qualité de page : il avait alors quatorze ans. Sa bonne mine, ses manières distinguées et sa belle intelligence lui gagnèrent bientôt l'estime et l'afiFection de tous, et le prince lui-même en fut tellement charmé qu'il conçut le projet de lui faire épouser une de ses parentes ; ce devait
être à une condition, d'ailleurs, c'est que ^ ques cesserait pour de bon de professej christianisme.
Pour y amener le jeune page, il fallaii détourner peu à peu des pratiques de sa i gion, et la discréditer autant que possible d son esprit; on usa donc pour arriver à ce de tous les moyens qui pouvaient séduire jeunesse : caresses, plaisirs et insinuations f fides. Mais quand Jacques vit où Ton vou en venir, il déclara bien haut que pour rien monde il ne trahirait les engagements de baptême. On le laissa tranquille parce qu pensait bien qu'avec le temps il changerait sentiments.
Quelques mois plus tard, la cour se trouv à Gangochima, l'un des plus grands seigne de la contrée, entreprit de lui persuader q ferait sagement de céder aux désirs du prii qui ne manquerait pas de l'en récompenser toutes sortes de faveurs et d'assurer ainsi i avenir, mais une fois de plus le page chrét demeura inébranlable.
C'était l'usage de Jacques, même losq était de service, de porter au cou un reliquai en témoignage de sa foi ; on l'engagea à le r rer, pour ne point offusquer les yeux du prin Il répondit que depuis longtemps le prince voyait paré de cet objet de dévotion, et que
inait à le retirer, ce serait pour en porter un itre encore plus beau et bien plus apparent, c'est ce qu'il fit en effet.
Cependant le prince de Satsouma, n'ayant pas Lcore perdu tout espoir d'arriver à ses fins, ivoya dire à Isabelle, mère de Jacques, qu'elle it à déterminer son fils à se soumettre à ses ►lontés. Sans se laisser intimider par les me- Lces, la vertueuse dame s'y refusa absolument, Jacques ne doutant plus que le prince, outré ! colère, ne se vengeât bientôt de la résistance l'il opposait à ses projets d'alliance, ne songea us qu'à se préparer à la mort. Mais, soit qu'il ignit d'être désapprouvé par Daïfousama ou ême de se rendre odieux en poussant les loses à l'extrême, le prince préféra fermer les ux et pardonner. Toujours fidèle à son Dieu, d'une conduite irréprochable. Jacques Gonii se faisait déjà admirer pour ses talents îlitaires, lorsqu'en 1610, les bonzes obtinrent ntre lui une sentence de bannissement. Heuux d'avoir souffert pour Jésus-Christ, le vailat chrétien quitta le pays et se retira à mgasaki.
Cadeiro, Antoine, Prêtre de la Compagnie de sus. Il naquît à Gollegâo,en Portugal, exerça ndant vingt et un ans les fonctions de mis-
sionnaire au Japon, et y mourut en 161 l'âge de cinquante-deux ans. Il y avait tre sept ans qu' il était entré dans laCompagni
GoROGi, Paul, Otona ou chef de rue à Na] saki. Ayant été chargé de poser le matin e retirer le soir les trentes barres d'argent étaient exposées dans la grande place de î gasaki, comme salaire de celui qui dénonc< la présence d'un missionnaire, Paul Corroj refusa absolument à remplir un pareil emj Alors le gouverneur Gonrocou le cita de son tribunal, et ne pouvant le fléchir, i fit jeter dans la prison publique. Paul ; sortit qu'au bout de quelques mois, mais î avoir faibli dans sa foi. C'était en 1619.
GosME, DE Famamatchi, Coufesscur de la foi mois d'octobre 1616^ à Famamatchi, ville d province de Figen, où les Dominicains ava leur principale église, Cosme, Majordome Rosaire, et Paul, frère de Cosme, confessé:
la foi dans les tourments, mais ils fui ensuite renvoyés libres. Cosme avait été l'I d'un Père Dominicain.
CosME, DE Sacaï, Frère de la Compagnie de sus. Cosme naquit à Sacaï, où ses parents icupaient un rang distingué. Il était encore LUS Fàge de la jeunesse, lorsqu'on 1568, le
Villéla Finstruisit et lui conféra le baptême. i foi était si vive et sa piété si sincère qu'a iine baptisé il aurait voulu déjà se consacrer Ltièrement à Dieu dans la vie religieuse. Penmt deux ans sa conversion fut ignorée de son )ve à qui elle ne fut révélée que par les objets ligieux trouvés dans la chambre de son fils.
) père de Cosme était très attaché aux supersions païennes, et comme il détestait très fort ; chrétiens, il chassa son fils de chez lui et bligea même de renoncer à tout héritage, ►sme s'empressa de souscrire à ses idées, et >re désormais de tout souci matériel, il se adit joyeusement à Méaco où les Pères Jésuites
firent le meilleur accueil. Après quelque nps d'épreuves, le P. Cabrai l'admit dans la mpagnie. Cosme devint par la suite un prédateur éloquent et zélé, qui contribua beauap à la conversion des infidèles.
Costa (Balthasard de). Prêtre de la Compagnie Jésus. Ce Père arriva au Japon en 1564 et y
fut particulièrement attaché à la mission de Firando. Il y avait déjà vingt ans qu'il remplissait son ministère avec beaucoup de zèle, lorsqu'il commit la faute de ne vouloir pas se soumettre à ses supérieurs sur un point de discipline, et ceux-ci, malgré ses regrets, le renvoyèrent bientôt aux Indes. De là le P. Balthasard partit pour le Portugal, mais il périt «n mer pendant le trajet.
Costa (Béatrixde), Dame du Manteau de Saint- Augustin, Confesseur de la foi. Elle était fille d'un Portugais et d'une Japonaise, et épouse du capitaine de navire Antoine de Svlva, portugais. Sa haute piété et son zèle ardent pour les intérêts de la religion la désignaient assez aux colères des persécuteurs, lorsqu'en 1631, son mari étant absent, elle fut enfermée dans la prison de Nangasaki, avec sa fille, Marie de Sylva, âgée de dix-huit ans. Jusqu'à cette époque les Portugais n'avaient pas été mis à la torture; Béatrix et sa fille furent les premiers exemples. Il y avait avec elles cinq religieux qui avaient confessé généreusement la foi. Pour les vaincre, le gouverneur Ounémé résolut d'employer les tourments d'Oungen.
Le 3 décembre, on conduisit à Oungen les cinq religieux et les deux dames, les religieux
sur des chevaux et les dames dans des norions ou litières. Au port de Fimi, à une lieue de Nangasaki, les confesseurs furent mis en sept barques diJBFérentes pour être transportés à Obama , port d'Arima, à dix lieues de Fimi et à deux lieues de la montagne et du lac d'Oungen. On leur enserra le cou et les bras de liens très étroits, attachés aux parois latérales de la barque et Ton chargea leurs pieds de fers. A Obama, sept cabanes construites à la hâte les reçurent. On se proposait ainsi de priver les saints prisonniers de consolations mutuelles. On voulait aussi les attaquer séparément. Cet isolement dura trente jours, c'est-à-dire tout le temps des épreuves.
Le vendredi, 5 décembre, on conduisit les confesseurs à la colline, et vers midi, le cortège atteignit la vallée d'Enfer. Cinq officiers d'Ounémé devaient présider au supplice, et de grandes récompenses leur étaient promises s'ils obtenaient des apostasies. On mena les martyrs au plus pestilentiel des cratères et on leur fit considérer les flots bouillonnants, et les vapeurs sulfureuses qui s'élevaient de toutes parts.
On fit approcher chacun des confesseurs; on les dépouilla de leurs vêtements, à Texception d'un lambeau de linge pour la pudeur, et on les fit placer debout sur une grande pierre, attachés par cinq cordes qui les étreignaient au cou
et aux membres, et dont les extrémités étaient maintenues par des soldats. Les commissaires avertirent les victimes que, si elles cessaient d'être immobiles, ce serait un signe de faiblesse et d'apostasie, mait elles protestèrent contre une pareille interprétation.
On prit ensuite des vases contenant un peu plus de quatre litres ; on les remplit des eaux corrosives du lac, et on versa trois vasées sur les épaules de chacun des confesseurs, non pas d'un trait, mais lentement et goutte à goutte, au moyen de petits trous percés au fond du vase ; on promenait de place en place l'instrument de supplice, afin de ne point pénétrer profondément, et de faire expirer sur le champ les victimes . Néanmoins les chairs se trouvaient consumées, et tout le corps ne formait qu'une plaie.
Après la torture, on faisait revêtir les martyrs et on les renvoyait à leurs cabanes. Des médecins pansaient leurs ulcères, afin de prolonger leur vie, et de les conserver pour de nouveaux supplices. Dans l'intervalle des épreuves, ils demeuraient gisants sur la paille, avec les fers aux pieds et aux mains, et ne recevaient pour aliment qu'une écuellée de riz et une sardine, une fois le jour.
Le P. François de Jésus, Augustin, le P. Ichida de la Compagnie de Jésus, et Béatrix de Gosta^ furent torturés sLx fois. On avait désiré
surcroit de souJBFrance, dans le î Jésus son intrépide éloquence et
à réciter les louanges divines, 5 japonais, sa désobéissance aux ^oun, et dans la généreuse Béatrix »^irile. Les trois autres religieux )ins tourmentés.
ylva, jeune fille délicate, s'éva- L'emière épreuve, et tomba sur le issaires, qui voulaient à tout prix i apostasie, s'écrièrent : « Elle est la renvoyèrent à Nangasaki. Du- L, et de retour à la prison, Marie nuellement contre le sens impie ûllance, et demanda d'être réunie IX autres confesseurs, afin d'avoir rtyre et à leur couronne ; mais ce t.
ois de Jésus et Béatrix de Costa
à une autre peine. Entièrement 5 furent placés debout sur des des deux côtés à des piquets. Les
rondes et polies, et il était diffilir en équilibre. On avait placé e des deux confesseurs une autre î^rosseur d'un œuf. On les fit deette situation pendant une nuit Ils la supportèrent admirablerigueur du froid, pendant cette
LES PIEUX a
nuit d'hiver, causa de si vives douleurs à ] vénérable femme que les médecins jugèrei nécessaire de la renvoyer au village.
Ounémé, voyant qu'il était vaincu par Tinvii cible courage des confesseurs, les fît ramener Nangasaki le 5 janvier 1632. Les religieux fi rent mis dans la prison publique, et les dei femmes déposées chez des personnes de ] ville.
Ce fut le 1®^ septembre suivant que le goi verneur Ounémé condamna seulement à Tej Béatrix de Costa et sa fille. Elles ne partirei qu'en 1634, et allèrent à Macao, où toutes deu: avec la permission du capitaine Antoine c Sylva, mari de Béatrix et père de Marie, prirei l'habit franciscain au couvent de Sainte-Clair< et elles terminèrent saintement leurs jours dai cette communauté.
Cotendadono,Jéuome, Seigneurjaponais.il été le fils aîné du seigneur Antoine de Firand et reçut le baptême en 1566. Devenu chr tien, il marcha fidèlement sur les traces de s( vertueux père, donnant, comme lui, l'exemp de toutes les vertus, et embrassant avec zè tous les intérêts de la religion. En 1599, Froïi prince de Firando, ayant voulu contraindre s< sujets chrétiens à l'apostasie, Jérôme n'hésii
point à quitter le sol natal et tous les biens qu'il y possédait pour aller chercher un asile sur à Nangasaki ; il n'était pas seul, car outre sa propre famille qui le suivit, plusieurs seigneurs l'accompagnèrent avec la leur, et il y eut encore plus de six cents personnes qui lui formèrent comme une escorte d'honneur. Quand ils arrivèrent au but de leur voyage^ ils étaient dénués de toute ressource, mais bientôt les Religieux d'un côté, et les princes d'Omoura, d'Arima et de Fingo, de l'autre, s'empressèrent de leur venir en aide. En 1601, Yetsoudono, prince de Bougen, prit à son service Jérôme Cotendadono, Thomas son fils, et plusieurs de ceux qui avaient quitté avec lui le Firando. Cet exil volontaire avait rempli les païens euxmêmes d'admiration : il fut surtout un bel exemple et un grand encouragement pour tous les chrétiens de l'empire.
CoTTA, Guillaume (ou Portico), Prêtre de la Compagnie de Jésus. En l'année 1605, un typhon terrible sévit sur Tempire du Japon. Les chrétiens eurent à déplorer la ruine de cinquante églises, et quoique ces édifices fussent moins considérables, et moins dispendieux à ériger qu'en Europe, c'était encore une perle immense. Un grand nombre de navires se per-
dirent, et le P. Guillaume Cotta périt sur Tun d'eux qui, parti de Nangasaki, faisait voile pour le Boungo. On crut d'abord qu'il s'était sauvé, comme plusieurs autres passagers, à la nage; mais le jour venu, on aperçut son corps qui flottait sur l'eau, les chrétiens le recueillirent avec respect et l'ensevelirent à Facata, dans l'église des Pères de la Compagnie de Jésus. Le P. Guillaume Cotta était né à Lucques; il avait trente-deux ans d'âge, dix de Compagjiie, et un an seulement de séjour au Japon.
CouROS (Matthieu de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il était fils de Ruy de Couros et de Louise de Costa, et naquit à Lisbonne. Il entra à seize ans dans la Compagnie de Jésus, le 22 décembre 1583, et eut pour maître de son noviciat le vénérable Vasco Pérez. Il passa aux Indes en 1586 et termina ses études à Macao.
En 1602, il fit profession du quatrième vœu et passa bientôt au Japon. En 1614, il fut exilé à Macao, et revint déguisé peu de temps après. Il mourut le 29 octobie 1633, non par le martyre, mais au terme de bien des souJBFrances, comme l'un des plus admirables vétérans de l'Eglise du Japon; il avait été deux fois Provincial, et avait administré l'Evêché. Il était âgé de soixante-
trois ans, et en avait passé quarante-huit dans la Compagnie et quarante-trois au Japon. Ses épreuves avaient été sans nombre ; il était demeuré huit mois dans une cavité pratiquée en terre, et toute une année entre deux parois de murs; il était consumé par les maladies. Se trouvant sans asile et voulant se livrer, il fut transporté par les chrétiens au fond des montagnes, et reçut la dernière hospitalité dans la cabane d'un lépreux, en dehors de Fouchimi.
C'est là que, fortifié par les sacrements, il acheva son existence terrestre, pour aller jouir de Dieu.
Critana, Antoine-François, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père naquit à Almodovar del Campo, dans le diocèse de Tolède. Il arriva au Japon en 1584, et y exerça son ministère pendant trente ans. Il mourut le 28 novembre 1614, à l'âge de soixante-quatre ans, sur le navire qui le conduisait en exil à Manille.
Comme on était encore éloigné de cette ville, son corps fut déposé dans une barque et porté ainsi jusqu'à un rivage prochain, où il reçut la sépulture.
CuKLLO, Gaspard, Prêtre de la Compagnie de
Jésus. En l'année 1590, les Jésuites du Japon firent une perte considérable dans la personne du P. Gaspard Cuello, qui était arrivé dans le pays en 1571. Il avait été neuf ans Provincial, et depuis près de vingt ans, il travaillait avec un zèle infatigable à la conversion des païens. La persécution contre les chrétiens, suscitée depuis quelque temps par Cambacoundono, lui causa tant de douleur, et il eut tant à faire pour s'acquitter dans ces circonstances difficiles des devoirs de sa charge, qu'il finit par tomber malade d'une fièvre lente qui le consuma et le conduisit au tombeau. C'était à Arim a, et dans le mois de mai de cette môme année 1590. On lui fit de très belles funérailles, auxquelles assistèrent les religieux des pays circonvoisins, les Frères de la Miséricorde de Nangasaki et plusieurs grands seigneurs de la contrée. Il fut enterré dans l'église d'Arima.
Damten, Frère de la Compagnie de Jésus. Il fut l'un des premiers Japonais qui s'attachèrent aux missionnaires et se livrèrent avec eux aux labeurs de l'apostolat. Sa rare éloquence y donnait beaucoup d'efficacité. Sa piété et son zèle égalaient d'ailleurs son talent. Envoyé à Facata, en 1S62, il y baptisa un grand nombre de païens; il se trouvait parmi ceux-ci une cen-
ine de personnes de qualité. Le P. Cosme de ►rrez Tadmit, cette même année, dans la impagnie de Jésus, et l'employa ensuite dans
mission d'Arima. En 1563, Damien alla à limabara, pour y continuer les belles et fruceuses prédications du F. Louis d'Almeïda, et n'eut pas moins de succès que lui. Après oir passé à Méaco le carême de Tannée 1564, tmien se rendit avec le P. Viléla dans la ville
Sacaï; quelque temps s'étant écoulé, le
ême Père visita cinq églises que les FF. Da-
îen et Augustin, unis dans leurs eflEbrts,
aient fait élever dans le pays. En 1565, le
Damien séjourna quelques mois avec le
Viléla dans le fort d'Imori et dans File de tnga, il y avait là beaucoup de chrétiens ; ils L augmentèrent le nombre; et les nombreuses édications que les deux Religieux firent enite à Sacaï eurent les plus consolants résults. Dans les longues années qui suivirent, le
Damien ne se montra pas moins éloquent et oins zélé qu'il ne Favait été auparavant. En ►83, il fut envoyé par le P. Guello dans le itsouma; le prince de cette province Facleillit bien et lui laissa toute liberté d'agir. 1 1586, Damien vint à Amangoutchi, et s'y ^ra avec une ardeur incomparable à la préditioii de FEvangile ; il y épuisa ses forces, car innée suivante 1587, il mourut saintement à
LES PIECÏ 95
Chimonoséki, après un apostolat de plus de vingt-cinq ans : c'était un fruit mûr pour 1( ciel
Damien, Officier japonais. En 1577, le P. Mel chior de Fighéréido, après avoir visité lej chrétiens, se rendit, à quelque distance de là dans le fort de Takivana pour une cause qu mérite d'être rapportée. Il y avait dans ce fort ui officier chrétien dont le fils était bonze, et ce lui-ci ne cessait d'importuner son père pouj qu'il renonçât à la foi. Dans l'espérance d< mieux réussir dans son dessein, il voulut en tendre les religieux, afin d'être plus capabL de tourner en dérision les vérités qu'ils prê chaient. Il avait joué depuis quelque temps, e même devant son père, ce rôle de bouffon sa crilège, lorsqu'il vint à se dégoûter de sa pro fession et quitta ses habits de bonze. C'était ur déshonneur pour lui, aux yeux du public, e pour l'éviter, il passa en Tchicougen, où 1< prince de Boungo, qui le savait homme de qua lité et d'ailleurs bon soldat, lui donna h commandement du fort de Takivana. Son chan gement de condition ne l'avait pas rendu pluj favorable aux chrétiens, et un jour qu'il s( trouvait au milieu des officiers de sa garnison il entreprit de les divertir en leur racontant
avec force plaisanteries et traits d'esprit de sa façon, tout ce qu'il disait avoir appris dans les sermons des Religieux. Ce qu'il en rapporta piqua tellement la curiosité de l'un des assistants que celui-ci, voulant en savoir davantage, se rendit à Facata. Là il vit le P. Melchior de Fighéréido, s'entretint longuement avec lui et finit par se convertir à la foi ; alors il pria le Père de venir jusqu'à Takivanapour le baptiser lui et toute sa famille, et c'est ce qui eut lieu, en effet, après toutes les préparations nécessaires. Mais ce qu'il y eut de plus étonnant et de plus admirable encore dans la circonstance, c'est que le commandant du fort, l'ancien bonze moqueur, fut touché lui-même et si vivement de la grâce divine, qu'il renonça à ses erreurs, et reçut le baptême sous le nom de Damien. A son exemple, un bon nombre de soldats de la garnison se firent instruire et devinrent chrétiens.
DosAM, Melchior, Médecin japonnais. Dos a m avait parcouru toutes les plus fameuses Universités de la Chine et du Japon, et il ne s'était pas borné à la seule connaissance de la nature et du corps humain, qu'il possédait dans un degré éminent; mais, le désir qu'il avait de savoir, embrassant généralement toutes les sciences
dont il avait pu rencontrer des maîtres, il était devenu roracle du Japon, et il n'y avait pas de sortes de savants dont les plus célèbres eussent honte d'être ses disciples.
Or il arriva, vers 1583, qu'étant survenu au P. de Fighéréido une incommodité fort extrordinaire, et à laquelle tous les médecins qu'il consulta ne purent trouver de remède, on conseilla au missionnaire de se transporter à Méaco pour y consulter Dosam; il le fît. Dosam fut surpris de voir un vénérable vieillard avec un air de santé qui semblait lui promettre encore bien des années de vie; il lui demanda ce qu'il avait fait pour vivre si longtemps parmi tant de fatigues. Le Père lui répondit qu'il s'était dès son enfance privé de tous les plaisirs sensuels, qu'il s'était nourri sobrement, et contenté en tout du nécessaire ; qu'il avait exercé son corps par les veilles et par les travaux, et qu'avec cela il avait trouvé le secret de vivre content ; que l'incommodité même qui l'amenait à Méaco, ne l'inquiétait point, parce que si elle abrégeait ses jours, elle le mettrait plus tôt en possession d'une autre vie, incomparablement plus excellente que celle qu'il perdrait, et qui aurait encore l'inestimable avantage de ne finir jamais. Dosam, qui n'admettait pas l'immortalité de l'âme parut surpris de ce discours, et après avoir un peu réfléchi en lui-même : « Vous êtes
dit-il au Père, du sentiment de ceux qui t l'âme immortelle? Mais m'expliqueriezlien comment il se peut faire qu'une parrhomme meure et quç l'autre demeure e, et par quel secret deux choses aussi ;es que le doivent être une pure intel- 3 et une matière vile et grossière, peu- 3ntracter entre elles une union si étroite outes leurs opérations deviennent en le façon communes? enfin où va l'âme, que le corps est réduit en poussière, et uoi l'on n'en entend plus parler après séparation? »
^ère répondit à toutes ces questions d'une re qui donna bien à penser à Dosam, et i fit estimer les Religieux d'Europe. Il fut persuadé que notre âme est purement lelle, par la raison qu'elle a des opérapurement spirituelles, telles que sont nos 5s; que, si elle est spirituelle, elle est im- Lle, puisqu'elle n'a en soi aucun principe Tuption; que, si elle est immortelle, elle îée pour une fin à laquelle la vie présente qu'une disposition et un passage, qu'il onc prendre ses mesures pour acquérir [în dernière. De là le P. de Fighéréido le isit par degrés jusqu'à la connaissance )ieu créateur et sauveur des hommes, répateur de la vertu et vengeur du crime*
Alors Dosam entrevit la nécessité qu'il y avait d'embrasser le culte de ce Dieu, seul digne d'être adoré ; mais il fut eflErayé des conséquences d'un tel engagement et de la difficulté d'une entreprise qui, à son âge, lui semblait même impossible. « Comment, se disait-il, arriver à la pureté du christianisme avec des habitudes vicieuses de toute une vie? quel moyen de se réduire à redevenir disciple, après avoir été si longtemps regardé comme le maître des docteurs mêmes? » D'ailleurs les préjugés de l'enfance, les entêtements dont les savants ne se préservent guère, la crainte des discours des hommes, la perte d'une réputation si bien établie, tout cela parut d'abord au docte médecin un obstacle invincible ; mais il ne se raidit point contre la grâce; son impuissance l'humilia, et Dieu, que l'humiliation du cœur n'a jamais manqué de toucher, éclaira et fortifia tellement cet homme, qui aimait sincèrement la vérité, que, sans examiner davantage les suites de son changement, il se mit à s'instruire sérieusement des mystères de la religion chrétienne. Le P. Organtini se chargea de son instruction, et, dès qu'il le vit suffisamment disposé, il le baptisa et le nomma Melchior.
L'étonnement où cette nouvelle mit tout le monde ne peut s'exprimer. Huit cents jeunes gens, qui tous les jours allaient prendre les le-
çons de Dosam, suivirent tous son exemple, et furent imités par un si grand nombre de personnes de toutes conditions, que les églises ne pouvaient plus les contenir. On entendait dire partout : « Le sage a embrassé le christianisme ; il faut que ce soit la véritable religion. » L'empereur et toute sa cour ne s'entretinrent pendant plusieurs jours que de cet événement. Les bonzes au désespoir, ne sachant de quelle manière réparer une perte aussi considérable, volurent engager le Daïri à contraindre Dosam de retourner au culte des idoles; mais Dosam aurait plutôt converti le Daïri lui-même, que le Daïri n'eût pu venir à bout de le convertir luimême.
Etienne, Seigneur japonais. 11 était fils d'André, premier prince chrétien d'Arima, et le frère cadet de Protais qui succéda à son père ; il reçut le baptême vers l'an 1578. Jeune encore, il signala sa bravoure dans la guerre que Protais eut à soutenir contre le seigneur Riozogi. Ayant été violemment renversé à terre par un coup de mousquet, il n'y demeura pas, mais se releva ausssitôt, et animé d'une nouvelle ardeur il se porta de nouveau au combat. L'issue de cette guerre fut heureusement favorable à Protais. Etienne n'avait que vingt-cinq ans lorsque
Dieu rappela à lui, pour le récompenser s doute de ses vertus, car le jeune seign l'avait toujours servi fidèlement.
EuGÉNio, François, Prêtre de la Compagnie Jésus. Il exerça son ministère, en 1617 a^ beaucoup de zèle et dans les circonstances plus difficiles, en Tchicoungo et enTchicoug nais sa mauvaise santé Fobligea, l'année s k^ante, à se retirer à Nangasaki. : : :\: l
EuNADE, Ambroise, Noblc japouais. Il était :
endant du seigneur d'Amangoutchi, lorsqu' 551, les prédications et les miracles de sa François Xavier le convertirent à Jésus-Chri . fut alors baptisé, et probablement par V ôtre, sous le nom d' Ambroise. Il ne dev as faire longtemps Tédification de la chi enté naissante d'Amangoutchi, car peu d^a ées après son baptême, en 15S4, Dieu le re lit de ce monde. On lui fit des funérailles au )lennelles qu'il était possible, pour donner a aïens une haute idée de la Religion et de iété qu'on doit avoir envers les morts. Comi L maison du défunt était très éloignée église, le convoi traversa toute la ville.
. Edouard de Sylva marchait devant porta
une grande croix; plus de deux cents néophytes suivaient, tenant en main des flambeaux allumés; quantité de jeunes enfants de qualité venaient ensuite, dont Tun portait le rituel, un autre le bénitier, et d'autres encore quelques images de dévotion. Le P. Cosme de Torrez marchait après, revêtu d'un surplis et d'ime étole, puis suivait le corps porté dans un cercueil, qui était couvert d'une étoffe de velours noir.
'. .' Eèi-âpeétacle intéressa vivement les habitants jdela vijle;*mais ce qui édifia le plus les païens, - ce îati'lài charité que montra la veuve du noble chrétien, en nourrissant, quatre jours durant, tous les pauvres qui se présentèrent, et en leur distribuant même une partie du mobilier de sa maison.
Fachirandono, Jean, Noble japonais. Il était fils de Soumotodono, l'un des Tonos d'Amacousa. Quelques prédications auxquelles il avait assisté lui avaient donné beaucoup réfléchir, mais il en était demeuré là. Enfin, l'exemple des vertus qu'il voyait les néoph^ies pratiquer fit sur lui une impression si heureuse, qu'il se décida à se faire instruire et à recevoir le baptême. Il n'y avait pas longtemps que Fachirandono était chrétien, lorsqu'il tomba
gravement malade. Ses parents, qui étaient païens, voulurent tout de suite lui appliquer les remèdes superstitieux dont on faisait usage en pareil cas, mais il s'y opposa énergiquement déclarant que c'était plus de Dieu que des hommes qu'il attendait sa guérison. Sa confiance ne fut pas trompée, car un Religieux venu d'Amacousa, lui ayant administré les sacrements il recouvra immédiatement une santé parfaite. C'était en 1589.
Fanyemon, Sancoe Cano. En 1607, à Amangoutchi, Sanche Cano, ayant enlevé les corps de deux martyrs, en infraction aux lois, fut d'abord constitué prisonnier dans sa demeure, et ensuite appelé à Fanghi, la capitale, devant Sachedono, principal gouverneur des états de Morindono. Ce gouverneur, qui était son ami, l'interrogea longtemps, et ne put triompher de sa constance. Sanche finit par lui déclarer avec tout respect, que si Sachedono consentait à le laisser vivre dans sa foi, il le servirait passivement en toute autre chose, et même en qualité de valet pour porter ses chaussures, jusqu^à sa propre mort. Sachedono finit par le menacer de mort avec toute sa famille, mais Sanche demeura tout aussi intrépide. Laissé libre d'aller à Amangoutchi^pour se consulter avec sa
famille, il en profita pour aller consoler et afifermir ceux-ci, et se préparer à la mort. Sur ces entrefaites la mort de Micawanocami, fils de l'empereur, de qui la fille était fiancée au fils de Morindono, obligea ce dernier à se rendre en toute hâte à Sourounga, pour offrir ses condoléances au souverain ; et la condamnation de Sanche en fut différée. Il pouvait à la vérité, sortir de la contrée avec tous les siens : mais, considérant que cette affaire concernait la foi, il se résolut à rester, afin de ne pas scandaliser les gentils. Nous ne voyons pas qu'il ait été plus tard inquiété.
Para, Martin, Frère de la Compagnie de Jésus. Ce noble japonais qui était de la principauté d'Arima, fut attaché à la personne du seigneur Cingina, l'un des deux ambassadeurs qui partirent pour Rome en 1582. Il n'y eut pas d'honneurs, de réceptions, de faveurs accordées à ce dernier auxquelles on ne le fit participer. Sa santé avait été bonne pendant tout le trajet, lorsqu'étant arrivé à Madrid il y tomba gravement malade; c'était en octobre 1584. Le roi Philippe II lui envoya ses médecins, et ceux-ci le soignèrent si bien, qu'en moins de vingt jours, ils le guérirent d'une
fièvre violente, qui avait fait fait craindre poui sa vie.
De retour au Japon, après une absence de huit ans, Martin Fara continua de remplir ses fonctions auprès du seigneur Cingina, en raccompagnant d'abord à la cour impériale, e\ ensuite dans les cours particulières d'Arima e1 d'Omoura. Mais bientôt il mit à exécution k pieux projet qu'il avait formé de se consacrer entièrement au service de Dieu, et suivant en cela l'exemple de Cingina lui-même, il entra avec lui, le 25 juillet 1592, dans la Compagnie de Jésus. Ce fut le P. Alexandre Valignani qu les envoya au noviciat pour y commencer la vie qui devait les sanctifier.
Fernandez, Jean, Frère de la Compagnie de Jésus. Fernandez était de Cordoue, capitale de l'Andalousie et il s'établit à Lisbonne, où il réussit à faire un commerce considérable dans les soies. Un exercice de pénitence que des congréganistes pratiquaient à certains jours chez les Jésuites dans une chapelle secrète, et dont il fut témoin une fois par hasard, lui inspira un si grand désir de se donner à Dieu et de renoncer à tout ce qui doit périr, que sur-lechamp, il alla trouver le Provincial des Jésuites,
et lui demanda instamment d'être admis dans leur Compagnie.
Le P. Simon Rodriguez, un des dix premiers compagnons de saint Ignace, gouvernait alors les Jésuites de Portugal. Il fut surpris de voir un riche négociant qui, à Fâge de vingt-deux ans, s'offrait à passer le reste de ses jours dans les offices domestiques; car Fernandez ne pouvait se destiner qu'à cela, n'ayant point d'études. Aussi plus une telle proposition avait de quoi étonner, plus le Provincial jugea qu'il devait éprouver son prosélyte. Avant de le recevoir, il exigea de lui une chose qui passera pour une extravagance dans l'esprit de ceux qui se règlent sur les maximes de la prudence du siècle; mais ceux qui savent découvrir la haute sagesse, que renferme la sainte folie de la croix, en jugeront autrement, et ils ne s'étonneront pas qu'un homme qui avait guéri un lépreux en le faisant coucher avec lui, se soit un peu écarté de la conduite ordinaire, pour en suivre une que plusieurs exemples assez semblables des saints ont suffisamment autorisée.
Le P. Rodriguez dit donc à Fernandez que, pour avoir une assurance de sa vocation, il souhaitait qu'il se montrât dans la ville monté sur ui^ âne et le visage tourné du côté de la queue de l'animal. Fernandez, tout couvert
de soie qu'il était, s'en va sans balancer chercher un àne, monte dessus comme on lui avait marqué, traverse Lisbonne d'un bout à l'autre dans cet équipage, et retourne avec un air triomphant à la maison des Jésuites, où le Provincial ne fit aucune difficulté de lui donner place.
On ne devait attendre que de grandes choses d'un si beau commencement; on ne se trompa point. Fernandez, fidèle à la grâce, après avoir creusé des fondements si profonds, éleva si haut et en si peu de temps l'édifice de sa perfection, qu'étant parti pour les Indes après neuf mois de noviciat, saint François Xavier, qui n'avait pas de la sainteté une idée commune, fut frappé de celle qui reluisait dans ce jeune religieux. Le saint s'aperçut encore avec étonnement, après avoir un peu pratiqué Fernandez, que, bien qu'il fut illettré, le Saint- Esprit lui en avait déjà plus appris dans l'oraison que l'on en apprend en bien des années dans les écoles ; et lui trouvant avec cela un bon sens rare et beaucoup de facilité pour les langues, il le destina d'abord à la mission du Japon et lui confia le soin des trois japonais qui furent le& premiers baptisés de leur nation. Cela donna lieu à Fernandez de s'instruire de la langue japonaise ; il l'entendait assez bien lorsqu'il partit des Indes, et il ne fut pas long-
temps au Japon sans la parler avec une facilité et une élégance singulières, de sorte qu'on allait Tentendre par curiosité.
La part que cet excellent ouvrier eut aux miracles et aux grandes conversions que l'Apôtre de rOrient fit dans le Japon, fut considérable. Ce saint avait pour son compagnon une estime qui allait jusqu'à la vénération : aussi, à son retour aux Indes, il ne fit point difficulté de dire au P. Gaspard Barzée : « Mon cher Père, soyez convaincu qu'il vous reste encore bien du chemin à faire pour atteindre Jean Fernandez. » Il parlait toutefois à un homme qui, après avoir rempli les principales contrées des Indes de l'odeur de ses vertus et de l'éclat de ses miracles, passait parmi les infidèles pour un Dieu, et chez les Mahométans d'Ormuz pour Jean- Baptiste résuscité.
Fernandez travailla quelque temps dans les provinces de Nangato, de Boungo, de Firando et dans la principauté d'Omoura avec des succès qui firent dire au P. Cosme de Torrez que, si le Japoa était redevable au P. Xavier d'avoir reçu la foi, il avait obligation à Fernandez de ne l'avoir pas perdue après le départ du saint.
Enfin, quelques années avant sa mort, le F. Fernandez fut renvoyé dans le Firando, où, le prince çtant toujours peu favorable au christianisme, il fallait un homme comme lui pour
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encourager les fidèles, et gagner les païens autant par Féminence de sa sainteté que par la sublimité de ses lumières. Il y fut secondé en tout par le seigneur Antoine, et ils vinrent à bout d'exterminer entièrement Tidolâtrie dans les Ues de Tacouchima et d'Ikitsouki.
L'admirable Frère mourut à Firando, le 1®^ juin 1567, d'une langueur que lui avait causée l'excès de ses travaux, mais sa mort, bien loin d'alarmer les fidèles, fut pour eux un nouveau motif de travailler à leur sanctification, dans la pensée qu'ils avaient un protecteur dans •le ciel.
Fernandez, Thomas, Prêtre de l'Ordre de Saint-Dominique. Ce Père arriva de Manille au Japon en 1602 et fut attaché à la mission de Satsouma. Le mauvais état de sa santé l'obligea de retourner à Manille en 1607.
FiGHÉRÉiDO (Melcbior de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il arriva au Japon en 1564, avec les PP. Balthasard de Costa et Jean Cabrai. Etant débarqués à Firando, ils firent tous trois une vi:.ite au prince, qui leur fit boB accueil; ils avaient été présentés par le sei-
gneur Antoine, qui les traita magnifiquement au sortir du palais. Le P. Melchior prit ensuite la route de Cotchinotsou où était le P. Cosme de Torrez, et lui présenta les dépêches des Indes comme au supérieur de toute la mission. Celui-ci lui assigna comme poste ordinaire Cotchinotsou même, afin qu'il put visiter plus facilement les chrétientés du Tacacou.
Au commencement de janvier 1566, le P. Melchior fut envoyé à Chimabara avec Paul, un ancien médecin Japonais converti. Le Père prêchait et confessait, tandis que Paul s'occupait particulièrement de Tinstruction de ceux qui demandaient le baptême ; Paul faisait plus encore, il apprenait à lire aux enfants, pour qu'ils n'allassent pas dans les écoles des bonzes. Les deux missionnaires passèrent le Carême dans cette ville et Dieu bénit leur zèle au-delà de ce qu'ils avaient pu espérer. Après Pâques, le P. de Torrez vint lui-même à Chimabara pour les en féliciter et se réjouir avec eux des résultats qu'ils avaient obtenus. Comme le P. Jean des Monts, qui travaillait avec ardeur dans le Boungo, venait d'y tomber gravement malade, le P. Melchior y fut envoyé pour le remplacer dans son ministère. Heureusement que le P. des Monts, se rétablit au bout de quelques temps, et alors les deux Religieux unirent leurs efforts non
seulement pour convertir les païens à Jésus- Christ, mais encore pour faire progresser les fidèles dans la' vie de la foi. 11 y avait dans le bourg de Tacata, près de Founaï, un gentilhomme dont la fille était tellement agitée par le démon que c'était un spectacle horrible à voir, et la malheureuse paraissait sur le point de succomber; le P. de Fighéréido vint la voir, la calma, l'instruisit des principales vérités de la religion et lui conféra le baptême ; elle ne l'eut pas plutôt reçu qu'elle fut immédiatement et totalement délivrée de son ennemi. Ce miracle convertit toute sa famille et plusieurs de ceux qui en avaient été témoins.
En 1570, le P. Cabrai ayant administré le baptême à l'épouse et aux enfants de Soumitîxuda, prince d'Omoura, le P. Melchior assista le Provincial dans cette belle cérémonie, et il demeara longtemps dans la principauté où les chrétiens étaient fort nombreux. En 1S76, le P. Cabrai envoya le P. Melchior aux lies de Goto pour y visiter les fidèles. Celui-ci y demeura quatre mois entiers, confessa tous les chrétiens et célébra avec eux les fêtes de Noël. Après leur avoir donné tous les soins dont son zèle et sa charité le rendaient capable, le P. de Fighéréido les quitta pour se rendre à Facata, dans le Tchicougen. Il fit là un cours d'instructions qui furent très suivies, et qui furent couronnées
par la conversion de plus de quatre cents païens. Il en fit d'autres encore dans plusieurs endroits de la contrée qui n'eurent pas moins de succès. Vers 1583, le P. Melchior de Fighéiréido, soufiFrant d'une grave infirmité dut aller à Méaco pour y consulter un célèbre médecin, nommé Dosam; nous avons vu déjài comment il le conquit à Jésus-Christ.
FiGoÉRÉiDO, Thomas, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais. 11 fut d'abord catéchiste des PP. Jésuites et prit le nom de l'un d'eux: le P. Melchior de Fighéréido. Ayant été admis dans la Compagnie de Jésus, il y exerça les fonctions de sous-ministre à Omoura, à Méaco et ailleurs. Il mourut à Manille, le 22 avril 1622, à l'âge de soixante-dix ans ; il avait quarantetrois ans de vie religieuse.
FiGORO, Onizouca, Confesseur de la foi. Au mois d'août 1618 mourut dans l'exil, à Amacousa, Onizouca Figoro, noble de la famille de Michel, prince apostat d'Arima. Il avait refusé, comme dangereuses pour son âme, les ofiFres de son parent, et il vivait dans un dénûmenl
absolu, n'ayant pour aliment que des racines et des coquillages rejetés par la mer. Il expira de pure inanition et au bout de ses forces.
FiozaUPN, Matthieu, En 1614, Itacouradono, gouverneur de Méaco, n'osant pas désobéir à l'ordre impérial de persécution, chargea Sangamidono de détruire les églises et d'obliger les chrétiens à l'apostasie, en leur laissant seulement le choix de la secte. Il avait secrètement donné Tordre à son ministre d'employer surtout les menaces et les traitements durs et ignominieux, et, en dernier lieu, d'exiler les refrac taires, mais de n'ôter la vie à personne. Cinq jours seulement après l'enlèvement des missionnaires, Sangamidono, commissaire impérial fit afficher un édit portant que tout chrétien qui ne renierait pas serait brûlé vif, et que quiconque ne voudrait pas aspostasier n'avait qu'à disposer la colonne où il serait attaché pour mourir. Beaucoup de chrétiens s'empressèrent de préparer leur colonne. Cependant le commissaire fit raser la maison et Téglise des PP. de la Compagnie de Jésus à Méaco, ainsi que celles des Franciscains à Fouchimi. Quelques chrétiens défaillirent alors et effacèrent leurs noms de la Hste des fidèles, c'est-à-dire du livre de vie. Mais la plupart
demeurèrent invincibles et préférèrent l'exil. Ainsi Matthieu Fiozaïmon officier de Mandocorosama, épouse de Taïcosama, partit généreusement pour Texil avec Marie, sa femme.
FiRARACBi, Mancie, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Japonais du Boungo. Il mourut de misère, et probablement à Nangasaki, le 20 mars 1615, à l'âge de quarante-quatre ans; il en avait vingt de Compagnie. Il fut enterré à Nangasaki, ce reliquaire de corps saints.
FoNSECA (Jean de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père, né à Lisbonne, arriva au Japon en 1605. Il fut particulièrement employé dans les missions du Fingo et du Tacacou.
Après s'être rendu recommandable par sa charité, sa modestie, et les travaux incessants dont il fut chargé, il mourut d'épuisement à Arima, le 29 septembre 1620, à Tàge de cinquante-deux ans; il avait trente-deux ans de Compagnie, et il était profès des quatre vœux.
Fort, Balthasard, Prêtre de FOrdre de Saint- Dominique. Ce Père était fils d'habit du couvent de Saint-Etienne de Salamanque. Il fut
adopté par celui de Valence, sa patrie. Il vint aux Philippines en 1602, et fut d'abord missionnaire à Pangasinan, et, en 1608, provincial. Il passa ensuite au Japon en qualité de supérieur.
François, Officier japonais. En 1601, Caïnocami, fils de Siméon Condéra, reçut, en échange du Bougen, la province de Tchicougen beaucoup plus considérable. Dans ses nouveaux domaines se trouvait Facata, qui comptait plus de mille chrétiens, et les villages d'alentour qui en renfermaient un grand nombre. La plupart des officiers de Caïnocamî étaient aussi chrétiens, et le prince admit encore parmi ses vassaux le général Jean Acachicamon et trois cents personnes de sa suite, ainsi que François, fils du seigneur Tochirondono, et petit-fils de Civandono, avec la plupart des chrétiens nobles de la ville de Coroume. Tous ces fervents chrétiens se trouvaient parmi les infidèles comme des roses au milieu des épines, et ils répandaient la bonne odeur de Jésus-Christ : bientôt leur irrésistible influence opéra des conversions nombreuses.
François de Saint- André, Prêtre de l'Ordre de
Saint-François. Ce Père arriva au Japon en juillet ; on était au plus fort de la persécution. L'année suivante, le P. Jacques de Saint-François, commissaire, ayant parcouru les provinces du Cami, y laissa les PP. Louis Gomez et François de Saint- André, les chargeant de visiter les quatres cités de Méaco, Ozacca, Fouchimi et Sacaï.
Froëz, Louis, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il naquit en Portugal, dans la ville de Béja en 1528. Il suivit le P. Gaspard Barzée dans son voyage aux Indes en 1548. Arrivé à Goa, il y continua ses études au collège de la Compagnie; mais il fut obligé de les interrompre pour aller à Malacca où il demeura une année, occupé aux travaux de la mission. Il revint ensuite à Goa, et ayant été ordonné prêtre, il partit, et après une navigation aussi longue que périlleuse, il aborda au Japon, le 2 juillet 1563 avec les PP. Jean-Baptiste des Monts et Jacques Gonzalez. Il se tint d'abord dans un petit village, pour s'instruire des coutumes et apprendre la langue du pays.
Cependant le changement d'air et la mauvaise nourriture le rendirent malade et il ne se débarrassa que difficilement de la fièvre dont il avait été saisi. Des troubles survenus en
Omoura, où le P. Cosme de Torrez Tavait ( voyé, Tobligèrent de se réfugier sur un bà ment portugais ; il se retira bientôt à Firan(3 où le seigneur Antoine l'accueillit avec bonhei De concert avec le F. Jean Fernandez il s\ cupa très activement des chrétiens des lies Tacouchima et d'Ikitsouki. Le P. de Ton renvoya ensuite à Méaco, pour venir en ai au P. Viléla et au F. Louis d'Almeïda qui pouvaient suffire aux besoins de leur min tère.
Après un voyage très pénible, où il avait ( bien des fois en danger de perdre la vie, P. Froëz arriva dans la capitale le dernier jo de janvier 1565. Le mois suivant à Toccasi des fêtes et des visites de la nouvelle année, alla avec le P. Viléla présenter ses hommag au Coubo, et celui-ci fit aux deux Religieux i accueil très aimable.
Trois mois après le Coubo était assassiné les Pères, inquiets de la tournure queprenaie les événements, se retirèrent d'abord au f( d'imori et puis dans la ville de Sacaï. Le séjo prolongé qu'ils y firent fut une source de bér dictions pour les habitants de la contrée, c leur ministère y fut très heureux. A l'entrée l'hiver de l'année 1566, la ville de Sacaï se ^ entourée de troupes nombreuses : deux armé étaient en présence, l'une sous les ordres d
présence de Nobounanga, avait confondu sa vaine éloquence, le bonze n'espérant plus rien du côté de la cour, s'était adressé au Daïri pour arriver à ses fins. Il croyait le moment favorable, parce que le souverain avait quitté la capitale pour aller visiter sa province de Mino. Informé de ce qui se passait, Vatadono engagea le P. Froëz à voir Nobounanga; le Père partit aussitôt pour le Mino, où le souverain Taccueillit avec beaucoup d'amitié, et le congédia en l'assurant de toute sa protection, non seulement pour lui, mais encore pour les chrétiens. Cette haute protection permit aux missionnaires d'agir en toute liberté, et la chrétienté de Méaco devint plus prospère que jamais.
En 1570, le P. Viléla étant retourné aux Indes, le P. Organtini fut envoyé à Méaco pour y aidei le P. Froéz. Cependant le bonze Néquijo intriguait toujours, et Tannée suivante il réussit à faire disgracier le vaillant Vatadono ; le général se montra digne dans cette circonstance, et il disait que ce coup lui serait bien indifférent du moment où le P. Froëz pourrait demeurer à Méaco, sinon, qu'il l'accompagnerait voontiers jusqu'aux Indes. Il n^en aurait pas ei le temps, car peu après, Nobounanga, voymt qu'il avait été indignement trompé à sm sujet, lui rendait toutes ses
bonnes grâces, et dans sa colère, il eût fait décapiter le bonze calomniateur, si le Daïri n'avait intercédé peur lui. Le P. Froëz savait bien qu'il avait en Vatadono un ami généreux, et il ne manquait pas d'aller quelquefois lui faire visite dans sa forteresse de Tacazzouki.
L'arrivée du P. Organtini permit au P. Froëz de s'éloigner de la capitale pour visiter toutes les chrétientés environnantes, et celles aussi qui dans les provinces voisines voyaient moins souvent les missionnaires, mais ses occupations se multiplièrent tellement pendant les années qui suivirent, qu'à la lin sa santé souffrant à l'excès des efforts de son zèle, il tomba gravement malade dans le courant de l'année l576. Quand il fut un peu rétabli, le P. Franças Cabrai l'envoya dans le Ghimo, pensant qu'un climat plus doux achèverait sa guérison Alors le P. Froëz se rendit dans le Boungc et vint résider à Ousouki. Il n'y resta pas iiactif, et son ministère fut comme ailleurs bén' du Ciel. Quand en 1578, Yochimoune, fils aîné de Civandono, témoigna du désir de smstruire des vérités de la religion, le P. F.t)ëz le \it, l'entretint et lui offrit un traité qu'i'avait composé en japonais contre les sectes ilolâtriques. Le prince Civandono, de son côté, ivait tant de confiance dans la sainteté et dans les lumières
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du Père qu'il voulut le prendre pour le directeur de sa conscience.
Le P. Froôz était toujours à Ousouki, lorsqu'en 1581, le P. Alexandre Valignani, Visiteur de la Compagnie, vint Ty prendre pour remmener avec lui à Méaco. Après les fêtes de Pâques, les PP. Froôz et Organtini accompagnèrent le P. Alexandre au palais de Nobounanga, qui lui avait accordé audience; et la faveur dont les missionnaires jouissaient depuis longtemps auprès du souverain, ne contribua pas peu à donner à la réception un éclat si extraordinaire que tout le monde en fut émerveillé. Bientôt le P. Organtini fut nommé supérieur du séminaire d'Anzoukiama, et le P. Froéz fut chargé de le remplacer à Méaco.
Le 22 juin 1582, Nobounanga était assassiné, et le général Faxiba finit par se rendre maître de la situation et à s'emparer du pouvoir. Dans les premières années de son règae, Faxiba, qui prit successivement les noms de Cambacoundono et de Taïcosama, fut favorable aux chrétiens; il accueillait les religieux avec bonté, et l'on peut dire que jamais seigneur même de haut rang ne fut traité plus magnifiquement qu'il ne les traita lui-même, lorsqu'en 1^85 il les reçut dans son palais. Mais cette bienveillance ne devait pas durer toujours, car en 1588,
il se déclara ouvertement contre les chrétiens et fit publier un édit de persécution.
Pendant les années qui suivirent le P. Froëz demeura à son poste, toujours actif, mais d'un zèle tempéré par la prudence, ainsi que les circonstances l'exigeaient. Il eut donc à supporter toutes les difficultés et les embarras d'une persécution devenue violente et cruelle, et personne mieux que lui n'en connut les détails affligeants. Tant de malheurs Taccablèrent, et la maladie l'ayant conduit à Nangasaki, il y mourut le 8 juillet 1597. On a de lui un grand nombre de lettres écrites à ses supérieurs et à ses confrères d'Europe, ainsi que plusieurs autres ouvrages d'une grande valeur.
Gago, Balthasard, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père naquit à Lisbonne en 1515, entra dans la Compagnie de Jésus en 1546, et partit pour les Indes deux ans après. Arrivé à Goa, il y rencontra saint François Xavier qui l'envoya au Japon et il y arriva au mois d'août 1552. Le P. Cosme de Torrez, supérieur de la mission, l'accueillit avec bonheur.
Le P. Gago fit d'abord honneur à ceux qui l'avaient choisi pour l'apostolat; il apprit si aisément la langue japonaise, qu'en peu de
fesseur, était digne de son époux. Comme on la menaçait d'être promenée honteusement sur un âne, et ensuite d'être mise à mort, si elle ne reniait sa foi, elle répondit : « Je n'ai point mérité de Dieu cette grâce extraordinaire. » On lui disait encore qu'après le supplice de son mari, elle serait vendue pour être enfermée dans un lieu de débauche; mais ce fut en vain, car rien n'était de nature à émouvoir sa vertu.
Ghiétacou, Antoine, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Japonais. A Firochima, métropole de la province d'Aki, un prêtre de la Compagnie de Jésus, le P. Antoine Ghiétacou, Japonais, après trois ans de captivité, fut mis en liberté au mois d'août 1619, et envoyé dans le Chimo.
Ghiouzza, Officier japonais. Au commencement d'avril 1614, les généreux chrétiens qui avaient confessé la foi à Méaco et à Ozacca, reçurent leur sentence d'exil; les hommes étaient envoyés dans le Tsoungarou, vers l'extrême Orient. Parmi les exilés d'Ozacca se trouvaient Ghiouzza et ses deux fils. Ghiouzza était le plus noble des officiers de Bigenno Tchounagondono, ancien seigneur de trois provinces, et l'un des anciens régents de l'empire, Après la
etTexilde son maître, Ghiouzza s'était si par Figendono, Fun des partisans de ama, pour être l'un des commissaires 1 de pacifier le pays. Les Confesseurs de i^arrivèrent dans le Tsoungarou que le suivant. On les y employa à de pénibles d'agriculture.
;, Pierre, Prêtre de la Compagnie de [1 naquit à Antequera, dans le diocèse ga, en Espagne, et entra dans la Comde Jésus à Alcala, en 1553. il fut en- À.ngra, dans l'ile de Terceire, en 1570, ans plus tard aux Indes et à Macao. Il qua pour le Japon en 1582, et éprouva, 'y arriver un terrible naufrage ; enfin il étrer dans sa mission. Cette mission, il lemandée à Dieu durant vingt-cinq ans, lit ne l'avoir point imploré trop long- >our l'obtenir. Il avait rendu à l'Eglise 3n les plus importants services, lorsmort subite l'enleva de ce monde le er 1600 : le long exercice d'un laborieux d apostolat l'y avait solidement préparé.
Lgé de soixante-cinq ans, avait quarantede Compagnie, et dix-sept de travaux n. Il avait été missionnaire, et puis sudans la province de Boun^o; depuis
Gonzalez, Alfonse, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père débarqua au Japon en 1576, et mourut à Nangasaki, au mois de mars 1601, à Tâge de cinquante-quatre ans; il en avait trente-sept de Compagnie. Ce Religieux s'était toujours montré Tennemi de lui-même et Tami des pauvres. On le voyait aller, malgré ses infirmités, à cinq ou six lieues d'Outo, pour entendre une confession, et rien ne lui coûtait quand il s'agissait d'assister quelque chrétien malade ou affligé. Son ministère dans les Hes d'Amacousa avait été très fructueux en rannce
GoROsouDGiDONO, Germain Babba, Coufcsseur de la foi. Avant d'être contraint par ordre impérial d'échanger sa principauté d'Arima contre celle de Fiounga, bien moins avantageuse, le renégat Michel avait réussi à faire apostasier quatre officiers nobles qui étaient à son service; mais bientôt, revenus à eux-mêmes, ces officiers s'étaient rétractés et exilés dans les montagnes d'Obama, errant à l'aventure avec leurs femmes et leurs enfants ; ils avaient fini par se réfugier dans uiie grotte naturelle. Ils n'y de-
meurèrent pas longtemps en paix, car le < taine de Firando, que Safîoyé, devenu p:
d'Arima, avait chargé d'examiner les chré de Tchindgiwa et d'Obama, les fît sais comparaître devant son tribunal ; et comm refusaient énergiquement de renier leur f( capitaine les fit mettre à la torture, de l'emplacement même où avait été trouve croix miraculeuse d'Obama, c'était le 28 vembre 1614. Les confesseurs eurent les d et le nez coupés, et on imprima sur leur i le signe de la croix avec un fer rougi au Us avaient consenti à être liés, quoiqu'ils sent nobles. Deux moururent dans les tourm et deux survécurent au supplice. Ceux qui vécurent étaient Germain Babba Gorosou dono, d'Obama, et âgé de quarante et un et Michel Firawo Toyémondono, égaler d'Obama, et âgé de quarante-sept ans.
deux généreux soldats de Jésus-Christ resté exposés pendant vingt-deux jours sur la pi dans une cabane ouverte aux intempériei l'air; on finit par les renvoyer. Ils passère Nangasaki, où les chrétiens rivalisèrent à leur offrirait l'hospitalité. On leur baisail genoux, les mains et les pieds mutilés ] Jésus-Christ. Et eux, confus de tant d'I neurs, se cachaient dans leur asile, et n montraient que sur l'ordre des Religieux.
païens et les lépreux eux-mêmes admiraient ces confesseurs héroïques.
Goto, Jean, Seigneur japonais. En 1620, Massamoune, prince de Wochou, qui s'était montré longtemps favorable aux ctirétiens, se fit leur persécuteur, afin d'obéir à la raison d'Etat. Cependant il ne voulait pas porter les mains sur Jean Goto, son ami, lequel était le père des chrétiens, et la plus ferme colonne de l'Eglise de cette province. Il lui laissa la liberté de conserver sa religion, s'il voulait promettre trois choses : de ne pas accueillir, ne fût-ce que pendant une heure, un ministre de la religion; de n'exhorter personne à devenir ou à rester chrétien; de ne faire connaître à personne la faculté qui lui était laissée. Jean répondit qu'un pareil serment offenserait sa conscience, et que, s'il n'était pas libre d'observer la loi chrétienne, il n'attachait nul prix à l'amitié du prince, à sa propre fortune et à la vie même. Massamoune ferma les oreilles et les yeux.
En 1623, l'investiture du nouveau Chôgoun Minamotono Yémits, fils de Fidé-Tada, fui l'occasion de nombreux martyres. Il n'avait point imposé la persécution aux autres princes ; mais la plupart l'imitèrent servilement, et de ce nombre fut Massamoune, qui donna l'ordre
à ses lieutenants de dénombrer les chr< Ses officiers, chacun dans sa juridictio valent dresser le rôle. Le P. Jacques d( valho résidait alors àChendaï, comme suj de la Compagnie, consolant les chrétien ville et visitant les pays d^alentour. 1 célébrer les fêtes de Noël à Miwake, ] Jean Goto; et le jour de l'Epiphanie, h reçut du Provincial une lettre de frai destinée au vertueux seigneur, et qui as cet ami spirituel aux mérites et aux œuv la Compagnie, ainsi que l'autorise un usage, en faveur de certains bienfaiteur gnes.
Goto, parla volonté du prince, était c du dénombrement; mais Monica Irami des gouverneurs, qui voulait en finir a^ chrétiens, et qui considérait justement comme la pierre angulaire, crut essentie faire fléchir ou de le mettre à mort.
Un autre gouverneur, Chimonda D qui connaissait les desseins d'Irami, et qi Tun des amis de Jean, essaya de per celui-ci, et lui représenta les bienfa; prince ; Goto lui opposa les bienfaits ( infiniment supérieurs. En vain Daisem sa propre épouse à tenter un nouvel Cette dame, après mille instances, fie dire à Goto que, s'il abjurait, elle-mêr
îonnaissance d'une pareille grâce, couperait chevelure, sacrifice insigne parmi les Japoîs. Rien n'émut le chrétien zélé, invincible ns sa conscience. Mais, dès cette heure, il endit le martyre et s'y prépara par les sacreïnts; il rédigea par écrit sa profession de , pour être envoyée à Massamoune, protesit, dans cet acte, de son dévouement jusqu'à nner sa vie, mais non pas jusqu'à sacrifier 1 âme. Jean Goto fut alors exilé dans le mbou, contrée au nord du Wochou.
Grouc A, Seigneur japonais. En 1570, le prince Goto, dont le fils avait été baptisé sous le m de Louis, se laissa tellement influencer V les bonzes, furieux des progrès de l'Evane, qu'il publia un édit par lequel il défendait es sujets de se faire chrétiens et ordonnait à IX qui l'étaient déjà de revenir au culte des )les. Mais ce fut en vain, car les chrétiens, courages par l'exemple du jeune prince, dépurèrent inébranlables dans leur foi. Devant tte résistance, le prinee se demanda s'il ne ait pas bien, pour la briser sûrement, de îourir à la force armée, mais la pensée que 1 fils pourrait être exposé à quelque danger 'ieux, lui fit abandonner ce moyen de réession. C'est alors qu'il s'avisa d'un autre
expédient. 11 avait un proche par< Gouca, seigneur chrétien d'une grar et d'une piété plus grande encore; s'il pouvait le faire apostasier, la chrétiens s'empresserait de l'imiter quoi, plein de cette idée, il lui dép( ses officiers, pour lui faire les plus messes dans le cas où il consentirai foi, mais aussi pour le menacer des châtiments, s'il demeurait rebelle lontés. Quand l'officier se fut acqi message, Gouca lui répondit : « A prince, mon cousin, que s'il regard crime la condition de chrétien, i tarder envoyer ses soldats pour m cher la tête, non seulement à moi, à mes deux enfants; qu'il peut 1 veut, nous rendre misérables, ma parviendra jamais à nous rendre in tre Dieu ; et d'ailleurs que tous les < Wotchica sont prêts à mourir po comme je le suis moi-même. » Une aussi énergique ayant donné fort à prince de Goto, celui-ci jugea pru pas se jeter dans de grands emb faire plaisir aux bonzes, et les ch( meurèrent là.
rare, la tenait toujours enfermée dans un ( palais, soit à Ozacca, soit à Tango. Com était des amis du général Juste Oucondoi qu'il lui entendait souvent parler de la re] chrétienne, il en entretenait quelquefoi épouse. Celle-ci qui avait Tesprit exce n'oublia rien de tout ce qu'elle apprit dai conversations ; et comme l'innocence de avait préparé son cœur aux impressions grâce, elle se sentit bientôt fortement po embrasser la vérité qu'on lui avait fait ce tre. 11 s'agissait de faire agréer au prince démarche ou de la lui cacher : ce dernier parut le plus sûr. Le voyage du Chimo, oi soundono fut obligé de suivre l'empereur, il était la eréature, fit naître à la princesse casion d'exécuter son dessein. Parbonheu se trouvait alors à Ozacca, où le P. de Cesi cultivait une très florissante chrétienté S( protection de Cambacoundono.
Il est vrai que d'abord elle fut embari de trouver le moyen de sortir du palais, qu'on s'en aperçût, et la chose lui pare presque impossible. Il y avait encore i d'apparence d'y appeler quelqu'un des mii naires : voici le parti qu'elle prit. On élevî près d'elle une jeune personne de la m princière, qu'on regardait comme un dej grands partis d'Ozacca. La sympathie e
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plus que Talliance avait formé entre elles une très tendre amitié, en sorte qu'elles n'avaient rien de secret Tune pour l'autre . La princesse découvrit donc à sa cousine la peine où elle se trouvait et la pria de l'aider à en sortir ; la jeune parente qui avait toute liberté d'aller et de venir, fit ce que la princesse souhaitait. Elle prit si bien ses mesures, que par une porte secrète dont elle avait la clef, elle la conduisit chez les PP. de la Compagnie de Jésus, sans que personne en sût rien; et dès qu'elle fut entrée dans l'église, elle fit prier le P. de Cespédez de venir baptiser une dame de qualité qui avait des raisons de ne pas se faire connaître. Le Père n'eut pas plus tôt commencé à entretenir la princesse de Tango, qu'il la trouva parfaitement instruite, mais quelque instance que fit celle-ci, pour engager le missionnaire à la baptiser, il le refusa constamment. 11 a avoué depuis qu'il avait craint qu'on ne lui eût amené quelque concubine de Cambacoundono. Cependant on s'aperçut dans le palais que la princesse n^y était point. Aussitôt les gardes se mirent à courir dans toute la ville pour la chercher, et quelques-uns d'entre eux» étant entrés dans l'église des chrétiens, l'y découvrirent et la ramenèrent au palais. Le P. de Cespédez fut bien mortifié de ne reconnaître la princesse de Tango qu'au moment où
il perdait toute espérance de L jamais
Le lendemain, la princesse envoya s au Père pour lui proposer quelques d Père les éclaircit, et baptisa la jeune n qui n'avait pas moins d'ardeur que la pour embrasser le christianisme et nommée Marie. Alors toutes les démo les dames d'honneur allèrent succès dé la part de leur maltresse conférer missionnaire et en revinrent toutes chr Un gentilhomme qui y fut envoyé en revint changé comme les autres; enfii cesse déclara qu'elle ne pouvait souff] esclave de l'enfer, au milieu d'une ce elle avaitprocuré la liberté des enfants etqu'elle étaitrésolue de se faire encor< conduire à l'église des chrétiens, que en coûtât.
Sur ces entrefailes (1588), la pei éclata, et le P. de Cespédez ne vou partir pour Firando, où il avait ord rendre avec tous les missionnaires, ss baptisé l'épouse de Yetsoundo, fît dir princesse de lui envoyer une personne fiance qu'il pût instruire de la manière nistrer le baptême. La princesse lui e cousine, qui s'instruisit parfaitement tout et s'acquitta de sa commiss^pn i
ferveur dont les effets eurent de grandes suites. La princesse fut nommée Grâce au baptême, et le Saint-Esprit remplit dès le moment son cœur d'une consolation et d'une suavité qu'il ne fait sentir qu'aux âmes dont il a pris une possession absolue. Pour Marie, en exerçant un si saint ministère, elle fut tellement enflammée de Tamour divin, que dès lors elle se regarda comme une personne consacrée à Dieu, et à qui tout commerce avec le monde devait être désormais interdit.
Quelque temps après, Yetsoundono de retour à Ozacca, fut bien surpris d'apprendre ce qui s'était passé, et pensa tout de suite qu'il n'en fallait pas davantage pour le perdre auprès de son souverain. 11 commença donc par déclarer à la princesse et à toute sa cour qu'il fallait songer à abjurer au plus tôt une religion qui le choquait et que le souverain avait proscrite; comme il vit que ni ses représentations ni ses menaces n'avaient aucun effet, il n'est point de mauvais procédé qu'il ne mit en usage pour se faire obéir. Grâce fut encore moins épargnée que les autres, et l'on peut dire que son époux la fit souffrir à proportion de Tamour passionné qu'il lui portait. Mais Yetsoundono trouva partout une constance qui le déconcerta ; alors voyant qu'à ses emportements on n'opposait qu'une patience invincible et une douceur inaltérable, les armes
lui tombèrent des mains, et il prit le parti de dissimuler : à quoi ne contribua pas peu un miracle dont Dieu récompensa la ferveur et la foi de ces illustres chrétiennes. Un des enfants du prince étant à l'extrémité, Grâce pria Marie de le baptiser en secret; Marie le fit, et aussitôt Tenfant qui était moribond, se trouva en parfaite santé.
Douze années s'étaient écoulées depuis ces événements, Taïcosama était descendu dans la tombe et la lutte avait éclaté entre les régents de l'empire, lutte sanglante qui devait aboutir au triomphe du principal d'entre eux, Jeyas ou Daïfousama, le tuteur même de Findeyori, fils de Taïcosama.
Cependant les régents qui s'étaient ligués contre Daïfousama, se rendirent maîtres d'Ozacca, et firent publier un édit par lequel il était ordonné à ceux qui avaient pris les armes pour Daïfousama, de désarmer incessamment, sous peine d'être poursuivis comme rebelles au prince Findeyori et ennemis de l'Etat. 11 était de plus marqué que les femmes et les enfants de ceux qui ne poseraient pas les armes, paieraient pour leurs époux et pour leurs pères, de leur vie ou de leur liberté. Or, Yetsoundono était très attaché à Daïfousama, et il servait sous ses drapeaux. En partant pour l'armée, il avait laissé Grâce à Ozacca, et quoique cette ville fût
très bien fortifiée, il avait à tout événement * donné ordre à Ongazavadono, Tun des officiers de sa maison, que si Ozacca était pris ou forcé, il tranchât la tête à la princesse et mit le feu au palais. Ce que Yetsoundono avait prévu était arrivé, et Tofficier fut sommé, de la part des régents, de remettre la princesse entre leurs mains. Bientôt Ongazavadono faisait connaître à la princesse Tordre qu'il avait reçu de son époux.
Alors Grâce entra dans son oratoire, où, prosternée devant son crucifix, elle fit à Dieu le sacrifice de sa vie : elle appela ensuite les dames du palais et ses demoiselles d'honneur, * qui toutes étaient chrétiennes, les embrassa tendrement, et leur représenta que, puisqu'il n'y avait pas d'ordre de les faire mourir, elles étaient obligées, en conscience, de se retirer, avant qu'on mit le feu au palais. Pour les serviteurs, mus d'un faux point d'honneur, ils s'obstinèrent à vouloir selon la recommandation du prince de Tango, se donner la mort.
Tout était disposé. Grâce entra encore dans son oratoire, et un moment après, elle appela Onzagavadono, et lui dit qu'il pouvait exécuter les ordres de son maître ; cet officier lui répondit qu'il était prêt, et s'étant jeté à ses pieds, il la pria de lui pardonner sa mort; aussitôt la princesse se mit à genoux, abattit elle-même le
collet de sa robe, et prononçant les saints noms de Jésus et de Marie, elle reçut le coup qui lui trajicha la tête.
Ainsi mourut Grâce, princesse de Tango, la plus belle et la plus accomplie des personnes de sa condition, et peut-être la plus fervente chrétienne de l'empire; bien loin d'être idolâtre de sa beauté, il semblait qu'elle eût pris à tâche d'en ternir l'éclat, par tout ce que la pénitence a de plus austère. Toute son occupation, après s'être acquittée de ses exercices de piété, était de se faire amener les enfants des pauvres et les orphelins ; elle les lavait, les nettoyait, les instruisait des vérités de la Religion et en faisait de fervents chrétiens. Elle aimait beaucoup la lecture, et pour être plus en état de satisfaire sa piété, elle avait très bien appris le latin et le portugais. Une vie si précieuse devant Dieu, méritait, ce semble, une fin moins tragique; mais le chrétien trouve sa grandeur et sa véritable félicité dans l'accomplissement de la volonté de Dieu. Dès que la princesse fut morte, on couvrit le corps d'un drap d'or, et l'on remplit tout le palais de poudre ; ensuite les officiers, les pages et les soldats s'enfermèrent dans une salle voisine, s'ouvrirent les entrailles, et l'un d'eux, ayant mis le feu aux poudres, tout le palais sauta en l'air : c'était en l'an 1600,
Les chrétiens recueillirent ce qu'on put démêler des ossements de la princesse, et les portèrent au P. Organtini qui demeurait alors à Ozacca, et le missionnaire fit à cette illustre défunte des obsèques magnifiques. Le prince de Tango qui Tapprit à son retour, en fut si touché, qu'il fournit aux frais d'un second service auquel il assista avec ce qui se trouva de grands personnages à Ozacca. 11 donna à son épouse de longs et profonds regrets.
GuÉVARA (Jacques de), Prêtre de l'Ordre de Saint- Augustin. 11 arriva de Manille au Japon avec le titre de vice-provincial, le 2 août 1602. 11 se rendit ensuite à Méaco pour visiter le P. Jérôme de Jésus, Franciscain, qui lui donna l'hospitalité et lui obtint de Daïfousama la permission de fonder ua couvent dans la province de Boungo. 11 revint alors dans cette dernière contrée et y bâtit un couvent et une église.
L'année suivante, le P. Jacques de Guévara retourna à Manille, pour demander des ouvriei'S apostoliques.
Ikini, Michel, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais, meurt le 14 janvier 1605, à
lage de trente-quatre ans. Il y avait ans qu'il était entré dans la Compagnie, porta avec une patience admirable ton épreuves d'une longue maladie. Sa prié une perpétuelle action de grâces.
Imazzoumi, Paul. En 1612, le seigneur d violent ennemi du nom chrétien, et i excité par un méchant bonze, entreprit ( sécuter, et fit faire une enquête, en ve ordres de Fempereur et deCachoû, pri Figen. Plusieurs chrétiens furent dépou leurs biens et exilés. Paul Imazzoumi f mis à une douloureuse épreuve : sa mè puissante à le séduire et à bout de gémiss et de larmes, demeura trois jours sans j d'aliments. Paul demeura ferme au mi sa douleur; et Dieu permit que la vieill changeât de sentiment, et dit à son fils peux mourir, mon enfant, pour la loi de Christ, puisque ceux qui meurent po vont en un séjour de félicité, » et elle qu'elle voulait elle-même devenir chré et qu'ayant perdu dans une seule bataiJ fils pour le service du prince tcmporc consentirait sans peine à en perdre un Seigneur du ciel. Paul fut dépouillé de
marchand castillan et s'aperçut qu'il avait surpris Tempereur. Il en fut indigné, et il se préparait à en faire un exemple, lorsqu'on trouva, sur le bord de la mer, le cadavre de ce malheureux : il s'était mis sur un esquif pour aller en Satsouma; mais un typhon l'ayant surpris, il fut en un moment englouti dans les flots. L'envoyé du gouverneur des Philippines n'eut pas un sort plus heureux; car, comme il s'en retournait à Manille, il fit un triste naufrage, et périt malheureusement.
Le prince d'Inga témoigna, en cette occasion, une grande droiture d'esprit. La belle conduite des princes d'Arima et de Fiounga, et plus encore, quelques conversations qu'il avait eues avec Ito Mancie, le fils aîné du prince de Fiounga, avant son entrée au noviciat des PP. de la Compagnie de Jésus, l'avaient disposé à renoncer au culte des idoles. Le P. Alexandre Valignani, qui attendait alors un vaisseau pour retourner aux Indes, cultivait avec soin les bonnes dispc^itions du prince. Il craignit avec raison que le procédé des Espagnols ne détruisit ce que la grâce avait commencé, d'autant plus que le prince d*Inga s'était trouvé à l'audience que l'empereur avait donnée aux Castillans, mais Dieu avait pris possession du cœur de cet illustre prosélyte.
Ingandono démêla aisément les différents
intérêts qui avaient causé un si grand emportement; il fut surtout extrêmement touché de la punition si prompte de l'auteur de toute cette intrigue ; mais ce qui acheva de le déterminer, ce fut l'accomplissement d'une prédiction, où il crut reconnaître le doigt de Dieu. L'empereur avait ordonné, comme il a été dit, qu'on rasât l'église des chrétiens ; cette église était dédiée à la Sainte Vierge, et les fidèles publièrent alors que Jésus-Christ ne manquerait pas de venger bientôt l'honneur de sa mère. Effectivement, on apprit peu de jours après, que la mère de Taïcosama était morte à Méaco le même jour que l'arrêt sacrilège avait été signé à Nangoya. Cet événement fit une telle impression sur le prince d'Inga, qu'il voulut, sans attendre plus longtemps, recevoir le baptême des mains du P. Alexandre Valignani. Conversion admirable, dans un temps surtout où la persécution contre les chrétiens commençait à sévir avec violence ; c'était en 1592.
IsARELLE, Coréenne, Héroïne de la foi. Le 3 août 1629, un grand nombre de chrétiens arrivèrent au Mont-Oungen pour y être contraints à Tapostasie par la force des tourments. Ils étaient liés de trois cordes, une à chaque bras et une pour les deux jambes; une grosse
pierre était suspendue à leur cou. On répai Teau sulfureuse à profusion sur le dos victimes. Cette eau était si corrosive qu'( imprimait à la place où elle tombait une pj pestilentielle, et y causait d'inexprimables d leurs. Le tourment ne finissait pas avec le jo mais recommençait pendant la nuit. Au b de plusieurs jours, tous ces malheureux, c tains d'être torturés pendant des années, rendirent, à l'exception d'un ou deux, mauvais exemple des maris fit faiblir les fe mes.
Seule, Isabelle, Coréenne, fut invincible, lui dit : « Votre mari vient de céder. » E répondit : « J'ai un éternel époux dans le ci et, dans les choses du salut, je ne dois j obéir au mari de la terre. » On la condui auprès du lac. Sur les bords se trouvais plus de six cents spectateurs. En ce momei l'air s'obscurcit subitement, et les eaux frém santés rejaillirent de toutes parts, et disp< sèrent la multitude. Cependant les gentils demandaient quel était ce bel enfant, de tr< ans environ, et d'une éclatante blancheur, q l'on avait vu apparaître au-dessus des ea bouillantes.
Le lendemain, Isabelle fut reconduite Oungen. On la fit demeurer debout sur u pierre, pendant plus de deux heures; puis (
lui suspendit une. grosse pierre au cou. On lui en mit d'autres dans la bouche, et une sur la tête : « Si cette pierre vient à tomber, lui dirent les bourreaux, ce s^^ra le signe de votre apostasie. » — « Non, répondit-elle, aussi distinctement qu'elle le put, quand je tomberais moi-même, je n'aurais pas changé de volonté; car il n'est pas en mon pouvoir d'empêcher la pierre de tomber de ma tête. » Mais cette pierre ne tomba pas, et Isabelle ne sentit pas même la pesanteur de celle du cou, ainsi qu'elle l'affirma plus tard.
Elle passa la nuit suivante en une oraison continuelle. Et, pour sa consolation, elle vit apparaître le même bel enfant qu'avaient vu les gardes, et ce divin consolateur la confirma dans la foi.
Le matin du jour suivant, elle fut tourmentée encore. On la mit nue et on lui lia les pieds et les main», puis on l'arrosa d'eau brûlante.
Les bourreaux étaient lassés, quand Isabelle, supérieure aux tourments, attendait encore que l'on continuât. Les bourreaux lui dirent :
« Nous continuerons pendant dix et vingt ans. » — « Dix et vingt ans, reprit-elle, sont un intervalle bien court ; s'il m'était donné de vivre cent ans, je m'estimerai bien heureuse de les employer sans interruption à souffrir ces mêmes peines, afin d'être agréable à monDieu. »
Les satelKstes, au bout de treize jours d'épreuves, la ramenèrent à Nangasaki. Elle en avait passé dix à la montagne, sans aliments et sans sommeil. Elle ne pouvait se tenir sur ses pieds, et tout son corps n'était qu'une plaie.
On la porta devant le gouverneur : on lui prit la main malgré ses efforts, et avec cette main. Ton signa son nom au bas d'un billet d'apostasie, et, sans lui laisser proférer une parole, on la renvoya dans sa demeure.
IsAFAï, Seigneur japonais. Isafaï était le neveu de Protais, prince d'Arima. Gambacoundono, l'ayant dépouillé de ses domaines, Protais le pourvut d'un bel apanage pour qu'il pût vivre selon sa condition. En 1590, un Religieux étant venu prêcher dans le lieu où Isafaï faisait sa résidence, ce seigneur voulut l'entendre et lui parler en particulier ; il fut si satisfait des entretiens qu'il eut avec lui sur la Religion qu'il résolut de se faire chrétien, lui et ses enfants. Isafaï avait une mère qui était très attachée au culte des idoles; quand elle eut appris dans quelles dispositions il était, elle lui en témoigna tout son mécontentement, et chercha par toutes sortes de moyens à mettre obstacle à son projet, mais elle n'y réussit pas. 11 arriva même que Protais fit alors à sa sœur de telles représen-
ta tiens sur sa conduite, qu'il la fît changer complètement de sentiment au sujet de la Religion, et que peu de temps après, cette princesse, transformée par la grâce divine, reçut le baptême avec son fils et ses petitsenfants. Ces conversions en amenèrent beaucoup d'autres et en si grand nombre, qu'eo cette même année 1590, on fit jusqu'à onze mille cinq cents baptêmes dans la principauté d'Arima.
Itchiboudono, Baltuasard, Seigneur japonais.
Il était le pedt-fils d'Antoine, seigneur chrétien de Firando. En 1599, Foïn, prince de Firando. fit publier un édit par lequel il était ordonné aux chrétiens de sortir de la province ou bien de revenir au culte des idoles : il pensait les mettre ainsi dans un grand embarras^ mais il reconnut bientôt qu'il s'était trompé. Dès le lendemain, en effet, six membres de l'ancienne famille princière, au nombre desquels était Itchiboudono, s'embarquèrent secrètement pour Nangasaki, sans avoir même songé à faire aucune provision de voyage. Tout leur aurait manqué en arrivant au lieu de leur exil, si les princes de Fingo et d'Omoura ne s'étaient empressés de pourvoir à leurs besoins avec une générosité égale à leur admiration.
Itchinosouké, Barthelémi, Officier de J de Daïfousama, exilé pour la foi en (Voir P. Jourofioyé, Joachim.)
Ito, Mancie, Frère de la Compagnie de Il était fils du prince de Fiounga, et n€ Civandono, prince de Boungo. Il fut le < l'ambassade envoyée à Rome en 1582 princes de Boungo, d'Arima et d'Omoi 1591, moins d'une année après son rel Japon, il entra au noviciat de la Compaq Jésus. Il mourut saintement en 1612, à V quarante-trois ans.
Ito, Sixte, Prêtre de la Compagnie de Japonais. Il parcourut, en 1620, les pn de Satsouma et de Wosoumi; son mini fut très laborieux et très fructueux.
Jacques de la Croix, Prêtre de TOr Saint-François. Ce Père arriva au Jaj
1619 et remplit d*abord son ministère à Nangasaki. Il fut appelé Tannée suivante à Yédo, par le P. Jacques de Saint-François, Commissaire, et il eut le bonheur de baptiser en une seule année sept cents personnes.
Jacques de Saint-François, Prêtre de TOrdre de Saint-François. Cet admirable Père naquit à la Membrilla, dans la Vieille-Castille. Il était fils d*habit de la province de Saint-Paul et partit d'Espagne en 1605. Aux Philippines, il exerça les fonctions de Maître des novices, et passa au Japon en 1612. Il était en 1614 à Méaco, où il travailla pendant plusieurs mois avec beaucoup de succès. En 1615, il se rendit dans la province de Mino, et y demeura deux mois. Mais Yédo lui paraissant plus spécialement à la charge de son Ordre, il se déguisa en soldat, et, confondu dans les rangs de Tarmée impériale, il pénétra dans la cité. 11 y fut arrêté le 4 avril de cette môme année et comparut devant les juges Fiochino et Cambioyé ; ce dernier en référa au Conseil de l'empire, et la décision suprême fut de renfermer dans une horrible prison où il serait mort de faim sans la charité des chrétiens qui gagnèrent les geôliers à force d'argent.
Cette prison était, en effet, un affreux ou l'espace manquait au point que, po mir, il fallait s'appuyer sur son voisin, e malades exhalaient une horrible pu quand ils ne pouvaient se déplacer poi besoins naturels. Tout individu qui y contractait là d'eflfroyables ulcères, et so devenait un foyer de pourriture. Pend dix-huit mois que le P. Jacques de François demeura dans cette prison, preuve d'une patience vraiment héroï( Dieu l'en récompensa en lui accordant solation d'y baptiser soixante-dix infidèl
Cependant, vers la fin de Tannée 16 envoyés du roi d'Espagne devant faii pour le Mexique, quelques seigneurs de voulurent être du voyage, dans un inl commerce, et l'un d'eux, Moucay Chc grand amiral, pour mieux réussir avec pagnols, demanda et obtint la délivra P. Jacques de Saint-François. Le vé prisonnier était devenu tellement infirr ne pouvait se mouvoir, et il fallut qu'ui teur le prit sur ses épaules et le portai bord du navire. Ce ne fut pas sans u douleur qu'il se sépara de ses compag^ captivité.
11 arriva à Acapulco le 22 février 161' là il se rendit à Mexico, où il demeura j
une année. Au mois d'avril 1618, il s'embarqua pour retourner au Japon, en qualité de Commissaire, et il y arriva heureusement. Le 13 décembre de cette même année, se trouvant à Nangasaki, il allait être pris dans la maison où il venait quelquefois, lorsqu'il fut averti à temps et sauvé par un satellite chrétien. Il demeura caché dans cette ville, jusqu'à la fête de No€l, et il se réfugia ensuite dans les montagnes. Il fut éprouvé par la maladie durant l'année 1619. A peine était-il rétabli que l'année suivante il se rendit à Ozacca avec le P. François de Barajas; puis, après avoir envoyé son compagnon dans le Wochou, il se dirigea lui-même vers Yédo, où il travailla pendant sept mois avec deux catéchistes ; ensuite il parcourut les provinces du Cami.
En 1622, l'intrépide missionnaire était présent au Grand-Martyre de Nangasaki. En 1624, il fut l'un des rares chrétiens qui purent apercevoir quelque chose du martyre des PP. Vasquez, Sotelo et Carvalho ; le lieu du supplice était à Faco, près d'Omoura. Il était arrivé suf une barque vis-à-vis de la place, mais on ne voulut pas le débarquer, et il vit seulement les flammes du bûcher s'élever dans les airs. Ea 1626^ la maison où il se trouvait à Nangasaki, ayant été dénoncée à la justice, il allait y être pris, lorsqu'après avoir renversé un espion qui
S y présentait, il s'empara bravement d épée et parvint à s'évader...
Voici la lettre que le P. Jacques de François écrivit au P. Sotelo, au sujet captivité dans la prison d'Yédo :
« Je n'ai jamais, dans les histoires, lui d'une prison aussi cruelle, car tous ses tants étaient si pleins de rage, qu'ils se t les uns les autres, et pendant la nuit ils t les malades à grands coups de tête sur le bes; et comme je leur en faisais reproc me dirent que c'était chose toute simj qu'ils leur faisaient miséricorde en les exp plus vite. S'ils ne me tuèrent pas, moi qu toujours malade, et quelquefois à demi ce fut que Dieu voulut me conserver, afî je fisse pénitence de mes péchés, et aussi que j'avais rendu chrétiens soixante-dix < malfaiteurs, et que ceux-là veillaient su jusqu'à ce qu'ils fussent tous morts, d nombre de cent cinquante qui succomber
« Je ne dis rien de la faim que l'on sou en effet, quoiqu'il y eût toujours plus de individus qui n'avaient personne qui leu nât aucun subside, ceux-là vivaient ei cinquante jours, avec le peu qu'ils mène auprès des autres ; mais la soif était plu loureuse à souffrir; aussi, lorsque je bap on plaçait une écuelle sous la tête du néo
et ron recueillait Teau du saint baptême, pour l'avaler immédiatement.
« Nous étions très à l'étroit, six ou sept sur l'espace d'une natte; et souvent deux des sept étaient morts, et entre les deux se trouvait un pauvre vivant qui considérait le sort des deux compagnons morts comme préférable au sien propre : car il se passait souvent une semaine avant qu'on retirât les cadavres, lesquels étaient déjà corrompus, et avaient de grandes mares de matière putride à l'entour. Cette corruption et cette puanteur étaient le plus aflfreux tourment que je ressentisse : et, quand on retirait les morts, nous nous félicitions d'avoir conservé la vie. Cependant notre satisfaction n'était pas de durée; car on nous associait à l'heure même d'autres vivants par lesquels nous étions mis à l'étroit comme auparavant. Ces cadavres et les autres odeurs infectes corrompaient la santé des vivants, et nous étions tous devenus lépreux.
« Moi-même, je Tétais au point de n'avoir, des pieds à la tête, aucune partie saine; la démangeaison était si ardente, que je ne pouvais jamais achever le rosaire sans enfoncer mes ongles dans mes plaies; or, mes ongles étant démesurément longs, et ne pouvant être coupés qu'avec mes dents, j'éprouvais d'indicibles souffrances. On ne laisse pas pénétrer de lettres, pas de rasoirs ni de couteaux, et pas de cordes,
et il leur accorda à tous la vie et la liberté : c tait en 1587.
L'année suivante, Cambacoundono s'étant c claré contre les chrétiens et ayant ordon rembarquement des missionnaires, Jean d* macousa donna l'hospitalité à six Religieux fit transférer dans son lie le noviciat de laCo pagnie de Jésus. En 1590, Jean qui ne pouv supporter les mesures tyranniques de Caml coundono, se ligua contre lui avec Gicondoi l'un des Tonos de l'ile. L'empereur irrité, en vc contre eux le général Tonorosouke et l'ami Augustin Tsoucamidono. Gicondono, ayant i battu, se retira en toute hâte auprès de s neveu Protais, prince d'Arima; pour Jean, il bientôt assiégé par des forces supérieures di la ville de Fondo. Se voyant perdu, Amacou dono s'en remit à la générosité de Tsoucamidc qui l'accueillit bien et se fit fort de lui obte son pardon de l'empereur. En 1592, il sui l'illustre amiral dans l'expédition de Corée.
Quelques années après, le triomphe de D fousama avait changé tout l'ancien ordre < choses, et le seigneur Jean, qui avait été ( pouillé de ses domaines, entrait au service Kingodono, prince de Bigen, qui aimait à s'( tourer d'officiers chrétiens.
qui leur avait été offert en sacrifice. Une a semblée ayant été convoquée à cet effet, coupe fut présentée au lieutenant du prince qi était chrétien, et comme il ne voulait pj blesser sa religion, il déclara tout haut qu* allait boire, à la vérité, mais seulement à santé du prince. Alors le seigneur Jean craign que plusieurs officiers chrétiens ne se crusser autorisés par l'exemple de ce lieutenant à us( du même subterfuge, au détriment de lei conscience ; il éleva donc la voix et dit harc ment qu'ils devaient bien se garder de boire c vin qui avait été offert aux idoles; et quand les eut ainsi avertis, il se tourna vers le prim et lui dit : « Il est vrai, prince, qu'il n'est poi] permis aux chrétiens de jurer par les divinit du pays : mais vous ne pouvez d'ailleurs, ave des sujets plus fidèles que nous; tant qu'ui goutte de sang coulera dans nos veines, no ne cesserons de combattre vos ennemis :
quand nous aurons juré par le vrai Dieu qi nous adorons, rien au monde ne sera capah de nous faire manquer à la fidélité que no vous devons. » Bien loin de s'offenser de c paroles, le prince déclara au contraire qu était heureux de voir les chrétiens se confo mer, en cette circonstance, aux préceptes < leur religion.
suite, et les vents le poussèrent jusqu'à An goutchi ; il n'y avait pas là de missionnair» son état empirant chaque jour, il lui fut im sible d'aller plus loin. On le voyait lever vent les yeux au ciel; il frappait sa poitrir implorait la miséricorde de Dieu. Quand l'eut averti que sa fin approchait, il décla ses serviteurs ses dernières volontés ; il voi être inhumé chrétiennement et qu'on pi une croix sur sa tombe, que le navire sur le il était revenu et les cinquante ducats qu restaient devinssent la propriété de l'é/ chrétienne la plus voisine, enfin que l'on 1 tàt bien les esclaves qu'il avait amenéî Corée et qu'on les donnât aux missionna afin qu'ils en fissent de bons chrétiens, i dans ces bons sentiments que mourut le p Jérôme, seigneur de Fiounga.
Jérôme de Jésus, Prêtre de l'Ordre de S) François. Ce Père naquit à Lisbonne de l'i tre famille des comtes de Castro. 11 passa Philippines au Japon en 1594, et retour] Manille en 1597. Revenu au Japon en mai 1 il alla se réfugier chez des chrétiens de la vince d'Ije, peu éloignée de Méaco. Ayan arrêté le 7 décembre de cette même anné fut conduit devant Jeyas, le principal
^ents de Tempire. Jeyas l'accueillit avec uceur, rengagea à déposer toute crainte et [ permit d'aller librement et de porter l'hat de son Ordre; il lui dit qu'il verrait avec ûsir les Espagnols venir chaque année dans ; ports du Couanto pour y trafiquer et aussi seigner à ses propres vassaux le travail des nés d'argent. Le P. Jérôme en écrivit à mille et se rendit lui-même dans le Couanto.
En 1599, le Père, toujours protégé par Jeyas, i lui avait donné une habitation dans son pas de Méaco, put passer à Yédo et y bâtir une Use. Il y célébra la première messe le jonr la Pentecôte. Jeyas le fit aller la même née à Manille pour ménager un bon succès à
5 propres envoyés.
Le triomphe de Jeyas sur les autres régents l'empire, et son arrivée au pouvoir suprême lis le nom de Daïfousama, ne changèrent en m ses bons rapports avec le P. Jérôme de sus. Gomme il convoitait pour lui-même le mmerce avec les Espagnols, il avait envoyé n de ses principaux serviteurs, nommé Chi- ?o, vers le gouverneur des Philippines, avec e lettre écrite par le P. Jérôme. Un nouveau uverneur, D. Pierre Bravo d'Acuna, venait trrver en mai 1602. Ce seigneur fit un excelit accueil à l'envoyé de Daïfousama. Le sourain japonais demandait la liberté réciproque
du commerce et ofifrait d'ouvrir les ports du Couanto. II réclamait en même temps l'envoi de constructeurs habiles pour sa marine. II paraissait disposé à laisser venir les Religieux dans ses domaines, et Ton avait pour preuve, la faculté qu'il avait donnée aux Pères de la Compagnie de Jésus d'exercer publiquement leur ministère.
Le gouverneur écrivit au P. Jérôme, le chargeant de remercier Daïfousama de sa bienveillance envers la nation espagnole et les ReUgieux, et s'exc usant au sujet des constructeurs de navires sur la nécessité préalable d'obtenir l'agrément de Sa Majesté Catholique, et il remit à l'envoyé de magnifiques présents pour son maître ; mais l'envoyé périt avec le navire qui le portait, dans les parages de Formose.
Daïfousama, s'inquiétant du retard et présumant un naufrage, chargea le P. Jérôme d'une seconde ambassade. Le bon Religieux obtint une expédition nouvelle des articles consentis, et quitta Manille avec le P. Louis Gomez, pour retourner au Japon. Ils étaient sur un petit navire. Sur un plus grand se trouvaient des envoyés du gouverneur des Philippines, chargés de reconnaître les ports de Couanto et d'asseoir sur des bases solides le commerce espagnol. On mit à la voile au mois de juillet.
166 LE MAJtTYROLOGK DU JAPON
Le principal navire fut contraint par les mauvais temps de revenir à Manille. L'autre se brisa en vue de Formose, et ses passagers, au bout de deux mois, revinrent également à leur point de départ. Bientôt l'infatigable missionnaire se remit en chemin avec les PP. Louis Gomez et Pierre de Burgillos, et aborda au Firando. Il passa de là à Nangasaki pour rendre ses devoirs à TEvêque. Il lui remit des lettres de son Provincial, et un bref du pape Clément VIII, autorisant les Franciscains à placer des reliques dans leurs églises du Japon, et leur octroyant de nombreuses indulgences.
L'Evêque reçut le P. Jérôme avec un cœur de père.
De là, le P. Jérôme de Jésus se rendit à Méaco. Daïfousama Taccueillit avec bienveillance, et lui accorda verbalement un emplacement pour une maison. Avant que la patente fût expédiée, le Père tomba malade, et peu de jours après, rendit son âme à Dieu. Son corps fut enterré sur l'emplacement de l'ancienne église franciscaine, dessous l'autel de la petite chapelle que les chrétiens avaient réédiliée.
JiFiOYÉ Itchicawa, offlcicr du Fingo. Ganzouyédono, prince de Fingo, ayant condamné
LES PIECX 1
Simon Takenda Gofîoyé, Tuii de ses offici( chrétiens, à être décapité à Yachchiro, le g< verneur Cacouzaïmon arriva dans cette vi vers le milieu de la nuit, et ayant envc chercher Itchicawa Jifioyé, qui était un hom] de qualité, il lui dit : « Sachez que le princ condamné Takenda Gofîoyé à la mort. Comi vous êtes son parent et son ami, vous irez couper la tête dans sa demeure. Portez-lui ce lettre qui contient l'arrêt de sa condamnatic et traitez-le avec toute l'honnêteté possible. >
Jifioyé, ayant reçu cet ordre, se transpo aussitôt chez Simon Takenda; il le trouva prières et lui témoigna la douleur qu'il ay d'avoir été chargé de lui ôter U vie. Mais 1 mon, transporté de joie, lui dit : « Vous pouviez m'annoncer une meilleure nouvel donnez-moi seulement un peu de temps po me préparer à la mort. » Quand le moment l'exécution fut venu, Jifîoyé abattit d'un S( coup la tête de la glorieuse victime.
Peu de temps après, Jifioyé voulait embr( ser la foi ; c'était le fruit du sang répandu p son ministère. Ce n'était point au Japon u tache d'ignominie que d'être l'exécuteur d'u personne noble, et d'ailleurs Jifioyé s'était me tré compatissant et humain. Alors il se rendi Nangasaki pour s'y faire instruire et baptise et il disait aux Pères : « Que vos seigneuries
soient point scandalisées si je leur soumets des questions aussi minutieuses sur les vérités de la Religion, car cette religion est telle que ceux qui la professent sont obligés de mourir pour elle, et puisque j'ai résolu de mourir au besoin, il est raisonnable qu'avant d'embrasser la foi, j'en aie la connaissance intime et parfaite. »
Le jour de son baptême, il fit don à l'Evêque du cimeterre avec lequel il avait décapité Simon. Canzouyédono lui retira sa rente, mais n'alla pas plus loin à son égard.
JouROFiOYÉ, JoACHiM. En l'année 1612, vers le Carême, parurent à Méaco les premiers indices de la prochaine persécution. L'édit du souverain fut publié, et les fidèles furent recherchés. Cependant Daïfousama déclara qu'il n'y avait pas lieu d'inquiéter les soldats nobles qui ne recevaient pas de rentes. Or parmi les jeunes officiers de la cour de Sourougan se trouvaient deux frères, dont l'alné s'appelait Joachim Jourofîoyé, et le cadet Barthelémi Itchinosouke. Ils étaient baptisés depuis deux ans à peine. Us accoururent du dehors, pour avoir part à la persécution, et, s'étant confessés, ils vinrent à la maison des Pères, présumant qu'elle serait attaquée la première; ils y attendirent leur sort. Apprenant qu'ils étaient omis sur la liste
des chrétiens, leur baptême étant tout ils s'empressèrent d'aller au palais pi dénoncer, et n'eurent de consolation qi avoir été inscrits. Ils reçurent avec joie tence de confiscation et d'exil. Les autr( ciers chrétiens ne furent pas moins hér*
Julie, princesse de Boungo, En 1578, (lono, prince de Boungo, répudia son e femme très hostile aux chrétiens et humeur insupportable, pour donner sa une personne aussi distinguée par le que par la naissance, et dont la fille éU mariée à Sébastien, son second fils. Q temps après, la nouvelle princesse était sée sous le nom de Julie par le P. de Cal le prince lui-même ne tardait pas à êtr né ré en Jésus-Christ. Quand Civando:
laissé à Yochimoune, son fils aîné, le g nement de ses Etats, il se retira avec h cesse Julie et toute sa suite à Coutchim sur la frontière du Fiounga. Il n'y de pas longtemps tranquille, et dans les éf nombreuses et cruelles qu'il eut à suj dans sa vieillesse, Julie, par sa piété et j dévouement, lui fut d'un grand secours e grande consolation.
En 1588, lorsque Cambacoundono
déclaré contre la Religion, le faible et inconstant Yochimoune, pour ne pas perdre ses bonnes grâces, devint apostat, et voulut exiger que les chrétiens portassent au cou une petite idole en signe de renonciation à leur foi. Il ne craignit pas de comprendre dans cet ordre impie même les personnes de la cour, et la princesse Julie fut la première à qui il fut signifié. Une chrétienne d'une piété aussi sincère qu'éclairée.ne pouvait que mépriser un pareil ordre, et c'est ce qu'elle fit. Elle déclara donc à son beau-fils qu'elle ne lui obéirait jamais, dûtil en venir à son égard à toutes les extrémités que sa peur sacrilège pourrait lui inspirer.
L'exemple d'une si courageuse résistance fut le salut d'un grand nombre d'âmes.
Enveloppée plus tard dans toutes les disgrâces dont la famille princière de Boungo fut l'objet, la princesse Julie n'en persévéra pas moins dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes; elle s'était réfugiée à Nangasaki.
Julien, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais. Il était né à Sacaï, et il n'avait que treize ans, lorsque, malgré les oppositions de ses parents, il se convertit à Jésus-Christ. II entra au séminaire, et ensuite il fut admis, à cause de ses belles qualités, dans la Compagnie
de Jésus. Il y vécut douze ans avec beau< d'édification; mais Dieu, qui l'avait destii être un modèle de patience, permit qu'il constamment malade. C'est en louant e bénissant Dieu que le Frère Julien quitt monde, dans les premiers jours de décembr Tannée 1601.
JusTA, princesse d'Arima. Protais, pr d'Arima, Tépousa en secondes noces, et fut baptisée en 1599 par le P. Alexandre ^ gnani. Lorsque Protais, par suite de ses jets ambitieux et des dénonciations de son Michel, eut été dépouillé de ses Etats et i gué dans le Kinocouni, la vertueuse Just suivit dans Texil. Ses exemples et ses disc< secondèrent si bien Faction de la grâce di dans le cœur du prince, qu'on ne pouvait personne plus soumis que lui à la volonté Dieu. Son fils Michel l'ayant dénoncé de i veau, comme entretenant encore des ei rances de restauration, Protais fut condai à mort.
C'est dans cette circonstance que Ji montra tout l'héroïsme dont elle était capa Présente à l'exécution, elle releva la tête son époux et la baisa ; puis elle se retira à ses appartements où elle donna un libre ce
à sa douleur : c'était en 1612. Elle se fit ensuite, couper les cheveux, en signe d'abandon da^ monde, et, refusant d'aller vivre à Méaco dans la maison d'un fils qu'elle avait eu d'un premier mariage, elle déclara vouloir demeurer dans l'exil pendant ses trois années de deuil et rapporter ensuite à Nangasaki les restes de soa époux. L'année suivante, l'apostat Michel ayant fait tuer les deux enfants que Protais, son père, avait eus de Justa, la princesse reçut avec une sainte résignation la nouvelle du martyre de ses deux fils.
KiOGOCOU, Marie, Princesse d'Omi. En l'année 1601, une dame illustre, nommée Marie Kiogocou, contribua de tous ses efforts à multiplier les conversions au christianisme ; elle appartenait à la plus haute noblesse de l'empire ; son^ époux avait été prince d'Omi, et ses deux fil»j venaient de recevoir de Daïfousama, Fainé, la. province de Tango, et le cadet, celle de Va-i cassa. Une fille qu'elle avait, étant morte chrétiennement en 1606, son mari qui était païen voulut faire célébrer en son honneur des funérailles idolâtriques, mais, aussi énergique^ que pieuse, Marie Kiogocou s'y opposa absolu* ment, et les obsèques de la défunte se firent avec beaucoup de solennité dans la nouvelle
église de Méaco; c'est là aussi que Tan suivante elle reçut avec une admirable fer\ le sacrement de la Confirmation des mains Mgr de Gerquiéra, Tévêque du Japon. Mj Kiogocou avait élevé ses deux fils dans la i gion chrétienne, et elle veillait à ce que d leurs Etats les chrétiens ne manquassent paî secours spirituels, et c'est ainsi que, grâce i tout aux efforts de son zèle, il se fit en 1 une grande mission dans la province de Tar En 1612, malgré la persécution qui commen à sévir contre les chrétiens, Tancienne princ( d'Omi continuait à donner les plus be exemples de piété : sa maison était un vérité monastère.
KioucAN, Jean. Il était du Foccocou et exilé pour la foi, avec trois de ses fils, dan lointain district du Tsoungarou; il mourui prédestiné dans ce lieu d'épreuves, dans 1 née 1620.
KiTCHisouKÉ, Gaspard. Au mpis de février 1( par ordre du gouverneur Mondo, Gaspard chisouké et Lucie, sa femme, furent condu:
Ariye, près d'Arima. Là, ils furent fraj avec le bâton, exposés nus et. brûles par toi
iO.
corps. Mais ils furent invincibles dans la foi, et on finit par les remettre en liberté.
KouENCHOU, Bonze converti. Ce bonze était regardé comme un prodige de science ; il passait pour connaître la nature autant qu'un homme en est capable, et quant à la religion, il avait la réputation d'en parler comme un docteur infaillible. Dans le fond, Kouenchou était un de ces sages païens qui connaissent Dieu sans Tadorer. Sa demeure était parée d'emblèmes, qui disaient tous quelque chose de moral ; il y en avait un qui rappelait un Dieu sans commencement ni fin, et un autre montrait que le cœur de Thomme est sous la dépendance d'un Etre supérieur qui règle ses mouvements.
En 1560, le P. Viléla se trouvait à Méaco, et Ton faisait tant de cas de ses enseignements que le docte bonze eut envie de le voir, moins toutefois par curiosité que par vanité. Il alla donc le trouver, et d'un air de suffisance qui respirait le mépris^ il lui dit en l'abordant qu'il ne venait pas pour apprendre de lui quelque chose de nouveau, mais qu'il ne serait pas fâché de l'entendre discourir sur sa religion. Le Père, avec cette modestie qu'inspire la vérité, lit aussitôt ce que le bonze souhaitait.
A peine eut-il commencé son discours c
grâce divine toucha le cœur du religieux
et éclaira son esprit. Le père s'aperçu
Kouenchou pâlissait de temps en temps
son attention devenait de plus en plus sér
et qu'il paraissait frappé des grandes véri
christianisme. Encouragé par le chang<
dont il augurait bien, il s'étendit fort s
conformité que les principes de la re
chrétienne ont avec les lumières de la ri
et il fit voir combien au contraire les seci
Japon sont opposées au bon sens. Le h
pendant tout ce discours, était immobile C(
un homme interdit; seulement il jetait d(
ment s à autres de profonds soupirs. Enl
Saint-Esprit, prenant possession de son âi
fallut qu'il se rendit. Je suis chrétien
cria-t-il tout à coup, je suis chrétien, 1
sez-moi. » Le P. Viléla, qui avait exi
Kouenchou de très près, avait trop de ma
de l'opération du Saint-Esprit dans son <
pour balancer un moment à le croire vérii
ment converti. Il le baptisa sur-le-champ,
bruit d'un événement si singulier s'étant
tôt répandu, il arriva que quinze bonze
plus distingués dans leur secte^ embrass
la religion de Jésus-Christ.
de la création du monde, que sur l'heure il le trouver, et, après quelques conférences j lui, se convertit à Jésus-Christ.
La parole du Saint Tavait tellement chai qu'il ne pouvait plus le quitter et qu'il le jura de lui permettre de vivre auprès de Le P. Xavier lui accorda ce qu'il demam prévoyant que Dieu se servirait de ce j( homme pour l'établissement de la relij chrétienne, et c'est dans cette prévision qu reçut lui-même dans la Compagnie de Je Cette Compagnie Fa toujours regardé, justice, comme l'un de ses plus dignes fils peut dire, en effet, qu'aucun missionnaire travaillé au Japon avec plus de succès. I toujours très estimé à la cour impériale oî vertus, son éloquence et les bénédictions le Ciel répandait sur ses travaux, le faisî considérer comme un homme extrac naire.
En 1590, Cambacoundono, conversant Riousa, gouverneur chrétien de Sacaï, lu manda si, conformément à ses ordres, les teurs européens avaient quitté le Japon, vaisseau est encore à l'ancre, » répondit Rie « Laurent, reprit Tempereur, partira-t-il les autres? » — « Le moyen, sire? rep Riousa, il est si vieux que le moindre cha ment d'air le ferait mourir. » — <( Vous
raison, répliqua Fempereur, il ne convient pas qu'à son âge il quitte son air natal. »
Le F. Laurent avait été plus que personne dans la familiarité de Cambaconndono qui, avant son édit contre les chrétiens, prenait plaisir à Tentretenir en particulier. Cet empereur lui disait même souvent, en lui mettant la main sur Fépaule : « Je me fais chrétien à rinstant, si vous voulez me passer certains articles de la loi, vous m'entendez bien. » — « Pourquoi non, reprenait en riant le missionnaire, gardez vos femmes et faites-vous baptiser; mauvais chrétien ou adorateur des idoles, vous serez également damné; mais les Japonais qui vous verraient adorer au moins à l'extérieur le Dieu des chrétiens, embrasseraient tous le christianisme, et seraient pour la plupart fidèles à leur foi. »
Le P. Alexandre Valignani, étant venu à Méaco, y trouva le F. Laurent si affaibli par l'âge et les fatigues qu'il voulut Temmener dans le Chimo, pour le rétablir par une meilleure nourriture et par TinfiFuence d'un climat plus favorable à sa santé; mais le vénérable Frère ne put arriver jusqu^à Nangasaki; il mourut en chemin, parfaitement résigné à la volonté de Dieu, le 3 février 1592. Il était âgé de soixante-cinq ans.
Laurent, Prêtre séculier, Japonais. Il étai curé de la paroisse de Saint-Pierre de Nanga saki, lorsque la persécution de 1614 oblige tant de missionnaires à s'exiler. Il voulut, mal gré tous les dangers auxquels son ministèr< Texposait, demeurer comme un bon pasteur ai milieu de son troupeau.
Léon, Gouverneur d'Amacousa. En 1568, L F. Louis d'Almeïda, s'étant rendu dans TlL d'Amacousa, y fut bien accueilli par le Ton( qui, pour lui donner une preuve de sa bien veillance, assista tout de suite à ses prédica tions, avec les gens de la cour. La parole di Frère fut si éloquente et si persuasive que boi nombre de ses auditeurs, et en particulier 1< gouverneur de la ville, lui demandèrent le baptême. Le Frère les y prépara avec tout 1( soin dont il était capable ; et bientôt le gouverneur de la ville était baptisé, sous le nom de Léon, avec cinquante personnes de sa famille en outre, le beau-père de Léon Tétait égalemeni avec cent cinquante personnes de sa maison, ei il y eut encore quelques gentilshommes de Is cour qui furent associés au même bonheur.
Ces conversions irritèrent si fort les bonzes
que, pour s'en venger, ils excitèrent les esprits contre les chrétiens et causèrent à cette occasion toutes sortes de troubles, et peu s'en fallut que le gouverneur n'y perdit la vie. C'est alors que le Tono, très inquiet, demanda à Léon de le tirer d'embarras, en quittant le pays pour quelque temps. Léon y consentit volontiers et se retira à Cotchinotsou. Au bout de deux ans, le Tono, n'ayant plus rien à craindre des perturbateurs qu'il avait mis à la raison, rappela Léon, dont il ne s'était séparé qu'à regret; il fit mieux encore, car il se convertit lui-même à Jésus-Christ et fut baptisé sous le nom de Michel. Quand le P. de Cabrai vint quelque temps après \dsiter la chrétienté d'Amacousa, il la trouva si florissante qu'il en était dans l'admiration. Avec le concours de tant d'illustres néophytes, le F. Louis d'Almeïda avait fait élever jusqu'à douze églises dans le pays.
Léon, Gouverneur de Nocen. L'an 1579, le P. Louis Froëz convertit à la foi le gouverneur de Nocen, ville de Boungo, et il le baptisa sous le nom de Léon. On ne pouvait guère douter de la sincérité des sentiments du néoph^ie, qui bientôt fît disparaître de tous les lieux de sa dépendance les temples des Camis et des Fotoques, et en même temps élever à Nocen une
belle église, dont il voulut prendre sur lui la dépense. Mais rien n'égala son zèle qu< s'agit de dissiper les ténèbres du paganis de favoriser l'action des missionnaires, ment, qu'au bout d'une année, on pc compter dans un pays jusque-là infidèle, de trois mille cinq cents chrétiens. La déc de l'église de Nocen se fit en 1584, et ce P. Pierre Gomez qui présida à l'imposante monie; ce qui ravit surtout le Religieux, ( le spectacle d'une assemblée de cinq chrétiens dans un lieu où quelques année paravant on n'aurait pu trouver trace de tianisme.
Léon n'avait rien perdu de sa premier veur lorsqu'en 1597, le gouverneur de 1 chargea un officier d'aller lui dire que, p< conformier aux ordres de Taïcosama, il < lui et les siens, renoncer à la religion tienne. Mais le bon vieillard répondit nett à l'officier qu'on pourrait bien lui ôter ] mais lui ôter la foi, jamais. Et pour pi qu'il disait bien la vérité, il se fit prépara croix et conseilla aux chrétiens, ses voisi faire préparer la leur, afin que, s'il le f ils y fussent tous attachés, pour rendre 1 gnag'e à Jésus-Christ. Etonné d'une p( constance, le gouverneur ne jugea pas à [ d'aller plus loin. L'année suivante, Taïc<
disparaissait de la scène du monde, et le pieux Léon put pratiquer sa reKgion en toute liberté.
Léon (Christophe de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père arriva des Indes au Japon en 1576. Comme il avait appris la langue du pays avant son départ, il travailla tout de suite avec beaucoup de succès dans la principauté d'Arima.
Léon, de Tadgiro. k Tadgiro, lieu du Fingo tout peuplé d'Icochous, Léon, fervent chrétien, refusa de contribuer à des dons superstitieux qui devaient être offerts à une idole, réputée tutélaire contre Fincendie. Le gouverneur le lit saisir et le condamna à mort. Léon demanda ses enfants pour les bénir ; mais sa femme les lui refusa pour ne point Témouvoir et le laisser tout entier aux pensées divines. Elle lui dit que la vue des enfants, au moment de la mort, attendrissait d'ordinaire, et troublait le cœur des parents; et que devant mourir pour une cause aussi sainte, il lui fallait laisser jusqu'au souvenir de ses enfants et de sa femme, et ne penser qu^au divin Sauveur, pour Tamour duquel il allait donner sa vie. On obtint la grâce de Léon, qui fut exilé. Ceci se passait en 1603.
LoPEZ, Antoine, Prêtre de la Compaj Jésus. Il naquit à Lisbonne et arriva au le 4 juillet 1577, sachant déjà la langi pays. Il fut longtemps Recteur de Nan et mourut en 1598, après un minist( laborieux, à Tàge de cinquante et un avait trente-quatre ans de Compagnie, < et un de résidence au Japon.
LoPEZ, Balthasard, Prêtre delà Compî Jésus. Il naquit à Villaviciosa, en Pori arriva au Japon en 1568. Le P. Viléla lu la langue du pays et le mit au courant d trines des différentes sectes idolàtriqi P. Balthasard fut renvoyé aux Indes c pour solliciter des supérieurs Tenvoi d' grand nombre d'ouvriers, attendu ( nécessités de la mission croissaient de jour. 11 revint au Japon, le 4 juillet 157'ï mourut le 8 décembre 1605, à Tàge de S( treize ans, après trente-sept ans de ré dans ce pays. Il avait toujours travaiJ beaucoup de courage non seulement à version des païens, mais encore à la sai tien des fidèles. Dieu, pour purifier et e
son àme, l'avait éprouvé dans les trois dernières années de son existence par de fâcheuses maladies.
Louis, Prince de Goto. En 1568, le fils du prince de Goto, très désireux d'embrasser le christianisme, fit prier le P. Cosme de Torrez de lui envoyer un missionnaire. Le P. Jean-Baptiste arriva bientôt, trouva le jeune seigneur déjà bien instruit des choses de la foi, et il lui dit qu'il ferait bien, avant de recevoir le baptême, d'avoir le consentement de son père; le jeune seigneur s'empressa alors de le demander. Le prince ne s'y refusa pas absolument, mais il se plut à temporiser, parce qu'il voulait savoir comment serait accueilli dans le public le bruit de la conversion de son fils. Cependant celui-ci se fatigua d'attendre, et sur ses instances réitérées, le Père le baptisa secrètement sous le nom de Louis. Le prince ne tarda pas à s'apercevoir que son fils était devenu chrétien, mais il n'en témoigna aucun mécontentement.
Cette conversion mit le christianisme en grand crédit dans les lies de Goto, et la foi y fit en peu de temps des progrès considérables.
En 1570, le P. Alexandre Valignani, étant venu visiter Goto, y trouva Louis marié et désirant beaucoup que son épouse et ses serviteurs se
fissent chrétiens. Le Père, sans perdre de temj instruisit les nouveaux catéchumènes, et qua ils furent bien préparés, il baptisa l'épouse Louis sous le nom de Marie avec une quinzai de ses dames d'honneur, et environ cent officie ou serviteurs de leur maison. Ce fut une gran consolation pour tous les fidèles de voir q leur futur prince et les personnes qui l'appi chaient de plus près avaient embrassé la foi.
Louis, pltis zélé que jamais, voulut ak communiquer ce même bienfait de la foi a habitants d'un domaine qu'il avait reçu apanage à l'occasion de son mariage ; des pré( cations commencèrent, elles furent suivies a\ assiduité, et tous parlaient déjà de recevoir baptême, quand les bonzes s'efforcèrent, p toutes sortes de moyens, d'arrêter ce mou\ ment religieux qui compromettait fort le influence sur les populations. Ils cherchère d'abord à intimider Louis par leurs menaci mais le jeune seigneur se contenta de les n priser. N'ayant pas réussi de ce côté, s'adressèrent au prince lui-même et lui fire entendre que la tranquillité publique et sérieusement intéressée dans cette affaire qu'on ne pouvait en répondre, si on laiss ainsi détruire l'ancienne religion du pays.
Le prince, devenu très inquiet, fit appel son fils, lui montra les difficultés de la situati
présente et l'engagea, pour y remédier, à dissimuler pour un temps ses véritables sentiments : c'était trop lui demander, et il n'en obtint rien qu'une protestation énergique contre la conduite qu'on voulait lui imposer. Outré d'une pareille résistance, le prince publia un édit contre les chrétiens, mais bien en vain, car ils manifestèrent la même fermeté. Poussé à bout, le prince résolut de faire un coup d'éclat en employant la force armée. Louis^ ayant su ce qui se passait, déclara bien haut que s'attaquer à un chrétien serait s'attaquer à lui-même, et que si l'on faisait des martyrs, il en serait tout le premier. Le prince qui aimait son fils, et qui au fond estimait les chrétiens, se trouva dans un cruel embarras, car de quelque côté qu'il se tournât, il n'en voyait résulter que des malheurs. C'est alors que le P. Valignani vint le trouver et lui dit : <( Prince, je sais un moyen de vous tirer de la peine et de contenter tout le monde; ce moyen, c'est d'abandonner ma tête aux ennemis du vrai Dieu. » Le prince fut frappé de tant de générosité, et bientôt s'élevant audessus des inquiétudes qui l'obsédaient, il en parla en maître, rappela son fils qui s'était retiré du palais, et rassura les chrétiens. Quant aux bonzes, ils comprirent qu'il fallait attendre une occasion plus favorable pour en venir à leurs fins. Cette occasion ne vint pas aussitôt
qu'ils l'avaient espéré, car le prince étant me Louis lui succéda au pouvoir, et le christianisi devenu la religion du chef de l'Etat, prit ai ment le dessus.
Le P. Valignani, étant retourné en Euro ne se lassait pas de parler des vertus extraoi naires du prince Louis de Goto ; ce qui le ch mait davantage, et ce qui dans un grand seign< du Japon doit être compté pour beaucoup, c' que le prince Louis ne pouvait souffrir moindre distinction dans les églises. « Où Créateur habite d'une manière sensih disait-il, il ne doit pas y avoir d'inégalité en les créatures. Je sais qu'il est de l'ordre éta par Dieu même, que la subordination soit g dée parmi les hommes ; mais il me paraît qu doit excepter les temples, lorsqu'il s'agit c devoirs que cette subordination exige. Eni partout ailleurs je suis prince, et je sais t bien me faire rendre ce qu'on me doit, m devant Jésus -Christ je ne suis qu'un simj fidèle, et tous mes sujets sont mes frères et n égaux. »
De retour au Japon, le P. Valignani app avec bonheur ce qui s'était passé en s absence, dans les îles de Goto. Le P. Melch de Fighéréido et un Jésuite japonais en avaie converti presque toute la population : qua villes avaient vu tous leurs habitants recev<
le baptême, sans compter les gens de la campagne dont le nombre était considérable. Tandis que les missionnaires travaillaient de leur côté, le prince Louis travaillait du sien avec une égale ardeur; il allait par les bourgades et jusque sur les montagnes, baptisant lui-même les enfants, instruisant les paysans et même ensevelissant les morts de ses propres mains. Un prince de ce caractère ne devait, ce semble, jamais mourir; mais le règne de Louis fut bien court. Au bout de trois années d'un gouvernement qui avait fait le bonheur de son peuple. Dieu Tappela au ciel, pour lui faire porter une couronne plus précieuse que celle qu'il avait portée sur la terre : c'était en 1579.
Louis, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Japonais. En 1601, ce Père, vêtu en paysan, visitait les chrétiens du Fingo, que la persécution avait réduits à une extrême misère. Il centribua alors, par sa présence et par les grâces de son ministère, à faire relever plusieurs des tombés. En 1605, la persécution continuant en Fingo, le P. Vice-provincial alla à Nangasaki pour s'entendre avec Mgr de Cerquiéra, touchant les moyens d'assister les prisonniers et les chrétiens. On envoya le P. Louis, Japonais, et un Frère; deux chré-
rétroitesse du lieu, se trouve absolument privé de raison, et ne fait que hurler le jour et la nuit. Quant à nous, grâce à Dieu, nous sommes pleins d'allégresse : ce serait avec un empressement infini que nous verrions Votre Révérence, afin d'entendre ses conseils et de nous confesser; mais à Dieu ne plaise que nous désirions uniquement, en vue de nous consoler, ce qui peut compromettre la sécurité d'un grand nombre ! Afin que Votre Révérence apprécie les circonstances, quand Elle est arrivée si inopinément dans ce port, et avant même qu'EUe fût descendue de la barque, sa présence a été connue de tous. Que Votre Révérence se souvienne en ses prières de nous, pauvres pécheurs. »
Voici maintenant dans quelles circonstances Dieu appela à *lui son fidèle serviteur. Les Hollandais donnaient toujours la chasse aux navires portugais. Le bâtiment qui revint à Macao en 1618 leur avait échappé à Taller et au retour. Cette même année, les Portugais envoyèrent au Japon six petits bâtiments au lieu d^un grand. Quatre d'entre eux attaquèrent un gros vaisseau hollandais, qui se fit sauter; le cinquième revint, mais le sixième, où était le P. Louis, Japonais, se perdit. Ce Père avait travaillé, pendant plus de vingt ans, dans sa patrie.
Louis, d'Ariye, Confesseur de la foi. E le gouverneur Mondo, voulant effrayer bitants d'Ariye, près d'Arima, y fit con( torturer publiquement cinq confesseur foi. Cinquante chrétiens d^Ariye deme constants, malgré Faffreux spectacle c avaient été témoins. Parmi ces chrétien Guennaï Soukeyémon, vieillard de soixe ans, et Louis son fils, furent mis à la 1 Le vieillard fut tourmenté chaque jour, ji 21 février, où il fut martyr.
Louis, au milieu de ses souffrances, c le cantique « Béni soit le Seigneur, ] d'Israël » et le « Gloire au Père ».
Suzanne, femme de Louis, fut égt torturée; on jeta dans le feu leur petite trois ans, et on la retira défigurée et mo Ensuite Louis et Suzanne furent co] prisonniers chez des voisins. Plus tare laissa en liberté avec défense de sorti juridiction d'Arima.
LucENA, Alfonse, Prêtre de la Compa Jésus. Le pieux Soumitanda, prince d'O avait tant de confiance dans la saintet
lumières du P. Lucena, qu'il voulut lui donner la direction de sa conscience, et le retenir auprès de lui , pendant les six mois que dura la maladie qui le conduisit au tombeau.
Le P. Alpfonse Lucena cultivait en 1611 la chrétienté de Fondoyama, en Figen, lorsqu'à quelques lieues de là, à Coré, en Omoura, on découvrit dans l'intérieur d'un arbre une croix miraculeuse. On s'empressa de consulter le Père sur ce fait extraordinaire, et celui-ci, voyant dans cette croix un présage divin, insista pour qu'elle fût portée à Mgr de Cerquiéra, l'évêque du Japon.
Madeleine. Cette noble Japonaise fut baptisée en 1584 avec son époux, le seigneur Joachim Riousa, et avec son fils, Augustin Tsoucamidono. Elle remplissait déjà auprès deMandocorosama, épouse de Cambacoundono, les fonctions de secrétaire. Cet emploi lui donnait quelque crédit, et elle en profita désormais pour favoriser autant qu'elle pouvait les intérêts de la Religion : c'est ainsi que l'année suivante, grâce à son bon concours les missionnaires obtinrent du souverain des privilèges très importants pour le succès de leur ministère. Mais lorsqu'en en 1588 Cambacoundono eut publié un édit de persécution contre les
LES PTEUX
chrétiens, Madeleine demanda à quitter la i disant qu'elle voulait vivre et mourir da sainte religion qu'elle avait le bonheur de fesser. Mandocorosama, qui avait pour une véritable affection, la pria de dissic devant l'empereur, afin qu'elle pût la gî à son service, et que, d'ailleurs, elle ne l'in terait en aucune manière à propos d< croyances. Mais Madeleine lui fit observer n'était point permis aux chrétiens d'avoir visages et qu'ils devaient montrer dans conduite ce qu'ils avaient dans le cœur. I obtenu la permission de se retirer du pala noble chrétienne ne voulut pas s'éloignej de suite d'Ozacca, où Cambacoundono d arriver prochainement, afin de ne pasp l'occasion, si celui-ci la faisait recherche confesser Jésus-Christ même au péril de s£ Mais elle put reûtrer tranquillement dai demeure de son époux, qui était très estin souverain, et continuer à édifier tout le m par la pratique des plus rares vertus. Q Combacoundono, qui avait pris le nomsu] de Taïcosama, eut cessé de vivre. Mande sama rappela auprès d'elle Madeleine don ne s^était séparée qu'à regret, mais elle garda pas longtemps ; car la noble chrét mourut en 1600 dans de grands sentimen piété.
Mancia, Princesse de Firando. Mancia était fille de Soumitanda, prince d'Omoara; et ce fut pour terminer des différends et comme gage de paix que son père la maria à Foïn, prince héritier de Firando; celui-ci était païen, mais il s'était engagé solennellement à laisser toute liberté à sa jeune épouse pour raccomplissement de ses devoirs religieux. Mancia n'y trouva, à la vérité, aucune opposition de la part de son époux; mais il n'en fut pas de même de la part de son beau-père qui lui lit subir une persécution véritable. Le prince de Firando n'aimait pas les chrétiens, et les vertus de sa belle-fille, loin de le mieux disposer envers sa religion, ne faisaient que lui inspirer un plus vif désir de la ramener au culte des idoles. Ses efforts furent absolument vains, et voyant qu'il ne pouvait rien gagner, il finit par la laisser en repos.
Lorsqu'on 1591, le P. Alexandre Valignani vint à Firando, il y avait déjà quatre années que Mancia n'avait vu de prêtre; toute sa consolation, dans cette extrême privation de secours spirituels, avait été de communiquer par lettres avec les missionnaires de Nangasaki. Le Père fut néanmoins bien accueilH à la cour, et le prince lui-même se donna la peine
de le conduire jusqu'à, Toratoire de M
Celle-ci ne Teut pas plus tôt aperçu que,
d'une indicible émotion, elle se jeta à ses
et les arrosa de ses larmes : c'était un
tacle touchant et il n'y eut personne
l'entourage du prince qui n'en fût p
dément édifié. Après l'entretien parti
qu'elle eut avec le Père, Mancia lui pi
qu'elle mourrait plutôt de la mort la
cruelle, que de manquer de fidélité envers
Elle lui dit encore que Soumitanda, avj
mourir, lui avait témoigné tout le chagri:
éprouvait de la voir ainsi obligée de vivr<
une cour païenne, que la nécessité seu
affaires politiques l'avait fait consentir
alliance si peu digne d'elle et de lui, et c
conjurait, par ce qu'elle avait de plus c
cœur, de garder inviolablement la f
qu'elle devait à Dieu. « Je serais \n
dénaturée et indigne des grâces que j'ai
du Ciel, ajouta-t-elle encore, si poi
considérations mondaines, j'oubliais ui
instant mon devoir. » Le P. Valignani ;
la princesse dans ses généreuses résoluti*
la laissa remplie d'une consolation qui n
vait venir que de l'Esprit-Saint.
En 1593, le prince héritier de Firandc en Corée, son tout jeune fils tomba gra^ malade ; Mancia, qui craignait pour sa
fit baptiser secrètement, et il arriva, par une faveur spéciale de Dieu, que Tenfant recouvra avec la santé de Tâme, celle du corps.
En 1599, le prince de Firando, se trouvant à Méaco, écrivit de là à son fils, à propos de fêtes idolâtriques à célébrer, qu'il devait contraindre les chrétiens d'y assister, et faire sortir de ses Etats ceux qui refuseraient d'obéir, sans épargner même la princesse, son épouse. Un ordre si précis mit l'époux de Mancia dans une étrange perplexité, car il l'aimait tendrement, et il était convaincu que la mort, et encçre moins l'exil, ne lui ferait jamais abandonner sa religion. Il lui déclara néanmoins les ordres qu'il avait reçus et la pria de s'y conformer de bonne grâce, pour lui éviter d'user de rigueur envers la personne qu'il tenait le plus au monde à ne point chagriner. La réponse de Mancia fut telle que le jeune prince l'avait prévue; elle le conjura d'observer qu'elle était la fille de Soumitanda, le premier des princes du Japon qui eut embrassé le christianisme et qu'elle devrait se méconnaître tout à fait elle-même pour consentir à ce qu'on lui demandait. Elle fit plus encore, car se voyant exposée tous les jours à de pareilles persécutions, elle consulta l'Evêque du Japon, et le seigneur d'Omoura, son frère, pour savoir si elle ne ferait pas sagement de se retirer une bonne fois d'une
prince Ganzouye. Les gouverneurs restimaient grandement, en raison de sa connaissance approfondie des mers, et pour le réduire à Tapostasie, ils firent les plus grands efforts. Mathias, qui n'avait pas caché ses sentiments à Ganzouye, disait publiquement le chapelet sur le navire en conduisant ce seigneur : il résista en face aux persécuteurs. La confiscation et l'exil furent sa récompense.
Mangobioyé, Marc. Il était cousin du général Juste Oucondono et le plus riche des chrétiens de Fouchimi. G' était sous son nom, qu'en 1602, le terrain de l'église avait été acquis. En 1612, lors de l'exil des missionnaires, il était allé s'établir dans leur résidence. Marc était le modèle et l'appui de cette chrétienté, et, comme tel, désigné le premier pour la persécution qui éclata en 1614. Il fut exilé à Nangasaki avec Marine, sa femme, et avec leur fille.
Mangosouké, André. Il avait servi sous les ordres du général Juste Oucondono. Ayant été arrêté pour la foi dans la province de Boungo, il fut constitué prisonnier dans sa demeure. 11 mourut saintement, en 1626, après une maladie longue et douloureuse.
200 LE MAaTYROLOGE DU JAPON
Marie, Princesse de Tsousima. Elle était fiUc du célèbre amiral Tsoucamidono, qui la fit baptiser et lui inspira de grands sentiments de piété. Il la donna en mariage au prince de TUe Tsousima. La vertu de la jeune princesse brilla d'un vif éclat dans une cour encore toute païenne, et sa conduite exemplaire y devint ainsi une véritable prédication. Sa grande pri vation sur cette terre lointaine et isolée, était de n'avoir point la facilité de recevoir les sacre ments; aussi fut-elle transportée de joie, lors qu'en 1594 le P. Grégoire de Cespédez, allant en Corée, s'arrêta à Tsousima. Il ne se contenta pas de faire accomplir à la princesse ses devoirs religieux, il s'adressa encore aux païens qui, jusque-là, n'avaient pas vu de missionnaires, et ce ne fut pas sans succès, car il eut la consolation de donner le baptême à une vingtaine de personnes nobles et à un bon nombre de gens du peuple. L'époux de Marie était alors en Corée; et quand le Père y fut arrivé, il lui rapporta ce qu'il avait fait dans sa principauté, et fut assez heureux pour le déterminer lui même à embrasser la foi.
Quelques années après, Taïcosama étant mort, la lutte politique des Régents amena bien des changements dans l'empire du Japon.
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apostasie dans le temps de Sanche, son frère.
A cette époque, par la piété et le bon ordre qui
y régnaient, la maison de la princesse Marine
semblait être un monastère.
Marthe, Princesse d'Arima. Elle était nié et fille adoptive du prince Augustin Tsoucani dono, et reçut le baptême en 1589. Elle épou Michel, fils aine de Protais, prince d'Arim La passion dominante de Protais était Taml:
tion et il avait fort à cœur de recouvrer certaii domaines du Figen qui avaient jadis apparte] à sa famille. Il crut y arriver plus facileme en consentant à ce que Michel répudiât S( épouse légitime, pour se remarier à une païeii fanatique, une arrière petite-fille de Tempère Daïfousama. Cette alliance scandaleuse futpo lui, pour son fils et la principauté d'Arima, source des plus grands malheurs; en ef Michel ne tarda pas à devenir apostat et à pe sécuter les chrétiens. Marthe se retira à Tchir giwa ; mais bientôt elle eut beaucoup a souffr et sa religion ne fut guère qu'un prétexte po couvrir les véritables motifs de l'indigne co duite qu'on tint à son égard. Sa beauté, jeunesse, sa vertu, son rare mérite, tout elle reprochait au prince son divorce et inspir en même temps à la concubine une jaloui qui troublait ses plaisirs. Il fallait donc défaire à tout prix de la présence d'une parei femme. D'abord on engagea très viveme Marthe à se remarier; mais comme elle !
Marthe, de NANGàSAKi. Elle mourut de misère, pour la foi, dans les montagnes de Nangasaki, où elle s'était réfugiée, le 12 septembre 1627, à Tâge de soixante-quatre ans.
Martinez, Pierre, Prêtre de la Compagnie de Jésus et évêque du Japon. 11 naquit à Coïmbre, exerça dans les Indes les fonctions de Provincial, fut sacré évêque du Japon à Goa en lS9o et arriva à Nangasaki le 13 août 1596.
Comme il avait été chargé par le vice-roi des Indes de beaux présents pour Taïcosama, il fit demander à cet empereur s'il pouvait aller jusqu'à la cour pour les lui remettre, et celui-ci l'autorisa à se présenter. Avant de partir, Mgr Martinez donna la confirmation à plus de quatre mille personnes, et son voyage, depuis cette ville jusqu'à Fouchimi fut pour les chrétiens une source abondante de bénédictions. A Arima, il visita le séminaire des jeunes Japonais et il félicita les Pères de leur zèle pour
résister à la violence de la fièvre qui s'empara de lui, il mourut en mer, à quarante lieues de Malacca. Son corps fut inhumé dans Téglise de la Compagnie de Jésus, à Malacca, le 18 février 1598.
Matayémon, Léon. Il mourut de misère, pour la foi, dans les montagnes de Nangasaki, où il s'était réfugié, le 28 décembre 1627.
Mathias. 11 était Tun des confesseurs qui avaient été condamnés à Texil dans le pays de Tsoungarou; mais, au moment de partir, il mourut d'épuisement dans la prison où il était retenu depuis une année. C'était à Méaco, en 1615.
Matsouyama, Damien. Vers la fin de juin 1612, Michel, prince apostat d'Arima, exila plusieurs
chrétiens de leurs demeures avec défense à qui que ce fût, de leur donner asile, et interdictioi pour eux de sortir du Tacacou : ces chrétien furent obligés de se réfugier dans les mon tagnes. Au bout de quinze jours, Michel croyant que ces rigueurs auraient abattu toute les résistances, fît traduire devant son tribuna un soldat noble, appelé Damien Matsouyama mais celui-ci étant demeuré inébranlable dan sa foi, Michel Texila avec Lucie son épouse e leurs cinq enfants. Damien se retira dans li solitude à une lieue d'Arima.
Matta (Gilles de la), Prêtre de la Compagni de Jésus. En 1599, périt en mer, et selon tout( apparence par un naufrage, le P. Gilles de h Matta, récemment revenu de Rome, où il étai allé comme procureur, et qui y était renvoya de nouveau. Il était parti de Nangasaki pou Macao sur une jonque, au mois de février, e depuis lors on n'en eut aucune nouvelle, h P. de la Matta, espagnol de Logrono, avai cinquante et un ans d'âge, et trente-trois di Compagnie : il était prof es des quatre vœux.
Mathieu, Japonais. Il fut baptisé à Aman goutchi par saint François Xavier. Après avoi
moment où il allait s'embarquer pour le Portugal.
Mathieu, Marchand ambulant japonais. En 1374, le P. François de Cabrai reçut à Amangoutchi la visite de plusieurs personnes de distinction qui venaient lui demander le baptême. Comme il n'en avait pas encore entendu parler et qu'il les voyait pour la première fois, il les pria de lui dire qui avait été après Dieu, l'auteur de leur conversion. L'un des nobles visiteurs lui répondit : « C'est à un marchand ambulant, nommé Mathieu que nous sommes redevables de ce bienfait. Ce marchand a l'habitude d'entrer poliment dons les maisons pour y proposer ses articles de ménage et de toilette, et d'amener doucement et adroitement la conversation sur le terrain religieux, et une fois là, il expose, développe, discute et défend la doctrine chrétienne avec tant de logique et une éloquence si persuasive qu'on finit par l'écouter volontiers, et c'est ainsi qu'il gagne les esprits et les cœurs ; ce qu'il nous dit des vérités de sa religion, nous a inspiré le désir
curer une barque de Tendroit, et, sous la surveillance de soîdats indigènes, se rendirent à Bonotan, port du Satsouma. Conduits devant les magistrats, ils se firent passer pour des marchands et pénétrèrent ainsi dans la Tenca. A cette époque, le P. Michel Matzouda avait quarante-neuf ans et dix-neuf de Compagnie.
Maxence, Princesse d'Isafaï et sœur de Protais, prince d'Arima, était veuve et héritière du seigneur d'Isafaï, lorsqu'elle mourut saintement en 1596. C'était une chrétienne d'une rare vertu et d'une vie tout à fait exemplaire. Elle se distinguait du reste des femmes, non par sa qualité et par cette humeur fière, qui est assez commune chez les grandes dames du Japon, mais par son humilité, sa douceur et son esprit de soumission. Il suffisait que son confesseur lui fit observer qu'il y aurait quelque danger pour sa conscience à traiter telle affaire, dont elle lui parlait, pour qu'elle réglât les choses selon son avis.
Elle avait autant d'inclination pour les mortifications du corps que les personnes de son sexe en ont ordinairement d'horreur. Le Carême, elle allait tous les jours à l'église et n'en sortait point, que toutes les messes ne fussent dites. Lorsqu'elle était devenue veuve, elle
Maxence, de Goroume. Elle était fille de Civandono, prince de Boungo et fut vraiment l'héritière des vertus de son père. Cambacoundono se trouvant en 1588 à Chimonoséki, jugea bon de la marier à Tochirondono, seigneur de Coroume en Tchicoungo, et oncle du prince d'Amangoutchi. Touchirondono avait reçu le baptême dans des circonstances qui ne lui avaient pas permis de bien s'instruire des vérités d« la religion; c'est pourquoi Tannée qui suivit leur mariage, Maxence, redoutant pour son époux les épreuves de la persécution qui s'annonçaient, fit demander un Père pour achever son éducation religieuse. Bientôt le P. Pierre Raimond et le F. Jean Torrez, japonais, arrivèrent à Coroume et s'occupèrent de cette bonne œuvre avec un soin tout particulier. D'autres encore profitèrent des instructions des missionnaires et il y eut trente-six personnes de la cour qui furent baptisées. Quelques mois après, Maxence faisait venir à Coroume le P. Louis Froéz, pour donner le baptême à un fils qui lui était né, et Tenfant le reçut sous le nom de François, qui était celui de son grandpère. En 1591, Yochimoune, prince de Boungo, ayant voulu exiger des chrétiens un serment idolâtrique, Maxence reprocha si vivement à cet
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LES PlKtTX
apostat rindignité de sa condi s'emporta contre elle avec ui lance ; mais elle ne fut point effj naces, et elle lui prédit les ( nombre dont Dieu punirait un j Les temps qui suivirent jusq Taïcosama, furent malheureu du Japon, et les chrétiens di particulièrement à souffrir des gements et des persécutions d( tre. Dans ces circonstances di n'oublia pas qu'elle était la fj pieux Civandc no ; et par ses e^ rôles et sa charité, elle fortifîs la foi et consola bien des infor lorsque Daïfousama eut triomp saires, Tochirondono, qui avait lui, s'empressa, pour éviter le:
fugier avec Maxcnce dans les dono, son neveu.
Maxence, de Nangasaki. Ci de Boungo, avait marié Tune ( Counghe très illustre, attache même du Daïri. De ce mariage qui fut baptisée sous le nom qui mourut très saintement ei son oncle Yochimoune avait <
ses Etats, elle fut recueillie par son aïeule, la princesse Julie, à Tâge de sept à huit ans, et élevée à Nangasaki jusqu'à douze ans. Elle voulut alors faire le vœu de virginité ; et comme elle était d'une piété vraiment angélique, elle en obtint la permission de son aïeule et de son confesseur. Elle émit donc ce vœu, et depuis lors, malgré sa tendre jeunesse, elle s'adonna à la pratique des austérités les plus grandes. Dans le temps de Noël, elle couchait sur le foin à l'imitation de l'Enfant Jésus. A dix-huit ans elle tomba malade par l'excès de la pénitence, et languit quatre-vingt jours sur un lit de douleurs. Elle demanda instamment à Notre-Seigneur la grâce d'éprouver, à l'heure de la mort, plus de tourments que jamais aucun mortel n'en avait éprouvé dans une pareille heure, parce qu'elle désirait souffrir au plus haut degré pour honorer la passion et la mort du Sauveur du monde. C'est dans ces dispositions saintes qu'elle rendit son âme à Dieu.
Maxence, d'Arima. En 1613, le prince Michel d'Arima, apostat, résolut de donner d'éclatants exemples de son attachement au culte des idoles, en faisant brûler vifs les chefs des chrétiens. En même temps sa seconde épouse, ou plutôt sa concubine, voulut obliger ses dames
la foi. Quand il eut reçu les sacrements, il joignit les mains et continua à prier en silence jusqu'au moment où, élevant ses mains vers le ciel, il dit : « Je m'en vais, » et c'est en prononçant ces paroles qu'il exhala son dernier soupir; il était dans sa soixante et unième année. On lui fit des obsèques magnifiques, et ce jour même, sa pieuse veuve, pour honorer sa mémoire, donna un repas à plus de mille pauvres, et peu après, elle vendit des vêtetements précieux pour en consacrer le prix à de bonnes œuvres.
Michel, de Canabe. En 1605, un Père de la Compagnie de Jésus visita le prince de Satsouma et en fut bien reçu. Les chrétiens le fêtèrent comme un ange descendu du ciel. Le Père retrouva à Canabe ou Cabanave, à treize lieues de Cangochima, des souvenirs de saint François Xavier. Le saint y avait baptisé son
hôte, et l'avait nommé Michel. Il lui avait laissé une parcelle de la vraie croix, deux rosaires et une tasse de porcelaine remplie d'eau bénite. Michel, enseigné par le P. Xavier, baptisa plus tard son propre fils âgé de dix ans, et lui imposa le même nom de Michel. Le fils avait alors plus de soixante ans, et le père était mort depuis cinq à six ans. Les reliques avaient opéré plusieurs miracles et guérisons. Une sœur du second Michel, baptisée par le P. Xavier, existait encore dans le Fiounga.
Michel, Prêtre séculier japonais. Il avait été chargé, par Mgr de Cerquiéra, de la cure de Sainte-Marie de Nangasaki, et il demeura au Japon pendant la persécution de 1614.
MiLAO, Jean, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Portugais. Il naquit à Goa et mourut en 1609 : il était âgé de cinquante et un ans. Il avait trente-quatre ans de Compagnie, presque tous passés au Japon, et vingt-trois ans au séminaire d' Arima .
MiMASACA, Jacques. Cet officier chrétien avait déjà donné des preuves nombreuses de sa valeur, lorsque Tsoucamidono , prince da Fingo, rétablit gouverneur de la ville dTach chiro. Ce qui le rendait surtout digne d'estime c'était moins sa bravoure que sa grande piété et son dévouement sans bornes aux intérêts da la Religion. Pendant le temps de son adminis-* tration, qui ne fut pas très long, il fit bâtir quatorze églises nouvelles dans les districts d'Yachchiro et de Nonzouï. Son bonheur était d'enseigner la doctrine chrétienne aux enfants et de chanter avec eux de pieux cantiques. U les réunissait souvent dans son palais, et poui? les encourager, il aimait à leur faire servir quelques mets agréables. On s'étonnait que les réunions eussent lieu dans la plus belle salle de réception, et on lui en demanda la raison : « C'est, répondit-il, parce que ces enfants, en chantant les louanges de Dieu avec un cœur pur font dans cette salle ce que les anges font dans le ciel, et la transforment ainsi en un vrai paradis. » Il lui arrivait encore assez fréquemment de sortir de son palais, suivi d'un page qui portait beaucoup d'objets religieux, et chemia faisant, il se plaisait à les distribuer aux chrétiens qu'il rencontrait.
En 1600, après la prise d'Outopar Canzouye, partisan de Daïfousama et ennemi de Tsoucamidono, le gouverneur dTachchiro vit bien que toute résistance était désormais impossible, et qu'il exposerait les chrétiens de la ville à un véritable massacre, s'il cherchait à s'y défendre, c'est pourquoi il résolut de se retirer avec eux dans le Satsouma. Plus de cinq cents chrétiens l'accompagnèrent dans ce voyage qui ne se fit pas sans de grandes difficultés. Malgré l'opposition des bonzes, le prince de Satsouma accueillit bien cette troupe d'exilés volontaires, et il fut si charmé du courage entreprenant de Mimasaca, qu'il l'engagea à son service. Devenu ainsi, autant par sa réputation que par sa vertu, chef de la chrétienté du Satsouma, le vaillant officier en fut aussi le plus ferme appui; il avait établi dans sa demeure une chapelle où les fidèles s'assemblaient pour leurs exercices religieux. Jacques Mimasaca mourut saintement en 1602, et son corps fut transporté à Nangasaki.
MiNCHi, Jean, Bonze converti. Parmi les bonzes qui, en 1583, embrassèrent la foi dans la principauté d'Arima, il y en eut un, nommé Minchi, dont la réputation était si grande qu'il ne pouvait venir à la cour sans que le prince
se crût obligé de se lever pour le recevoir, et même de lui céder sa place. Cependant cet homme si estimé pour son savoir et si important à ses propres yeux, ne se laissa pas tellement aveugler par Tamour-propre, qu'il ne voulût connaître à fond la doctrine chrétienne. Il se mit donc à l'étudier avec soin, et bientôt, les vérités qu'elle contient lui paraissant incontestables, il comprit que pour être conséquent avec lui-même, il devait les embrasser. Il était comme hors de lui-même, lorsqu'il considérait la grâce que Dieu lui avait faite en l'éclairant de ses lumières. La veille de son baptême, il fit porter à l'église tous les livres qui renfermaient les secrets de sa secte, et il les jeta au feu.
Il fut nommé Jean et convertit sa maison en un ermitage qu'il appela l'Ermitage de Notre- Dame, parce qu'il voulait y vivre dans la retraite sous les regards de la Mère de Dieu. C'est de lui que les missionnaires apprirent dans le détail tout ce qui concernait la secte abominable des Yamabouchis, et en particulier le pèlerinage fameux qu'entreprenaient, sous leur conduite, ceux qui voulaient voir et adorer le démon. Jean Minclii fut le reste de ses jours un chrétien très zélé, et il disait qu'il expérimentait avec un plaisir incroyable la différence qu'il y a entre le joug aimable de Jésus-Christ et la tyrannie que le démon exerce sur ses esclaves.
MiNOYO, Michel, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Japonais. Ce Père mourut le 14 mai 1628. Etant séculier, pour conserver sa religion, il s'était exilé aux Indes, et était de là passé en Portugal. Il avait étudié la philosophie à Evora et y avait pris le degré de maître es arts. Il aUa visiter Rome, afin d'y vénérer dans sa source la majesté de la sainte Eglise. Il y fut reçu dans la Compagnie de Jésus et y apprit la théologie. De retour en Portugal, il voulut aller au secours de sa patrie et s'embarqua de nouveau; mais, dans le chemin, il aborda au port de la patrie céleste.
MisoYAKi, Mangie, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais. Il était né dans les environs de Nangasaki. Il travaiQait avec ardeur à cultiver la vigne désolée du Japon, lorsque Dieu l'appela à lui. C'était à Nangasaki en 1616.
MoGAVARO, François, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Napolitain. Ce père fit longtemps partie de la mission de Méaco. Envoyé au Chimo pour rétablir sa santé, il mourut en mer, dans le mois de mai 1602, entre le port de Chimo-
noséki et la province de Bougen. Il était âge de quarante-trois ans; il avait vingt-trois ans de religion et seize de résidence au Japon,
MoNTÉJO, PiîTRRE, Prêtre de l'Ordre de Saint- Augustin. Ce Père qui était natif de TEstramadure, et fils d'habit du couvent de Tolède, fut envoyé aux Philippines en 160t, comme religieux de chœur, et de là il passa au Japon, où il travailla pendant plusieurs années. Envoyé à Manille pour les affaires de la mission, il fut pris avec son navire par les Hollandais. Les croisières espagnoles rencontrèrent ces piratas et leur livrèrent un combat, au milieu duquel périt le missionnaire de la main des Hollandais eux-mêmes. G^étaiten 1610.
Monts (Jean-Baptiste des), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Religieux arriva au Japon en 1563, avec le P. Louis FroCzet le F. Jacques Gonzalez. On le dirigea aussitôt, avec le F. Louis d'Almeïda, sur Founaï, capitale du Boungo, ou depuis plus d'un an les fidèles n'avaient pas vu de missionnaire. Le prince Givandono fit au Père un excellent accueil, et celui-ci lui parla des progrès de la foi dans toute la partie occidentale du GJiimo, dont toute la population
serait bientôt chrétienne, sans une fâcheuse guerre que les princes d'Arima et d'Omoura avaient à soutenir contre leur puissant voisin Riozogi; il ajouta qu*il serait de la gloire d'un grand prince comme lui de terminer cette querelle par quelque bon accommodement. Givandono enlra avec empressement dans les vues du Père, et peu après, il offrait sa médiation qui fut acceptée. Pendant bien des années, le P. Jean- Baptiste des Monts fut attaché particulièrement à la mission du Boungo. On l'envoya ensuite dans le Firando, où le P. Gaspard Cuello le trouva en 1585, encore plus cassé de travail que de vieillesse. Le zélé Religieux y mourut saintement en 1587, après un séjour de vingt-quatre ans au Japon.
MoRÉJON, Pierre, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Espagnol. Il arriva au Japon vers 1595 et fut envoyé à Méaco pour y venir en aide au P. Organtini, dont le ministère devenait de jour en jourplusdifQcile. L'année suivante, le P. Moréjon, étant allé à Sacaï, en revenait au mois de décembre, lorsqu'il apprit en route l'arrestation des Religieux de Saint-François ; alors il arriva en toute hâte à Méaco, pour y mourir, s'il le fallait, avec le P. Organtini. Mais cette grâce ne lui fut point accordée : les PP. de la Compa-
gnie de Jésus avaient été épargnés pour le moment, et ce fut seulement, après le grand et solennel martyre de Nangasaki, que Taïcosama décréta leur bannissement.
Quand la paix eut été rendue à TEglise, le P. Moréjon demeura attaché, avec le P. Organtini, à la résidence de Méaco. Daïfousama leur faisait bon accueil, et il lui arrivait même de les envoyer chercher pour s'entretenir familièrement avec eux. En 1603, le P. Moréjon remplaça le P. Organtini dans ses fonctions de Recteur de Méaco ; c'était un poste très important, car Méaco était la capitale et l'école des idolâtries, et le démon y avait son principal domaine. En 1613, il fut chargé d'aller annoncer à Justa, veuve du prince Protais, la mortdeses deux jeunes fils, tués par son beau-fils Michel, le prince apostat d'Arima, et il admira la résignation vraiment sublime de cette infortunée princesse. L'année suivante, le Père était exilé à Manille. En 1625, pour déférer aux désirs de D. Jean de Sylva, gouverneur des Philippines, le P. Pierre Moréjon partit pour Siam, avec Antoine Cardim et le F. Romain Nichi, Japonais, afin d^obtenir la délivrance de quelques Espagnols prisonniers. Ayant réussi dans leur ambassade, ils se fixèrent dans la contrée : Il y avait alors à Siam environ quatre cents Japonais exilés.
MouRA (Melchior de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il était né à Caracava, en Portugal. 11 arriva au Japon le 4 juillet 1577, et y passa quarante ans dans les fonctions d'un zélé missionnaire. 11 mourut en exil à Manille le 18 octobre 1616, à l'âge de soixante-quatorze ans.
MouRAYÀMA, François, Prêtre séculier japonais. Il était fils d'Antoine ou ToanMourayama, ancien gouverneur de Nangasaki ; il fut tué an mois de juin 1515, pendant le siège d'Ozacca, où il était enfermé pour assister les chrétiens.
MuiNOz, Alphonse, Prêtre de TOrdre de Saint- François. En 1598, ce Père fut désigné par ses Supérieurs pour passer de Manille au Japon.
Vêtu en soldat, il s'était embarqué pour cette destination, lorsque les vents contraires Tobligèrent de rentrer à Manille. En 1606, il s'embarqua de nouveau pour le Japon et y arriva heureusement avec cinq Religieux de son Ordre : il devait y remplacer le P. Berméo, Prieur, que sa mauvaise santé avait contraint de quitter le pays. En 1607, le P. Munoz réédifia dans des proportion» plus grandes Téglise et le couvent
des Franciscains d'Ozacca. En 1616, Daïfousama, ayant conclu un traité de commerce avec D. Rodrigue de Vivero, ex-gouverneur des Philippines, voulut le convaincre de la sincérité de ses intentions, en envoyant un ambassadeur au roi d'Espagne. Il invita Vivero à désigner un Religieux parmi ceux qui résidaient au Japon, pour accomplir cette mission en son nom. Vivero proposa le P. Alphonse Mufloz qui partit bientôt avec lui pour TEurope.
Naito Tocououn, Jean, Prince de Tamba.
Naito Tocououn, appelé aussi Naitodono, Findenocami et Fidandono, était né d'une noble famille du Nangato, et il fut baptisé par le P. Gaspard Viléla. Le Coubo, qui appréciait son mérite, lui donna à gouverner la province de Tamba. En 1565, le Coubo, victime d'une conspiration, ayant été assassiné, Cavadono Voyacata, son frère et son successeur, confirma Naito dans la possession de sa principauté.
Cependant Nobounanga, prince deMino, s'était donné hautement comme vengeur de l'infortuné Coubo et comme protecteur des droits de son père; mais bientôt, parce qu'il aspirait secrètement au pouvoir suprême, il ne permit pas qu'il se traitât rien d'important sans lui.
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Cavadono s'en aperçut, voulut secouer le joug, et Naito Tocououn se rangea sous ses drapeaux. Dans cette lutte, ce fut Nobounanga qui remporta, et par suite Naito Tocououn, ayant été dépouillé de ses Etats, se retira avec sa famille dans le Fingo. Là il vécut d'une manière conforme à son rang, et honora la Religion par une vertu vraiment héroïque et toujours soutenue. Il suivit à la guerre de Corée le célèbre Tsoucamidono, prince de Fingo, et se signala dans cette expédition par son intelligence et sa valeur. On lui proposa d'aller à la cour de la Chine, en qualité de plénipotentiaire de Taïcosama pour y traiter de la paix : il répondit qu'il se chargerait volontiers de cette mission difficile, non à cause de l'honneur qui pourrait lui en revenir, mais parce qu'il espérait trouver en même temps le moyen de faire connaître Jésus-Christ au souverain et à la noblesse de ce vaste empire. On ne voit pas qu'il ait été donné suite à ce projet.
En 1600, Canzouyedono, devenu prince du Fingo, se mit à persécuter les chrétiens, et il osa bien menacer l'ancien prince de Tamba et sa famille, mais il trouva qu'il avait affaire à un homme que rien n'était capable d'ébranler dans sa foi, et à qui on ne pouvait faire un plus grand plaisir que de le pousser à bout : voici, en effet, la lettre que Naito Tocououn écrivit
alors au P. Paëz, Provincial de la Compagnie de Jésus :
« La persécution grandit chaque jour, et ceux qui sont préparés à mourir pour Tamour de Notre-Seigneur ne sont pas en petit nombre; et je suis convaincu que la persécution ne doit pas s'apaiser bientôt, et il me parait que Dieu Ta permis, afin de nous faire endurer pour son amour quelques épreuves et périls. S'il en est ainsi, nous imiterons en quelque partie la vie des saints martyrs de l'antiquité, qui ont donné leur vie pour la Foi. Présentement je demande à Votre Paternité de me recommander à Dieu dans ses prières et saints sacrifices, afin que je persévère, jusqu'à la mort, dans mes bons désirs. Qui jamais aurait imaginé que dans cet empire du Japon il pourrait se rencontrer des martyrs, et que le martyre devrait commencer par nous, si misérables pécheurs? Quand il m'advient d'y arrêter ma pensée, je ne puis retenir des larmes de joie. »
Canzouyédono, voyant que toutes ses tentatives et même ses violences pour faire apostasier Tocououn, n'auraient aucun résultat, finit par le laisser tranquille, lui et les siens. En 1602, Tocououn entra au service particulier de Protais, prince d'Arima, et il demeura dans cette contrée jusqu'au jour où le prince Michel, s'étant déclaré contre les chrétien», le con-
damna à Texil. C'est à Manille que Tancien prince de Tamba passa les dernières années de sa vie, édifiant tout le monde par ses vertus; il y mourut saintement vers la fin de l'année 1626, et son corps fut déposé dans Téglise du CoUège de la Compagnie de Jésus.
Naito, Julie. Elle était sœur de Naito Tocououn, prince de Tamba, et elle suivit son frère dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, sans que les persécutions diminuassent en rien , ni sa foi, ni sa piété, ni son zèle pour les bonnes œuvres. En 1602, une dame noble, consumée de phtisie et qui était sur le point d'accoucher, promit à Dieu de se faire baptiser ainsi que son enfant, si sa délivrance était favorable. Elle enfanta heureusement, tint doublement parole, et mourut quelque temps après. C'est alors que Julie Naito, qui avait baptisé cette dame, fut dénoncée à Daïfousama par un bonze, chef de la secte d'Amida, comme une ennemie acharnée et une persécutrice de la rehgion d'Amida, parce qu'elle convertissait et baptisait les dames nobles à l'insu et contre la volonté de leurs maris. Daïfousama donna Tordre de punir JuUe. Celle-ci quitta le pays et se rendit à Arima, où la princesse Justa l'ac-
cueillit avec honneur; mais Tannée suivante, elle finit par revenir à Ozacca.
En 1614, plusieurs dames de Méaco qui avaient fait vœu de chasteté pratiquaient la vie commune sous la conduite de Julie Naito. Elles s'occupaient d'instruire les personnes de leur sexe chez qui les missionnaires ne pouvaient pénétrer. La persécution ayant éclaté, ces dames résistèrent victorieusement à d'humiliantes épreuves. On leur annonça qu'elles allaient être promenées nues dans toute la ville. Elles firent alors cacher en des lieux sûrs neuf d'entre elles, les plus jeunes et les plus belles; les neuf autres se mirent en prières et attendirent l'heure du combat. L'on apporta des sacs de paille, et on les y enferma; puis on les suspendit deux par deux à des perches, et on les promena de la sorte, au milieu des insultes des uns et des bénédictions des autres. A la fin du jour, les satellites épuisés les déposèrent au milieu d'un champ en dehors de la ville, sur la rive du fleuve, à l'endroit des exécutions. Elles y furent laissées sous bonne garde jusqu'au lendemain soir. Une d'elles, qui avait été délivrée et ramenée chez son père, en revint, portant son sac de paille, et se réunit à ses nobles compagnes. Le lieutenant du gouverneur, honteux d'avoir été vaincu par des femmes, voulait les livrer à des gentils pour
être l'objet de leurs débauches; mais il leu fît grâce et les fit consigner chez des chrét comme prisonnières. Mais quelque temps ap Julie Naito et quatorze autres dames fu conduites à Nangasaki pour être déportées du Japon : les confrères de la Miséricorde accueillirent avec une grande charité. Exil Manille, Julie Naito y devint supérieure Béates japonaises à Saint-Michel, et c'es qu'elle acheva saintement ses jours le 28 r
NiCHi, Gaspard, Frère de la Compagnie Jésus. Il mourut en 1612, ayant trente-six d'âge, et six de Compagnie. Il était le adoptif de Gaspard Nichighenca et d'Urs qui avaient en 1609, consacré de leur s l'Eglise de Firando.
NiCHi, Romain, Frère de la Compagnie Jésus, Japonais. Il fut envoyé, en 1623, Manille au Siam avec les PP. Moréjoi Antoine Cardim, afin d'obtenir ladélivranci quelques Espagnols prisonniers. Il se trou alors à Siam environ quatre cents Japo exilés : le F. Romain se fixa auprès d'eu leur prodigua tous ses soins.
Nicolas, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais. Il mourut en 1600 dans la résidence d'Omoura, à Tâge de soixant-dix-sept ans.
C'était un ancien ouvrier de la Compagnie, grand serviteur de Dieu, et qui travailla jusqu'au jour où il fut arrêté par sa dernière maladie qui dura sept mois. Le Père, qui lui donna rExtrême-Onction, venait d'achever la dernière oraison du Rituel, lorsque le pieux Frère expira en prononçant doucement le nom de Jésus.
NuNEZ, Melchior, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père naquit à Porto, en Portugal, de parents illustres. Il avait trois frères et quatre sœurs : Talné des frères fut l'héritier de la famille, les deux autres entrèrent dans la Compagnie de Jésus, où l'un, JeanNunez, fut patriarche d'Ethiopie. Quant aux quatre sœurs, elles furent religieuses de Sainte-Claire dans leur ville natale.
En 1551, le P. Melchior passa aux Indes à la tête d'une compagnie nombreuse de ses confrères et devint Provincial en 1553. A cette époque, le P. Cosmede Torrez avait renvoyé du
Japon aux Indes le F. Pierre d'Alcaçeva, pour solliciter un renfort d'ouvriers apostoliques, et celui-ci était arrivé à Goa avec un officier du prince de Boungo, chargé par son maître d'appuyer auprès du vice-roi des Indes la demande du missionnaire. Dom Alfonse de Noronha, qui gouvernait alors les Indes, ayant reçu les lettres que Civandono lui avait écrites, fut surpris des avances que ce prince y faisait en faveur de la Religion, et dans le moment, le P. Melchior étant entré chez lui : « Que faitesvous aux Indes, mon Père? lui dit-il, suivant ce que mande le prince de Boungo, quand vous iriez tous au Japon, vous ne seriez pas encore assez pour recueillir Fabondante moisson qui s'y prépare. » Rien ne pouvait être plus au gré du P. Nunez, que ce discours du vie-roi. « Monseigneur, répondit-il, je venais pour consulter Votre Excellence sur ce voyage que je me sens très porté à entreprendre. »
Or, ce qui* avait fait naître cette pensée dans Tesprit du P. Nunez, c'était l'entretien qu'il avait eu avec Fernand Mendez Pinto, négociant portugais, qui avait été très lié avec le P. François Xavier et qui s'était trouvé avec le Saint à la cour du prince de Boungo. Pinto avait parlé au Père de se consacrer tout entier à la mission du Japon et de l'y accompagner; il avait ajouté que son intention était d'envoyer
deux mille écus en Porgutal à quelques parents pauvres, de fonder à Amangoutchi un séminire d'où la foi pourrait se répandre dans tout le Japon, et d'employer le reste de son bien en aumônes et aux frais du voyage.
Cependant le Provincial, après avoir donné à Pinto le temps de réfléchir encore sur ce qu'il proposait, et pris les avis de tout ce qu'il avait à Goa de personnes zélés et prudentes, crut que Dieu l'appelait au Japon, et dès le jour même de son entrevue avec le vice-roi qui l'avait confirmé dans cette pensée, il commença à prendre des mesures pour son départ. Il nomma un vice-provincial à sa place, régla toutes choses dans les missions des Indes, prit pour l'accompagner le P. Gaspard Viléla, et quelques jeunes religieux, qui n'étaient pas prêtres, et s'embarqua avec Pinto que dom Alfonse de Noronha avait nommé son ambassadeur auprès du prince de Boungo.
Ils arrivèrent à Malacca le 5 juin 1554, et ils ne purent en partir pour le Japon qu'au mois d'avril de l'année suivante. Leur navigation fut longue et périlleuse. Plusieurs tempêtes les assaillirent coup sur coup, et mirent leur navire en si mauvais état, qu'ils furent contraints de relâcher en Chine. Le P. Nunez y reçut des lettres de Goa, par lesquelles on lui mandait que sa présence était nécessaire aux
Indes. On lui en remit aussi une du P. Ignace de Loyola, dans laquelle le saint fondateur de la Compagnie témoignait qu'il n'était pas à propos que les Provinciaux des Indes entreprissent de ces longs voyages qui les empêchaient de veiller aux affaires dont ils étaient chargés. Sans doute que la mort des PP. Xavier et Barzée, arrivée presque en même temps, avait fait juger à Rome, que les missions des Indes, ayant fait tout d'un coup, deux pertes aussi considérables, avaient besoin de la présence d'un supérieur général, et surtout d'un homme du mérite du P. Nunez. Quoi qu'il en soit, ces nouvelles et les travaux que le Provincial avait eu à essuyer depuis son départ de Goa, le faisaient songer à reprendre la route des Indes, lorsqu'Edouard de Gama, étant venu mouiller dans le port où il était arrêté, lui remit une lettre du prince de Firando.
Ce prince avait appris que le P. Nunez était en chemin, et savait le crédit que sa naissance, son mérite et son emploi lui donnait parmi les Portugais : il crut que pour attirer dans ses ports des marchands de cette nation, il fallait engager ce missionnaire à faire un établissement dans sa principauté. Rien n était plus obligeant que la lettre dont il avait chargé Gama; il laissait même entrevoir qu'il n'était pas éloigné de se faire chrétien, et il représentait
de quelle conséquence c'était pour rétablissement de la religion des Européens, qu'on ne négligeât point les ofiFres avantageuses qu'il faisait. Ces avis déterminèrent le Provincial à passer outre, malgré les lettres de Goa et celle de son Général ; il prit donc la route de Firando, mais les vents contraires le forcèrent de tourner du côté du Boungo. Il débarqua à un port qui n'était pas éloigné du Figen, et se rendit par terre à Founaï.
Le prince de Boungo n'était pas alors dans sa capitale, mais il ne tarda pas à s'y rendre dès qu'il sut que le successeur du P. Xavier y était arrivé. On dit que le P. Nunez fit son entrée avec autant de magnificence et fut reçu chez le prince avec autant d'appareil que le P. Xavier au jour de sa première réception dans Founaï. Civandono dit au missionnaire en l'embrassant tendrement, qu'il lui semblait voir le P. François, qu'il avait aimé comme un autre lui-même et dont il avait appris la mort avec bien du chagrin. Ensuite prenant le P. Nunez par la main, il le fit entrer dans son cabinet avec le P. Fernandez. Ils y furent au moins deux heures, et Ton ne parla que de religion ; rien de plus fort que ce que le Père dit au prince par la bouche de Fernandez, qui servait d'interprète, pour l'engager à se déclarer ouvertement, puisqu'il était convaincu des vérités qu'on lui avait en-
ts it
qu'il n'était ni de la prudence, ni de l'intérêt de la Religion qu'il fit sitôt cette démarche, qu'il la ferait quand il en serait temps, et qu'il se tenait bien assuré que Dieu qui conuaissait la droiture et la sincérité de ses intentions, disposerait les choses de telle manière qu'elles tourneraient à sa gloire.
Après cet entretien, le P. Nunez, ne voyant rien qui demandât sa présence à Founaï, se mit en devoir d'aller trouver le prince de Firando; mais comme il se disposait à ce voyage, il tomba dans une langueur qui, l'obligeant à retourner aux Indes, sans avoir converti un seul idolâtre, lui fit comprendre qu'il aurait fait plus sagement de se rendre aux ordres de son supérieur, que d'écouter un zèle qu'il devait soumettre à l'obéissance. Il fit depuis de grandes choses aux Indes, mais Dieu ne le voulait pas au Japon, et il ne permit pas même que rien réussit de ce qu'il avait projeté, car toutes ces grandes espérances que Pinto lui avait données de fonder un séminaire, et de se consacrer lui-même au salut des Japonais, s'en allèrent en fumée.
Le P. Melchior Nunez mourut au collège de Cochin, en 1570.
OcouMÉRA, Michel Issouki. En Tannée 1613, dans la principauté d'Arima, le noble Michel Issouki Ocouméra fut traduit devant le tribunal du juge apostat Yamato et traité par lui de voleur et de lâche : de voleur, parce qu'il mangeait la rente de son seigneur sans vouloir obéir à Tordre d'apostasie qu'il lui avait signifié; de lâche parce qu'il n'osait pas aller en enfer pour l'amour de son seigneur. Michel revint chez lui pour se préparer à la mort.
Le 20 juin, Arimandono dépouilla de leurs biens Michel ainsi que les principaux confesseurs de la foi et les exila de leurs demeures avec défense de leur donner un asile ou de leur faire accueil, et interdiction pour eux de sortir du Tacacou, de sorte qu'ils devaient périr de misère et de faim. Chassés vers le soir, et dans un temps de pluie, ces confesseurs se dirigèrent vers les montagnes ; mais de généreux chrétiens les recueillirent pour cette nuit. Le lendemain, Michel et Marie, sa femme, se réfugièrent dans un bois à une lieue d'Arima, et résolurent d'y pratiquer une pénitence austère. Ils observèrent un silence absolu, et demeurèrent deux ou trois jours sans prendre d'autres aliments que des fruits sauvages. Epuisés par la faim, ils crurent de leur devoir d'aller men-
dier le nécessaire, et recurent cette a la charité des chrétiens. Plus tard, d conseils d'un missionnaire, ils allaier pour la nuit dans la maison des chréi jour, afin de ne pas irriter davan prince apostat, ils se retiraient dam tagne.
Ogazzawara Jacques; Au nombre d( chrétiens, distingués par leur nobl Daïfousama exila de sa cour en 161 vait Jacques Ogazzawara. Jacques é( vingt-quatre ans, et avait été bapt six ans seulement. Il avait de reveni charges de riz. Depuis son baptên était si pure qu'il semblait un an^ œuvres étaient celles d'un fervent r€ procura le baptême à trois cents dépendant de sa maison. Il fit ériger dans un de ses domaines et y établil frérie de Notre-Dame. Il fut le princi leur de la maison de la Compagnie ( Sourounga, et son plus puissant prot pouvant, à cause de la condition di embrasser l'état religieux, il aspirait ment à mourir pour Jésus-Christ.
Au début de la persécution il éta province de Micawa. Il en revint au
Tespoir d'être martyr; et, en arrivant à Sourounga, sans descendre en sa demeure, il accourut à celle des missionnaires. Il y passa toute la nuit en exercices spirituels, et le matin se confessa et communia, se fortifiant ainsi pour le dernier combat. Mais alors le Goubo se préoccupait avant tout des intrigues du Daïfatchi, qui avait surpris la bonne foi de Protais, prince d'Arima, Jacques retourna en Micawa, où il reçut une dépêche des gouverneurs de Sourounga, lui notifiant, au nom du souverain, qu'en considération de ses précédents services la vie lui était laissée, mais que ses biens étaient confisqués et qu'il devait aller en exil. Jacques fut ravi de devenir un confesseur de la foi : son unique regret fut de n'avoir pas sacrifié sa vie. Il partit pour l'exil avec sa femme et sa petite fille de deux ans.
Organtini Gnecchi, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Le P. Organtini (ou Organtino) naquit à Gasto-di-Valsabbia, près de Brescia. Son père était de la famille des Gnecchio, et sa mère de celle des Soldis, toutes deux fort illustres. Sa mère, étant enceinte de lui, disait qu'elle portait un martyr, ou du moins un homme apostolique, qui serait jusqu'à sa mort dans un continuel danger de répandre son
sang pour la foi. Organtini fut à peine e de faire connaître les inclinations de son < qu'il justifia les pressentiments de sa verti mère ; on lentendait quelquefois s'écj « Oh ! que je serais heureux si je pouvais rir pour Jésus-Christ de la main des Tui Une incommodité fort dangereuse qui lu vint, l'engagea à faire vœu de visiter P Dame de Lorette, si la reine des Ang< obtenait la guérison de son mal. A peine formé ce vœu, qu'il se vit dans l'obligati l'accomplir; il le fit, se consacra au serv Marie dans le lieu même où elle est de^ Mère de Dieu, et il en sortit tellement ii de faveurs et des consolations du Ciel, qt était tout hors de lui-même.
Peu de temps après, le pieux jeune hom sentit porté à entrer dans la Compagn Jésus, dont jusqu'alors il n'avait presque entendu parler. Il retourna donc chez lui mettre ordre aux affaires de sa maison, avait perdu son père, et il était en âge à poser de son bien. Il se rendit ensuite i rare, où il entra au noviciat de la Compi au mois de décembre 1556, cinq mois aj mort de saint Ignace de Loyola. De Ferra l'envoya faire ses études à Rome; il les peine terminées qu'on le mit dans les er les plus distingués. Cependant son cœui
toujours dans rOrient, mais quelque instance qu'il fit pour obtenir la permission d'y aller travailler au salut des âmes, il ne put jamais rien gagner sur Fesprit du P. Laynez, Général de la Compagnie. Saint François de Borgia ayant succédé au P. Laynez, le P. Organtini recommença ses poursuites, les accompagna de larmes et des prières les plus touchantes : il s'ofiFrait à faire le voyage à pied, sans argent et demandant Faumône. Le saint Général, ne pouvant s'opposer à une vocation si bien marquée, permit au P. Organtini de partir pour les Indes.
Le missionnaire s'embarqua l'an 1567, arriva à Malacca en 1569, et après avoir essuyé Tun des plus horribles typhons qu'on ait jamais vu dans les mers de la Chine, il prit terre au Japon avec le P. François Cabrai vers le commencement de juillet 1570. Celui-ci, qui arrivait en qualité de Vice-provincial, l'envoya bientôt à Méaco pour y venir en aide au P. Louis Froëz surchargé de travail. L'année suivante, le Vice-provincial étant allé présenter ses hommages au Coubo et au général Nobounanga, le P. Organtini l'accompagna dans ces visites qui eurent de bons résultats pour la religion. En 1573, le Père séjourna longtemps à Sanga où vinrent se réunir un grand nombre de chrétiens de Sacaï et des forteresses voisines,
|t cette mission favorisée par Ghicaidono, seifneur d'Imori, produisit des fruits abondants le salut.
Bientôt les Religieux de la résidence de [éaco eurent beaucoup à faire, parce qu'il n'y ItYait pas alors une contrée au Japon où le iristianisme prospérât comme dans la capiile et ses environs. Les circonstances étaient, 'ailleurs, favorables, car Nobounanga, devenu . maître absolu du pouvoir, poursuivait les bonzes qu'il méprisait, et, d'un autre côté, accordait les faveurs les plus signalées aux missionnaires qu'il estimait. Ainsi, en 1578, à l'occasion de la nouvelle année, le P. Organtini étant allé lui faire visite, le souverain quitta aussitôt toute la noblesse qui l'entourait, pour le conduire dans la grande salle de réception où pendant plus d'une heure il l'entretint familièrement. Il se montra l'année suivante aussi gracieux envers le Père, et de plus il voulut l'autoriser par lettres patentes à prêcher dans ses Etats, et lui donna un terrain à Guifou, capitale de sa principauté de Mino, pour y bâtir une église et une maison.
Cependant Araki, prince d'Omi et de Tsounocouni, s'était révolté contre Nobounanga, et il avait chargé Juste Oucondono, son vassal, de défendre sa forteresse de Tacazzouki. Alors Nobounanga demanda au P. Organtini de faire
en sorte que cette forteresse fût remise entre ses mains. Dans cette circonstance, Juste Ou* condono se trouva d'autant plus embarrassé qu'il avait donné son fils en otage à Araki; mais le P. Organtini lui fit observer que c'était au souverain dont Araki lui-même était le vassal que finalement l'obéissance était due, et il sut arranger toute cette affaire avec tant d'habileté que Juste Oucondono put s'en tirer sans regrets et avec honneur.
En 1581, le P. Alexandre Valignani ayant fait savoir à Juste Oucondono qu'il désirait passer la semaine sainte à Tacazzouki, le général alla à sa rencontre avec plusieurs membres de sa noblesse et le P. Grégoire de Cespédez qui était alors son hôte; et peu après, le P. Organtini arriva de Méaco pour célébrer avec eux les fêtes de Pâques. Quand ces fêtes furent terminées, le P. Organtini revint à Méaco avec le P. Valignani et se chargea de le présenter lui-même au souverain. Cette visite fut si agréable à Nobounanga que, pour leur en témoigner sa satisfaction, il envoya à la résidence des missionnaires dix canards sauvages dont le prince de Bandou lui avait fait présent ce jour même.
Voyant que Nobounanga était si bien disposé en faveur de la Religion, le P. Valignani lui avait parlé du dessein qu'il avait d'établir dans
la ville d'Anzoukiama un séminaire pareil à celui qui existait déjà à Arima; le souverain avait approuvé ce dessein et donné même un bel emplacement pour y construire. Peu de temps après, on mettait la main à Tœuvre.
Alors le P. Valignani, Visiteur, nomma le P. Organtini comme premier supérieur de rétablissement, et le P. Froéz fut chargé de lui succéder dans ses fonctions à Méaco. Il n'y avait pas longtemps que Touverture du séminaire avait eu lieu lorsque le Père supérieur baptisa Araki, Tancien prince d'Omi qui, après sa défaite, avait été dépouillé de ses Etats.
Le fils aîné de Nobounanga , discourant un jour avec le P. Organtini, lui dit qu'il se ferait volontiers chrétien, s'il pensait pouvoir garder la chasteté nécessaire et qu'il savait plusieurs seigneurs qui trouvaient ce commandement de Dieu trop rigoureux. Le Père lui répondit :
« Si les commandements de Dieu étaient des inventions humaines, comme le sont les sectes du Japon, on pourrait les modifier à volonté pour faire plaisir aux gens; mais comme c'est la sagesse éternelle qui les a donnés, il n'y a que Dieu seul qui puisse en dispenser; d'ailleurs, nous n'avons pas besoin de cette dispense, puisque nous trouvons dans sa grâce les forces suffisantes pour nous rendre capables de les observer, »
Nobounanga ayant été assassiné le 22 juin 1582, bientôt la ville d'Anzoukiama fut incendiée, et par suite on transporta le séminaire à Tacazzouki, où Tacayama, père du général Oucondono,en prit un soin particulier. Arrivé au pouvoir, Faxiba, général de Nobounanga, se montra bienveillant envers les chrétiens et surtout envers le P. Organtini qull estimait beaucoup. Mais en 1587, des femmes chrétiennes ayant refusé de satisfaire les goûts honteux de Faxiba, devenu Cambacoundono, celui-ci s'en prit à leur religion et commença à la persécuter. Par un édit qu'il publia, il obligeait les missionnaires à quitter le Japon dans Tespace de vingt jours; chose impossible, puisque le seul navire qui pouvait les transporter aux Indes ne pouvait partir que six mois après. La situation était très grave, et pour en délibérer, le P. Vice-provincial convoqua les Religieux à Firando. Le P. Organtini avait été autorisé à demeurer à Ozacca, mais il dut bientôt quitter cette ville pour aller se réfugier dans une ile qui appartenait à Augustin Tsoucamidono. Les chrétiens vinrent l'y visiter, et il en sortait même sous un déguisement pour aller dans les contrées voisines consoler et encourager les fidèles affligés. Tsoucamidono avait reçu dans cette même île Juste Oucondono, qui avait été diîigracié à cause de sa foi ;
Cambacoundono le sut et, sous divers prétextes, demanda à l'amiral d'échanger ce domaine contre un autre beaucoup plus avantageux : Tsoucamidono ne put s'y refuser, et par suite, le P. Organtini fut obligé de se retirer dans le Chimo.
En 1591, le P. Alexandre Valignani, venant des Indes, obtint une audience de Cambacoundono^ et il se fit accompagner à la cour par le P. Organtini: ils avaient avec eux les quatre ambassadeurs japonais qui avaient été à Rome. L'empereur leur fit à tous un très bon accueil, et au retour, le P. Organtini s'arrêta à Sacaï et s'y fixa. Il avait connu Ghenifoïn, gouverneur de Méaco, qui était bien disposé à son égard, et il allait le voir pour l'entretenir des mesures de modération qu'il serait bon d'inspirer à l'empereur dans toutes les affaires qui concernaient les chrétiens. Ghenifoïn l'écoutait volontiers, et c'est ainsi qu'un certain nombre de Religieux purent séjourner à Nangasaki à titre d'otages.
Cependant Cambacoundono avait pris le titre pompeux de Taïcosama, et l'expédition de Corée lui donna plusieurs fois l'occasion de quitter Méaco pour aller dans le Chimo inspecter sa flotte et son armée. Le P. Organtini profita de ces absences pour retourner dans la ïapitale où il pouvait alors agir avec plus de
sécurité, et même plusieurs religieux vinrent l'y joindre ; mais ils accomplissaient leur ministère en secret, et évitaient surtout de paraître en public pour ne pas créer de nouvelles difficultés aux chrétiens : c'était en 1594.
C'est vers ce temps que Ghénifoïn^ tout païen qu'il était, dit un jour à Taïcosama, qu'il était resté dans le pays un religieux d'Europe, homme âgé et malade, à qui il n'avait pas cru devoir refuser la permission de finir ses jours là où il avait vécu depuis près de trente ans. « Vous avez bien fait, repartit Taïcosama.
car n'ayant point d'église et ne prêchant pas la loi chrétienne, en quoi ce vieillard peut-il nous nuire à Méaco? »
Très heureux de cette réponse, Ghenifoïnla communiqua au P. Organtini, l'avertissant de continuer ses fonctions à petit bruit, et lui promettant que, s'il faisait ainsi, il l'assisterait de tout son pouvoir. Alors le Père loua dans Méaco une maison où il installa une chapelle, et les chrétiens s'y rendirent à certaines heures jugées plus favorables, pour y participer aux sacrements. Rarement plusieurs Religieux s'y rencontraient ensemble, et comme le P. Organtini y était seul d'ordinaire, il n'était guère possible de s'apercevoir qu'il y eût alors des missionnaires dans la capitale. Dieu ne laissait pas de bénir leur ministère, car pendant les
jhénifoïn. Le Père écrivait à ce sujet : « Je mis émerveillé que le bruit de ces conversions temarquables n'arrive pas jusqu'aux oreilles le Taïcosama, car bien que nous les tenions très secrètes, il semble impossible que ce feu, s'allumant en divers lieux, ne finisse par se lécouvrir à la longue. Mais advienne ce que Dieu voudra, nous ne pouvons fermer la porte k ceux que le Saint-Esprit pousse dans le bercail de la sainte Eglise. »
Les précautions à prendre contre les persécuteurs n'étaient pas inutiles, et on le vit bien, lorsqu'au mois de décembre 1596, les Religieux de Saint-François furent emprisonnés et bientôt condamnés à mort, pour avoir contrairement aux volontés de l'empereur, exercé publiquement les fonctions du culte chrétien. Trois Frères de la Compagnie de Jésus avaient été saisis avec les Franciscains d'Ozacca, bien qu'il n'eut pas été dans l'intention de Taïcosama de comprendre les Jésuites dans son arrêt. Le P. Organtini le fit observer au gouverneur Gibounochio, mais celui-ci répondit qu'il ne pouvait les mettre en liberté sans en parler à
Tempereur, et qu'il y aurait danger de Tirrii contre la Compagnie entière, s'il venait à apà prendre qu'en dehors des deux Jésuites qdk avaient été autorisés à demeurer dans le pays,J il y en avait eu encore d'autres qu'on y avaâ! rencontrés.
Le 3 janvier 1597, les vingt-quatre prisoDH nîers de Jésus-Christ, condamnés à mourir, eurent les oreilles coupées, et l'on porta cell» des trois Frères de la Compagnie au P. Orga] tini. Ce bon vieillard, les tenant entre mains, versa beaucoup de larmes, et les présen* tant à Notre-Seigneur, il lui dit : « Voici, di Sauveur, les premiers fruits de votre Eglise Japon. Voici les prémices de nos travaux j'offre à votre divine Majesté. Faites que cet' sang qui arrose la terre, fasse germer ofll grand nombre de fidèles qui vous honorent dans ces régions lointaines par leurs actionset par leurs souffrances, par leur vie et paP leur mort. » Quand les confesseurs de lafci partirent pour Nangasaki, où ils devaient être crucifiés, le P. Organtini les fit accompagner par un chrétien à qui il avait remis une somme considérable pour les assister dans leur voyage.
Taïcosama, qui avait un moment ménagé les Religieux de la Compagnie de Jésus, publia bientôt contre eux un décret de bannissement. Alors le P. Organtini et les missionnaires de sa
LES PiEUX 253
[{ésidence se rendirent à Nangasaki. La mort le Taïcosama, qui eut lieu Tannée suivante, changea bien la situation des chrétiens dans 'empire, et Jeyas, le principal des Régents, se ûontrant bienveillant envers eux, le P. Organini put en 1599, retourner à Méaco avec deux utres Religieux. Ils n'avaient plus désormais
se cacher, puisque Jeyas recevait volontiers 3s PP. Organtini et Moréjon pour s'entretenir imilièrement avec eux. En 1601, Jeyas devenu ^aïfousama, était arrivé au pouvoir suprême, t toujours bien disposé pour le P. Organtini,
lui accorda dans Fouchimi un bel emplacelent pour y bâtir une église et une maison de 3sidence.
Ce fut le 22 avril 1609 que mourut à Nangaiki, à Fâge de soixante-dix neuf ans, Fadmiible P. Organtini Gnecchi. Il avait passé aarante ans au- Japon, et presque tout ce imps en qualité de supérieur de la Résidence 3 Méaco. Ses infirmités l'avaient obligé de se îposer pendant les trois dernières années de i vie, et ils les avait consacrées à Toraison et la méditation de la Passion de Notre-Seigneur 5 sus-Christ.
Orozco (Pierre de), Prêtre de l'Ordre de tint- Augustin. Il arriva de Manille au Japon
en 1602, revint ensuite à Manille d'où il repartit une seconde fois pour le Japon, en 1604, avec le P. Ortiz et le F. Jean Péréna. Il fut chargé de la chrétienté d'Ousouki dans le Boungo et y fonda un couvent, dont il fut nommé prieur par le chapitre provincial tenu à Manille en 1605.
Ortiz, Eustacbe, Prêtre de l'Ordre de Saint- Augustin. Il était de Saint-Lucar de Alpéchin et fîls d'habit du couvent de Mexico. Il exerçait les fonctions de prieur de Bolinao dans la province de Zambalez, aux Philippines, quand il fut envoyé au Japon, où il arriva le 12 août 1601 Il était de retour à Manille, lorsqu'en 1604 il retourna au Japon, avec la qualité de prieur. Arrivé dans le Boungo, il s'occupa tout de suite de la construction d'une nouvelle église à Ousouki, et il la dédia à la Conception de Notre-Dame. Quelques années après, la persécution l'obligeait de retourner à Manille.
Otta, Julie. Elle était issue d'une noUi famille de Corée, et elle était bien jeune encort lorsqu'elle y fut faite prisonnière par Augustii Tsoucamidono. L'amiral chrétien, l'ayant em-
menée au Japon, la fit instruire et baptiser sous le nom de Julie. ElUe profita si bien de Texcellente éducation qui lui fut donnée, que Daïfousama, charmé de son mérite, l'admit au rang des dames d'honneur de sa cour. Elle n'avait pas cessé de s'y faire estimer et admirer par ses belles qualités, lorsqu'en 1612, Daïfousama, s'étant déclaré contre les chrétiens, entreprit de la faire apostasier.
Julie résista glorieusement et fut exilée dans l'Ile d^'Ochima, située au Midi, dans la province d'izzou. Elle voulait s'y rendre pieds nus :
sur les représentations d'un chrétien, elle répondit que Notre-Seigneur, en gravissant le Calvaire avec sa croix sur les épaules, n'avait point voulu être conduit en litière, mais aller pieds nus, et qu'il avait inondé la terre de son sang. Julie s'ensanglanta les pieds de telle sorte, que les gardes Tobligèrent à reprendre un norimon. Elle s'embarqua dans le port d'Adgiro. Son unique regret était de penser qu'elle serait privée de la messe et de la confession. 11 restait encore soixante milles à parcourir pour arriver à Ochima. Après trente jours passés en cette dernière île, Julie fut transférée dans une Ue plus éloignée de quinze lieues, nommée Nighéchima, où étaient déjà quelques dames exilées du palais. Enfin, on la fit passer dans un Ilot, à dix-huit lieues plus loin,
nommé Cozzouchima, habité par de pauvres pêcheurs. Elle y vécut dans la solitude, mais dans une union intime avec Dieu. En même temps, elle écrivait au P. de Sourounga pour lui demander les Vies des Apôtres, des Martyrs et des Vierges.
OucoNDONO, Juste. Général japonais. Oucondono, appelé aussi Minaminobo, était fils du vaillant Darie Tacayama. Il avait treize ans lorsqu'il fut baptisé à Tacazzouki, principal domaine de sa famille, et il montra de bonne heure les qualités guerrières qui illustrèrent sa vie. Mais il était aussi pieux que brave, et grâce au concours de Vatadono, son oncle, qui était gouverneur de Méaco, il obtint de Nobounanga le rappel des missionnaires que les événements politiques avaient contraints de quitter la contrée. Dans la guerre civile qui éclata plus tard, il fut assiégé dans Tacazzouki, et placé dans la cruelle alternative ou de voir périr ses enfants ou de manquer à sa conscience ; il préféra le devoir avant tout, et Dieu permit qu'il se tirât d'embarras avec honneur et même qu'il fût récompensé par Nobounanga qui admira sa loyauté.
Sous Taïcosama, à l'élévation duquel il avait beaucoup contribué, le général Oucondono eut
à subir de pénibles épreuves à cause de sa religion. Au grand étonnement des seigneurs qui connaissaient sa probité, sa valeur et les importants services qu'il avait rendus, Oucondono fut condamné à Fexil, et il alla se réfugier dans une lie, qui appartenait à Tsoucamidono. Il n'y fut pas longtemps tranquille, car l'empereur, ayant su où il s'était abrité, trouva le moyen de le poursuivre encore, et le relégua dans la province de Canga. Le pieux général demeura bien des années dans cet exil, vivant dans une honnête aisance, estimé de tous, donnant l'exemple de toutes les vertus et toujours zélé pour les intérêts de la Religion ; il fit bâtir, en 1605, à Canazawa, une église et une résidence pour les missionnaires.
En 1612, Figendono, prince de Canga, fit tout ce qu'il put pour persuader à Oucondono de renoncer à sa foi, afin d'éviter les colères de Daïfousama, qui s'était déclaré contre les chrétiens; mais le brave guerrier lui répondit qu'il possédait l'unique vérité et qu'à son âge on ne changeait plus. Le prince, qui aimait Juste, le laissa en paix.
Deux ans plus tard, Figendono reçut l'ordre d'envoyer Oucondono à Nangasaki; c'était la route de l'exil. L'ancien général, sur le point de partir, fit remettre soixante lingots d'or à Tchicougendono, frère cadet et héritier des
Etais dé Figendono, en lui faisant dire que c'était le revenu du domaine qu'il tenait de lui, et que, n'ayant pas eu occasion de le servir dans la guerre, il le priait de reprendre cet or (qui représentait bien trois mille écus d'Europe). Il envoya de plus à Figendono lui-même, qui l'avait toujours si bien traité, une théière du poids de trente lingots d'or. Figendono refusa la précieuse théière, mais Tchicougendono reçut l'or. En passant à Canazawa, Oucondono apprit que le prince s'était renfermé dans la citadelle avec l'élite de ses gentilshommes : en effet, ce seigneur n'ignorait pas les relations et l'influence du noble exilé, et il appréhendait une révolte. Oucondono le fit rassurer. De même, passant dans le voisinage de Sacamoto, château de la province d'Omi, lequel n'était qu'à trois lieues de Méaco, l'on craignit pour la capitale. La renommée de Juste était si grande, que le concours était infini, et que ce voyage pour aller en exil était comme un triomphe.
Le 7 novembre 1614, Juste Oucondono quittait le Japon qu'il ne devait plus revoir. Daïfousama dont Juste pouvait devenir le redoutable adversaire, ne comprenant pas la philosophie de ce grand homme, voulut s'opposer à son départ, et fit courir après le navire; mais il était trop tard.
Il n'y avait guère qu'un mois que le confesseur de la foi était arrivé à Manille, lorsqu'il fut saisi d'une fièvre continue, qui en peu de jours, fit désespérer de sa vie. Dès qu'il sut le danger où il était, il fit appeler son confesseur, et après lui avoir témoigné la joie qu'il avait de mourir exilé pour Jésus-Christ, il lui dit : « Je ne recommande ma famille à personne; elle a l'honneur aussi bien que moi d'être proscrite pour la foi, cela doit lui suffire. » Il parla de la même manière à sa femme et à ses enfants :
« Quelle comparaison, leur dit-il, entre le service des hommes et celui de Dieu? j'ai toute ma vie, et dès ma plus tendre jeunesse, fait la guerre pour le service des empereurs; j'ai blanchi sous le casque; j'ai plus souvent endossé la cuirasse que je n'ai revêtu la robe de soie; mon épée n'est pas demeurée dans le fourreau tant qu'il y a eu occasion de la tirer. Quel a été le fruit de tant de travaux? vous le voyez; mais au défaut des hommes. Dieu ne m'a pas manqué. Dans le temps de ma plus haute élévation, me suis-je vu plus honoré et dans une plus grande abondance que je ne suis ici? Et qu'est-ce encore que cette prospérité passagère au prix de ce qui nous attend dans l'éternité ? Que je ne voie donc pas couler de larmes, si ce n'est des larmes de joie : il y a plus de raison de me féliciter que de me plain-
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dre, et moi-même je ne saurais vous plaindre, puisque je vous laisse à la garde d'un Diei dont la bonté n'a point de bornes. »
Le malade fit ensuite son testament qui fii comme celui de Tobie : il n'avait, comme ce autre chef d'une famille exilée, que des vertuj et de grands exemples à laisser à ses enfants Il conclut tout ce qu'il avait à leur dire, pa déclarer qu'il désavouait dès à présent pou être de sa race, quiconque dans la suite s^ démentirait de la fidélité qu'il devait à Dieu. I mourut dans ces sentiments le 5 février 1615, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise ave4 une piété, et dans des transports de Famou:
divin, qui donnèrent à connaître jusqu'à que point le feu de la charité embrasait son cœur<
Sa mort qui fut annoncée par le son de toutei les cloches de la ville, mit en deuil les grand et les petits. Il semblait que chaque particu lier eût perdu son père, et l'on n'entendait di tous côtés que des gens qui disaient en gémis sant : » Est-il possible que le saint soit mort Ah! nous ne méritions pas de le posséder. » h gouverneur surtout paraissait inconsolable pour charmer un peu sa douleur, il s'appliqu à faire à cet illustre défunt les plus magnifia ques obsèques qu'il put imaginer. On l'exposj d'abord dans une grande salle sur un lit d parade, où le commissaire du Saint-Office,
suivi de presque tous les Religieux de la v vint lui baiser les mains. Le peuple y co ensuite en foule, et il n'y eut personne qu voulut lui baiser les pieds.
Le jour marqué pour les obsèques é venu, le gouverneur, Jean de Sylva, et les diteurs du Roi levèrent le corps et le porté jusqu'à la rue, où-ils le livrèrent aux confr de la Miséricorde, parce que Juste Ouconc avait fait partie de cette association à Méac à Nangasaki. En approchant de Téglise Collège, qui était toute tendue de soie et o d'emblèmes et de devises, le commissair( Saint-Office et les supérieurs des Religieux curent le corps et le portèrent sur leurs épa jusqu'au grand autel, devant lequel il placé comme celui d'un confesseur de la Ce fut le chapitre de la cathédrale qui f service, et le Recteur du collège prononça raison funèbre. Quand il fut question d mettre en terre, le clergé ne voulut point s frir qu'aucun laïque y mit la main, et ce fu les chanoines qui lui rendirent ce demiei voir.
OuTO, Paul, Confesseur de la foi. Le 22 vembre 1614, à Cotchinotsou, plus de ^ chrétiens furent tourmentés pour la foi et i
rurent dans les supplices. Parmi ceux qui survécurent aux tortures, fut Paul Outo. Il était du Fingo, habitant de Cochinotsou et âgé de soixante-quatre ans.
Paëz, François, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il arriva au Japon le* 10 mars 1585, et fut aussitôt chargé de prendre, avec le P. Damien Marin, la direction du séminaire d'Ousouki. En 1594, il accompagna le P. Alexandre Valignani à la cour impériale, et Taïcosama leur fit un accueil bienveillant. En 1597, le P. Paëz se trouvait à Nangasaki, quand les vingt-six martyrs y furent crucifiés, il les accompagna même jusqu'au lieu du supplice.
Le P. Pierre Gomez étant décédé le 1^' février 1600, le P. François Paëz lui succéda dans ses fonctions de Vice-provincial. En 1607, ce Père, qui n'avait jamais manqué d'envoyer chaque année pour saluer le Coubo, et lui offrir des présents d'Europe, encouragé par l'accueil fait l'année précédente à l'Evêque du Japon, entreprit d'aller en personne visiter ce prince. Celui-ci était alors à Foutchou, dans le Sourounga, où il construisait une forteresse. Canzoukedono, l'un de ses officiers, consulté par le P. Provincial, pressentit la volonté du Coubo et répondit au Père que sa visite serait agréée.
Le P. Paëz partit de Nangasaki le 5 mai et arriva à Ozacca en onze jours. Dans son trajet, il avait vu venir à sa rencontre, sur de nombreuses barques, toute la population de Mouro, petit port du Farima, s'empressant avec des présents de fruits, pour offrir au Père leurs vœux de bienvenue. Le Père leur distribua de petits dons spirituels, des chapelets, des images et des Agnus Dei, et les renvoya bien heureux dans leur contrée.
A Ozacca, ce fut le même concours, ainsi qu'à Fouchimi et à Méaco. Le Père avait résidé dans ces contrées vingt ans auparavant : les chrétiens étaient alors en petit nombre. Il les trouvait présentement, malgré la persécution récente, infiniment multipliés. Le gouverneur de Méaco remit au P. Paëz une lettre circulaire pour tous les officiers du Coubo, qui résidaient de Méaco au Sourounga, afin de lui ménager leur assistance. Le P. Provincial emmena avec lui le P. Moréjon, recteur de Méaco, un autre Père, son compagnon ordinaire et trois Frères japonais. Il arriva en huit jours à une place, située à cinq lieues de Foutchou, et attendit un avis de la cour. Trois jours après, il reçut une invitation, et se rendit à Foutchou. Canzoukédono l'envoya complimenter, et Sotosabourodono, autre seigneur4rès aimé du souverain, vint en personne lui offrir ses bons offices.
Le lendemain eut lieu l'audience à laquelle assista aussi le P, Jean Rodriguez, arrivé depuis peu de jours, pour traiter de graves affaires intéressant la cité de Nangasaki. Canzoukédono remplissait les fonctions d'introducteur. Le Coubo prononça quelques paroles bienveillantes, marque insigne d'honneur dans ces réceptions solennelles. Etant rentré dans ses appartements le souverain parla longuement parmi ses courtisans de l'autorité du P. Valignani, Visiteur, sur ses confrères du Japon et de la Chine, et sur les services que lui-même en recevait dans les commissions particulières dont il le chargeait chaque année.
Le Coubo ayant fait inviter le P. Provincial à se rendre à Yédo pour y saluer son fils et héritier présomptif, Canzoukédono donna au P. Paëz une lettre pour son propre père Fondasadandono, conseiller le plus intime du Chôgoun. De Foutchou à Yédo, il y avait quatre journées de voyage dans la direction de TEst. Du Sourounga, Ton passe en Izzou, et de là en Samgami, où se trouve la cité de Camacoura, ancienne capitale du Japon et résidence des Coubos ou Chôgouns : elle comptait autrefois deux cent mille maisons ; alors elle était réduite à cinq cents à peine. Le Père y séjourna deux jours et en visita les ruines, et notamment une \ idole immense en bronze, délaissée au milieu
d'un champ, et servant de repaire aux oiseaux sauvages. Deux lieues avant d^arriver à Yédo, le Père vit venir au-devant de lui les chrétiens de la ville avec leurs petits présents de fruits et de menues denrées. Le jeune Chôgoun, naturellement bienveillant, fit au visiteur un favorable accueil. Dans Tantichambre la plus avancée s'étaient placés deux bonzes des plus éminents de l'empire, dont Tun avait le titre de Taichoro et Tautre, celui de Gatchéo, accompagnés d'autres bonzes considérables, supérieurs de pagodes à Méaco, qu'ils venaient présenter au Chôgoun. Mais ce prince voulut que les premiers fussent les derniers, et il fit appeler le P. Paëz. Fondasadandono et Sagamidono, gouverneur du Chôgoun, reconduisirent le Père jusqu'à l'avant- dernière salle, et donnèrent l'ordre de lui faire visiter les palais, non moins magnifiques que ceux du Coubo, et décorés avec une immense profusion d'or et de peintures, par la main des plus grands artistes. Le Père alla prendre congé de ses principaux protecteurs, Sagamidono et Fondasadandono, et recommanda encore, au dernier, si bienveillant et si généreux, les intérêts de l'Eglise japonaise et la liberté de répandre la doctrine évangélique. 11 demeura ensuite huit jours à Yédo pour la consolation des chrétiens. Ceux-ci auraient désiré que les Pères fondassent une
résidence au milieu d'eux. Le P. Paëz leur en donna Tespérance, pour Yédo comme pour Sourounga, différant seulement de les satisfaire jusqu'au temps où Toeuvre pourrait, non seulement se réaliser, mais être maintenue sans un péril imminent de ruine.
A son retour, le Père visita les chrétiens d'Owari, qui se trouvaient principalement dans la cité de Kiosou; chaque année, un Père de Méaco allait les visiter, et ils se conservaient merveilleusement. A Méaco se rassemblèrent, lors de son passage, les chrétiens de Fouchimi, d'Ozacca et de Sacaï, pour assister à ses éloquentes prédications et aux offices de FEgUse, qu'il célébra solennellement dans les maisons de la Compagnie. Ces chrétiens profitèrent de l'occasion du Jubilé pour approcher des divins sacrements.
Le Père avait fait insérer dans une grande croix dorée une relique de la croix de Notre- Sauveur, envoyée par le P. Général à la chrétienté japonaise, et l'adoration de cette rehqne sacrée excita vivement la ferveur des fidèles.
Le Père ne crut pouvoir se dispenser d'aller rendre hommage à Findeyori, fils de Taïcosama, qui résidait dans le château d'Ozacca dont il était le seigneur. En effet, la Compagnie de Jésus avait une maison à Ozacca, et il s'y trouvait une chrétienté assez nombreuse. Itchi-
nocami, gouverneur de Findeyori et régen d'Ozacca, touché de la démarche du Père, Tac cueiUit avec empressement, lui fit mille excuse pour les contradictions passées, tant en soi propre nom qu'au nom de Findeyori, et promi que les chrétiens seraient bien traités à l'avenir Itchinocami conduisit le Père à Taudience d Findeyori, et dans la conversation, demanda ai Père s'il n'avait rien d'intéressant à montrer ai jeune prince. Le Père ayant répondu que se catéchistes savaient parfaitement chanter e jouer des instruments d'Europe, le gouverneu le pria de les faire venir le lendemain. En effel ces jeunes gens vinrent avec tous leurs instru ments, harpe, viole, rebec, orgue à cylindre etc., et exécutèrent une sérénade en présenc de Findeyori qui en parut ravi. Cette visite fu surtout avantageuse en assurant aux chrétien d'Ozacca les bonnes grâces du jeune prince la mère elle-même de Findeyori, Mandorocc sama, témoigna sa satisfaction de cette marqu de déférence donné à l'héritier de Taïcosama Le P. Paëz, ayant achevé ses démarche officielles, ainsi que la visite des membres d la Compagnie et des maisons existant dans ce contrées, se mit en route pour Nangasaki. 1 passa à Firochima, en Aki, première résidenc de la Compagnie en venant d'Ozacca, et s'em barqua pour une lie située à cinq lieues d
Firochima, et consacrée à un Garni grandement vénéré dans les neuf Etats qui formaient l'ancien domaine de Morindono, et dont le temple magnifique passait pour avoir été bâti par un ancien prince appelé Dgiomari. Dans ce temple, on dit au Père que Tâme du Cami se transformait en deux rats : et il vit en effet deux de ces animaux grignotant du riz en présence de ridole.
Le Père se rendit ensuite à Cocoura, en Bougon, où les chrétiens et aussi le prince Nangawoca Yetsoundono lui firent l'accueil le plus empressé. Ce dernier lui fit donner quatre cents sacs de riz.
De là, le Provincial se rendit à Facata, en Tchicougen dont le prince Thicougennocami, connu précédemment sous le nom de Caïnocami, lui fit don de vingt barres d'argent ou environ cent cruzades, puis, à Akizzouki, dans la même province : le seigneur de cette place était Couranda Soyemondono, oncle de Caïnocami, et chrétien. Le Père^y fit la dédicace d'une nouvelle église.
Le Père se rendit encore à Yanagawa, en Tchicoungo, résidence nouvelle de la Compagnie : le prince Tanaca Tchicoungodono fut très bienveillant. A sept lieues d' Akizzouki et d'Yanagavsra se trouvait Couroume, ancienne seigneurie de Tochirondono, gendre de François Civandono de vénérable mémoire, chrétien.
départ, faisant balayer et arroser les rues et le chemin jusqu'au port, mit à sa disposition une barque de vingt-cinq rameurs, et raccompagna lui-même jusqu'en dehors de la barre.
Le Père arriva ainsi en peu de temps à Arima et de là à Nangasaki, après cinq mois d'un heureux voyage.
Ce fut le 22 mars 1612 que le P. François Paëz quitta le Japon pour retourner à Macao.
Païva (Frajsçois de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père passa neuf années au Japon et mourut à Ozacca en 1609, à Tâge de trenteneuf ans. Il était Portugais.
Paul de Sainte-Foi, ou Angéroo. En 1542, trois marchands portugais abordèrent à Cangochima, port et \dlle de la province de Satsouma, au Japon. Un homme de trente-cinq ans appelé Angéroo, fort riche et de Tune des meilleures familles du pays, se lia d'abord avec ces étrangers, et ceux-ci, étant entrés insensiblement dans sa confidence, apprirent de lui que le souvenir des péchés de sa jeunesse lui causait continuellement de violents remords de conscience; que pour les apaiser, il s'était retiré dans une maison de bonzes, dans la pensée que
l'entretien et les bons avis de ces ministres des dieux pourraient calmer ses inquiétudes; mais que ce remède, au lieu de le guérir, n'avait servi qu'à augmenter sa peine, et que de jour en jour il sentait son mal empirer. Ceux à qui il s'ouvrit de la sorte firent apparemment ce qu'ils purent pour le soulager, mais ils le quittèrent sans y avoir réussi.
Deux ans après, un autre Portugais, nommé Alvarez Vaz, étant allé trafiquer à Cangochima , Angéroo lui communiqua ses peines intérieures, comme il l'avait fait aux trois marchands. Vaz, qui avait connu le P. François Xavier à Malacca et qui était plein de ce qu'il lui avait vu faire de merveilleux, engagea le Japonais à aller trouver aux Indes le saint apôtre. Angéroo se sentit véritablement pressé de suivre cet avis ; mais la pensée qu'il lui fallait abandonner sa famille et s'exiler en quelque façon dans un pays inconnu , l'empêchait de se résoudre , lorsqu'ayant tué un homme dans une rencontre, la crainte d'être recherché l'obligea de s'embarquer sur le premier vaisseau en partance, qui fit voile pour Malacca.
Angéroo y arriva en 1546, mais ayant appris en débarquant que le P. Xavier venait d'en partir pour aller aux Moluques, il se remit en mer sur-le-champ, et reprit la route du Japon, sans faire aucune attention au motif qui l'avait
contraint de prendre la fuite. Il fut près de deux ans à errer sur ces mers, les vents contraires et ses irrésolutions l'arrêtant tantôt dans un port et tantôt dans un autre. Enfin Dieu, qui voulait faire de lui le chef des prédestinés de sa nation, permit qu'étant sur le point de prendre terre au Japon, une tempête, après Tavoir mis en danger de périr, le repoussât au port de la Chine, d*oùil était parti. 11 y rencontra Alvarez Vaz qui s'en retournait aux Indes, ce marchand le prit sur son navire et le ramena à Malacca, où le P. Xavier était de retour des Moluques.
Dès la première fois qu'Angéroo vit le saint, il en fut charmé, et l'homme de Dieu, en l'embrassant, lui dit que, pour obtenir ce qu'il désirait, il fallait rendre au souverain du ciel et de la terre les hommages qui lui sont dus. Alors Angéroo demanda qu'on l'instruisit au plus tôt des vérités chrétiennes. Le Père quitta tout pour l'instruire, mais une affaire de conséquence l'ayant appelé à la côte de la Pêcherie, il envoya son prosélyte et deux serviteurs qui l'avaient suivi, au séminaire de Goa.
Au bout de quelques mois, le P. Xavier, s'étant rendu dans cette ville, fut extrêmement surpris des progrès que les Japonais avaient faits dans la connaissance de la Religion. Il ne laissa pourtant pas de difiérer leur baptême, malgré leurs vives instances. Enfin ils le reçurent le jour
de la Pentecôte, des mains de Jean d'Âlbuquerque, l'évêque des Indes. La grâce du sacrement se rendit sensible dans Tàme d*Angéroo, et elle y produisit en un moment cette paix qui, depuis tant d'années, faisait Tunique objet de ses vœux. Il prit le nom de Paul de Sainte-Foi, en mémoire de la maison où il avait reçu tant de bienfaits du Ciel, et qu'on appelait indiflFéremment le Collège de Saint-Paul, et le séminaire de Sainte-Foi. De ses deux serviteurs, Tun fut nommé Jean, et l'autre Antoine.
Aussitôt après leur baptême, le P. Xavier, trouvant dans le maître et dans les serviteurs de grandes dispositions à une éminente sainteté, leur fit commencer les exercices spirituels de saint Ignace^ sous la conduite du P. Cosme de Torrez. Pendant cette retraite qui dura trente jours, le Ciel communiqua à ces fervents néophytes ses faveurs les plus singulières.
Paul de Sainte-Foi ne parlait et ne pouvait parler que de Dieu; on l'entendait souvent, lorsqu'il était seul, témoigner tout haut, avec des élans d'amour très sensibles, le désir qu'il avait de mourir pour son Dieu, et le zèle dont il brûlait pour le salut de ses concitoyens.
Ce fut le 15 août 1549 que le P. François Xavier arriva à Cangochima, après une navigation très périlleuse. Il était accompagné du P. Cosme de Torrez, du F. Jean Fernandez, de
Paul de Sainte-Foi et des deux serviteurs de ce dernier. Ce ne fut pas un léger sujet de joie pour la famille de Paul que de le revoir après une si longue absence, et lorsqu'on le croyait absolument perdu. Mais ce qui combla 1 missionnaires de consolation, ce fut de voir que, dès les premiers entretiens, ce fervent néophyte eût fait de sa femme, de sa fille et de la plupart de ses parents autant de catéchumènes. Le P. Xavier les baptisa.
Cependant Paul fut obligé d'aller rendre ses hommages au prince de Satsouma, et de lui demander sa grâce pour le meurtre qui avait occasionné sa fuite. Il fut bien reçu et obtint facilement ce qu'il demandait. Le prince lui fit mille questions sur les aventures de son voyage, sur le commerce et la puissance des Portugais dans les Indes, et sur la religion qu'ils y avaient établie. Paul de Sainte-Foi satisfit le prince sur tous ces sujets et s'étendit beaucoup sur tout ce qui concernait la religion chrétienne. Comme il se voyait écouté avec plaisir, et qu'on paraissait même être touché de ce qu'il disait, il tira un tableau qu'il tenait caché sous sa robe et le montra à l'assemblée. C'était une Vierge très bien peinte, ayant entre ses bras l'Enfant Jésus. Le prince fut si frappé à cette vue que, dans le moment, il mit les deux genoux à terre pour rendre hommage au Fils
et à la Mère dont les visages lui par respirer quelque chose de divin. La prin< sa mère, à qui il voulut qu'on portât image, se trouva saisie du même sentime religion dont il avait été pénétré, et se terna avec toutes ses filles pour adorer le des chrétiens. Le P. Xavier, ayant appris c s'était passé à cette audience, en fit demî une pour lui-même. Il n'eut pas de pe l'obtenir, et le prince lui donna un a pouvoir de prêcher la loi chrétienne dan Etats.
Cependant les prédications et les miracl Père, ainsi que les conversions qui suivi inquiétèrent si fort les bonzes, qu'ils fire vives réclamations auprès du prince. Ce les eût sans doute méprisées, si, en raisc certaines circonstances, il ne se fût trouve disposé à leur accorder ce qu'ils voulaien venait, en eflfet, d'apprendre à la cou Satsouma que les navires des Indes, qui dinaire abordaient à Cangochima, étaient mouiller à Firando. La seule commodit mouillage était la cause de cette conduite Portugais; mais il fut impossible de entendre sur ce point raison au princ< Satsouma, qui ne songeait qu'à ses int commerciaux ; et, pour témoigner son mi tentement, il fit bientôt publier un édit
défendait, sous peine de la vie, de quitter Tancienne reKgion du pays. Dès que cet édit eutparu, on s'empressa de s'y conformer, et Ton n'eut plus de rapports avec les missionnaires. Avant de partir de Cangochima, le P. Xavier recommanda à Paul de Sainte-Foi de veiller à la conservation du petit troupeau des convertis, qui n'était guère composé que d'une centaine de personnes. Paul, se sentant très honoré d\in si haut ministère, quitta tout aussitôt pour y vaquer uniquement. Mais Dieu n'avait pas comblé ce fervent néophyte de tant de grâces pour n'en faire qu'un chrétien ordinaire. Quand les bonzes virent que le départ des missionnaires n'avait ramené au culte des idoles aucun de ceux qui l'avaient abandonné, ils s'en prirent à Paul de Sainte- Foi et lui suscitèrent tant de . persécutions qu'il fût obligé de passer dans un autre pays.
Paul, d'Amangoutchi. En 1553, deux bonzes fort célèbres dans l'empire du Japon, vinrent de Méaco à Amangoutchi pour voir les docteurs étrangers dont on parlait beaucoup, et pour s'opposer, s'il était possible, aux progrès de leur doctrine. Leur réputation attira l'attention de toute la ville, et les premières conférences qu'ils eurent en public avec le P. Cosme de
LES PIË1
Torrez, bien que la vérité diminuèrent point Testim eux. D'ailleurs, la modéri paraître en toute occasion, honnêteté donnaient un ; mérite, et les missionm encore eu d'adversaires a dont la conversion fut plus Un jour que le P. Cosm sur une place de la vill vinrent lui proposer quek sérieuses. Le Père y répoi qu'ils n'eurent plus rien à i continué son discours, il yi de saint Paul : alors l'un demanda qui était ce I duquel il faisait tant de fc poursuivre, le Père racon l'histoire de l'Apôtre des peine fini que son interloci s'écria : « Ecoutez, Japons ne puisse en douter, je suiî j'ai imité Paul, le perséci mais imiter Paul, l'Apôtre compagnon, dit-il en s'a frère, suivez mon exempl présent nous nous sommes la religion chrétienne, ail ensemble, l'annoncer à cei
sent pas. Je prendrai le nom de Paul, et vous prendrez, vous, celui dfe Barnabe. » Ayant prononcé ces paroles, le bonze se jeta aux pieds du P. de Torrez, son compagnon fit de même, et le Père, ne voulant pas résister à leurs instances, leur conféra le baptême.
Dès que les néophytes furent capables de travailler au salut des âmes, ils s'y employèrent avec un zèle admirable ; on les voyait parcourir ensemble les bourgs et les villages, semant le bon grain de la parole évangélique, et Dieu les assistait souvent dans leur ministère par des miracles.
En 1556, trois ans après sa conversion, Paid se trouvait à Firando avec le P. Balthasard Gago, lorsqu^il tomba gravement malade; voyant bien que Dieu voulait le tirer de ce monde, il pria instamment le P. Balthasard de le faire transporter en Boungo pour y recevoir la bénédiction du P. de Torrez et rendre son dernier soupir entre les bras de celui qui lui avait conféré le baptême. On lui accorda ce qu'il désirait, et il fut conduit par mer en Boungo. Là le P. de Torrez le reçut avec beaucoup de joie, comme son fils spirituel, et aussi avec beaucoup de douleur comme un homme déjà mourant, qu'il aimait pour sa rare vertu et pour les services qu'il avait rendus à l'Eglise. Voyant que le malade arrivait à sa fin.
le Père entendit sa confession et lui administra les sacrements d'Eucharistie et d'Extrême-Onction. Après la cérémonie sacrée, Paul exhala son dernier souffle en prononçant dévotement les saints noms de Jésus et de Marie. Depuis sa conversion, Paul s'était appliqué avec un soin extrême à imiter son saint patron, et on peut dire qu'il était comme une copie vivante du Docteur des nations; tout ce que la pénitence a de plus austère n'était pas trop rigoureux pour cet heureux prédestiné à la gloire éternelle.
Paul, Prince de Tosa. Ce prince avait épousé Tune des filles de Civandono, prince de Boungo, et il se trouvait, en 1576, à la cour d'Ousouki, où il s'était réfugié par suite d'une révolte de ses sujets. C'était un homme de beaucoup d'esprit, d'un jugement sain, et qui prenait un plaisir extrême à entendre les prédications des missionnaires. La comparaison qu'il fit de leur doctrine avec celleque professaient les bonzes, l'amena vite à la découverte de la vérité, et il résolut en son cœur de mourir chrétien. Mais deux choses l'empêchaient de se convertir à Jésus-Christ, l'une était la considération du monde, qui lui inspirait de l'éloignement pour une religion qui enseignait la pratique de
Thumilité, et l'autre était l'exemple de Civandono, son beau-père, et des deux fils de ce prince, qui étaient depuis longtemps attentifs aux instructions des missionnaires et n'embrassaient pas la foi.
Cependant lorsque Tun de ses beaux-frères eut été baptisé sous le nom de Sébastien, il ne balança plus, et après quelques conférences avec le P. François Cabrai, il fut baptisé à Ousouki sous le nom de Paul. Peu de jours après son baptême, il fut rappelé dans ses Etats, mais à peine y était-il entré que ses sujets, apprenant qu'il était chrétien, le contraignirent de nouveau à mettre ses jours en sûreté. Le prince avait regardé son rétablissement comme un eflfet de la protection de Dieu sur ceux qui le servent ; aussi une révolution si prompte ébranla-t-elle sa foi ; mais il eut encore assez de force d'esprit pour demander au P. Cabrai qu'il lui envoyât quelqu'un pour le consoler et le fortifier. Le Père, qui n'avait aucun missionnaire à sa disposition, lui écrivit une très belle lettre sur la situation où il se trouvait; il lui faisait concevoir le prix des adversités, et lui prouvait par plusieurs exemples que des épreuves comme celles que la Providence venait de lui ménager, avaient toujours été regardées comme des témoignages infaillibles d'une bonté particulière de Dieu. Cette lettre et les pieux discours de
Quand le Tono eut appris la conversion de son page, il en fut très mécontent, mais il dissimula, pensant qull lui serait facile, plus tard, de le ramener au culte des idoles, d'autant plus que ses parents et toute sa famille y étaient fort attachés. Après avoir achevé ses études, Paul rentra au service de son maître, et tout alla bien jusqu'au jour où celui-ci voulut l'obliger à prêter serment de fidélité, en jurant par les Fotoques. Comme Paul s'y refusait énergiquement, le Tono entra dans une telle colère, qu'il se mit à l'accabler d'injures et même à le menacer de mort. Mais Paul, sans s'émouvoir, lui dit : « Ce n'est pas par manque de loyauté ou d'affection envers vous, que je refuse de faire ce que vous exigez de moi, mais à cause du respect que je dois avoir pour mon Dieu; et je roffenserais gravement si je venais à jurer par un autre que par lui, qui est le souverain Maître de toutes choses; je ne le ferai donc pas même au péril de ma vie. D'ailleurs, vous pouvez me faire mourir, et ce serait une faveur dont je vous serais reconnaissant, surtout si ma mort était pénible et douloureuse. » Ayant ainsi parlé, Paul se mit à genoux, éleva les mains, les joignit et commença à prier. Loin d'être touché par un langage si raisonnable et une attitude si humble, Mondodono n'en devint que plus furieux; il saisit son page par les cheveux.