‹ Le martyologe de l'église du Japon (volume 2)Chapitre 2 sur 3 · LES · texte numérisé non relu

LES

le traina par terre, et li cou, il lui criait : « ] renie ton Dieu, ou je t coutume qu'ils enten( Tono accoururent et pa l'un de ses cousins ayâ de cette affaire, le Toi Paul.

Quelque temps aprèi son page, et, à son g:

toujours dans les mên manda de le dépouill vêtements et de le jetei expresse de lui parler, jours entiers, pleuran Dieu du bonheur qu'i lui. Ce temps écoulé, page, et le voyant garro un air de pitié, si décic pas de son obstination, ferme et aussi résolu q connut plus de bornes serrer les pieds entre d Pendant ce supplice, I plexion délicate, ne fît il dit seulement au Te de mon misérable coi semblera, car si d'un c fer, ni bronze, ressent

'^'rjPS^-^i^imipi

l'autre, mon âme est comblée d'une joie indicible ; et dans le cas où vous voudriez me faire trancher la tête, je vous prierais d'ordonner que ce soit avec une épée en mauvais état, afin que le bourreau ne puisse en terminer d'un seul coup. »

Un moment, le Tono parut ému de ce langage, mais bientôt se montrant inexorable, il s'écria qu'une pareille désobéissance méritait certainement la mort, et tout de suite il fît suspendre et tourmenter Paul; mais, sans perdre courage, le vaillant champion de Jésus-Christ, tenant son chapelet à la main, continuait à louer et à prier Dieu ; il n'avait qu'un désir, c'était de donner sa vie en témoignage de sa foi. Mais Dieu en disposa autrement. En effet, sur les représentations que lui firent quelques personnes de sa cour, Mondodono finit par avoir honte de sa conduite, et il renvoya Paul chez son père, en lui signifiant toutefois, que, si dans un mois il ne s'était pas encore rangé à sa volonté, il le ferait rappeler de nouveau.

Voyant la palme du martyre lui échapper, Paul en éprouva plus de douleur que des tortures qu'il avait endurées, mais il s'en consola en pensant que l'obéissance est de tous les sacrifices le plus agréable à Dieu. Tout ceci se passait en l'année 1609, et depuis, Paul sut gagner le cœur de son maître par de bons

tien. » Ensuite, on lui coupa six doigts. Paul accepta ses douleurs en union à la passion divine, dont ce jour était le mémorial. Il demeura prisonnier jusqu'au milieu d'avril. Paul était le père de Pierre Sadouyo, qui devint novice de la Compagnie de Jésus et fut brûlé vivant.

Paul, Frère de TOrdre de Saint-Augustin, Japonais. Ce Frère, après d'incroyables efiforts pour repasser au Japon, mourut consumé d'infirmités à Manille, en 1634.

Péréira, Guillaume, Frère de la Compagnie de Jésus. Il naquit à Lisbonne, et mourut en 1603, à Tàge de soixante-six ans. Il avait passé quarante-cinq ans dans la Compagnie où saint François Xavier l'avait reçu, et plus de quarante au Japon. Son occupation ordinaire était d'enseigner la doctrine chrétienne aux enfants ; il remplissait cette fonction avec une dévotion particulière, et il la continua jusqu'à sa dernière maladie.

Péréna, Jacques, Frère de l'Ordre de Saint- Augustin. Il vint de Manille au Japon, en 1604,

et fut attaché à la mission augustine du Boungo.

Pérez, François, Prêtre de la Compagnie de Jésus. En 1592, le P. Organtini étant absent de Méaco, le P. Valignani, Visiteur, y envoya le P. Pérez pour le remplacer. En 1596, le P. Pérez se rendait à Nangasaki, lorsqu'il apprit, en chemin, tout ce qui se tramait à la cour impériale contre les chrétiens ; il revint aussitôt sur ses pas et accourut à Méaco, afin de partager les périls du P. Organtini, et de donner son sang pour la confession de la foi.

Piano, Jules, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Italien. Il naquit à Macérata, passa vingt-sept ans au Japon et mourut le 25 septembre 1605, à Tâge de soixante-huit ans; il avait quarante et un ans de religion.

Pierre, d'Ariye. En 1627, à Ariye, près d'Arima, Gaspard Kitchisouké et Lucie, sa femme, furent frappés avec le bâton, exposés nus et brûlés par tout le corps, pour la confession de

la foi. Leur .fils de treize ans, appelé Pierre, leur fut associé dans la souffrance. On lui commanda de tenir avec sa main un vase de porcelaine rougi au feu. L'enfant le prit dans les deux mains et le conserva longtemps. Tous les gentils étaient dans l'admiration.

Pierre-Baptiste. Prêtre de l'Ordre de Saint- François. Il était fils d'habit de la province de Saint- Paul. Après avoir été ministre provincial de la province de Saint-Grégoire des Philippines, il passa au Japon en quaUté de Commissaire. Resté à Nangasaki, pendant la persécution de 1614, il chercha, avec plusieurs religieux à venir en aide aux chrétiens d'Arima, mais ce fut en vain, parce que tous les chemins étaient fermés. Alors il quitta le pays ; mais il y revint en 1615, et assista les soldats chrétiens de l'armée de Findeyori, fils de Taïcosama, qui fut assiégé dans Ozacca et vaincu par Daïfousama, son beau -père. Vers la fin de l'année 1616, le P. Pierre-Baptiste partit pour le Mexique, et il baptisa près de cent cinquante Japonais qui moururent pendant la navigation. En 1628, le Père était à Madrid, comme témoin dans les procès apostoliques concernant les martyrs du Japon. L'année suivante, il revint à Manille avec trente religieux. Ayant repris la

mer pour retourner en Espagne, il mourut en 1630, avant d'arriver au Mexique.

PiNÉDA, Michel, Prêtre de la Compagnie de Jésus, Japonais. Il était né à Ghiki, en Amacousa. Il fut exilé à Manille et revint au Japon avec le P. Gassouï, son compatriote. Ayant été renvoyé par son hôte pendant une nuit de tempête, il fut saisi d'une maladie mortelle et succoraba le troisième jour, près de Nangasaki, en septembre 1633. 11 avait cinquante-six ans d'âge, et vingt-six de Compagnie.

PoRRO, Jean-Baptiste, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il était né à Milan et entra dans la Compagnie vers 1592. 11 arriva au Japon à l'époque où la mort de Taïcosama avait rendu la paix à TEglise. Alors dans toutes les parties de l'empire, la Religion se propagea d'une manière admirable. Plusieurs missionnaires étaient rentrés secrètement dans leurs résidences; sûr les terres d'Arima etd'Omoura, les églises avaient été relevées ; des chrétientés nouvelles se formaient en divers lieux. Dans ^intervalle de huit mois, de février à octobre 1599, environ quarante mille infidèles reçurent le baptême : le plus grand nombre se

290 LE MàRTTAOLOGE DU JAλON

trouvait dans la principauté de Fingo, domaine de Tsoucamidono, et ce fut surtout l'œuvre du P. Jean-Baptiste Porro, qui résidait à Oyano, et qui, ne pouvant suffire à l'enseignement des catéchumènes, appela plusieurs de ses con frères, et avec leur assistance, baptisa plus de trente mille personnes.

En 1609, D. Rodrigue de Vivero, ex-gouverneur des Philippines, ayant eu plusieurs audiences de Daïfousama, à propos d'un traité de commerce, ce fut le P. Jean-Baptiste Porro qui lui servit d'interprète.

En 1615, Ozacca, qui tenait pour le prince Findeyori, fils de Taïcosama, ayant été assiégé, pris et brûlé par les troupes de Daïfousama, le P. Porro, qui était demeuré dans la ville, fut comme enveloppé dans son désastre. Pendant le plus fort de l'incendie, il confessait les chrétiens, et, à ce moment même, il baptisa un infidèle. Au lever de l'aurore, il s'échappa vers la campagne; il se vit aussi dépouillé de ses habits, et on ne lui laissa qu'une veste en lambeaux. Il traversa comme par un miracle Farmée de Daïfousama, et arriva dans les quartiers de Massamoune, prince de Wochou.

Il sollicita la protection de ce seigneur pour pouvoir aller à Mouro; Massamoune lui fit répondre qu'il aurait tout fait en sa faveur s'il n'eût été chrétien. Proscrit ainsi pour le nom

d'errer dans la contrée jusqu'à l'heure marquée par la Providence.

La lettre que le P. Jean-Baptiste Porro écrivit au sujet du siège d'Ozacca est d'un grand intérêt : nous allons la reproduire en partie.

Après avoir décrit l'invasion d'Ozacca par l'armée de Daïfousama, le Père continue ainsi :

« Dans le moment même se présentèrent à moi deux chrétiens qui me persuadèrent de quitter le réduit où je me trouvais, et qui me conduisirent dans une maison assez vaste, qui entourait une assez grande cour, suffisante pour nous préserver du feu. Cette maison, disaient-ils, devait rester intacte, comme appartenant à un seigneur, lequel servait dans l'armée de Daïfousama. Dans le premier élan de l'invasion d'Ozacca, les chrétiens ne furent pas d'avis que je sortisse de la ville, car les ennemis vainqueurs massacraient tout ce qui s'offrait à eux. J'étais depuis quelque temps dans cette place, quand voici que tout autour de moi les flammes éclatent furieusement et embrasent toute la cité : les airs retentissent de clameurs et de hurlements désespérés. Le vent s'était conjuré avec les flammes pour la ruine d'Ozacca, et, entre midi et la vingt-troisième heure, on vit, par une effroyable métamor-

phose, cette grande ville anéantie, quand cinq heures auparavant ses édifices dominaient majestueusement rhorizon; et sa glorieuse citadelle se trouva réduite à un amas de cendres. Je me vis alors en très grand péril d'être étouffé par la fumée, ou rôti par le feu ; mais grâce à la divine Providence^ l'édifice où je me trouvais ne se consuma pas tout à la fois :

aussi nous changions de place selon que se déplaçait Tincendie. Je finis par me choisir un abri dans une touffe de bambous, au miheu des arbres de la maison, ayant les paupières, pour ainsi dire, cuites, par la brûlante àcreté de la fumée. Là, j'entendis la confession des chrétiens, et je baptisai un gentil, que Teau baptismale préserva du double feu, du temporel et de Téternel. La clarté du jour venant à manquer, nous résolûmes d'un commun accord de passer la nuit au même endroit; car sortir d'Ozacca, c'était se précipiter sur la pointe des lances, et l'on présumait qu'au lever du nouveau jour les ennemis seraient moins cruels.

« Le lendemain arrivant, nous vîmes accourir vers les Bambous une troupe de vingt soldats, qui pour le premier salut, nous envoyèrent de loin une décharge d'arquebuses ; puis, l'épée nue à la main, ils nous abordèrent en nous menaçant. Le dogique, le serviteur et

plusieurs de nos compagnons se dispersèrent.

Je demeurai sur le lieu même avec Sacouan et quelques autres. J'avais compris que la fuite m*était impossible, et que le fait d'attendre et de me faire reconnaître pouvait m'être favorable. Ils se précipitèrent sur moi, me dépouillèrent, et ne me laissèrent sur le corps qu'une tunique en lambeaux, que j'avais revêtue d'avance, afin que si j'étais dépouillé du reste, je ne fusse pas laissé nu, ils m'enlevèrent mon reliquaire et tout le reste, et me laissèrent aller. Sacouan fut mis tout à fait nu. Je m'éloignai, et partout où je dirigeai mes regards, je n'aperçus que des cadavres ou des infortunés criblés de blessures, ou en partie brûlés. Après être sorti d'Ozacca, je vis les ennemis y pénétrer par cinquante ou par cent; j'entendis les propos sanglants qu'ils me décochaient au passage; d'autres me menaçaient plus directement, et d'autres m'appliquaient leurs lances à la poitrine et leur épée au cou. Huit ou dix fois dans la matinée je me crus et je me vis mort. Le Seigneur daigna me protéger; je sentis s'accroitre ma confiance en sa divine Providence, et je fus sensiblement consolé par la pensée d'être pour son amour au milieu de ces épreuves.

« Enfin laissant Ozacca derrière moi, je traversai Tarmée de Massampunc, beau-père du

second fils de Daïfousama. Je fus remarqué par un soldat, lequel, présumant que je pouvais être un des Pères, m^appela et me conduisit très respectueusement dans sa tente, me disant qu'il ne consentirait jamais à ce que j'allasse au delà, dans une telle occurrence, au péril très évident de ma vie. Je demeurai tout ce jour avec lui; le lendemain, qui fut le 5 juin, mon hôte partit pour Méaco : et moi-même, retombant dans un péril extrême, je me dirigeai du côté de Massamoune, je trouvai ce seigneur sur le point de monter à cheval pour se rendre à Méaco, Je lui exposai brièvement que j'étais un étranger, de la cité de Nangasaki, et que m'étant trouvé dans les dernières circonstances à Ozacca, j'étais réduit dans le triste équipage dans lequel il me voyait, et je le priai par grâce de faciliter mon passage à Mouro, et de là à Nangasaki. Massamoune me fit répondre par un page qu'il m'aurait octroyé sans peine et immédiatement ma requête, si je n'avais pas été chrétien. Cette réponse me fut l'occasion d'une satisfaction plus vive que si Massamoune m'avait comblé de toutes les richesses et les joies que peut procurer le Japon tout entier; je me consolai par la pensée de la Providence divine, qui, je le savais, ne me ferait jamais défaut. Mais si je devais succomber au milieu de ces désastres, je pressais contre mon cœur

cette espérance comme un faisceau de rhe, car alors je devais périr « rejeté ce mauvais à cause du Fils de l'homme ».

« Ainsi repoussé, je cheminai tout au tr de l'armée duCouanto, et j'étais déjà pr Soudmidgiochi, quand je vis accourir ei naçant ma vie des soldats qui jetèrent la sur moi. Déjà même ils levaient leurs ( terres pour me tailler en pièces, quand d'entre eux, me protégeant en élevant les n s'écria que j'étais un étranger, ainsi q prouvaient la couleur de mon visage e1 paroles mêmes, et il réussit à me faire h libre.

« Echappé des mains de ces gens, je tou à Soudmidgiochi, quand, par la volonté di je rencontrai deux gentilshommes princi de la maison d'Awanocami, prince d'j ceux-ci me reconnurent sur-le-champ, e recommandèrent de ne pas aller plus a pour ne pas m'exposer à un péril infaillib mort. Ils me témoignèrent une compa sincère et un grand désir de m'être utile rentrèrent dans leurs pavillons, et peu i tants après, l'un d'eux sortit et m'introduis me convia gracieusement à sa table et n donner un habit pour me couvrir, m'invit rester avec lui et me promettant de me passer sur sa propre barque dans la pro

Le Père baptisa dans Fir d'Aki, une personne conî depuis trois ans, à cause de à qui sa constance valut, d'épreuve, le nom et les pri l'Eglise.

Le missionnaire pénétra di pour la première fois, dans Izzoumo et Inaba. Dans le 1 montagne immense, cour éternelles, où le démon appc et se fait adorer sous des f< pied de la montagne étaieni zeries nombreuses, enrichie des peuples. Le pays d'alen d'exil, et les précieux exera souffrant pour la foi, devini la ruine et la résurrection de

D'Izzoumo, le Père se ren mer, à travers les sables m( métropole d'Inaba, et plus t{ contrée originelle des Cami ditions japonaises, et dont 1 teurs fanatiques de ces d étaient, de tous les habitani plus rebelles à la vérité. Né( fit des élus, et les bienheur* dèrent bientôt des frères en ,

En 1624, le P. Porro con

aux Eglises du Farima, du Bigen, du Tchoungocou et du Ghicocou. Il y recueillait de grands fruits; il y eut dans le Farima, en 1625, cent dix baptêmes d'adultes.

Jusqu'en Tannée 1639, nous voyons le P. Jean-Baptiste exercer activement son ministère dans les provinces centrales du Japon et encore plus au Nord; mais cette année fut la dernière de sa vie ; car se trouvant dans une bourgade, il y fut brûlé vif avec tous les habitants, sans que personne eût la faculté de s'échapper. Il était âgé de soixante-quatre ans, et en avait quarante-cinq de Compagnie.

Protais (ou Jean), Prince d'Arima. Il était fils d'André, prince d'Arima, qui mourut en 1576, quelque temps après son baptême. Il parut d'abord disposé à suivre l'exemple de son père, car il avait de l'esprit et du cœur, comme il le montra bien depuis. Mais parce qu'il était jeune et sans expérience, quelques seigneurs de sa cour lui persuadèrent qu'il courrait risque de perdre ses Etats, s'il changeait de religion. On l'obligea même de défendre aux missionnaires de prêcher dans ses domaines :

ce qui rendit les bonzes si insolents, qu'ils firent abattre toutes les croix des chrétiens.

Cependant Soumitanda, seigneur d'Omoura, lut sensiblement touché d'apprendre que le prince d'Arima, son neveu, persécutait les chrétiens et avait chassé les missionnaires de ses terres. C'est pourquoi, poussé d'un zèle tout divin, il vint lui-même le trouver, et lui parla de telle sorte, que le prince, mieux inspiré, promit de rappeler les missionnaires.

Le prince en donna aussitôt avis au P. Cabrai, qui, sans perdre de temps, se rendit à Arima pour le saluer et lui offrir ses services. Le prince le reçut très bien, le pria d'oublier le passé, et lui donna le pouvoir de prêcher à tous ses sujets : et pour marque qu'il agissait de bonne foi, il voulut que son jeune frère fût instruit de nos mystères et qu'il reçût le baptême. Ce qui mit le comble à la joie du Père, c'est que le prince lui-même lui fit espérer qu'il suivrait l'exemple de son frère, dès qu'il aurait gagné ses oncles maternels, qui s'étaient toujours opposés à la prédication de l'Evangile.

En 1579, le P. Alexandre Valignani, qui avait succédé au P. Cabrai, comme supérieur etiVisiteur du Japon, vint voir le prince d' Arima et le trouva refroidi dans sa résolution : car les bonzes et les principaux seigneurs de sa famille l'avaient dissuadé de se faire chrétien. Mais après quelques conférences avec le Père, il

-■.-T'^^-TJr;^^^!»*"'

reprit ses premiers sentiments et se détermina à recevoir le baptême. Une voulut pas toutefois que ce fût dans la ville d'Arima, mais à Cotchinotsou où il promit de se rendre à un jour qu'il lui marqua, avec un de ses oncles et un cousin qui avaient le même dessein que lui. Le Père Visiteur prépara tout ce qu'il fallait pour rendre cette cérémonie solennelle.

Le jour étant venu, et le prince se disposant à partir, il fut tout à coup saisi d'une convulsion si violente, qu'il tomba comme mort à terre, et qu'on fut obligé de le porter sur son lit. Le bruit de cet accident se répandit aussitôt par toute la ville; les botizes en tirèrent tout de suite avantage et publièrent que c'était un châtiment visible de leurs Garnis.

On ne doutait point que le prince, une fois revenu à la santé, ne changeât le dessein qu'il avait pris d'être chrétien; mais on fut bien surpris de le voir plus ferme et plus résolu qu'auparavant. En conséquence, il manda au P. Visiteur qu'il se rendrait à Gotchinotsou un autre jour, qu'il lui marqua. Mais Satan qui prévoyait la ruine de son empire, si ce prince quittait son parti, brouilla tellement les affaires, qu'il ne put encore exécuter son dessein. Le seigneur Riozogi, qui avait été battu par Soumitanda, avait fait alliance avec quelques princes, ses voisins, s^était rendu maître de la

cette grâce qu'il avait reçue du Ciel, et pour marque de sa reconaaissance, lorsqu'il fut de retour à Arima, il fit abattre plus de quarante temples des idoles : ce qui obligea les bonzes à se convertir ou à sortir du pays. Peu de jours après, la princesse fut baptisée sous le nom de Lucie, et cette année même, il y eut dans Arima plus de quatre mille personnes qui reçurent la même.grâce.

Le Père, s'entretenant un jour avec le prince, lui représenta qu'il était important pour la gloire de Dieu et pour le bien de l'Eglise qu'on établit dans Arima un séminaire et un collège, où Ton instruirait les enfants des principes de la Religion, et où on leur enseignerait les belles-lettres. Le prince goûta fort ce dessein, et c'est pourquoi, sans différer davantage, il donna au Père un beau terrain, où celui-ci fit bâtir un collège pour y instruire les enfants, et un séminaire pour y recevoir les jeunes seigneurs.

Vers la fin de Tannée 1581, Civandono, prince de Boungo, Protais, prince d' Arima, et Soumitanda, seigneur d'Omoura, ayant appris que le P. Alexandre Valignani allait quitter le pays pour se rendre à Rome, résolurent entre eux d'envoyer quelques seigneurs de leur famille pour rendre obéissance au pape Grégoire XIII, et pour lui baiser les pieds en leur

nom. Le P. Valignani approuva hai leur dessein, et jugea qu'il produira bons effets : Fun, que les princes de 1 et les Pères de la Compagnie conns l'esprit, le naturel et la valeur des Jap< verraient qu'on n'avait pas travaillé inul à cultiver une terre abandonnée depuis siècles; l'autre, que les ambassadeurs, dans leur pays, rapporteraient à leurs triotes, et comme témoins oculaires, la jQcencede l'Eglise romaine, la puissar majesté des souverains d'Europe, et 1'»

des pays soumis à l'empire de Jésus François Civandono envoya pour le repi Mancie Ito, son neveu ; le prince d'Arii seigneur d'Omoura firent choix de Miel gina, qui était neveu de l'un et cousin g de l'autre. C'étaient là les deux chefs d bassade. On leur donna pour seconc jeunes seigneurs de qualité, Julien Nac Martin Para. Ils s'embarquèrent à Nai le 32 février 1582. Ils ne devaient ar Rome qu'en 1585, et être de retour ai qu'en 1590.

Voici la lettre que Protais avait ce Michel Cingina pour être remise au Sain

« Que cette lettre soit présentée au G Saint Seigneur que j'honore comme te place de Dieu.

« Je présente à Votre Sainteté cette lettre, que Dieu m'a fait la grâce de lui écrire, avec une protonde vénération et humilité. 11 y a deux ans que dans le Carême, temps où Ton célèbre la précieuse Passion de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, parmi les tumultes de la guerre, le trouble de mes affaires et la désolation de ma famille, lorsque j'étais plongé dans les ténèbres de l'infidélité, le Père des miséricordes a daigné m'éclairer des lumières de la vérité et m'enseigner le chemin du salut, parle vénérable Père Visiteur et les autres prédicateurs de la Compagnie de Jésus, lesquels m'ont rendu de grands services, et, parle sacrement de baptême, ont fait descendre sur moi et sur mes sujets une rosée céleste, qui est la grâce de Dieu. Ce grand et insigne bienfait m'a comblé de joie, et je ne cesse d'en rendre des grâces infinies au Roi du ciel.

« Comme j'ai été instruit que Votre Sainteté gouverne et nourrit le troupeau de tous les fidèles de Jésus-Christ, j'avais un très grand désir d'aller en personne lui rendre mes devoirs, étant prosterné à terre, avec toute l'humilité possible, et, après lui 'avoir baisé les pieds, de me les mettre sur la tête; mais la multitude de mes affaires ne me le permettant pas, j'envoie avec le Père Visiteur, Michel, mon cousin germain, pour lui rendre en mon nom

accompagné de quinze ou vingt bonzes, parmi lesquels il y en avait un d'une grande réputation, parce qu^on disait que toutes les nuits il avait des conférences avec le démon. Le tyran, étant arrivé sur une colline d'où il découvrait la forteresse de Chimabara et l'armée des assiégeants, fut un peu de temps à les considérer, puis éclatant de rire : « Est-ce pour cela, dit-il, que je me suis mis en campagne? Je voudrais que toutes les forces d'Arima et de Satsouma fussent ici pour rendre mon triomphe plus éclatant. » Ayant parlé ainsi, il fit passer une partie de ses troupes le long de la montagne ; l'autre gagna le rivage de la mer, et la troisième se dirigea droit sur Chimabara. Son dessein était d'envelopper les assiégeants, de manière à ce que pas un d'eux ne lui échappât.

Protais, voyant cette armée et l'inégalité de ses troupes, ne perdit pourtant pas courage, mais se confiant en Dieu, il attendit l'ennemi de pied ferme. Il fit embarquer deux pièces d'artillerie, pour incommoder ceux qui gardaient le rivage ; puis laissant de bonnes troupes devant la forteresse pour empêcher les assiégés de sortir, il marcha à la tête de sept mille hommes au-devant de Riozogi. 11 faisait beau voir dans ce petit corps d'armée soixante

tcndards de chrétiens marqués du signe victoieux de la croix.

Pendant qu'on se préparait au combat, on lisait des processions et des prières contiuelles dans Omoura et dans Arima pour le iccès de cette journée, d'où dépendait tout le ien de la chrétienté de ces deux Etats. Il 3mmença le 24 avril 1583, sur les huit heures u matin et dura jusqu'à midi, sans pouvoir iger de quel côté tournerait la victoire. Dans 5 premier choc, Tavant-garde deRiozogi donna vec tant de furie sur les gens de Protais, u'elle les fit reculer jusqu'à leurs tranchées; lais le jeune prince, avec le général des Sat- )umans, leur reprochant leur lâcheté et les thortant à mourir plutôt qu'à lâcher pied, ils éprirent courage, et Tépée à la main, ils forcèmt les premiers rangs des ennemis, tuant )ut ce qu'ils rencontraient à droite et à auche, sans leur donner le temps de recharer leurs mousquets.

D'autre part, l'artillerie du prince d' Arima, ai était sur les vaisseaux et qui tirait sur les me mis qui bordaient le rivage, faisait des jcarres horribles dans les bataillons. Elle ait si bien servie, qu'elle ne tirait point de )up, sans enlever vingt ou trente hommes des memis, ce qui les mit dans un grand désorre. Cependant comme ils étaient deux contre

un, ils revenaient à la charge et soutenaient ceux qui pliaient devant les tranchées. Les choses étaient ainsi en balance, sans qu'on pût dire qui aurait l'avantage, lorsqu'un capitaine de Satsouma, voyant Riozogi qu'on portait en litière, résolut de vaincre ou de mourir. Il commanda à ses gens de le suivre, et se jetant l'épée à la main au milieu des ennemis, il se fit un chemin sur les corps de ceux qu'il abattait à ses pieds, jusqu'à ce qu'il fût près de la litière. Riozogi, croyant que c'étaient quelquesuns de ses gens qui se querellaient, leur dit : « Ce n'est pas le moment de vider vos différends, lorsqu'il faut combattre les ennemis.

Osez-vous donc vous quereller en ma présence? Ne voyez-vous pas que je suis ici? »

— C'est toi, répondit le Satsouman, que je cherche. » Alors il se jeta sur ceux qui le portaient, et en ayant tué plusieurs, Riozogi tomba à terre. Le Satsouman se saisit aussitôt de lui, avant qu'il eût le temps de se relever, et d'un coup de sabre, lui trancha la tête.

En même temps s'éleva le cri : Riozogi est mort. Ses gens épouvantés ne songèrent plus à combattre, mais prirent la fuite et se retirèrent en désordre. Les vainqueurs les poursuivirent pendant une lieue et couvrirent la campagne des cadavres de ces fuyards. Après cette victoire, Chimabara se rendit, et les ciaq mille

hommes qui y étaient renfermés, en sortirent la vie sauve. Ainsi Protais conserva sa principauté, et Soumitanda retira ses enfants qui étaient en otages. L'un et Tautre sentirent l'effet de la protection de Dieu, et tous les chrétiens en rendirent des actions de grâces.

Mais entre tous, le prince d'Arima fit éclater sa piété et sa reconnaissance. Il avait payé de sa personne dans le combat et fait l'office de grand capitaine, rangeant son armée en bataille, se saisissant des postes avantageux, plaçant et faisant jouer son artillerie, animant ses gens quand ils lâchaient pied, se trouvant partout pour donner des ordres, et se jetant lui-même dans la mêlée. Cependant, après la défaite des ennemis, il confessa hautement que c'était à Dieu qu'il était redevable de cette victoire. C'est pourquoi il entreprit avec plus de zèle que jamais de faire régner Jésus-Christ dans ses Etats.

En 1587, Cambacoundono ayant publié un édit contre les chrétiens, un très grand nombre d'églises furent abattues, surtout dansla Tenca, et Ton ne douta plus que la persécution ne devint générale. Alors Protais assembla tous les Pères qui étaient dans les environs d*Arima, ainsi que plusieurs seigneurs chrétiens pour délibérer sur les moyens de conserver la religion chrétienne dans le Japon. Le prince parla

Riozogi lui avait enlevées. Mais après la mort de leur père, les enfants de Riozogi présentèrent une requête à Cambacoundono, et firent tant par leurs amis et par leurs présents, que le souverain condamna Isafaï à leur rendre les terres dont il était en possession, et Protais à leur remettre la forteresse de Cogiro, Tune des meilleures places de sa principauté. Cette ordonnance mortifia très fort le prince d'Arima. Il différa quelque temps d'y obéir, jusqu'à ce que Cambacoundono envoyât un des officiers nommé Asonodangio, avec quelques troupes pour la faire exécuter. Cet officier, étantvenu à Arima, somma Protais de rendre la forteresse de Cogiro aux enfants de Riozogi. Le prince avait de la peine à s'y résoudre, parce que cette place était la clef de ses Etats, et il était même sur le point de prendre les armes pour défendre ses droits, lorsqu'Augustin Tsoucamidono et Siméon Condéra lui représentèrent que, s'il n'obéissait, il allait se perdre, lui et tous les chrétiens du Chimo. Alors Protais fit ce qu'on désirait et sacrifia tous ses intérêts au bien de la paix et de la Religion.

Le commencement de Tannée 1589 approchant, Cambacoundono signifia à tous les princes et grands seigneurs du Japon qu'il désirait qu'ils vinssent lui rendre leurs hommages. La fin que se proposait en cela le rusé politique

celles du présent; qu'il désirait que les Pères demeurassent chez lui^ et qu'il espérait que Dieu, par leurs prières, lui ferait la grâce de revenir dans ses domaines, sans avoir encouru ni dommage, ni déplaisir.

Aussitôt après leur départ, tous les chrétiens se mirent en prières pour l'heureux succès de leur voyage. Etant arrivés à la cour, ils se présentèrent devant l'empereur en très belle tenue et lui offrirent leurs hommages et leurs présents. Dieu exauça les vœux de ses serviteurs, car Cambacoundono, contre toute espérance, les reçut fort bien et les invita même à sa table. Il leur donna ensuite à chacun une épée richement garnie, avec une chaîne d'or, et créa Protais Counghe, ou dignitaire de l'empire. Ainsi les deux princes retournèrent dans leurs Etats, comblés d'honneurs et de grâces.

Le 21 juillet 1590, le P. Alexandre Valignani, avec les ambassadeurs japonais qui revenaient d'Europe, aborda au port de Nangasaki. Léon, frère de Protais, les y attendait avec une noblesse nombreuse. Le prince d'Arima, ayant eu avis de leur arrivée, s'yrendit, aussitôt avec Sanche, seigneur d'Omoura, et toute sa famille. Le lendemain, le P. Valignani dépêcha un cour-

rier à Ozacca pour informer Tempereur c arrivée. Les lettres furent adressées à A nangio et à Siméon Condéra, l'un et Vi grands protecteurs des chrétiens. Ils en ] rent à Tempereur lequel ordonna de rép qu'il était très content de Tarrivée de Fai sadeur du vice-roi des Indes et qu'il désii voir au plus tôt.

Le Père se disposait à partir lorsque ^ Cingina tomba malade ; ce qui obligea le de demeurer à Nangasaki jusqu'à sa gué Lorsqu'il fut rétabli, le P. Valignani et le bassadeurs allèrent à Arima, où Prota attendait pour y recevoir les présents Sainteté avec toute la solennité possible ; le Père fut d'avis qu'il fallait différer cette monie pour ne pas irriter l'empereur q manquerait pas d'en être informé. C'est quoi le prince d' Arima se contenta de ] lettre que le Pape lui adressait et d'y réponse avec toutes les marques de respe soumission et d'obéissance qu'un vér chrétien doit au souverain Pasteur de l'E et avec tous les témoignages de reconnais pour les grâces singulières qu'il avait fa lui et à son ambassadeur.

Voici en quels termes était conçue la que le pape Sixte V adressait à Protais, ] d'Arima :

voyons encore une épée et ui

suivant la coutume de nos p

Papes de Rome, priant Dieu

et qu'il vous secoure dans tou

dans toutes vos entreprises. \

dits épée et chapeau, comm<

le faire les autres rois cathc

messe qui sera célébrée à cet

cordons à tous ceux qui assister

pourvu qu'ils soient repentani

et qu'ils se soient dûment co

prient Dieu pour la tranquill:

tholique, pour la santé des pi

et pour l'extirpation des hér(

plénière de tous leurs péch

singulièrement Michel et ses

cause de leur rare modestie <

Vous saurez par lui ce qu'il ne

de vous écrire plus au long. (

teur vous comble de ses grâce

Donné à Rome, en notre p

Pierre, sous l'anneau du Pé

sixième jour de mai, mille c

vingt-cinq ; de notre Pontifical

Après leur visite à la co P. Valignani et les ambassade Arîma pour remettre à Protais Sa Sainteté lui avait envoyés.

les recevoir avec toute la solennité possible et invita tous ses sujets à la cérémonie. Mais le P. Valignani fut d'avis qu^il fallait Taccomplir sans éclat pour ne pas offenser Cambacoundono, et qu'il suffisait que le prince et les seigneurs de sa cour se trouvassent à Téglise. Le prince s'y rendit de grand matin, accompagné des quatre seigneurs revenus d'Europe et de quelques-uns de ses parents. Le P. Valignani dit la messe, assisté d'un diacre et d'un sous-diacre, et elle fut chantée en musique par la jeune noblesse du Séminaire. Un Père prêcha sur le grand fait de l'ambassade et parla des honneurs qu'on avait rendus partout aux quatre envoyés japonais, principalement à Rome, et des présents destinés par Sa Sainteté aux princes du Japon; il fit valoir surtout le présent du bois de la vraie Croix, qui n'était offert d'ordinaire par le chef de l'Eglise qu'aux seuls grands princes, qui étaient dès lors dans l'obligation de défendre la loi de Dieu, même au péril de leur vie.

La messe étant achevée, le P. Valignani quitta la chasuble et prit un riche pluvial parmi ceux que le Saint-Père envoyait au Japon. Puis, lorsqu'il fut assis devant le maltreautel, Michel, accompagné de trois autres seigneurs, porta le Bref pontifical, enfermé dans »uno bourse richement travaillée et couverte

coutume du Japon. Il pria un Père, qui était près de lui, d'en faire la lecture tout haut, en Jatin et en japonais, afin que tous les assistants pussent l'entendre.

Cela étant fait, les quatre ambassadeurs s'approchèrent du P. Valignani : Mancie Ito tenait en main le chapeau, Michel Cingina Tépée, Martin Fara le fourreau, et Julien Nacaura le Bref du Pape. Pour le bois de la sainte Croix, il avait été mis surFautel avant le commencement de la messe. Les choses étant ainsi disposées, le prince qui était dans une chapelle s'approcha du maltre-autel et se mit à genoux sur la première marche devant le P. Valignani, lequel, étant debout, fît les prières prescrites par le rituel romain dans de semblables circonstances. D'abord, il prit sur Tautel le bois de la sainte Croix, qui était enchâssé dans un reliquaire d'or : il y avait en haut un crucifix avec une chaîne d'or assez longue. Dès qu'il eut montré cette sainte relique, le prince se prosterna jusqu'à terre. Le Père la lui mit sur la tète, et puis au cou, en disant : « Recevez ce bois de la sainte Croix, etc., ainsi qu'il est porté dans le rituel. « Ensuite il prit l'épée des mains de Michel et la présenta au prince, en

disant : « Recevez ce glaive, etc. , » puis il lui mit le chapeau sur la tête avec ces paroles : « Recevez ce chapeau, etc. » Le prince, ayant reçu la bénédiction du Père, fit une profonde révérence à la mode du Japon, et s'étant levé, il s'en retourna à sa place.

Cette cérémonie frappa tellement les yeux et l'esprit des assistants, que la plupart ne pouvaient retenir leurs larmes. Pendant que le P. Valignani déposait ses vêtements dans la sacristie, les quatre ambassadeurs félicitaient le prince, et celui-ci, tout comblé de joie, ne pouvait assez les remercier de s'être exposés à tant de fatigues et à tant de dangers pour lui procurer un si grand bonheur. Le prince les traita ensuite magnifiquement.

Cependant Cambacoundono qui prit bientôt le titre de Taïcosama, conçut le projet de conquérir l'empire de la Chine. Il le déclara à tous les grands du Japon, qui vinrent lui rendre leurs hommages au commencement de l'année 1592, jurant qu'il ferait mourir quiconque s'opposerait à ses volontés et de quelque qualité qu'il pût être. Ce fier politique avait ses fins. L'une était de passer la mer du Japon pour étendre ses conquêtes, ce que nul de ses prédécesseurs n'avait osé tenter jusqu'alors, et par là de s'élever au-dessus de tous les Camis et de tous les Fotoques. L'autre était de se défaire des chré-

cément de Tannée 1599, avec la fille d'un Counghe de Méaco, c'est-à-dire de Tun des premiers dignitaires de Fempire. Elle était païenne et toute sa suite aussi. Lorsqu'elle fut arrivée à Arima, le P. Valignani alla féliciter le prince de son heureux retour et de ses nouvelles alliances. Il salua aussi la nouvelle princesse, et ayant eu avec elle plusieurs conférences, il la convertit, la baptisa avec tous ses gens et la maria solennellement avec le prince : elle avait reçu le nom de Justa.

En 1600, Protais s'étant démis du gouvernement en faveur de son fils, demeurait dans un beau palais. Voyant les Pères logés humblement, il leur fît abandon du palais, où ils établirent leur résidence, ainsi que le séminaire et l'église. Le même prince, secondé par Justa, sa pieuse compagne, fit élever encore une autre église.

C'est en cette même année qu'éclata la lutte entre les régents de l'empire, lutte terrible, qui se termina par le triomphe de Daïfousama.

Heureusement pour la religion, les princes du Chimo s'étaient divisés, et les princes d' Arima et d'Omoura s'étaient rangés avec Daïfousama. Ce fut ce qui sauva l'Eglise : le vainqueur en effet, ne pouvait méconnaître

bienveillant à l'égard des missionnaires et des chrétiens.

Avant que Daïfousama eut achevé la réorganisation de l'empire, Chimandono, gouverneur de Nangasaki, ayant été chargé par lui d'aller combattre le prince de Satsouma, avait commandé à Protais d'Arima et à Sanche d'Omoura, qui dépendaient de son autorité, de l'accompagner dans l'expédition; et ces deux seigneurs s'étaient joints à lui. Le prince de Satsouma ayant fait sa soumission, Chimandono sollicita pour lui-même, en plus de son gouvernement, la principauté d'Omoura, et suggéra de donner à Sanche les lies d'Amacousa. Daïfousama lui octroya sa demande; et il ne restait plus qu'à faire expédier les patentes. Le P. Jean Rodriguez, interprète de la cour, avertit Protais et Sanche. La chrétienté d'Omoura fut alors dans d'inexprimables angoisses, car elle était menacée dans ses principaux appuis, tous les vassaux devant, selon la coutume japonaise, émigrer avec leurs seigneurs» Les deux princes parvinrent à déjouer le coup et firent revenir Daïfousama sur sa promesse : le prince les constitua dès lors ses vassaux immédiats, et les dispensa de suivre à l'avenir les bannières de Chimandono.

En 1601, Daïfousama revenait quelquefois

encore, à cause d'Augustin Tsoucamidono, dont il avait tellement eu à cœur de gagner Tamitié, et qui lui avait fait une opposition si constantes, à ses préventions hostiles contre la Religion, et il menaçait souvent de renouveler les défenses de Taïcosama, et de permettre seulement aux missionnaires et aux chrétiens, en vue de son propre intérêt commercial, d'habiter les deux résidences de Méaco et de Nangasaki. D'une autre part, Chimandono était venu accuser les princes Protais et Sanche de professer ouvertement la loi chrétienne, d'élever un grand nombre d'églises, et de conserver des religieux dans leurs domaines, contre les prescriptions non abrogées formellement de l'édit de Taïcosama. Daïfousama répondit qu'il fallait détruire les églises et renvoyer les Pères à Nangasaki, et commit à Chimandono l'exécution de ces ordres. Ce dernier s'empressa d'écrire une lettre arrogante au P. Valignani, Visiteur, en lui intimant de rassembler tous ses religieux à Nangasaki. Les Pères -et les chrétiens s'attendaient à une persécution générale, et ils recoururent à la prière et aux œuvres de pénitences, afin de fléchir la Majesté divine. On vit se manifester alors un mouvement de dévotion extraordinaire. Les oraisons étaient continuelles et fortifiées par les jeûnes et les disciplines. « Et, dit un Père, le concours

richissant de leurs œuvres les sanctuaires du Japon. Us étaient sous la direction de deux religieux, dont Fun était venu de Rome. Par les soins de celui-ci, on construisit également des orgues et des instruments de musique pour les principales églises, et des horloges à roue, singulièrement estimées au Japon. On gravait aussi de belles images, comparables à celles d'Europe, et on les répandait dans tout Tempire.

La nouvelle église d'Arima fut terminée cette année, et il se bâtit dans tout l'Etat dix-huit autres églises. On fonda également à Arima une école pour enseigner aux enfants à lire et à écrire en japonais, afin de soustraire ces jeunes plantes à Finfluence délétère des bonzes.

En 1602 se trouvaient en Arima trente-six membres de la Compagnie de Jésus. Le séminaire ayant été transféré dans la cité, les séminaristes, qui étaient au nombre de plus de cent, et les catéchistes, allaient toutes les semaines enseigner la doctrine dans chaque chrétienté et concouraient à la solennité des funérailles. L'évêque était venu célébrer pontificalement la première messe dans la magnifique église élevée par le prince, et il conféra le sacrement de la Confirmation à dix mille chrétiens au moins. Le Père Visiteur demeura presque toute Tannée dans le district d' Arima. Les enfants

venaient tous les jours entendre la do( ils avaient appris les points principau seulement en japonais, mais en latin, certain nombre de psaumes qu'ils cha tous les jours à plusieurs parties.

En 1605, tout le pays d'Arima était ch Le prince Protais, qui avait pris, on :

pourquoi, le nom de Jean, et la princesse son épouse, donnaient d'excellents exe Protais fut accusé devant le Coubosam?

que Je prince d'Omoura, son cousin. Ils tifîèrent sans peine, et le Coubo conçu égard plus d'estime encore.

En 1610, à Nangasaki, les Portugais pris querelle avec les Japonais, il y ei des gens tués de part et d'autre. Le < fini, les officiers de la justice japonais mèrent les chrétiens de leur livrer Tau cette querelle. Ceux-ci n'ayant pas vc faire, les Japonais portèrent leur plai Coubo, et comme les Portugais ne furer appelés, ni entendus, ils furent juge pables. Ils étaient venus de Macao d( grand navire de commerce, commandé capitaine André Pessoa. Le Coubo qui pas satisfait d'eux pour plusieurs autres dépêcha un exprès au prince d'Arima, p signifier de sa part qu'il eût à se transpo toute hâte à Nangasaki, et qu'il punit d

tous les coupables, sans épargner même le capitaine du navire.

Pessoa, qui en eut vent, chercha le moyen de se sauver; il ne voulut pas descendre à terre, ni permettre à ses gens de sortir du bâtiment. Il fit même avertir tous les marchands jiortugais de se rendre au plus tôt à son bord; mais comme cet embarquement ne put se faire sans bruit, les gardes du prince d'Arima en arrêtèrent plusieurs, et il n'y en eut que cinquante qui se sauvèrent. Lorsque la nuit fut venue, le capitaine Pessoa mit à la voile, espérant gagner un port à deux lieues de là, et au lieu de se retirer en silence, il donna le signe de son départ par quelques volées de ca'non.

Le prince d'Arima, averti de sa fuite, dépêcha aussitôt après lui un grand nombre de barques chargées de soldats; mais les Portugais leur envoyèrent quelques bordées, qui en fracassèrent quelques-unes, en coulèrent d'autres à fond, et le reâte fut obligé de retourner à Nangasaki, non sans avoir été endommagé par le canon. Pessoa, se voyant délivré de ce danger, fit force de voiles pour arriver au port qu'il cherchait, mais il fut contraint de demeurer deux jours à l'entrée, parce que le vent lui était contraire.

Cependant le prince d'Arima équipa une autre flottille et fit dresser sur une barque une

machine à trois étages en forme de tour, mit deux cents arquebusiers qui étaient verts par de grosses poutres enclavées les dans les autres et si bien jointes qu'il n'y rien à craindre, ni du canon, ni du fei ennemis. Elle partit de Nangasaki avec autres soldats, montés sur diverses en cations, et vint tomber sur le navire porti] Le capitaine Pessoa, voyant que tant de f venaient fondre sur lui, tâcha de se sauve faveur du vent, mais il y en avait si peu ne put gagner le large. Comme il était atl de toutes parts, il fallut bien se défendre, jouer son artillerie qui fit un grand fr mais comme son bâtiment était chargé et p( et que le vent manquait, il ne pouvait prés assez vite le flanc aux assaillants et lâche eux ses bordées. D'autre part, la barque à étages qui allait à force d'avirons, s'attai la proue du navire, où il n'y avait qu'une i pièce d'artillerie, et commença à faire gran sur les Portugais. Ceux-ci, voyant leur mai vre inutile, et ne pouvant se servir du ca furent obligés de recourir aux mousquets e pièces d'artifice.

Tandis que les Portugais se battaient lamment, il leur arriva un grand malheur d'entre eux, voulant lancer un pot à feu s machine des ennemis, et siltçuclant le moi

Le Coubo ayant eu avis, avant le combat, que la plupart des Portugais s'étaient réfugiés sur le navire, et craignant que le prince d^Arima n'eut pas tout Favantage qu41 désirait, commanda qu'on fît passer au fil de Fépée tous les Portugais qui se trouveraient dans Nangasaki et partout ailleurs, et que FEvêque avec tous les Pères de la Compagnie de Jésus fussent bannis du Japon. Le gouverneur de Nangasaki se disposait à exécuter ces ordres, lorsque Protais revint victorieux du combat. La joie fut si grande dans la ville, qu'on ne songea plus à se venger des Portugais, et que le prince d'Arima obtint du gouverneur que les Pères demeurassent dans le pays jusqu'à nouvel ordre.

Il y avait plus de trente ans que le prince d'Arima était fidèle à Dieu et à la Religion, lorsque l'ambition causa sa ruiné. 11 avait un fils nommé Michel, chrétien comme lui, et Boarié légitimement en face de FEglise. Ce j eune prince, non moins ambitieux que son père, et désirant acquérir de nouveaux domaines, voulut s'insinuer dans les bonnes grâces du Coubo, en répudiant Marihe, sa femme, pour épouser la petite-fille de l'empereur. Protais consentit à ce mariage sacrilège, espérant que par cette alliance il obtiendrait de réunir à son domaine un territoire, qui avait appartenu

Page 1