‹ Le martyologe de l'église du Japon (volume 2)Chapitre 3 sur 3 · LES · texte numérisé non relu

LES

mois d'avril suivant tien.

Le Coubosama, nep cV avoir voulu récupéra à d'autres seigneurs, Etats et Texila dans la Michel fut investi de 1 nels.

Protais reçut la noi Vendredi saint 1612, sèment et en esprit acceptation, il rentra d avait cru que, d'après ne voudrait pas surviv vrirait le ventre. Mais haut courage, et Justa excellente, l'affermit e 11 partit pendant les fé son de son fils lui i souvenir de la Passic abandonné de tous.

A l'endroit de son c grands égards par To! contrée, mais surveil Protais occupait ses lo de la Passion du Sei^ spirituels ; il repassait chés anciens, et priait fils Michel, afin que ce

Làtj acigiicur uc ici uuiiiice ci ic uis tiuic uu

gouverneur de Méaco furent chargés de l'exécution et partirent avec cent cinquante hommes. Ils firent inviter Protais à se donner la mort. Le vieux seigneur répondit que c'était chose interdite aux chrétiens, mais que ni lui ni les siens, par son ordre, n'opposeraient aucune résistance aux décrets du souverain. Il demanda seulement le loisir de se disposer à la mort. Il écrivit à son fils Michel une lettre de bons conseils. Puis il se fit lire à voix haute la Passion de Notre-Seigneur et un court traité de la contrition, s'excitant à cette vertu, et récitant à voix haute en présence d'un crucifix une grande partie de ses péchés. Puis il se prosterna et fit oraison pendant quelque temps, et, appelant un de ses serviteurs nommé Cadgizayémon, qu'il avait choisi pour le suprême office, il lui fit signe d'accomplir son œuvre, et eut la tête tranchée d'un seul coup, en présence des deux officiers, pénétrés d'admiration à la vue de ce courage.

La princesse Justa, qui était égalen sente, releva de terre la tête de son r baisa, puis elle se retira dans ses appai pour donner libre cours à sa douleur, officiers, voyant le corps du prince éh les nattes, ne purent s'empêcher de Ils permirent qu'on Tenterràt la nuit nière des chrétiens, et à la tête de leurî ils accompagnèrent le corps jusqu'ai sa sépulture.

Raimondo, Pierre, Prêtre de la Gomp Jésus. Espagnol. 11 naquit à Sarag mourut en 1611, après avoir séjourné j pendant trente-quatre ans.

Redondo, Barthelémi, Frère de la Go de Jésus. 11 était né dans File de Maj< arriva à Nangasaki le 4 juillet 1577, e1 en 1604, après une résidence de vingt au Japon.

Réodgin, Paul, Frère de la Comp Jésus, Japonais. Il était né à Yachc Fingo, et mourut en exil à Manille, 1

336 LE MARTYROLOGE DU JÂPOxN

tembre 1613, à Tàge de soixante-quatre ans. Il avait travaillé pendant quarante ans à la conversion et à la sanctification de ses compatriotes.

RiBADÉNÉiRÀ, Marcel, Prêtre de TOrdre de Saint-François. Il arriva au Japon, en 1594, et retourna en Espagne, en 1598, ayant avec lui les documents relatifs au martyre des vingt-six chrétiens crucifiés à Nangasaki, le 5 février 1397.

Rioqueï FiMBRiA, Jacques, Japonais. Il était né à Sacaï et fut baptisé vers Tan 1566. Il s'attacha aux missionnaires comme catéchiste, et son zèle égalait son éloquence. Pendant plus de trente ans, sa maison, selon que les circonstances le demandaient, servit d'église ou de résidence aux missionnaires. Il fut envoyé à Founaï, en 1577, pour y consoler et encourager Chicatora, fils adoptifdu seigneur Cicatondono, beau-frère du prince de Boungo. Ce jeune prince était alors persécuté pour la foi. L'année suivante, à Ousouki, Jacques prêcha la passion de Notre-Seigneur avec tant de force, qu'un homme possédé du démon, ne pouvant en supporter l'efifet, voulait se précipiter dans les

flammes. Mais c'est surtout à Thôpit que Jacques montra un dévouei bornes; sa charité envers les maU Fadmiration de tous. Cette mêm< agitée, en 1596, par un violent trem terre, au moment même où les 1 braient la messe : aussitôt, Jacque confiance en Dieu, alla avec toute sî prosterner devant l'autel, pour ir proteclion du Ciel. Ce ne fut pas ei les maisons voisines s'étant écroule grand fracas, celle de Jacques, que élevée de trois étages, ne fut pas me lée. Merveille, qui témoigna aux ye la singulière vertu du serviteur de E

RiOQUEï, Jacques, Prêtre de la Com Jésus, Japonais. Il fut désigné en :

demeurer à poste fixe dans la missi(

RiouKi, Antoine. En 1626, un I Compagnie de Jésus visita les chi avaient été exilés pour la foi dans garou, district de la province de généreux confesseurs, nés dans le rangs de la noblesse, étaient réduit dition de laboureurs. En Vabsence d

naire, ils avaient pour chef et guide spirituel Antoine Riouki, ancien économe de la Miséricorde à Méaco. Il faisait chaque semaine à ses compagnons d'exil des exhortations si édifiantes que le missionnaire en était dans Tadmiration, et écrivait que lui-même avec toute sa théologie, ne parlait point avec la précision et la force persuasive du bon Antoine.

RiousA, JoACHiM, Gouverneur de Sacaï. Converti à la foi par son fils, Augustin Tsoucamidono, ce seigneur reçut le baptême en 1584.

Faxiba, plus tard Taïcosama, lui donna le gouvernement de Sacaï, et Riousa en exerça les fonctions pendant plusieurs années avec beaucoup d'intelligence et d'intégrité. Son zèle pour les intérêts de la religion était sans bornes, et il ne manquait pas une occasion pour rendre aux missionnaires et aux chrétiens tous les services dont il était capable : il leur ouvrait son cœur, il leur ouvrait sa bourse.

C'est ainsi, par exemple, qu'il donna au P. Valignani une somme de cent cinquante ducats pour contribuer aux frais du voyage que ce Père devait faire à la cour impériale. Lorsque Taïcosama se fut déclaré contre les chrétiens, il usa de tout le crédit qu'il avait

P. Jérôme Rodrîguez, pour gouverner, en son absence, les religieux de la Compagnie, en qualité de Vice-provincial, et TEglise du Japon, en qualité de vicaire général.

Rodrîguez Giram, Jean, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Ce Père naquit à Alcochété, dans le diocèse de Lisbonne, en 1559. Il entra dans la Compagnie de Jésus, en 1576, à Tâge de dixhuit ans; il passa aux Indes, en 1583, et bientôt après au Japon. Il remplit souvent les fonctions d'interprète pour les ambassadeurs étrangers qui venaient à la cour impériale, et il s'en acquitta si bien que les empereurs Taïcosama et Daïfousama eurent en lui une pleine confiance. Cette haute situation et le crédit dont il jouissait lui-même lui permirent de rendre à l'Eglise du Japon, pendant bien des années, d'inappréciables services. Ce grand missionnaire mourut à Macao, en 1633, à Tàge de soixante-quatorze ans. Profondément versé dans la langue japonaise, il paraît avoir eu la principale part à la rédaction du dictionnaire imprimé à Nangasaki en 1603, et il est l'auteur de la grande grammaire qui fut imprimée en 1604.

Sac Aï GiRAM. Il n'y eut point

qui fit plus d'iionneur au P. Fran

à la religion dont il était l'apôl

d'un bonze, nommé Sacaï Giram

tête et le plus habile homme d

avait entrepris de disputer contre

et s'était fait un point d'honneur

cause de ses dieux. A peine la dis

commencée, qu'il entrevit la Iue

rendit pas pour cela, et voulut fai

tenance devant la fouie qui était î

la principale place de Founaï. ^

tenir longtemps contre la grâce

puissamment dans son cœur; il d(

coup, comme un homme interdi

et sans mouvement. Un momen

jeta à genoux, leva les yeux et '.

ciel, et d'une voix forte, s'écria :

à vous, Jésus-Christ, fils unique

nel, et je confesse que vous êtes

Puissant. Peuple du Japon, et ^

mes frères, pardonnez-moi, si jui

je ne vous ai débité que des mensc

été trompé le premier. » Sacaï Gi

tisé par l'apôtre, en 1551. Ses pa

produit un si grand efl'et que plus

personnes demandèrent le bap

capitale, voulant savoir au juste ce qui s sait. La pensée du martyre, loin de l'efl ne faisait que hâter ses pas. Il imagina i pour se faire arrêter plus facilement en c de chrétien, de se faire raser et de revêl habits de religieux. 11 écrivit aussi à sesp que les Pères devant mourir bientôt, i résolu de partager leur sort. Quand il fut à Méaco, il alla trouver le P. Organtin lui faire une confession générale de to vie, et se préparer ainsi au martyre. 11 fu dans ses espérances, car Ghénifoïn, qui F tendrement, trouva bien le moyen de le traire aux dangers que la persécution lui fait courir. Paul persévérait toujours da mêmes sentiments, lorsqu'il mourut saint en 1602. Constantin Chouyendono, son lui fit faire à Téglise de Méaco des obs magnifiques, mais ensuite,, par politique, nifoïn livra aux bonzes le corps du défunt que ceux-ci lui rendissent des honneurs triques.

Sacouïman, Jacques, Gouverneur de Yach Ce seigneur japonais était vassal de Tsou dono, prince de Fingo, et comme lui fe chrétien. 11 suivit le célèbre amiral en Cor se montra en toute circonstance capitaine

brave qu'intelligent. A son retour', il alla à Nangasaki peur y saluer TEvêque du Japon, se confessa à lui et reçut de ses mains la sainte communion. « C'était, disait-il, pour remercier Dieu de l'avoir délivré, lui et les siens, de plusieurs grands dangers auxquels ils avaient été exposés pendant l'expédition. » Dans le même temps, l'Evêque lui conféra le sacrement de Confirmation. Alors, plein de TEsprit de Dieu, Sacouïman revint à la forteresse de Yachchiro, dont il avait lé commandement, et gagna bientôt à Jésus-Christ les principaux habitants de cette ville. Encouragé par un si beau succès, il fit appel au zèle du P. Jean-Baptiste Porro; celui-ci arriva et seconda si bien ses vues qu'au bout d'un certain temps il avait baptisé plus de vingt-cinq mille païens. Sacouïman n'était pas seulement témoin de ces miracles de la grâce, mais il agissait et remplissait avec un dévouement admirable les fonctions de catéchiste.

Saito, André, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais. Il était originaire du Boungo; il fut un catéchiste capable et un prédicateur éminent. Ayant été exilé pour la foi, il mourut à Manille le 28 février 1615, après vingt-quatre années de religion.

Sambourandono, Prince de Mino. Il était petittils de Nobounanga et son légitime héritier.

Il n'avait que deux ans, lorsque son aïeul et son père furent cruellement massacrés, le 22 juin 1582. Faxiba, depuis Taïcosama, se fit un honneur de lui sauver la vie, comme à rhéritier des provinces qu'avait possédées Nobounanga; mais lorsque le jeune prince eut atteint sa quinzième année, Tambitieux Taïcosama se contenta de lui donner la province de Mino : injustice sans doute, mais qui lui était ordinaire, car il croyait qu'un souverain ne pouvait faire tort à ses sujets. Le jeune prince de Mino avait d'ailleurs Fair le plus distingué et les belles qualités qu'on peut désirer dans le petit-fils d'un héros. Or, parmi les gentilshommes de sa cour, il y en avait deux, qui étaient chrétiens, dont la vertu le charmait, et avec qui il aimait à s'entretenir; et comme la Rehgion était souvent le sujet de leurs conversations, il finit par s'instruire peu à peu des vérités de la foi, et par s'y attacher si bien et d'esprit et de cœur, qu'il se mit à apprendre toutes les prières qu'on enseignait d'abord aux catéchumènes. Il ne voulut pas en rester là; il alla trouver le P. Organtini, et après quelques conférences qu'ils eurent ensemble, il demanda

P. Viléla ne tarda pas à se mettre à Vœu il prit en main son crucifix et alla annc Jésus-Christ sur les places publiques. Bi( le concours du peuple fut considérable accourait de toutes parts pour voir le do( étranger, pour l'entendre et pour savoir < voulait en venir avec une manière de prédicî si nouvelle. Mais la parole de Dieu ne péi pas facilement dans ces cœurs attachés biens de la terre, aux plaisirs des sens, et corrompus par toutes sortes de vices. Hei sèment, il n'enfutpas de même du gouveri homme intelligent et grave, qui voulut î avec les missionnaires des entretiens séi sur la religion, et quand il fut convaincu c vérité, aucune considération humaine ne l'arrêter dans le chemin de la foi qui s'ou devant lui : il y entra résolument, demanc baptême et le reçut avec tous les siens. Il le nom de Sanche, son épouse celui de M son fils unique celui de Vincent, et sa fill appelée Monique. Ge furent là les prem fleurs que produisit cette terre, privée c rosée de la grâce depuis tant de siècles.

Cette conduite du gouverneur étonna des gens, mais il y en eut plusieurs parmi qui voulurent s'instruire plus à fond de la velle doctrine et qui parvinrent ainsi à la dans le nombre de ces privilégiés se trouv

en cecte circonstance d'une grande générosité. C'est ainsi que la chrétienté de Sacaï fut constituée en peu d'années, et produisit des fruits abondants de salut.

Sancri, Augustin, Frère de la Compagnie de Jésus. Le 30 mai 1630, mourut à Manille, en exil, le F. Augustin Sancri, dogique et frère donné de la Compagnie. Il avait été favorisé de grâces merveilleuses. Dans sa maladie, ce saint vieillard, atteint depuis longtemps de cécité corporelle, vit souvent lui apparaître les anciens ouvriers apostoliques du Japon, et parmi eux les PP. Alexandre Valignani et François Caldéron, qui le consolaient dans ses souffrances. La Très Sainte Vierge lui apparut également. Un jour, allant à Téglise, il rencontra TEnfant Jésus et lui dit : « C'est vous, ô mon Seigneur! Souvenez-vous de moi! » Et le divin Enfant lui répondit : « Je me souviendrai de vous ! » 11 vit aussi plusieurs fois Notre-Seigneur attaché à la croix. 11 mourut plein de vertus et de mérites, et fut enterré dans l'église du village de Saint- Michel, dans la chapelle majeure.

Sanga, Mathias, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais, ïl jiacjuit à Cf^couçhi, eftFi§:en,

et mourut en exil, à Manille le 24 jan à l'âge de 43 ans. Dans son ministèr chiste, qui dura vingt-cinq ans, il ava à la foi plusieurs milliers d'infidèles.

Sanghizacca, Paul, Confesseur de 1612, la persécution fut violente dans Les chrétiens de cette province s'ét signalés en 1602, sous le gouvern prince Canzouyédono. Son fils, enco lui avait succédé, et les tuteurs de une rigueur extrême.

A Goumamoto, la capitale, Paul Sa tenté par son commandement, répond pouvez me livrer aux bètes, mebriil ou me scier par le milieu du corps scie de bois; mais je n'aurai jama réponse à donner, si ce n'est que je sui et le serai toujours; et je serais mille reux d'avoir la hart au cou et d'être ti toutes les provinces de l'empire, tar publierait la cause qui m'oblige à refu sance au seigneur de la Tenca. » Il fut de tous ses biens et enfermé dans !

pour y mourir de faim. Il y demeun jours; mais ses amis païens lui fin des aliments, et, au bout de cet int fut exilé.

Sébastien, Seigneur japonais. Il était le second fils de Civandono, prince de Boungo.

C'était la coutume au Japon qu'un prince, ayant deux fils, fit le cadet bonze, afin qu'il n'y eût point, après lui, de compétition au pouvoir. Ce fut pour s'y conformer que Civandono, voyant son second fils déjà devenu grand, lui assigna un revenu considérable, afin qu'il pût vivre selon sa qualité et lui fit bâtir en même temps à Ousouki un magnifique monastère. Pour honorer les Pères, Civandono allait chaque année s'asseoir une fois à leur table ;.il y menait le jeune seigneur, et celui-ci y venait quelquefois de lui-même, soit pour voir l'église, soit pour se promener dans les jardins. Lorsqu'il était entré dans l'église, il demandait ce que signifiaient les images qu'il voyait. Les Pères l'ayant instruit des principaux mystères de la Religion, il goûta si fort leur doctrine, qu'il résolut, à quelque prix que ce fût, de se faire chrétien. Il commença par déclarer qu'il ne voulait pas être bonze. Le prince et la princesse de Boungo lui représentèrent que c'était une coutume inviolable au Japon, et qu'il n'y avait pas pour lui d'autre parti à prendre que celuilà; mais il leur dit alors nettement qu'il voulai: être chrétien et qu'il ne mettrait jamais les

pieds dans le monastère qu'on faisait c< à son intention. La princesse, qui haï chrétiens, ne put entendre une pareille tion, sans en éprouver un dépit très mais le prince qui aimait tendrement pensa que celui-ci, une fois devenu < respecterait encore mieux les droits de aîné, que s'il était bonze, et il lui p recevoir le baptême. Ce fut à cet effe P. Cabrai fut appelé d'Omoura où il se dans le moment.

Aussitôt que le Père fut arrivé à Oui prince lui remit son fils entre les ma qu'il l'instruisit avec soin et lui donné tême ; il assura en même temps que 1 de son fils déterminerait la conversioi sieurs gentilshommes et seigneurs de vin ce, sans parler encore de se ( lui-même. Le Père fut heureusemeni d'une nouvelle si agréable et si avant la religion ; il loua la piété et la gêné prince, le remercia au nom de tous les ( à qui il donnait un chef et un proti illustre, et lui dit qu'il espérait le voi se faire à lui-même le bien qu'il proc autres. Le prince lui répondit par un ] rire qui confirma le Père dans la pen n'était pas éloigné du royaume de Diei

Le jeune seigneur fut bientôt insi

rues de la ville et fit abattre toutes les idoles qu'il y rencontra. Le Père lui ayant représenté que cette action de zèle pourrait bien irriter le prince et causer quelque trouble dans la ville, il lui répondit : « Ce que j'ai fait, je l'ai fait à dessein, afin que tout le monde sache que je suis chrétien, et que je me tiens plus honoré par cette qualité que par la qualité même de fils du prince. Au reste, quand il s'agit du service de Dieu, je n'appréhende point la colère des hommes, et je veux aller demain par les rues pour y abattre le reste des idoles. »

De retour à Ousouki, Sébastien fit éclater plus que jamais sa ferveur et son zèle ; de sorte que les Pères furent obligés de faire quatre à cinq fois par jour le catéchisme pour ceux qui demandaient le baptême. C'étaient pour la plupart des jeunes gens de dix-sept à vingt-cinq ans, qui changeaient tellement de vie que tout le monde en était dans l'étonnement. Pour les conserver dans leurs bonnes dispositions, il institua une congrégation sous le nom et la protection de la sainte Vierge ; elle était composée de cinquante gentilshommes qui s'assemblaient tous les dimanches et jours de fêtes pour conférer entre eux sur les moyens de s'avancer dans la vertu et de propager la religion chrétienne.

Ciç^tQftdouo, frèrç d§ la princesse (Je Boung-o,

bien étrange que le seigneur Cicatondc persécutât son fils, parce qu'il s'était fait et tien, et qu'il se tenait d'autant plus ofTensé d pareil procédé, que le prince, son père, a^ montré plus d'empressement à assister à baptême. « Je veux que mon oncle entei bien, ajouta-t-il, que les missionnaires s mes maîtres, qu'ils sont pour moi des pères que quiconque entreprendra contre eux et 1 religion aura affaire à moi et que je saurai b l'en faire repentir. Que s'il traite mal les g que j'envoie visiter mon cousin, je traiterai siens de la même manière, et qu'il se souviei que le fils d'un prince ne doit point soui qu^on insulte impunément ni à sa personne à ceux qui sont ses serviteurs. »

Ce message exaspéra tellement Cicatond< et sa sœur que, pour s'en venger, ils dépêc rent aussitôt un courrier au prince, qui é alors absent, pour l'informer que les chréti avaient conspiré contre sa personne et coi son autorité et qu'ils avaient choisi pour cl de l'entreprise Sébastien et Ghicatora. Giv dono, qui connaissait les Pères de longue mî ne fit pas grand cas de cet avis, sentant t que c'était la princesse, ennemie déclarée chrétiens, qui voulait les mettre mal dans esprit. Peu de temps après, Sébastien trouver son père, et lui .porta une lettre

p. Cabrai qui n'avait pas voulu quitter la ville dans Tétat de surexcitation où elle était. Quand le prince eut pris connaissance de la lettre et entendu ce que son fils avait à lui faire savoir pour sa propre justification, il lui dit en présence de plusieurs seigneurs de sa cour : « Mon fils, c'est en vain que vous vous efiforcez de défendre les Pères; je dois bien les connaître depuis vingt-sept ans que je suis en relations avec eux, et je les ai toujours tenus pour gens de bien, qui ne cherchent qu'à détruire le \ice et à exciter les hommes à la pratique de la vertu... Je sais que la princesse ne les aime pas et que c'est elle qui excite tous ces troubles; mais puisque je les ai reçus dans mes Etats et que je leur ai permis d'y bâtir une église, il est de mon honneur de les y conserver. C'est pourquoi, si Cicatondono, quoique mon proche parent, est assez hardi pour toucher à la personne ou à l'église des Pères, qu'il sache qu'il se déclare mon ennemi; et si mon fils même qui doit me succéder était assez téméraire pour leur causer quelque déplaisir, je ne l'épargnerais pas, mais j'en tirerais un châtiment exemplaire. Quant à Chicatora, je veux qu'il demeure dans mon palais, et si Cicatondono ne le reconnaît plus pour son fils, cela n'empêchera pas que je ne le prenne pour mon gendre. » Cette réponse, que Cicatondono et

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du prince de Boungo, se liguèrent contre lui, et la situation devint si fâcheuse, que Givandono alla lui-même à Ozacca pour implorer Tassistance de Cambacoundono ; celui-ci lui promit ce qu'il demandait, et donna des ordres pour renvoi des troupes impériales dans le Chimo.

Cependant le prince de Satsouma sut ce qui s'était passé à Ozacca, et, pour en prévenir TefTet, il se hâta de se mettre en campagne. 11 savait que Yôchimoune n'était pas aimé de ses sujets, il avait tenté en conséquence de faire entrer dans son parti quelques seigneurs du Boungo, et il y avait réussi. C'est alors qu'on vint dire à Yôchimoune que Sébastien s'était ligué avec ses ennemis, pour leur faciliter l'envahissement de ses Etats. Le prince, qui croyait volontiers tout le mal qu'on lui rapportait de son frère, ne vit pas qu'il était, dans cette circonstance, l'objet d'une abominable calomnie; il le regarda donc comme coupable, le dépouilla de ses biens et le réduisit à une telle misère, qu'il ne tarda pas à succomber sous le poids de l'infortune. Sébastien avait environ vingt-sept ans.

SoKiou, Pierre, Confesseur de la foi. 11 fut Tun des quatre chrétiens qui, ayant été martyrisés, en 1614, à Souroilnga, survécurent à

leurs affreuses blessures. Pierre é un village auprès d'Ozacca; il éU de vingt-huit ans, il avait reçu depuis peu d'années. Il s'était beau des païens qui se trouvaient en pris et il avait réussi à en convertir vii aussi relever quatre apostats. 11 éi ses blessures, lorsque, l'année sui revenu à Sourounga, il y souffrit c tourments pour Jésus-Christ.

Sonda, Marie, Frère de la Go Jésus, Japonais. Il mourut en 1604 années de religion.

SoTTAR, Louis, Confesseur de Ja fc Vers la fin d'octobre 1616, le s Thicoungo fit appeler en sa préser tien nommé Louis Sottar, qui i compagnon du P. Jean de Rueda, ] Louis fit voir alors que les enseigne avait reçus étaient profondément i son cœur, et il subit d'affreuses tor le gras des bras percé avec des bam et fut ainsi suspendu pendant un Renvoyé libre, ce zélé chrétien {

durant plusieurs mois un autre religieux Dominicain : la persécution les obligea de se séparer.

SouKÉcouRO, JoACHiM, Confessour de la foi. Du nombre des quatre ctirétiens qui, après avoir été torturés en 1614, à Sourounga, survécurent à leurs blessures, était Joachim Soukécouro. Il était né dans un village auprès de Méaco, et avait été baptisé depuis quelques années.

Chassé par ses parents, à cause de sa foi, il s'était exilé de la contrée et avait pris domicile à Sourounga.

SouMiTANDA, Barthelémi, Princc d'Omoura.

Soumitanda était le fils cadet de^Chengandono, prince d'Arima, et le frère d'André, qui succéda à son père. Il avait reçu de la nature toutes les qualités qui peuvent inspirer le respect et Famour. Gomme il n'avait pas été élevé dans l'espérance de régner un jour, il n'avait d'abord paru en lui qu'un sujet soumis, non seulement au prince, son père, mais encore à son frère aîné, surtout lorsque ce dernier était arrivé au pouvoir. Sa bonne mine, ses manières affables, son abord facile et une bravoure qui lui était naturelle, le rendaient les délices du

peuple et ne causaient de jalousie à pe Un seigneur de ce caractère méritait, < ble, de ne pas toujours obéir.

Le prince d'Omoura, voisin et proche du prince d'Arima, étant mort, ne 1 qu'un fils illégitime et peu propre à réj princesse, sa veuve, adopta Soumitand déclara prince d'Omoura, à la grande ses sujets. Le nouveau prince soutint ( conduite la bonne opinion qu'on avait de son mérite. Il y avait douze ans < qu'il gouvernait paternellement son lorsqu'un livre dans lequel le P. Viléla trait la vérité de la religion chrétienne lui tomber par hasard entre les mains; i avec beaucoup d'attention et bientôt sen tre dans son cœur le sincère désir de i chrétien. Il comprit qu'il fallait agir a^ gesse, dans une affaire aussi grave, et il d'en conférer d'abord avec quelques n naires; mais comment y arriver, sans dé ses pensées secrètes? 11 pensa que si 1 chauds portugais étaient admis dans h ils ne manqueraient pas d'y amener ai quelques-uns de leurs prêtres, et qu'ai but serait facile à atteindre; il propos aux seigneurs de son Conseil d'attirer d ports les vaisseaux portugais, et comm^ vait eix résulter de grands aviuitages ce

ciaux, la proposition fut approuvée unanimement.

Au bout de quelque temps, Soumitanda, qui avait tout préparé pour Tentrevue qu'il désirait, arrivait au port de Vocochioura, et y recevait le P. Cosme de Torrez et le F. Jean Fernandez. A l'accueil que leur fit le prince, les missionnaires comprirent qu'il était déjà chrétien de cœur. Ils le prièrent de venir les visiter et même de s'asseoir à leur table, comme le faisait une fois chaque année le prince de Boungo. Soumitanda accepta l'invitation pour le lendemain. Il arriva comme il avait promis, et les Portugais, qui avaient préparé un festin magnifique, le servirent pendant le repas. Quand on eut quitté la table, le P. de Torrez conduisit le prince à l'église : rien dans le lieu saint qui ne lui parût beau ; mais ce qui frappa davantage ses yeux et son esprit fut une image de la sainte Vierge, où elle était représentée portant son Fils dans ses bras, il lui sembla que le divin Enfant jetait sur lui des regards favorables, et son cœur en fut touché.

Pendant cette visite à l'église, Soumitanda avait bien reçu du P. de Torrez quelques explications sur les choses de la Religion, mais ce n'était pas assez pour lui, et lorsqu'il fut de retour chez les missionnaires, il fit de suite savoir au Père qu'il désirait s'instruire encore

LES PIEUX a

plus à fond sur certains articles importan Gomme le F. Jean Fernandez parlait très bi le japonais, le P. de Torrez le chargea d'ent] tretenir le prince, et celui-ci se montra ti satisfait des enseignements de son éloque catéchiste. La nuit approchant, Soumitan quitta la maison des Pères avec tous les g€ de sa suite; mais il y revint au bout d'u heure, accompagné seulement d'un seigne qui était chrétien, et il y demeura très Ion temps pour interroger encore et réfléchir loisir sur tout ce qu'il avait vu et entendu pe dant la journée.

Le lendemain, le prince envoyait le mêi seigneur chrétien au P. de Torrez pour lui d: de sa part qu'étant pleinement convaincu de vérité de la religion chrétienne, il ne tarder pas d'en faire publiquement profession. ] effet, il se mit dès lors à porter des vêtemei sur lesquels on avait brodé une belle croix ; c'est orné de ce nouvel insigne qu'il vou] rendre visite à son frère, le prince d'Arima; venait l'engager à ouvrir au commerce por1 gais le port de Gotchinotsou, et lui prometi le secours de ses armes pour la guerre q Riozogi, seigneur puissant et ambitieux, ] avait déclarée.

Revenu dans ses Etais, Soumitanda fut agi ablement surpris d'apprendre que la princes

d'enfants, était enceinte. Il crut être redevable de ce bonheur inespéré au Dieu des chrétiens, et dans le transport de sa reconnaissance, il partit pour Vocochiouraavec trente de ses vassaux, que son exemple et ses discours avaient gagnés à Jésus-Christ. Dès qu'il y fut arrivé, il envoya dire au P. de Torrez qu'il venait lui demander le baptême, non seulement pour lui, mais encore pour toutes les personnes de sa suite, qui s'y étaient déjà préparées. A cette nouvelle, le vénérable vieillard pleura de joie, puis s'étant bientôt rendu auprès du prince, il eut avec lui un entretien qui dura depuis le soir jusqu'au lendemain matin. Alors le Père se retira pour ordonner tout ce qui était nécessaire à l'accomplissement d'un acte aussi extraordinaire, et qui devait avoir leplus grand retentissement dans tout le pays. Le prince le suivit de près avec ses trente prosélytes ; il en avait rendu pubUquement ce témoignage, qu'il n'y en avait pas un seul parmi eux, qui ne ftU prêt à attester de son sang la vérité qu'ils avaient tous reconnue. Leur piété pendant la cérémonie du baptême montra bien quelle était la sincérité de leurs convictions. Quant au prince, il fut admirable dans cette grande et unique circonstance de sa vie ; il fut baptisé 3oqs le nom de Barthelémi, nom que lui dou-

nent, en général, les relations espj portugaises; c'était en 1563.

Dès le lendemain, Soumitanda fit seî tifs pour aller à la tête de ses troupes Tarmée du prince d'Arima, car Rio avait déclaré à tous deux la guerre, bien promis de modérer son zèle de pour ne pas trop irriter les bonzes ; i pourtant pas le maître. C'est une co Japon de consulter, avant de se e campagne, Fidole Mantisten, qui est Japonais le dieu de la guerre. Quand pas sont assemblées, elles vont au te cette divinité est adorée sous la fi^ géant armé, le casque en tête et po un coq déployé, qui couvre presqu casque de ses ailes. En arrivant dans 1 on met bas les armes, on baisse les é et Ton pratique plusieurs autres c( militaires mêlées de superstitions. Soi s'étant mis en marche, prit le chemin ( de Mantisten : on en fut surpris, car qu'il était chrétien; mais l'étonnei troupes, qui le suivaient, change d'objet. A peine arrivé à la porte, mit le cimeterre à la main, et fit si| s'arrêtât; ensuite étant entré avec se il commanda qu'on jetât l'idole paj qu'on la tirât dehors, la corde au coi

sortit lui-même, et à la vue de son armée, il brisa la statue à grands coups de sabre et fit mettre le feu au temple.

Le prince d'Omoura ne bornapas àcette action d'éclat les efforts de son zèle. On le vit, avec admiration, même au milieu du tumulte d'un camp, enseigner la doctrine chrétienne, non seulement à des officiers, mais encore à de simples soldats ; cela ne l'empêchait pas toutefois de remplir les fonctions d'un capitaine brave et expérimenté, et, Dieu aidant, de remporter de belles victoires. Quand la lutte eut cessé par l'intervention du prince de Boungo qui ménagea un accommodement entre les deux partis, Soumitanda revînt à Omoura et ne songea plus qu'aux moyens de combattre efficacement Tidolâtrie. L'abolition d'une fête pleine de folie et de superstition, qui se célébrait en l'honneur des morts, fut le premier effet de son zèle. Il tourna ensuite toutes ses pensées à la conversion de la princesse Camisama, son épouse. Camisama avait entrepris de le ramener au culte des idoles; mais Dieu donna tant de force aux discours et aux exhortations de Soumitanda que la princesse se rendit et se disposa sérieusement à recevoir le baptême.

La joie de cette conquête ne fut pas longtemps sans être troublée, et la vertu du prince

d'Omoura était déjà assez solidement établie, pour être mise aux plus rudes épreuves. Le conseil de Soumitanda était composé de douze seigneurs, dont, ni par caresses, ni par raison, il n'avait encore pu engager aucun à suivre son exemple. Ces conseillers trouvaient même très mauvais que le prince travaillât avec tant d'ardeur à la destruction de l'ancienne religion de l'empire; et, après avoir inutilement tenté la voie de la représentation, pour lui faire prendre au moins une conduite plus modérée, ils résolurent enfin de pousser les choses aux dernières extrémités.

Pour mieux cacher leur dessein et pour s'assurer en même temps du port de Vocochioura, ils feignirent d'être gagnés par les persuasions du prince, et ^demandèrent la permission d'aller à Vocochioura pour s'y faire instruire par le P. de Torrez. Une révolution si subite, et tellement concertée, parut au prince un piège qu'on lui tendait; il accorda ce qu'on lui demandait, mais il avertit le P. de Torrez de ne point trop se fier aux catéchumènes qui allaient le trouver ; il eût fait encore plus sagement, s'il se fût tenu un peu plus sur ses gardes dans de pareilles circonstances. Quoi qu'il en soit, le P. de Torrez n'eut pas la peine d'examiner les conseillers du prince ; ils n'allèrent pas à Vocochioura, ayant trouvé plus tôt qu'ils ne pen-

à son père, et à se montre dont on Favait injustement pas fait, pour n'avoir rie dehors, les conseillers d'Ei zogi à recommencer la gae d'Arima, lequel, étant prii pouvait pas être fort difficib

Les rebelles, ainsi assur dehors, songèrent d'abord capitale le P. de Torrez qu mière victime immolée à L Pour Tattirer, sans que So de rien, quelques-uns de représentèrent à ce prince c baptême de la princesse, ( dignité que la cérémonie s même, à la vue de tout 1 exemple disposerait plus qi à embrasser le christianism

Le prince fut charmé d( lui faisait trop de plaisir j pas sincère, et sur-le-chan cher le P. de Torrez pa chrétien, nommé Louis, fi d'Omoura. Le Père, ayar prince, se disposait à partir tomba tout à coup dans u peu d'heures, devint extrêi crut pas devoir abandonnei

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état ; il écrivit au prince pour le prier d'excuser son retardement, et Tassura qu'il se rendrait à Omoura, dès que son confrère pourrait se passer de lui.

Le lendemain, Louis qui, selon les apparences, n'avait parlé qu'à quelques officiers de la cour engagés dans la conspiration, retourna à Vocochioura, pressa le Père de partir sur l'heure, et, pour l'y obliger, lui dit que le prince voulait, avant d'entreprendre un assez long voyage, voir la princesse baptisée. Le P. Froéz était un peu mieux; leP. deTorrez dit la messe pour partir : comme il faisait son action de grâces, il se sentit fortement inspiré d'écrire encore au prince, et d'attendre sa réponse. Louis, fort surpris de cette résolution qu'il ne savait à quoi attribuer, reprit, un peu chagrin, la route d'Omoura ; il n'avait pas fait beaucoup de chemin, lorsque Fariba, un des chefs de la révolte, tomba sur lui avec un détachement de soldats, lui demanda où il avait laissé le missionnaire, le tailla en pièces avec ses serviteurs, et puis s'en alla rejoindre les rebelles : ceux-ci avaient déjà mis le feu au palais et à la ville, et proclamé Gotondono, prince d'Omoura.

Soumitanda, dans une si grande extrémité, se voyant environné de flammes et assailli par tant d'ennemis, ne perdit point courage; il

arma tous ceux qu'il trouva autour de lu mit avec le gouverneur d'Omoura à la têt ce petit corps d'officiers et de serviteurs palais, et gagna un petit bois où un Chinoi!

fournit des vivres pendant quelques je Ensuite, sa troupe s'étant un peu grossie alla s'enfermer dans une forteresse qu trouva très bien munie, et en état de défe Les rebelles, l'ayant ainsi manqué, se divisé en deux bandes; Gotondono, avec la prem s'assura de Vocochioura, où il se comj d'abord en homme qui voulait gagner le peu la seconde suivit le prince, et le tint assiég( Pendant que ces choses se passaiei Omoura, Riozogi était entré dans la pr pauté d'Arima et tenait la campagne, le pi qui avait été surpris, s'étant vu obligé de fermer dans une de ses meilleures places, autre côté, les rebelles d'Omoura reçurent les secours sur lesquels ils avaient compt Soumitanda se vit assiégé par une armé terre toute composée de ses sujets, et pai flotte de trois cent trente voiles, où étaier personne les princes de Firando et de ( Jusque-là, le prince d'Omoura se doutait que son changement de religion était la c d^une si prompte et si universelle révolutio en eut bientôt toute la certitude qu'il souhî pour sa consolation, car ses sujets lui f

échappé aucun, si le princ< deur des soldats. Il est vrai visiblement pour les siens échappèrent du carnage, croix dont les habits des étaient couverts, jetaient ui éblouis et effrayés; ils ajou en avaient vu une en Tair tr semblable à celle qui était < dard du prince. Enfin il jusqu'aux éléments, fût arn car tandis qu'on se battait j rible tempête dissipa la fl( Firando et de Goto. Le ] disait souvent depuis, que 1 était sorti de ce mauvais p bon chrétien.

La joie d'un succès si pe tant mêlée de quelque ame] dans un état déplorable, ennemi mortel de notre foi.

buait le malheur de sa f souffrir la moindre marqu Les princes, ses fils, n'ét situation à prendre la déf contre un père qui venait ( leurs Etats, et il fallut q patience ce qu'ils ne pouva choses demeurèrent ainsi p

bout de laquelle Chengandono mourut, et les princes, ses fils, se virent en liberté de faire pour la Religion tout ce qu'ils voulurent.

Soumitanda, qui avait montré tant de bravoure dans les circonstances difficiles dont nous venons de parler, n'en montra pas moins deux ans plus tard dans une autre occasion. Il apprit un jour qu'une troupe de mutins s'étaient emparés d'une forteresse assez voisine de la capitale, et qui la commandait même en quelque sorte ; aussitôt il fait assembler ses troupes, et s'en va lui-même investir la place. Sur le soir, il choisit dans toute son armée trente braves, tous chrétiens, leur demande s'ils sont prêts à le suivre quelque part qu'il les mène, et tous lui ayant répondu que rien ne les arrêtera dès qu'ils l'auront à leur tête, il donne ordre à toutes les troupes de charger, à la pointe du jour, ceux qui venaient incessamment pour secourir les révoltés. Pour lui, dès qu'il vit la nuit tout à fait obscure, il se mit à grimper avec ses trente chevaliers par divers sentiers fort secrets jusqu'au sommet de la montagne, sur laquelle la forteresse était bâtie. Les séditieux, qui n'avaient point prévu cette ruse, ne faisaient point la garde avec assez de précaution, et il fut aisé à Soumitanda de se glisser dans le fort avec tous ses gens ; il occupa donc sans peine toutes les avenues, saisit les postes

les plus importants, et dans le moment qu armée donna sur les troupes auxiliaire chargea lui-même les rebelles si brusquei qu'avant qu'ils se fussent reconnus, ils f tous passés au fil de l'épée, ou jetés pî fenêtres sur ceux qui venaient les secourir Après cette action, la chrétienté d'On alla toujours croissant en nombre et en fer Pour faire connaître la vertu de ses fidèL soif qu'ils avaient de la parole de Dieu tendre attachement qu'ils témoignaient leurs missionnaires, je rapporterai une du P. Alexandre Valignani, qui arriva en dans un port de la dépendance du prince moura : « Nous n'avions pas encore m( l'ancre, dit-il, lorsqu'un nombre infini de loupes remplies de chrétiens environn notre vaisseau : toutes ces chaloupes a> une flamme ou une espèce de pavillon, oi voyait briller le signe adorable de notr demption. Nous entrâmes ainsi comn triomphe dans le port, parmi les acclamj des fidèles. A la descente du navire, j assailli d'une si prodigieuse affluence de pie, qu'il semblait que personne n'était dans les villes. Les uns me baisaient la sou d'autres les mains, d'autres les pieds. En me portèrent plutôt qu'ils ne me conduisii la chapelle. Ce qui me charmait davar

f' c'était de voir des troupes fort nombreuses de

petits enfants, les garçons séparés des filles, tous marchant devant nous en bel ordre, avec une modestie angélique, et chantant le Te Deiim,

« A peine eus-je fait quelque chemin qu'on vint me complimenter de la part du prince, et quelques moments après, j'aperçus le P. de Torrez avec Louis d'Almeïda et Michel Vaz, qui venaient au-devant de moi ; ils étaient précédés et suivis d'autres troupes d'enfants qui chantaient à deux chœurs le cantique Benedictus, avec des hymnes et des psaumes. J'arrivai à la chapelle tout hors de moi, et je remerciai Dieu de m'avoir rendu témoin d'une ferveur que je n'avais pu croire sur ce qu'on m'en avait dit en Italie. Aussi faut-il l'avoir vu pour y ajouter foi, et si j'entreprenais de faire le détail de tout ce qui se passa tous les jours sous nos yeux, je ne trouverais personne qui me crût sincère. La fête se termina par un repas fort semblable à ceux des anciens anachorètes, où l'esprit était bien plus rassasié par les saints discours qu'on tint pendant le repas, et les bénédictions qu'on y donna au Seigneur, que le corps par les mets qu'on y présenta. Les Portugais y furent invités, et l'on n'y servit que du riz très noir, et quelques poissons salés. Mais la joie intérieure dont nous étions péué*

très, nous aurait fait trouver déliciei nourriture encore plus insipide. »

Ce fut vers cette époque que le P vint, le premier, prêcher la foi à Nai qui n'était alors qu'une ville peu consic il y fit en peu de temps, tant de con que cette ville parut toute chrétienne. L d'Omoura voulut être témoin d'un si prompt; il vint à Nangasaki et y tr P. François Cabrai, sur qui le P, de s'était tout récemment déchargé du se mission. Il le mena avec lui à Omoui nouveau supérieur eut la consolation mencer l'exercice de sa charge par le 1 de la princesse Camisama, de tous ses et de cent personnes au moins des plu guées de la cour. Dès le même jour, donna la bénédiction nuptiale au princ princesse : c'était en 1570.

En 1573, le seigneur d'isafaï, voiî moura et beau-frère de Soumitanda avoir fait bien d'inutiles efforts pour ce prince à retourner au culte des id ligua secrètement avec le prince de Fi d'autres ennemis de la Religion, pour ger par la force. Les confédérés, ne se pas encore assez forts, malgré leur contre un prince qui, avec une poigne dats, faisait des prodiges, s'assurèrent

es seigneurs de la cour d'Omoura qui tenaient fort bonnes citadelles, dont ils mirent les nemis en possession, et tout cela fut si secrènent tramé, que Soumitanda n'en eut pas le )indre soupçon. Le seigneur d'Isafaï alla de it attaquer Omoura, qui fut aisément forcée, prince n'y était pas, et il faisait alors sa ûdence dans un château fortifié sur le bord la mer. L'ennemi, sans s'amuser à piller la pitale, dont le prince de Firando s'était îuré avec sa flotte, et croyant surprendre le ince d'Omoura, marcha avec toutes ses forces ur l'enlever.

Soumitanda n'apprit ce qui se passait que 'squ'il vit approcher les troupes ennemies; a'avait avec lui que quinze hommes; pour îher à son beau-frère l'extrémité où il était hiit, il fit armer toutes les dames et les [noiselles d'honneur de la princesse. Un ►ment après, trente cavaliers chrétiens forcent un quartier de l'armée des alliés et trent augmenter sa troupe. Il sut en même aps que les églises d'Omoura avaient été )fanées. Alors, plein de confiance, il s'écria in ton qui rassura les plus timides : « Nous vaincrons, ils font la guerre à Dieu. » Effecement la justice divine avait déjà commencé e faire sentir d'une manière qui ayait égalent frappé les fidèles et les infidèles. Un bonze,

les assaillants, qu'après avoir de sa main, renversé à ses pieds celui qui les commandait, il met en un moment tous les autres en déroute.

Le général ennemi ne laissait pas de rallier les siens, sans que le prince pût l'en empêcher, lorsque les habitants d'Omoura l'ayant pris en queue, il se trouva dans un désordre dont il n'était pas possible de se tirer. Soumitanda, que deux mille de ses sujets fidèles joignirent alors fort à propos, profita si bien de ce renfort, qu'après plusieurs charges réitérées, il écrasa enfin l'armée ennemie, qui paraissait comme frappée d'aveuglement, et rentra triomphant dans sa capitale. Pour comble de joie, il apprit que la flotte firandaise avait été fort mal traitée par la tempête, et ne paraissait plus. Enfin, le peu qui resta des soldats d'Isafaï assurèrent que ce qui avait le plus contribué à leur entière déroute, c'est que dans le même temps où la petite troupe du prince les attaquait, une multitude prodigieuse de cavaliers étaient tombés sur eux, et avaient taillé en pièces tout ce qui s'était rencontré sur son passage. On eut beau leur demander quelle était cette cavalerie, et d'où ils croyaient qu'elle pût venir; ni eux, ni les gens du prince ne surent en donner aucune raison; ce qui fit penser aux uns et aux autres que c'étaient des

légions d'anges, que le Dieu des armées a envoyées au secours des chrétiens.

Quant au seigneur d'Isafaï, il fut longter sans paraître. Il avait eu bien de la peine î sauver, et Ton assure qu'il fut quelques joui courir de côté et d'autre, la peur l'ayant sai un point qu'il en était hors de lui-même. Ei il se déguisa et gagna ses forteresses, où il se crut pas encore trop en sûreté. En ei Soumitanda, après avoir recouvré tous domaines, rangé les rebelles à la raison, dissipé le reste de l'armée confédérée, portf guerre chez ses ennemis, leur enleva plusie places très considérables, fît partout un bi incroyable, et retourna chez lui, ayant consi rablement accru son Etat, et étendu fort loii réputation de ses armes.

Un succès si peu attendu et tant de marq sensibles d'une protection particulière du ( enflammèrent tellement le zèle de ce gra prince, que dès lors il entreprit de ban entièrement l'idolâtrie des terres de son ob< sance. 11 le déclara au commencement l'année, lorsque tous les grands de sa coui les plus considérables d'entre les bon allèrent, suivant la coutume, lui rendre le hommages. 11 leur parla, dans cette occasi d'une manière si pathétique et si touchai leur remit si vivement devant les yeux

quelle manière le Dieu des chrétiens l'avait fait tant de fois triompher de ses ennemis et leur témoigna un si grand intérêt pour le salut de leurs âmes, que tous promirent de se faire instruire, et ils tinrent parole.

Le prince fît venir les PP. Gaspard Guello et Melchior de Fighéréido, tous deux accompagnés d'une troupe de catéchistes. Ces Pères trouvèrent la population parfaitement disposée, et en moins de deux ans, ils baptisèrent soixante mille personnes, bâtirent quarante églises, renversèrent tous les temples, et eurent la consolation de ne laisser aucun idolâtre dans tout le pays.

Vers la fin de Tannée 1581, le P. Alexandre Valignani termina une affaire très importante qu'il avait déjà concertée avec les princes de Boungo, d'Arima et d'Omoura; il s'agissait d'une ambassade d'obédience au Pape de la part de ces trois personnages. Comme tous concouraient au même dessein avec un zèle égal, la chose fut bientôt conclue, et il ne fut plus question que du choix des ambassadeurs.

Le prince de Boungo nomma pour le sien Mancie Ito, son cousin germain, et l'ambassadeur du prince d'Omoura fut Michel Cingina, son neveu. Ce dernier était porteur d'une lettre que Soumitanda adressait au Saint-Père. Les ambassadeurs n'arrivèrent à Rome qu'en 1585,

et quand ils furent de retour au Japon, il avait déjà près de trois ans que le prin d'Omoura n'était plus de ce monde.

Barthelémi Soumitanda mourut le 24 n 1587, après une longue maladie qui acheva le purifier, et qui donna un nouveau lustre ses vertus. Lorsqu'il sentit sa dernière hei approcher, il appela son fils Sanche qui dev lui succéder, avec ses autres frères et sœurs leur parla en ces termes :

« 11 y a vingt-cinq ans que j 'ai reçu la foi et baptême par le ministère du P. de Torr( Quand je suis devenu prince d'Omoura, il i avait aucun chrétien dans mes domaini maintenant je meurs avec cette consolation n'y laisser aucun païen, que je sache. J'ai f et souffert bien des choses pour arriver à résultat. Ayant eu de grandes et diffici afiaires à traiter durant mon règne, je crai de n'avoir pas fait tout ce que le devoir e geait, et même d'avoir été cause, par i négbgence, que mes sujets n'aient pas vé conformément à la sainteté de la professî chrétienne. C'est à vous, mon fils Sanche, ( êtes mon aîné, et à qui je laisse le gouv nement de mes Etats, de réparer mes faut Je vous défends de donner vos sœurs mariage à un prince païen, et je vous ordon de les marier à un prince chrétien recomma

dable par ses bonnes mœurs. « Pour vous, Lin, mon fils cadet, et vous autres, mes filles, respectez votre frère aine comme moi-même.

Quant à votre mère, je vous commande de rhonorer et de l'aimer et de prendre un soin tout particulier de sa vieillesse, lui rendant tous les services que son âge et sa condition exigent de vous, avec d'autant plus d'assiduité, qu'après moi, elle n'a plus que vous dont elle puisse recevoir du secours et de la consolation. Je désire que vous preniez conseil en toutes vos affaires des Pères de la Compagnie de Jésus et que vous leur obéissiez comme à moimême. Souvenez-vous de mon âme lorsqu'elle sera séparée de son corps, et procurez-lui le repos étemel par les saints sacrifices de l'Eglise, par vos prières et par vos aumônes. Pour mon corps, je ne désire pas qu'on l'enterre avec beaucoup de pompe. Ce sont là mes dernières volontés. Je supplie Jésus-Christ Notre-Seigneur qu'il vous comble de ses grâces pendant votre vie, et qu'après votre mort, il nous unisse tous ensemble dans le ciel. »

Ayant parlé ainsi, il congédia ses enfants qui fondaient en larmes et leur défendit de rentrer dans sa chambre, en disant qu'il voulait employer le peu de temps qu'il avait encore à vivre, h s'entretenir avec Dieu, Il q^vait auprès

de lui, pour Tassister, trois rcligiem Compagnie de Jésus, le P, Lucena, FF. François et Fernandez, tous deu:

nais. Le Père lui administra les dernier ments. Après qu'il eut reçu FExtrême-C il s'entretint quelque temps avec No gneur en tenant son crucifix à la maii pria qu'on ne lui parlât plus que de D Père lui faisait produire des actes d'espérance et de charité, et par ses tations, lui inspirait un grand désir jouir de Dieu. Lorsqu'il était près de l'âme, un gentilhomme de sa cour s'aj de lui et lui demanda tout bas à l suivant la coutume du Japon, s'il encore quelque recommandation à J Sanche et à Lin, ses fils. Alors le bon vi se tournant de son côté et le regardani yeux mourants, lui dit : a Quel est ce quel est ce Sanche? Ne vous ai-je pas je ne voulais plus entendre parler que à et de Marie? » Le P. Lucena, pendant t maladie, ne l'avait entretenu que de la de Jésus-Christ, et il en était si vivemc ohé, qu'il baignait son lit de ses -larmes.

Enfin il expira en prononçant avec an saints noms de Jésus et de Marie.

On exécuta ses dernières volontés, expressément défendu qu'après sa m

de la mort de son père, devint plus favorable aux chrétiens et permit à ses sujets de se faire baptiser. On compta cette même année, tant à Facata qu'à Akizzouki, plus de huit cents baptêmes d'adultes. Soyemondono contribua à cette époque, à l'établissement des missionnaires dans la ville de Firochima, capitale de la province d'Aki. Trois ans plus tard, le P. François Paëz faisait la dédicace d'une nouvelle église que Soyemondono avait fait construire à ses frais dans sa ville d' Akizzouki : ce qui ne fut pas moins consolant pour lui, c'est qu'il y eut alors sur les terres de son domaine deux mille baptêmes d'adultes. Le vertueux Simon Couronda Soyemondono termina très saintement sa vie en l'année 1607.

Dans sa. dernière maladie, il se faisait lire assidûment le livre de Vlmitation de Jésus- Christ et le Guide des pécheurs. Il laissa par testament à son fils Paul Couronda Nagatodono le commandement de persévérer dans la foi et ne voulut exprimer aucun autre souhait. Ce fils fut en effet, inébranlable ; son prince essaya de le faire dévier, mais n'y pouvant réussir, il lui rendit ses bonnes grâces et lui fit épouser sa fille adoptive.

A son lit de mort, Soyemondono avait adressé ces belles paroles à un médecin païen, son ami : « J'ai souvent essayé de déraciner de

votre cœur votre croyance idolâtre, sans jamais y réussir; et néanmoins j^ai la confiance que je ne perdrai point ce peu de paroles, qui sont mes paroles suprêmes. Vous me voyez en proie aux angoisses de la mort, et dans cette agonie, mon âme est sur le point d'abandonner mon corps : rheure est venue, et dans peu d'instants, je sortirai de la vie présente et me séparerai de vous. Soyez persuadé que dans ce passage je ne saurais mentir pour la perdition de mon âme; et je vous déclare de nouveau qu'il n'existe pas d'autre vérité que celle qui est enseignée par mon maître Jésus-Christ : toute autre religion que la sienne est vanité et folie. Allez donc vers les chrétiens, et faites- vous baptiser; vous posséderez ainsi la vie éternelle. » Il se tut, et son ami promit solennellement d'obéir à ses conseils.

Sylva (Edouard de). Frère de la Compagnie de Jésus, Portugais. Il fut envoyé au Japon par saint François Xavier et y arriva avec le P. Gago le 20 août 1552. Ujcultivait en 1564, une belle chrétienté qu'il avait fondée dans le Boungo. Son zèle croissant avec ses succès, et n'ayant personne qui pût en modérer l'ardeur, il en fut la victime : l'excès de ses travaux lui fit contracter une langueur qui le consuma peu

à peu, et on ne le sut malade que le à l'extrémité. Le F. Louis d'Alméï aussitôt à son secours, mais c'étai mûr pour le ciel. Le saint jeune hc mourant, lorsque le F. d'Alméïda an demanda en grâce de le mener à T afin qu'il eût la consolation d'expirei bras du P. de Torrez : on ne put rés demande si juste, et le religieux, sacrements de l'Eglise, alla recevc ciel la récompense de ses vertus. Le F de Sylva connaissait très bien les la noise et japonaise, et il avait cor grammaire avec un dictionnaire jj portugais, qui étaient d'un grand sec< qui venaient des Indes, pour apj langue du Japon.

Sylva (Marie de). Elle était fille d'^ Sylva, Portugais, et de Béatrice de ( même fille d'un Portugais et d'une Elle avait dix-huit ans, lorsqu'au m vembre 1631 elle fut arrêtée à comme chrétienne. Le persécuteur ( condamna à subir l'épreuve des eaux Après avoir été enchaînée et maltr fut conduite avec sa mère et plusie çoufesseurs au plus pestUeQtiel dej^ c

là on leur fit considérer les flots bouillonnants et les vapeurs sulfureuses qui s'élevaient de toutes parts. On prit ensuite des vases contenant environ cinq litres et qui étaient ajustés à des manches de deux brasses de long. On les remplit des eaux corrosives du lac, et on versa trois vasées sur les épaules de chacun des confesseurs, non pas d'un trait, mais lentement et goutte à goutte, au moyen de petits trous percés au fond du vase. Ainsi les chairs se trouvaient consumées, et tout le corps ne formait plus qu^une plaie. Quelques-uns des confesseurs subirent plusieurs fois ce supplice avec un courage héroïque. Quant à Marie, qui était d'une complexion délicate, elle s'évanouit dès la première épreuve, et tomba sur le sol: alors les commissaires qui voulaient à tout prix proclamer une apostasie, s'écrièrent :

« Elle est tombée ! » et la renvoyèrent à Nangasaki. Durant le chemin et de retour à la prison, Marie protesta continuellement contre le sens impie donné à sa défaillance, et demanda d'être réunie à sa mère et aux autres confesseurs, afin d'avoir part à leur martyre et à leur couronne, mais ce fut inutilement. Le 1®^ septembre 1632, Ounémé la condamna à partir en exil avec sa mère. Marie de Sylva quitta le Japon en 1634, et prit rhabit religieux au couvent de Sainte- Claire, à Macao, et c'est là qu'elle mourut

esprit convaincu, mais son cœur changé de telle sorte qu'il ne se reconnaissait plus. Il se rendit donc sur Theure, et avec cette franchise et cette bonne foi dont les grands génies seuls sont capables, il avoua ses erreurs et son ignorance. Il ne donna ensuite aucun repos au P. Viléla, qu'il ne l'eût amené dans son domaine, et c'est là que le Père eut la consolation de le baptiser, lui, sa femme et son fils. Tacayama fut nommé Darie, son épouse Marie, et le fils qui n'avait alors que quatorze ans, reçut le nom de Juste : c'était en 1552. La conversion du vaillant capitaine fit une grande impression sur son frère, le général Vatandono, qui depuis ce temps se montra favorable aux chrétiens.

Lorsque Nobounanga se fut emparé du pouvoir, Tacayama usa du crédit dont son frère jouissait auprès du souverain pour obtenir le rétablissement des missionnaires à Méaco, d'où le traître Dakandono les avait chassés.

En 1572, Tacayama devint par la mort de son neveu, Théritier de tous les biens de sa famille, et il travailla désormais avec un zèle encore plus infatigable à étendre et à aflFermir le royaume de Dieu, non seulement parmi ses sujets et ses vassaux, mais encore dans la capitale de l'empire, où son mérite personnel et celui de Vatandono lui avaient acquis un grand crédit.

Le premier jour de Tannée 1575, on ce jusqu'à soixante-dix gentilshommes, qu'il a au missionnaire, tous instruits, pour les 1 ser; peu de jours après, il en amena e trente-cinq, et il continua d'en user toi de même dans la suite. Faisant bâtir une < dans une de ses places, il porta ses soins piété jusqu'à vouloir qu'on n'y employât de matériaux qui eussent servi à d'autreî ges, disant que tout ce qu'on consacra Seigneur devait être neuf. Quand cet ( fut achevé, et qu'il eut terminé quelques ; affaires qui demandaient sa présence, il l'administration de son domaine à so Juste Oucondono, et il se retira aupr l'église dont on vient de parler, pour y v uniquement à sa sanctification et au sal ses sujets.

Quand il n'avait pas chez lui de mi naires, il faisait lui-même, autant qu'il le vait, toutes leurs fonctions; il présidai prières et aux exercices de pénitence c faisaient toujours en commun, et les fê les dimanches, il y ajoutait ou une exhori ou une lecture. Tous les ans, il choi parmi les principaux chrétiens quatre dei sages et des plus accrédités; leur emplo de veiller à ce que les infidèles fusseï truits, les pauvres secourus, les malade

tés et soulagés dans leurs besoins spirituels et temporels, les morts ensevelis; en un mot à ce qu'on n'omit rien des bonnes œuvres qui se présenteraient à faire. Il contribuait lui-même à tout, et, par son affabilité il s'était tellement attaché tous les cœurs qu'il n'y avait personne qui ne le regardât comme son père. Mais ses soins les plus empressés étaient pour les veuves et les enfants de ceux qui étaient morts à son service, et il est vrai de dire qu'ils retrouvaient en lui toute la tendresse d'un père et d un époux; enfin il n'y avait rien dont il ne s'avisât pour mettre en honneur et en crédit la Religion, surtout pour gagner les bonzes à Jésus- Christ, et l'on peut dire que toutes les petites chrétientés qu'on avait formées autour de la capitale de l'empire, lui devaient la meilleure partie de leur ferveur et de leur accroissement. En 1579, quelques princes et quelques seigneurs jaloux de la puissance de Nobounanga, se liguèrent contre lui; les chefs de cette conjuration étaient Araki, prince d'Omi, vassal du souverain, Morindono, prince de Nangato, et un bonze qui s'était rendu maître d'Ozacca.

L'empereur vit bien que s'il n'usait de diligence, tout le Japon pourrait s'unir pour mettre des bornes à ses conquêtes; il résolut donc de prévenir les alliés, et il commença par Araki. Les Etats de ce prince avaient pour

barrière contre l'empereur la forteresse de Tacazzouki, place forte et dont Juste Oucondono avait hérité après la mort de Vatandono, son oncle; elle relevait du prince d'Omi, lequel pour s'assurer qu'Oucondono ne livrerait pas passage à l'empereur sur ses terres, l'avait obligé de lui livrer son fils unique et sa sœur en otages. Cependant Nobounanga alla brusquement se présenter devant cette forteresse, persuadé qu'elle ne l'arrêterait pas longtemps ; il s'aperçut bien, dès les premières approches, qu'il s'était trompé et que Vatandono revivait dans son neveu ; mais comme il importait extrêmement à ses affaires que le siège ne fût pas long, il eut recours à la négociation. Elle réussit; la place se rendit, et Nobounanga la remit à Oucondono qu'il prit à son service.

Il s'en fallut bien que les choses s'accommodassent aussi facilement de la part du prince d'Omi. Ce seigneur conçut contre son vassal une indignation qui était sur le point de le porter à de grandes extrémités ; il ne s'agissait de rien moins que de la vie des deux otages, et leur mort était chose conclue, lorsque Tacayama accourut fort à propos au secours de sa fille et de son petit-fils. D'abord Araki traita fort mal ce seigneur; à la fin, cependant, la vue de ce grand homme dans un état de suppliant

le toucha, et les murmures des officiers l'intimidèrent; il s'adoucit et rendit les otages.

Tacayama fut à peine sorti de ce danger, qu'il rentra dans un autre; sa reconnaissance, et apparemment la nécessité de ses affaires, l'engagèrent à rester dans Ozacca, qu'on prévoyait devoir être incessamment assiégé par l'empereur. Effectivement NoBounanga ne tarda pas à se présenter devant cette place, qui, après une assez vigoureuse résistance, fut forcée, l'épée à la main. Tacayama fut fait prisonnier, et surle-champ condamné à avoir la tête tranchée.

Aussitôt on ordonna des prières publiques; les églises, les chapelles ne désemplissaient pas; on voyait le jour et la nuit Oucondono et les missionnaires prosternés aux pieds des autels, et il n'est rien qu'on ne mit en œuvre pour obtenir la conservation d'un homme qui était regardé avec justice comme la principale colonne de la plus illustre chrétienté du Japon.

L'empereur apprit cette affliction des chrétiens et en fut touché; il manda les missionnaires et Oucondono, leur dit qu'à leur considération il accordait la vie au prisonnier, et qu'il se contenterait de l'exiler. En efifet, quelques jours après, Tacayama eut ordre de se transporter dans la province de Yetchingen, où il demeura jusqu'à la mort de Nobounanga.

Ce fut une perte pour les églises de la Tenca ;

mais Oucondoiio était en état de la réparer, comme il le fit, et d'un autre côté Tacayama devint Tapôtre du Yetchingen, où Jésus-Christ n'avait jamais été prêché. Il y fit des conversions sans nombre par lui-même et par les missionnaires qui l'y suivirent, ces religieux ont laissé par écrit que le seigneur leur amenait jusqu'à huit cents catéchumènes à la fois, et qu'ils les trouvaient si bien instruits qu'il ne leur restait plus qu'à les baptiser. Aussi le nom de Tacayama devint-il célèbre dans toute l'étendue du Japon, et jusqu'aux extrémités de l'Inde ; on n'en parlait que comme d'un homme dont la mémoire était en bénédiction dans toutes les églises.

En 1587, Cambacoundono, qui s'était déclaré contre les chrétiens, condamna Juste Oucondono à l'exil. Tacayama apprit cette nouvelle de la bouche même de son fils. Ce vertueux vieillard, qui loin de la cour, menait une vie angélique, fut plus charmé de voir son fils confesseur de Jésus-Christ, qu'il n'avait été de le voir en quelque façon la seconde personne de l'empire; il l'embrassa tendrement, et il ne pouvait exprimer sa joie d'être lui-même réduit avec toute sa famille à chercher une retraite dans les forêts et dans les déserts. Tsoucamidono leur donna asile dans une île de sa dépendance et pourvut avrc un soi» admi-

Fiible à leur entretien. Taïcosaina le sut, il en fut mécontent, et il finit par reléguer Oucondono et les siens dans la province de Canga.

C'est dans cet exil que Tacayama mourût saintement entre les bras de son fils, en Fannée 1596.

Taichico, Mancie, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais. Il était né à Outo, en Fingo. Peintre éminent, Taichico décora la plupart des églises de sa patrie. Exilé du Japon en 1614, il mourut à Macao le 12 janvier 1615, à Tàge de quarante et un ans; il y ayait huit ans qu'il était entré dans la Compagnie.

TcHOUYÉMONDONO. Il était seigneur de Coumanocho, en Fingo, et neveu d'Augustin Tsoucamidono, dont il imitait les vertus. Il fut en 1600 le principal auteur de la conversion de tout le district de Coumanocho, il s'y fit alors trois mille baptêmes. Ce jeune seigneur, qui n'avait encore que dix-sept ans, avait déclaré aux bonzes qu'ils devaient se faire chrétiens ou quitter le pays. Six d'entre eux se convertirent, et le reste s'éloigna.

Tècle. Elle était fille de Civandono, prince de Boungo, et avait épousé Tun des plus grands seigneurs de cette province : il n*est connu dans les relations que sous le nom de Juste qu'il avait reçu au baptême. Le prince Constantin Yôchimoune, son beau-frère, ayant été chassé de ses Etats par Taïcosama, Juste fut obligé de les quitter, et il se retira à Nangasaki, où la lèpre dont il était atteint depuis quelque temps ne fit qu'empirer. Cette maladie est très commune au Japon, et ceux qui en sont attaqués ont encore à souffrir un abandon général de leurs proches et de leurs plus intimes amis, la coutume autorisant en quelque sorte une si grande dureté envers ces malheureux.

Il s'en fallut bien que Juste fût ainsi abandonné à son triste sort; Tècle, son épouse, non seulement ne quitta pas la maison où il demeurait, comme on l'engageait à faire, mais elle ne voulut pas même se reposer sur ses serviteurs pour tous les services que son état réclamait. Les soins et l'assiduité de Tècle n'étaient pas toujours récompensés par la reconnaissance qu'elle avait droit d'en attendre, parce que la violence de la douleur rendait le malade très impatient, mais loin de s'en rebuter, elle n'y vit qu'un motif nouveau de redoubler sa charité.

se mit à persécuter les chrétiens. Il résista à ses menaces comme à ses caresses, et passa ensuite au service du prince d'Arima. Il fut exilé à Manille avec toute sa famille, en 1614. Il avait été appelé Oumémidono du nom de la place qu'il commandait en Fingo. 11 y était encore enfermé, lorsqu'il adressa aux chrétiens de Coumamoto la lettre suivante, témoignage de sa foi vive et de son ardente charité :

« J'ai appris qu'à l'occasion de l'édit très cruel de Conzouyédono, et de la persécution qui s'en est suivie, des chrétiens ont défailli; ce qui m'a été profondément douloureux. Mais d'une autre part, j'ai ressenti la plus vive consolation par les nouvelles qui me sont venues d'un grand nombre de chrétiens, lesquels sont demeurés fermes et inébranlables dans la foi, et auxquels je porte une sincère envie ; et s'ils doivent devenir des martyrs, je désire ardemment les accompagner, baiser le bienheureux sang qu'ils auront versé, et devenir martyr à leur suite. A ces fins, je vous supplie de m'obtenir cette grâce dans vos prières à Notre-Seigneur. Je suis heureux d'apprendre que vous avez quitté vos maisons et vos terres, abandonnant le tout aux officiers du seigneur. Vous me dites aussi que vous êtes sans ferveur^ et que vous n'êtes point dignes de recevoir de Dieu la palme du martyre. Mais je suis moi-même un

pand pécheur, et j'ai de moi la même opinion; ►utefois il me semble que Dieu nous a élus Dur cette épreuve; et j'ai la confiance, par sa Lvine grâce, que nous serons martyrs.

« Je déplore infiniment la faiblesse d'un petit 3mbre qui ont fait si grand cas de leurs biens rrestres, qui ont aimé d'un si grand amour urs femmes et leurs enfants, et qui, pour ces îections, ont abandonné la foi : ceux-là ne >nt point d'un tempérament à devenir des artyrs. Mais puisque les richesses et les biens mporels, les femmes et les enfants peuvent îvenir des obstacles au salut, et que néanmoins t ou tard, nous n'éviterons pas d'être séparés î ces biens, Canzouyédono qui nous les enlève cette heure, nous rend, à bien dire, un émimt service, car il nous retire ce qui pouvait )us fermer l'accès du Paradis.

« Il est évident que les chrétiens, en renonçant IX choses de ce monde, lesquelles passent en 1 instant, afin d'obtenir les biens permanents éternels, sont de sages larrons, et possèdent irt de ravir le ciel. Moi-même, dès avant ce ur, j'ai travaillé sans relâche à le conquérir, 1 moyen de la confession et de la prière, et je y suis point parvenu. Dans ce jour s'offre )Ccasion du martyre, qui est la voie la plus lurte pour aller au ciel; j'en rends à Dieu ille actions de grâces, et j'ai résolu d'en pro-

fiter et, si je le puis, de ravir le ciel. Pourvo bien que vous n'ayez nul besoin de mes conse je vous conjure aussi de conquérir le Para( et d'y être fermement résolus, vous souven de nos fréquents entretiens et de nos résolutif à cet égard, et considérant que c'est l'heure Dieu veut nous éprouver et nous purifier, bon forgeron éprouve et purifie le fer dans fournaise : la partie mauvaise se dissout et convertit en scorie; mais la partie saine, b que réduite à une quantité minime, est devei très pure, et sert à fabriquer les pièces les p belles. Ainsi Dieu, Notre-Seigneur, par le de la persécution, éprouve les chrétiens; ceux, qui ont traversé l'épreuve et sont demeu fidèles font apprécier ainsi leur vertu supériei et leur foi véritablement chrétienne : Dieu v les employer ensuite à un ouvrage émineni parfait, c'est-à-dire en faire des martyrs, ] une vocation et un privilège éminents et pie de consolation.

« Pour moi, jusqu'alors, par la grâce Notre-Seigneur, je me sens ferme dans la f< je n'éprouve au dedans de moi-même auci défaillance, aucun trouble ; toutefois nous av< ici des démons en grand nombre qui travaill avec ardeur à me renverser. Quelques-uns font envisager les biens de ce monde etl'am que je dois éprouver pour mes enfants; a

1 m'a fait la grâce de m'ouvrir les yeux et

donné la lumière, afin de discerner ce qui lécessaire à mon salut, et ces gens n'exercent ine influence sur moi, ce que j'attribue [uement à la divine miséricorde. Je crois L que la guerre, que me font ces démons )les, est plus terrible que celle que vous irez vous-mêmes; car dans cette forteresse, lis seul, et je n'ai personne qui m'assiste et

conseille; tous ceux qui m'environnent : de véritables traitres, ayant le désir et la ention de me faire tomber et de me faire adonner la foi, pour me conserver la rente seigneur, et se trouver, à mon ombre, dé- [us et protégés.

Par là, vous pouvez conjecturer dans quelle iition je sais. Mais, ainsi que je vous lai et par la grâce de Dieu, je leur réponds en les si décisifs qu'ils n'ont plus sujet de ttaquer, et je reste vainqueur dans le com-

Je n'ai rien autre à vous demander, si ce t que vous vouliez implorer Notre-Seigneur,

qu'il m'accorde la constance et la force u'à mon entrée dans le Paradis. Et croyez mes paroles ne sont pas l'effet d'une vaine [•ésomptueuse confiance en mes forces; j'ai )nviction intime que je ne puis rien, si ce t par la grâce de Notre-Seigneur, et par sa ur très spéciale ; car en pareil combat, je ne

pourrais par moi-même avoir ce ferme propos et persévérer, si Dieu n'était présent et ne m'assistait. »

TiTE, Seigneur japonais. Il se passa, vers 1614, dans la province de Boungo un fait qui mérite d'être rapporté. Un gentilhomme chrétien, nommé Tite, et Marine, son épouse, avaient deux fils et une fille. Matthieu, qui était le plus jeune des garçons, n'avait que neuf ans ; Simon, qui était l'alné, en avait seize; la fille qui se nommait Martine, en avait quatorze. Le prince ayant appelé Tite, employa pour le faire apostasier, l'autorité, le commandement, les prières et les menaces. Voyant qu'il ne pouvait ébranler son courage, il le congédia; mais le lendemain, il lui ordonna d'envoyer Matthieu au palail^ pour qu'il lui fit perdre ou la foi ou la vie.

Il est plus facile de penser que d'exprimer la douleur que ressentit le pauvre père, se voyant obligé d'immoler, pour ainsi dire, luimême son propre enfant. Mais ce qu'il craignait le plus, c'est que la violence des tourments ne lui fit abandonner la foi. Il le livra cependant après l'avoir embrassé tendrement et exhorté à demeurer constant dans l'amour de Jésus- Christ. L'enfant, se voyant arraché d'entre les bras de son père et de sa mère, ne put s'em-

pêcher de verser des larmes et de jeter des cris ; mais animé par les paroles de Tun et de Tautre, il suivit Tofficier envoyé par le prince et fut conduit au palais.

Deux jours après, le prince fit dire au père qu'il avait fait mourir son fils, parce qu'il n'avait pas voulu renier la foi, et que, s'il persistait dans sa résolution, il lui commandait de lui envoyer sa fille. Ce second coup fut encore plus sensible aux parents que le premier; mais enfin Martine, leur ayant fait ses derniers adieux, fut menée au palais pour y périr comme son frère.

Quelques jours après, le prince fit savoir à Tite que sa fille avait subi le même châtiment que son frère pour avoir été rebelle à ses volontés, et il lui ordonna de lui envoyer Simon pour être traité comme les autres, s'il était dans les mêmes dispositions. Ce dernier coup fut si terrible pour le pauvre père qu'il en fut totalement accablé. Il pleura, il gémit, il mêla ses larmes à celles de sa chère épouse, qui voyait toute sa famille éteinte. Toutefois, reprenant courage, et se souvenant du sacrifice d'Abraham^ il appela son fils et lui dit : « Mon fils, vous savez ce qui est arrivé à votre frère et à votre sœur. Ils sont morts pour la foi de Jésus-Christ. Les voilà au ciel où ils vous appellent. Ne voulez-vous pas bien les suivre? Si

était de ne pas mourir en leur présence, pour leur donner des marques de son obéissance et de sa fidélité ; que c'était pour lui une consolation bien douce de les précéder, parce qu'il espérait par sa mort leur prolonger la vie, en apaisant la colère du prince, qu'il se souviendrait d'eux dans lef ciel, et qu'il prierait Dieu de les réunir tous ensemble dans le paradis, ayant dit cela, il se mit à genoux et leur demanda leur bénédiction. Après quoi, il fut remis entre les mains de l'officier qui devait le mener au palais.

Tite, se voyant privé de ses enfants, se consolait avec Marine, son épouse, qui était une chrétienne d'une incomparable vertu, car au lieu de s'abandonner à la tristesse et au désespoir comme font les autres mères, elle bénissait Dieu de ce qu'il voulait bien recevoir ses enfants en sacrifice, et se préparait elle-même à la mort. Tite en faisait autant de son côté, et comme il n'avait plus de consolation sur la terre que celle qu'il recevait de sa chère épouse, il ne craignait rien tant que de la perdre ou de la quitter. Et c'est le dernier assaut que le tyran livra à sa constance ; car après quelques jours, il lui fit dire que son fils Simon n'était plus et que s'il persistait dans sa désobéissance, il voulait qu'il lui envoyât sa femme pour subir le même châtiment que ses

enfants. Celui qui lui porta cet ordre, lui fit mille reproches sur son obstination et son entêtement qui lui attiraient tous ces malheurs, mais lui, comme un rocher, demeura immobile, et ne fit pas d'autre réponse, sinon qu'il ne manquait plus qu'une chose à son bonheur, c'est que le prince mêlât le sang du père avec celui de la mère et des enfants. Dieu seul sait la douleur que ressentirent les pieux époux, lorsqu'il fallut se séparer.

Enfin pour dernier acte de cette tragédie, le prince envoya à Tite un officier pour lui apprendre que sa femme avait eu la tête tranchée et qu'il demandait la sienne, s'il ne voulait pas obéir à ses volontés. Tite répondit qu'on ne pouvait lui apporter une nouvelle plus agréable, qu'étant déjà mort quatre fois en la personne de sa femme et de ses enfants, il le pourrait bien une cinquième. Il alla donc au palais, le cœur joyeux; et se prosternant devant le prince, lui demanda la même grâce qu'il avait accordée à toute sa famille.

Le tyran fut étonné de sa résolution, et fit les derniers efforts pour le vaincre, employant les prières, les menaces et tout ce qu^il jugeait capable de le toucher, mais voyant que rien ne pouvait amollir ou ébranler sa constance, il s'arrête un moment, fait un signe à ses officiers, et bientôt, ô spectacle inattendu! Tite voit

apparaître sa femme et ses enfants, pleins de vie. Le prince les renvoya dans leur demeure, en leur laissant toute liberté de pratiquer une religion qu'ils avaient si généreusement défendue.

Ces glorieux martyrs de volonté rapportèrent que, pour leur faire renier la foi, on leur avait versé de Feau froide sur la tête dans les jours les plus froids, qu'on les avait fait jeûner trois jours entiers sans leur donner aucune nourriture ; qu'on leur avait lié les bras derrière le dos avec une telle violence qu'ils avaient été presque disloqués, et qu'enfin on leur avait fait souffrir plusieurs autres tourments semblables, auxquels Dieu, dans sa miséricorde, leur avait donné la force de résister.

ToBiE, l'Aveugle. Il y avait en 1573, dans la province de Nangato, un aveugle que saint François Xavier avait baptisé et nommé Tobie. Le Saint-Esprit qui avait trouvé dans cet homme des dispositions admirables pour la sainteté, l'avait comblé de ses dons et lui avait surtout inspiré un zèle admirable pour la propagation de la foi. Ce zèle, dont Tobie était sans cesse consumé, lui faisait souvent dire qu'alors même qu'il ne tiendrait qu'à lui de recouvrer la vue, il n'y consentirait jamais, parce que

son infirmité était pour lui un moyen de gagner des âmes à Jésus-Christ.

Ceci paraîtra fort étrange ; mais il faut savoir qu'il y a au Japon des aveugles, du nombre desquels était celui-ci, qui forment un corps de savants et sont singulièrement estimés. Il n'est pas de grand seigneur, ni de souverain qui ne se fasse un plaisir de les avoir auprès d'eux, non en qualité de plaisants, pour s'en divertir, mais en qualité de beaux esprits, pour s'instruire. Effectivement les annales de l'empire, les histoires des grands hommes, les antiquités des familles sont des titres moins sûrs que la mémoire de ces gens-là. Ils font une étude particulière de toutes ces choses; ils se communiquent de vive voix les uns aux autres ce qu'ils savent, et il se forme par là une succession de traditions qu'on ne s'avise point de révoquer en doute. Ces aveugles ont des académies où ils prennent des grades, et où l'émulation est très grande ; ils s'y exercent, non seulement à cultiver leur mémoire, mais encore à raconter ce qu'ils ont appris, à le mettre en chant, et à lui donner tous les ornements de la poésie; enfin, ils parviennent à répandre, sur ce qu'ils racontent et sur ce qu'ils chantent, un agrément tout particulier.

Tobie s'était fait, parmi ces aveugles si éclairés, une^réputation qui n'était point renfermée

dans les limites du Naugato; son nom était célèbre dans toutes les pro inces d'alentour, dans le Chimo, dans le Chicocou et jusque dans la capitale de Tempire. Personne ne savait mieux que lui les beaux faits d'armes des anciens héros, et surtout des premiers Garnis; mais après que par les charmes de sa narration il s'était concilié les esprits, il parlait de Jésus- Christ et des plus sublimes mystères de la Religion, d'une manière qui enchantait. On prenait souvent plaisir à le faire entrer en lice avec les bonzes; mais ceux-ci, ne sortant jamais à leur honneur de ces combats, cherchaient de tous côtés les occasions de s'en venger.

Après bien d'inutiles tentatives, ils crurent que le meilleur moyen de se défaire d'un si dangereux ennemi était de lui faire entrer un démon dans le corps. Quelques bonzes sorciers l'entreprirent, et pour qu'il ne se doutât de rien, ils le défièrent à une dispute réglée. Tobie accepta avec joie ce défi, et se trouva au rendezvous. Tandis que quelques bonzes cherchent à l'amuser, lui font quantité de questions et lui proposent plusieurs difficultés, les magiciens font leurs enchantements; l'aveugle s'en aperçut et ne s'en élonna pas beaucoup. Les sorciers, voyant que les diables ne venaient point, se mirent à crier et à se débattre, comme s'ils eussent été eux-mêmes possédés. Alors le

chrétien, avec un rire moqueur, les avertit de parler plus haut, attendu que le diable ne les entendait pas, mais qu^ils avaient beau faire, et qu'alors même qu'ils évoqueraient toutes les puissances infernales, il ne lui faudrait pour se garantir de leur fureur, que se munir du signe de la croix.

Les bonzes, sans se rebuter, redoublèrent leurs imprécations ; enfin les diables parurent, mais laissant là Tobie qui les attendait de pied ferme, ils se tournèrent contre les enchanteurs avec des visages terribles, et se mirent à les maltraiter d'une manière si épouvantable, que les pauvres bonzes, tout tremblants de peur, se jetèrent aux pieds de Tobie et le conjurèrent de faire sur eux le signe de la croix. « Ce n'est pas assez, dit alors le chrétien, de reconnaître la vertu de la croix, et de vous soumettre, il faut changer de conduite et de profession. »

Les bonzes le promirent, et Tobie, sans faire autre chose que de menacer les démons, les fît disparaître dans le moment.

En 1576, Paul, prince de Tosa, ayant eu beaucoup à souJBFrir de la révolte de ses sujets, Tobie releva son courage, et lui fit accepter cette épreuve avec la résignation d'un vrai chrétien. En 1588, Tobie fut chargé par le P. Organtini de visiter les chrétiens de la province de Mino; il le fit avec beaucoup de zèle,

il prêchait partout; et cette même année, il baptisa en un seul bourg trente-cinq personnes. En 1590, Tobie s'embarqua pour Nangasaki, où les ambassadeurs japonais, revenant de Rome, étaient prochainement attendus; mais le navire qui le portait s'étant brisé sur un écueil, il ne put à son grand regret, arriver au terme de son voyage. Cette même année, toujours plein de zèle pour le salut des âmes, il convertit à la foi plus de cent personnes, et entre autres un bonze de grande réputation, et un grand seigneur de la province de Mino avec toute sa famille. S'étant rendu à Sacaï quelque temps après, il y tomba malade, et bientôt Dieu rappela à lui pour le récompenser de ses vertus. Là mort de Tobie fut un grand deuil pour tous les chrétiens qui l'aimaient et le vénéraient comme un véritable apôtre de Jésus-Christ.

TocHiRONDONO, SiMON, Scignour de Coroume.

Tochirondono, appelé aussi Findenari et Findenadono, était seigneur d'une partie du Tchicoungo, et Coroume était la ville principale de son domaine. Il épousa Maxence, Tune des filles de Civandono, prince de Boungo, et peu après, il reçut le baptême sous le nom de Simon. C'était dans des circonstances de guerre ; et comme Simon n'avait pu être ins-

truit avec tout le soin désirable, Maxence fît demander au Vice-provincial d'envoyer quelque bon missionnaire pour achever Téducation religieuse de son époux. Le Vice-provincial fît partir pour Goroume le P. Pierre Raimond et le F. Jean Torrez, Japonais, et ces religieux ne s'acquittèrent pas seulement de l'honorable mission qui leur avait été confiée, mais ils s'adressèrent encore à d'autres personnes qu'au seigneur, et avec tant de succès, qu'ils firent trente-six baptêmes à la cour.

En 1599, il y avait quatre mille chrétiens dans la seigneurie de Goroume. L'année suivante, un Père s'y rendit et y baptisa sept cents païens. Le Père fut laissé à résidence fixe avec un Frère ; il baptisa encore mille neuf cents autres païens et bâtit deux églises. Le seigneur avait ordonné que tous les condamnés à mort, s'ils étaient païens, fussent catéchisés, afin d'être convertis, s'il était possible, avant leur supplice, et il défendit d'essayer les cimeterres en taillant en mille pièces les corps des justiciés chrétiens.

En 1600, par suite du triomphe de Daïfousama, Tochirondono, qui s'était déclaré contre lui, perdit son domaine; la résidence qui s'y était formée fut anéantie et la plupart des chrétiens exilés. Grâce aux efforts bienveillants de Siméon Gondéra qui avait pris parti pour le

vainqueur, Maxence et son noble époux eurent la vie sauve. Ils allèrent se fixer sur les domaines de Morindono, prince de Nangato, leur neveu; et c'est là que Simon Tochirondono mourut Tannée suivante dans les sentiments les plus édifiants.

ToRREZ (CosME de), Prêtre de la Compagnie de Jésus. Il naquit à Valence, en Espagne. Sa science et ses vertus Tavaient déjà fait élever à l'importante dignité de grand vicaire du diocèse de Goa, lorsque saint François Xavier, appréciant son mérite, l'admit, en 1348, dans la Compagnie de Jésus, et Femmena avec lui au Japon, où ils arrivèrent le 15 août 1349. Le P. de Torrez, dont l'histoire résumerait bien celle de l'Eglise du Japon pendant les vingt premières années, mourut dans l'Ile de Chiki, le 2 octobre 1570, à Tâge de soixante-quatorze ans.

Le P. de Torrez fut universellement regretté, et chaque église donna à l'envi des marques publiques de sa douleur. Aussi était-il le plus aimable des hommes; sa douceur et sa complaisance lui avaient fait autant d'amis qu'il avait counu de personnes, même parmi les infidèles. Bien des gens qui ne l'avaient jamais vu, mais qui, sur ce que la renommée en publiait, se

comprendre en deux mots Téloge du second fondateur de l'Eglise du Japon, jamais homme ne pratiqua plus ce précepte que Jésus-Christ donna à ses apôtres, de se faire petit comme des enfants : dès qu'il était entré en religion, il avait paru oublier que c'était à ses grandes qualités, qu'il devait l'estime et la considération dont il jouissait déjà dans le monde.

Fervent disciple, humble religieux, zélé missionnaire, vigilant supérieur, ouvrier infatigable, il mourut en travaillant; il pouvait à peine se soutenir qu'il fondait encore des églises. Les peuples, qui pendant sa vie l'avaient regardé comme un saint, furent bien confirmés dans cette opinion à la vue de son visage, qui parut après sa mort d'une beauté extraordinaire, et qui semblait rendre un témoignage assuré de la félicité dont il jouissait déjà dans le ciel. Ses obsèques furent célébrées avec ces acclamations des fidèles qui, dans les premiers siècles de l'Eglise, canonisaient les Saints. Les PP. Balthasard Lopez, Alexandre Valignani et Gaspard Viléla s'y trouvèrent, et ce dernier fit l'éloge du défunt.

ToRREZ (SiLVESTRE de) , Prêtre de l'Ordre de Saint-Augustin. Ce Père naquit à Cordoue, arriva aux Philippines, en 1610, et de là passa

bientôt au Japon. Il avait cultivé avec beaucoup de fatigues cette vigne du Seigneur, lorsqu'il en fut exilé dans la persécution de 1614. S'étant rendu à Manille, il s'y livra pendant plusieurs années et avec un grand zèle à la prédication, et c'est dans le couvent des Augustins de cette ville qu'il mourut pieusement en 1626.

ToYEMONDONO FiRAwo, MiCHEL, Gonfesscur de la foi, à Obama, en Arima, le 28 novembre 1614. (Voir P. Gorosoudgino.)

TozABOURO, Mancie. Il mourut de misère, pour la foi, le 20 décembre 1627, dans les montagnes de Nangasaki, où il s'était réfugié.

TsoucAMiDONO, AuGUSTiN, Amiral du Japon et prince de Fingo.

En 1584, Juste Oucondono, se trouvant dans la ville d'Ozacca, où résidait habituellement la cour, s'y employait avec un grand zèle à la conversion des païens . Il fit alors catéchiser par le F. Laurent, Japonais, plus de cinquante gentilshommes, dont le plus distingué était Tsoucamidono, jeune seigneur que Faxiba, depuis Taïcosama, aimait comme son propre fils et qu'il

avait fait amiral de sa flotte. Tsoucamidouo fut baptisé sous le nom d'Augustin, et il gagna bientôt à Jésus-Christ son père, samère^dix gentilshommes, au nombre desquels était Gondéra Cambioïndono, officier de cavalerie, qui se signala dans la suite par ses exploits. Riousa, père d'Augustin et gouverneur de Sacaï, fut baptisé sous le nom de Joachim, et l'épouse de celui-ci, qui était secrétaire de la souveraine, sous le nom de Madeleine.

On peut dire que depuis le jour de son baptême jusqu'à celui de sa mort, Tsoucamidouo, montra pour les intérêts de la religion un zèle qui ne se ralentit jamais. En 1585, il ménagea l'entrevue du P. Guello, Vice-provincial, avec Faxiba, devenu Cambacoundono, et obtint de ce dernier d'importantes faveurs pour les missionnaires. Ce fut aussi par son entremise que Fachirandono, prince de Bougen et de Bigen, se montra très bienveillant à leur égard.

En 1587, Cambacoundono, ayant entrepris de ranger sous son obéissance tous les princes du Chimo, donna le commandement de son armée de terre à Juste Oucondono, et celui de son armée navale à Tsoucamidouo. Cette expédition fut bien combinée et bien exécutée par les deux chefs chrétiens, et les résultats furent si heureux que pour récompenser son amiral, Cambacoundono lui donna la plus grande par-

tie du Fingo, et le titre de son lieutenant général dans le Ghimo.

Cependant Cambacoundono se déclara contre la religion et condamna à l'exil le vaillant Oucondono. Tsoucamidono s'empressa de venir en aide à son ami injustement frappé, et il lui donna non seulement l'hospitalité dans une lie de ses domaines, mais il lui fournit encore avec beaucoup de générosité tout ce qui était nécessaire à son entretien et à celui de sa famille. Le changement du souverain à l'égard des chrétiens ne l'intimida, ni ne le changea lui-même, et il approuva sa mère qui aimait mieux quitter la cour que d'y dissimuler sa foi. Combacoundonosutrendroit où le général Oucondono avait trouvé un asile, et pour l'en priver, il obligea son amiral à lui céder l'Ile où vivait Texilé; pour ne point l'irriter, Tsoucamidono consentit à l'arrangement qu'il lui proposa.

En 1590, les seigneurs d'Amacousa et entre autres, Jean, le principal Tono de l'Ile, s'étant révoltés contre l'autorité de Cambacoundono, le prince de Fingo fut chargé de les faire rentrer dans le devoir. Le prince y réussit d'autant mieux, qu'un grand nombre d'habitants d'Amacousa étant chrétiens, il leur persuada plus facilement de se soumettre; il leur promit, d'ailleurs d'user de toute son influence auprès du souverain, pour qu'il ne leur arrivât rien de

fâcheux, comme châtiment de leur rébellion.

En 1592, Cambacoundono, ayant résolu de conquérir la Chine, en commençant par la Corée, fit à cette fin de très grands préparatifs. On dressa un état des seigneurs qu'il voulait employer dans l'expédition, aussi bien que du nombre d'hommes que chacun d'eux devait fournir. Pour la région du Chimo, le souverain nomma quatre chefs, deux chrétiens et deux païens. Les chefs chrétiens furent Tsoucamidono et Caïnocami, fils de Siméon Condéra, prince de Bougen; les chefs païens furent Toronosouke et Ikinocami. Sous les enseignes de Tsoucamidono devaient marcher les princes d'Arima, d'Omoura, de Tsousima, le seigneur Jean d'Amacousa et plusieurs autres seigneurs, presque tous chrétiens ; c'était le premier corps d'armée. Caïnocami eut le commandement du second corps; les princes de Boungo et de Canga, Paul Chigandono et plusieurs autres seigneurs de marque étaient sous ses ordres.

Ikinocami et Toronosouke commandaient les deux autres corps. Le rendez-vous général fut au port de Nangoya. Tsoucamidono fut nommé généralissime de l'armée dont l'effectif fut d'abord de quatre-vingt mille hommes.

Les succès que Tsoucamidono obtint bientôt en Corée lui valurent les plus beaux éloges de

Cambacoundono, devenu Taïcosama. Dans son enthousiasme, il disait qu'il ferait du triomphateur le plus grand prince du Japon, et que quiconque voudrait lui nuire, s'en trouverait fort mal, tant il faisait cas de son courage et de sa fidélité. Toronosouke qui jalousait Famiral et qui était Tennemi de sa foi, chercha bien en plusieurs circonstances à gêner son action, bien loin, comme il eût été de son devoir, de la seconder; mais ses manœuvres secrètes n'eurent pas le résultat qu'il en attendait.

Cependant les Coréens, voyant leurs affaires en très mauvais état, recoururent aux mesures extrêmes, ils mirent le feu partout où ils avaient encore des approvisionnements, et l'armée japonaise réduite à la disette, perdit un nombre considérable d'hommes. En vain le généralissime avait écrit à Taïcosama pour réclamer des secours ; rien n'était arrivé, et il fallut même à Tsoucamidono toute l'habileté d'un chef vraiment capable pour se tirer d'embarras avec honneur.

Enfin lorsque les Coréens et les Chinois, leurs alliés, eurent compris qu'ils ne viendraient pas facilement à bout de leur ennemi commun, ils songèrent à traiter de la paix, et Tsoucamidono s'embarqua, avec quelques-uns de leurs ambassadeurs, pour le Japon : c'était en 1593.

Les trois ambassadeurs, dont l'un était

Chinois, furent reçus à la cour de Taïcosama avec toutes sortes de démonstrations de joie ; mais ce fut surtout Tsoucamidono qui fut le héros de la fête, et l'empereur, pour reconnaître sa vaillante et prudente conduite, lui fit don d'une somme d'argent considérable et augmenta ses revenus. Quelque temps après, Taïcosama renvoya dans leur pays les ambassadeurs pour y conclure un traité de paix, dont il avait d'ailleurs posé lui-même les conditions, et jusqu'à ratification, il devait y avoir armistice de part et d'autre. Alors Tsoucamidono repassa en Corée pour y exercer les fonctions de généralissime comme auparavant.

En 1594, le pieux général en chef, ayant appris que les Religieux, résidant à Nangasaki, étaient par suite de diverses circonstances dans une extrême pénurie, donna ordre au gouverneur de Fingo de leur envoyer dix mille sacs de riz ; et cette même année, le prince de Goto, qui avait usurpé le pouvoir sur son neveu Louis, étant mort en Corée, Tsoucamidono obtint de Tempereur que le jeune prince, qui était un fervent chrétien, fut investi du gouvernement des iles de Goto.

Cependant l'armée japonaise demeurait cantonnée dans les forts que Taïcosama avait fait construire en Corée, en attendant que l'ambassadeur, qui avait été envoyé en Chine, en

revint avec la ratification du traité; mais comme cette affaire pouvait demander encore beaucoup de temps, le P. Grégoire de Cespédez vint du Japon en Corée, pour y administrer les sacrements aux nombreux chrétiens de l'armée. La présence du Père fut un bonheur pour eux, et Tsoucamidono lui facilita autant qu'il put l'exercice de son ministère. Toronosouke ne pouvait l'ignorer; il en fut très mécontent et parla même d'en informer l'empereur. Pour rendre vaine toute dénonciation, l'amiral renvoya le Père à Nangoya, où il se rendit bientôt lui-même, mandé qu'il était par l'empereur qui voulait presser la conclusion de la paix avec les Coréens : c'était en 1595.

Le bâtiment portugais qui venait chaque année des Indes, mais qui n'avait pas paru l'année précédente, étant arrivé, l'empereur eut occasion d'en parler au généralissime, et celui-ci lui dit : « J'ai été bien surpris de n'avoir pas vu le bâtiment arriver Tannée dernière, et comme, dans mon inquiétude à ce sujet, je voulais en savoir la cause, afin de pouvoir en informer Votre Majesté, à ma première entrevue avec elle, j'avais fait venir un des Religieux demeurés en otage à Nangasaki, pour être mieux renseigné, parce qu'ils connaissent mieux que d'autres les affaires des Portugais, » L'empereur lui dit qu'il avait agi

sagement et l'en remercia; et c'est ainsi que Tsoucamidono trouva le moyen de fermer la bouche à ses ennemis.

Vers la fin de Tété de Tannée 1596, Talcosama reçut avec beaucoup d'empressement et avec une magnificence extraordinaire, les ambassadeurs que l'empereur de la Chine lui avait envoyés, et comme Tsoucamidono avait déployé dans la conduite de cette affaire une rare habileté, il n'y eut pas de félicitations et d'éloges que son maitre ne lui adressât, et l'on s'attendait à ce qu'il en fut récompensé d'une manière digne des services qu'il avait rendus. Mais ce fut le contraire qui arriva. En effet, aveuglé par sa vanité, Taïcosama se laissa jouer par les Chinois, et quand vint le moment où il s'en aperçut, sa colère contre eux et contre les Coréens ne connut plus de bornes ; il s'en prenait à tout le monde de ce que les négociations n'avaient point eu le résultat final que son ambition convoitait. Tsoucamidono lui-même, qui avait si bien préparé les voies, fut accablé de reproches et presque d'injures, et reçut l'ordre de repasser en Corée pour y mettre tout à feu et à sang. Les plus grands seigneurs du Japon et l'impératrice elle-même firent tout ce qu'ils purent pour consoler l'amiral de cette disgrâce tout à fait imméritée.

Ce fut au mois de mars 1597 que les nou-

velles troupes japonaises s'embarquèrent au port de Nangoya, pour se rendre en Corée ; elles pouvaient compter environ cent mille hommes, dont Tsoucamidono avait le principal commandement. Les Coréens ne pouvaient guère résister à des forces qui étaient bien supérieures aux leurs, et empêcher Tenvahissement de leur territoire. Il est vrai que, pour protéger leurs côtes, ils avaient équipé une flotte de quatre-vingts navires bien armés, mais Tsoucamidono, ayant, par d'habiles manœuvres, gagné le dessus du vent, vint fondre sur elle avec tant d'impétuosité, qu'il s'en rendit maitre. A cette nouvelle, Taïcosama sentit renaître plus vif que jamais son désir de conquêtes ; il fit féliciter son généralissime, qui recouvra ses bonnes grâces. L'empereur avait eu la pensée de débarrasser le Chimodetousles princes et seigneurs chrétiens en leur distribuant le territoire de la Corée conquise. Mais il eut bien d'autres affaires à régler, et sa santé, allant toujours en déclinant, ne lui permit pas d'exécuter le projet que sa haine contre les chrétiens lui avait fait concevoir. En effet, l'armée japonaise continuait encore en Corée le cours de ses opérations, lorsque l'empereur mourut le 15 septembre 1598.

La grande préoccupation de Taïcosama dans les derniers temps de sa vie, avait été d'assurer

Fempire à Findeyori, son fils, âgé de six ans. Les serments les plus solennels prêtés en sa présence par les princes de Tempire, des alliances de famille conclues entre ces princes et enti*e les seigneurs, enfin la constitution de la régence dans une forme hiérarchique profondément combinée, tout devait assurer la réalisation de ce vœu suprême.

léyas Matdaira, seigneur de huit provinces, et à la fois le tuteur et le beau-père de Findeyori, se trouva investi de la principale autorité avec Tassistance de quatre collègues majeurs, et sous leur direction, cinq gouverneurs administrèrent la Tenca, domaine direct du souverain composé de cinq principautés. Le premier acte d'iéyas et de ses collègues fut de mettre fin à la guerre de Corée et de rappeler l'armée. Deux gouverneurs de la Tenca, Asonodangio et Gibounochio, furent envoyés de Méaco au Chimo pour présider au retour. Les ordres donnés étaient tellement impératifs et urgents qu^il ne fut traité d'aucun accord avec les Chinois. Cependant les circonstances mêmes de cet abandon avaient divisé les esprits des généraux japonais : plusieurs demandaient à consolider par un traité des acquisitions déjà faites, tandis que les autres, interprétant d'une façon absolue les ordres des régents, firent prévaloir ces ordres et exécuter la retraite.

Mais les deux factions qui s'étaient forn persistèrent dans leur opposition, et les è commissaires se désunirent eux-mêmes. On alors se ranger d'une part, Gibounochio a; pour adhérents Augustin Tsoucamidono, princes d'Arima et d'Omoura et plusi< autres seigneurs du Chimo ; et de l'autre p Asonodangio, dont les principaux partii étaient Canzouyédono, seigneur de la m< du Fingo et ennemi personnel et invétéré l'amiral, Caïnocami et Itchinocami, seign des deux parties du Bougen. Tous ces gneurs se rendirent bientôt à la cour et pc rent leurs griefs respectifs devant les rége La décision de ceux-ci fut favorable à Giboi chio; mais ses adversaires ne se rendi point et tramèrent de nouvelles intrigues.

Au milieu de ces agitations surgit une c relie bien autrement grave, et qui devait me en feu tout l'empire. Elle prit naissance ] une juste cause entre Gibounochio à qui v€ d'être adjugé le droit, et le premier des rége le puissant léyas. Gibounochio fidèle à seî voirs envers le fils de Taïcosama, et qui f deviné les desseins ambitieux d'Iéyas, ne ( gnit point d'accuser celui-ci de vouloir usu les principautés impériales et de s'attril ainsi la suprématie absolue (1599). Bientôl seigneurs de toutes les parties du Japo]

déclarèrent les uns pour léyas, et les autres pour Gibouchonio et les gouverneurs. En quelques semaines, il se fit un concours extraordinaire de gens de guerre, de telle sorte qu'il se réunit à Fouchimi et à Ozacca environ deux cent mille hommes; mais durant plusieurs mois, nul n'osa tirer Tépée.

léyas profita de cette trêve armée pour affaiblir, au moyen de Tintrigue, le parti de ses adversaires, puis ayant pénétré de nuit et par trahison dans la forteresse d'Ozacca, il s'en rendit maître ainsi que de la personne de Findeyori. Gibounochio, sur le point d'être investi dans son palais, n'eut que le temps de se retirer à Fouchimi, résidence des régents, collègues d'Iéyas. Augustin Tsoucamidono suivit Gibounochio dans cette place. Bientôt léyas se présenta devant Fouchimi pour forcer son rival à subir ses volontés. Mais les corégents intervinrent, et léyas consentit à. laisser en paix Gibounochio, à la condition que celui-ci se démettrait de ses emplois et se retirerait dans sa principauté d'Omi. Augustin voulait accompagner encore son ami, mais celui-ci refusa d'y consentir. Ces dispositions généreuses, loin d'irriter léyas contre l'amiral, lui inspirèrent plus d'estime envers ce grand homme. Vers la fin de cette année, Tsoucamidono vint à Chiki, et reçut le sacrement de confirmation des

mains de Mgr de Cerquiéra, qui était arrivé au Japon le 15 août 1598.

Les premiers mois de Tannée 1600 se passèrent dans un calme profond. léyas, de plus en plus absolu, s'était fait décerner par le Mikado ou Daïri le titre de Daïfousama. Ses adversaires étaient affaiblis et paraissaient incapables pour un temps de reprendre la lutte. Cet état de choses devint contre toute attente favorable à la Religion. Dans /le Fingo, domaine principal de Tsoucamidono, la maison rectorale d'Outo avec ses résidences, comptait cinq Pères et sept Frères de la Compagnie de Jésus. Il y existait déjà dix mille chrétiens, il s'y fit dix-sept mille nouveaux baptêmes. Dans les districts dTachchiro et de Nonzoui, quatorze nouvelles églises furent bâties par les ordres de Jacques Mimisacadono, gouverneur de la contrée et le principal officier de Tsoucamidono. Celui-ci fonda une léproserie à Ozacca et constitua une rente annuelle de cent gocous ou mesures de riz pour secourir les enfants exposés.

Cependant les régents, ne pouvant supporter Tambition de Daïfousama, se liguèrent contre lui et choisirent Figendono pour chef. Les principaux parmi les conjurés étaient Cangéyas^ l'un des régents majeurs, et Gibounochio.

Cangeyas, prince de Bandou, donna le signal en refusant d'aller à la cour. Daïfousama se mit

436 LE MARTYKOLOr.E DU JAPON

alors en campagne avec cent dix mille hommes pour aller le réduire. Gibounochio et Tsoucamidono ne s'opposaient pas à Daïfousama par un motif d'ambition, mais par un motif de reconnaissance envers Taïcosama, et dans Tintérêt de son fils Findeyori. Daïfousama avait essayé, sans y réussir, de se concilier Augustin par un mariage de famille, en unissant son arrière-petite-fîUe, issue de la fille de son fils aîné, gendre de Nobounanga, avec le fils aine d'Augustin, âgé de quinze ans. Augustin avait consenti au mariage, après s'être fait prier: mais il n'avait point contracté d'alliance politique avec Daïfousama. Bientôt eut lieu la crise décisive. Les régents, à la tête de quatre-vingt mille hommes, livrèrent bataille à Daïfousama qui en avait seulement cinquante mille. Mais des défections rétablirent l'équilibre, et Daïfousama remporta une victoire complète. Gibounochio et Tsoucamidono furent faits prisonniers; ils ne s'étaient pas donné la mort tout de suite, Tsoucamidano, parce qu'il était chrétien, et Gibounochio, par défaillance de cœur.

Après avoir été surintendant du Ghimo et grand amiral, après avoir commandé glorieusement deux cent mille hommes à la guerre de Corée, Tsoucamidono allait périr ignominieusement. N'était-ce pas un signe de prédestination que d'éprouver de si grands malheure

LES PIEUX ii

dans cette vie, et d'y goûter les amertumes c calice de Jésus-Christ? Conduit devant Caïni camidono, fils de Siméon Condéra, et alo encore prince chrétien lui-même, qui avs embrassé le parti du vainqueur, il ne réclan qu'une grâce, qui était d'avoir un prêtre poi se confesser. Caïnocami s'empressa de tran mettre la demande à Daïfousama, lequel ne comprit pas, soupçonnant quelque artifice p li tique. On conduisit Tsoucamidono à Ozacc où il fut de même impossible de pénétr auprès de lui pour ce pieux ministère. Mais s'était confessé avant la dernière campagne, ses dispositions antérieures, ses continue actes de contrition et l'olTrande de lui-même Dieu, lui auront valu, il est permis de l'espér pieusement, la couronne céleste.

La sentence finale ayant été rendue contre ( bounochio, Tsoucamidono et un bonze nomr Ancosoudgi, tous trois furent promenés ign minieusement dans les rues d'Ozacca sur d chevaux de somme, et dans celles de Méa sur des chariots. Gibounochio était le premi comme le plus criminel: après lui venait bonze, puis Tsoucamidono. Ce dernier se était calme; ses deux compagnons avaie perdu tout courage et étaient comme anéant Un chrétien s'approcha de Tsoucamidono l'informa des efforts inytiles qu'avaient faits '

Religieux afin d'arriver jusqu'à lui, el Tinvîta de leur part à s'exciter en lui-même à une contrition sincère. Il répondit qu'il était profondément repentant de ses péchés et plein de confiance en la grâce divine.

Il portait à la main son chapelet et une précieuse image dont il ne se séparait jamais :

cette image avait appartenu à la sérénissime reine de Portugal, dona Catherine, sœur de Charles-Quint, et elle représentait notre Sauveur Jésus-Christ, et la très sainte Vierge, sa Mère. Sur le chemin, les bonzes lui offrirent leur ministère diabolique ; il se présenta notamment un bonze éminent en dignité, qui ne sortait en public qu'en des occasions très rares, telles que le supplice de quelque grand seigneur.

Celui-ci voulut faire baiser à Augustin, ainsi qu'il l'avait fait aux deux autres, un livre considéré comme sacré parmi les païens, et le lui posa sur la tête : Tsoucamidono repoussa le bonze avec horreur. Arrivé sur le lieu de l'exécution, il se prosterna, fit sa prière, et tendit le cou au bourreau : sa tête ne tomba qu'au troisième coup de sabre.

Les chrétiens ensevelirent son corps et le transportèrent secrètement à la maison de la Compagnie de Jésus à Méaco, où les Religieux lui donnèrent la sépulture. Des messes nombreuses furent célébrées pour son âme, non

seulement au Japon, mais en Europe, par dre du Père Général de la Compagnie de Jés comme pour un bienfaiteur insigne.

Valderrama, Dominique, Prêtre de FOrdre Frères Prêcheurs. Ce Père arriva de Manille Japon, en 1611, avec le Père Alphonse de varrette, et y exerça longtemps son minisi En 1628, il fut témoin à Madrid, dans le prc apostolique concernant les martyrs du Ja de 1617 et des années suivantes.

Valens, Jacques, Prêtre de la Compagnie Jésus et Evêque du Japon. Il était fils de J de Fonseca et de Béatrix Valens, et entra d la Compagnie de Jésus à Coïmbre, à Tâge seize ans. Il exerçait les fonctions de prépos la maison professe de Villaviciosa, lorsqu< P. Christophe de Gouvéa ayant refusé, p cause de santé, Tévêché du Japon, il fut nom à sa place. Le nouvel évêque passa aux In en 1618, mais il ne put jamais visiter en p sonne l'Eglise qui lui était confiée, et deme toujours à Macao. Il fut le dernier évêque Tancienne Eglise du Japon.

Valignani^ Alexandre, Prêtre de la Compagnie de Jésus. Le P. Valignani naquit à Chieti, ville des Abruzzes, d'une famille ancienne et illustre. A dix-neuf ans, il reçut à Padoue le bonnet de docteur en droit civil. 11 passa ensuite à la cour de Rome, où il espéra que Paul IV, qui tenait alors le Saint-Siège, et qui étant évêque de Chieti, avait vécu très familièrement avec son père, le mettrait dans la voie des dignités ecclésiastiques. Dieu qui avait d'autres desseins sur le jeune docteur ^ permit que ses espérances fussent trompées. 11 sentit dans le même temps une inspiration secrète lui disant au fond du cœur, qu'il était fait pour des choses plus relevées que tout ce que le monde pouvait lui offrir de grandeurs et de richesses. S'étant rendu attentif et docile à la voix de Dieu qui lui parlait, il comprit qu'il était appelé à la Compagnie de Jésus, et il ne différa pas d'un moment à suivre cette vocation. Il alla se présenter à saint François de Borgia, pour lors Général de la Compagnie, et ayant été admis sans peine, il entra au noviciat de Rome, le 29 mars 1556,

Comme Dieu lui avait donné un cœur grand et généreux, rien ne lui parut difficile dans la pratique de la vertu ; et dès qu'il entra dans la carrière de la perfection évangélique, il y courut

à pas de géant. Le récit de ses austérités paraîtrait incroyable; il ne quitta presque point le cilice, même dans ses dernières années, où son grand âge et ses infirmités l'avaient réduit à une extrême faiblesse. Une si grande mortification n'était pas dans le P. Valignani la principale vertu; il savait que Thumilité, l'abnégation et Tesprit intérieur sont les fondements sur lesquels les hommes apostoliques doivent élever Fédifice de la perfection à laquelle ils sont appelés. Ayant ainsi pris la voie la plus courte pour avancer dans la science des saints, il en parut un grand maitre dans un temps où les autres sont encore disciples; et à peine avait-il achevé son cours de théologie, qu'on lui confia la conduite des jeunes religieux, qui, sortant du noviciat, allaient faire leurs premières études au Collège romain.

Le P. Valignani s'occupait à cette fonction importante, lorsqu'il se sentit porté à la mission des Indes. Ce qui fit juger que c'était une véritable inspiration, c'est qu'au même temps où il en fit la proposition au P. Everard Mercurien, successeur de saint François de Borgia, ce Général reçut des lettres des Indes par lesquelles on lui demandait avec les dernières instances, un supérieur qui fût capable de gouverner toutes les missions de l'Orient, dont le nombre croissait tous les jours. On marquait

en particulier toutes les qualités que devait avoir le chef de tant d^ouvriers évangéliques : un génie supérieur, un courage à toute épreuve, une grande étendue d'esprit, un cœur généreux, intrépide, inébranlable et surtout une sainteté consommée. Le P. Mercurien fut surpris de trouver dans ce caractère le portrait de celui qui lui demandait la mission des Indes ; il crut voir le choix de la Providence trop bien marqué, pour ne point s'y conformer, et il ne balança pas à nommer le P. Valignani Visiteur général de la Compagnie dans toute l'étendue des Indes orientales, du Japon, deMacao, et de toutes les missions que les Jésuites avaient dans l'Asie.

Dans une lettre qu'il écrivait, en 1604, au Père Général Acquaviva, le P. Valignani résume ainsi sa vie :

« Il y aura trente et un ans, en ce mois d'août 1604, que notre P. Everard m'a envoyé de Rome en qualité de Visiteur de la Compagnie en Orient, et le 6 du mois de septembre, il y aura trente ans que je suis arrivé à Goa.

Pendant vingt et un ans sans interruption, soit comme visiteur, soit comme provincial, j'ai eu la charge collective de toutes ces contrées de l'Inde et du Japon, et, quand parviendra dans l'Inde la réponse à cette lettre, si dans l'intervalle Dieu et Votre Paternité n'en ont autrement

disposé, je serai plus que septuagénaire. Trois fois j'ai fait le voyage de l'Inde au Japon, et le voyage auquel je me dispose à cette heure, s'il plaît à Dieu, sera le quatrième.

« Votre Paternité doit se rappeler qu'une seule fois, lorsque j'accomplis ma seconde visite au Japon, je demandai quel travail je devais entreprendre ensuite, ajoutant que, si vous m'exonériez de mon office, ce me serait une grâce immense. Depuis lors, je. n'ai rien écrit à cet égard. En effet, j'ai toujours estimé préférable et plus sûr pour ma conscience de laisser à mes supérieurs la disposition de ma personne, selon leur bon plaisir, que d'exprimer incessamment des demandes, afin d'être déchargé du labeur ; je savais qu'appartenant tout entier à la Compagnie et non à moi-même, je ne devais point, pouvant travailler, désirer me soustraire au service de la Compagnie, et me faire décharger, pour vivre dans le repos, quand il n'en était pas temps encore ; et Votre Paternité n'y aurait pas consenti.

« Maintenant que mon âge est plus avancé, que les forces du corps et la vigueur de l'esprit vont s'affaiblissant en moi, le temps me parait venu de vous solliciter pour la seconde fois, au nom de la charité ou par pure faveur, de me permettre d'employer en entier le peu de temps qui me reste à vivre, dans le recueillement de

mon àme et dans le soin exclusif de moi-même, sans avoir la charge d'autrui. Les raisons qui nie font vous en adresser la prière (tout en me remettant pleinemenl à la volonté du Seigneur et à celle de Votre Paternité, qui tient à mes yeux la place du Seigneur) sont les suivantes. En premier lieu, comme je l'ai dit, au retour du Père Procureur et à la réception de votre réponse, j'aurai dépassé soixante-dix ans, et dans un â^e aussi avancé, la santé et les forces ne seront plus suffisantes pour supporter un poids aussi considérable et qui exige un homme d'une autre et plus grande vigueur d'intelligence et de tempérament, que n'en peut avoir un vieillard septuagénaire, afin d'embrasser comme il convient, des affaires sans nombre et variées à l'infini, comme de voyager dans telle ou telle direction, sur les mers les plus orageuses, d'après les obligations de mon office. En second lieu, parmi les affaires continuelles qui ont jusqu'à ce jour été mon partage, j'ai commandé toujours sans avoir jamais eu quelqu'un pour me commander; et il est indubitable que cette ardeur spirituelle que Notre- Seigneur, dans sa bonté, m'avait communiquée à Rome, se sera refroidie insensiblement, et que ma volonté propre ayant acquis plus de force, un grand nombre d'imperfections se seront développées eu moi : il me semble donc

très raisonnable qu'au bout de soixante-dix ans, il me soit accordé de dire avec Jacob :

« Que j'aie le loisir de pourvoir à ma propre demeure, » et j'ai confiance dans le Seigneur qu'après que je serai dégagé de toute autre pensée, il m'accordera d'abondantes grâces spirituelles, et me rétablira dans mon état primitif. « En troisième lieu, reconnaissant que j'ai commis des fautes nombreuses dans mon administration, en ne correspondant pas avec le zèle nécessaire à des affaires d'aussi grande importance que l'étaient celles qui m'avaient été confiées par Dieu, plus l'âge appesantirait mes forces, et plus graves de jour en jour se multiplieraient mes fautes. Et si Moïse, qui, d'après le témoignage de la sainte Ecriture, était le plus doux des hommes, éprouva néanmoins de nombreux déplaisirs dans le gouvernement du Peuple élu, combien plus^ moi, qui suis si imparfait, me trouverai-je accablé de dégoûts et de peines, après avoir exercé, durant tant d'années, une charge aussi immense ! En dernier lieu, je puis déclarer en toute vérité devant Votre Paternité que Dieu m'a fait la grâce d'avoir mené à fin et mis à exécution, bien qu'imparfaitement, en raison de ma faiblesse et de mon peu de talent, tous les desseins que j'avais conçus en mon esprit, selon ce que la divine Majesté m'a inspiré successivement, tant

dans les affaires de Tlnde que dans celles de la Chine et du Japon, et aucune œuvre nouvelle ne me reste à entreprendre.

« Enfin, comme Notre-Seigneur ne découvre pas toutes choses à un seul, mais que, selon les temps et quand il lui plait, il découvre à tel une chose et à tel une autre chose, ayant pour ma propre part accompli le peu ou le beaucoup qu'il a daigné me faire entrevoir, comme pouvant être accompli par moi, le temps me parait venu que je cède la place à d'autres, à qui le même Seigneur découvrira d'autres œuvres ; et ils les accompliront pour son service et pour le bien de la religion. »

Le 13 janvier 1606, au retour d'une promenade à l'Ile Verte, lieu de rafraîchissement et de retraite pour les PP. Jésuites de Macao, le P. Alexandre Valignani fut atteint d'une strangurie aiguë contre laquelle les remèdes de l'art et les prières de tous les religieux demeurèrent impuissants. Le vendredi 20 du même mois, après sept jours de maladie, il rendit à Dieu son âme apostolique, âgé d'un peu moins de soixante-dix ans, après quarante ans passés dans la Compagnie, et trente dans les missions d'Asie. Quatre jours avant de mourir, il voulut tracer quelques lignes, où il exprima sa reconnaissance envers Dieu, qui avait daigné l'appeler dans la Compagnie de Jésus.

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Au Japon, il laissait la Compagnie constituée sur les bases les plus vastes : sous son administration, trente et un collèges, maisons ou résidences avaient été fondés; trois cents églises avaient été érigées et pourvues, cent soixante sous le régime direct des missionnaires et visitées habituellement par eux, et cent quarante confiées à des Cambos ou surveillants, qui étaient aussi les catéchistes et les présidents de la famille chrétienne. De nombreuses confréries d'hommes et de jeunes gens avaient été instituées dans les principales églises, et étaient le foyer de vocations nombreuses.

Par les soins du P. Valignani, les missionnaires, malgré l'infidélité des ministres du roi d'Espagne, qui détournaient vers d'autres usages les revenus fondés en faveur de l'œuvre apostolique, ne demeurèrent jamais dépourvus du nécessaire, et, selon le conseil de Tapôtre saint Paul, ne devinrent jamais onéreux aux nouveaux chrétiens. Les églises possédaient leurs vases sacrés et les autres objets essentiels au culte, et toutes les maisons avaient en réserve des raretés d'Europe, pour les présents officiels.

Le même admirable Père fonda plusieurs hôpitaux de malades et d'infirmes, spécialement pour les lépreux, les plus abandonnés de tous. Les aumônes qu'il recevait personnellement de Rome et de l'Espagne, de l'Inde et de Macao,

Faidaient encore à faire subsister plus de neuf cents chrétiens exilés de leur province.

Parmi les œuvres les plus essentielles du P. Valignani, nous devons rappeler ici qu en 1587 il avait apporté d'Europe au Japon une presse d'imprimerie, et amené des ouvriers pour tailler en relief les caractères japonais. Cette presse servit à imprimer de nombreux ouvrages, traduits du latin, ou composés dans la langue du pays par les missionnaires. Dans les séminaires, des classes de musique et de peinture avaient été créées pour les besoins du culte divin.

Enfln ce fut par les ordres du P. Valignani que fut instituée la série régulière des lettres annuelles de la province. Un religieux était désigné pour les écrire, et plusieurs avaient la charge de les revoir.

Telle était envers ce grand Religieux la vénération des plus illustres personnages que le roi d'Espagne Philippe II et le cardinal d'Autriche lui écrivaient tous les ans pour prendre ses conseils. Ses paroles étaient même en considération auprès des souverains Pontifes.

En apprenant sa mort, le P. Général, dans une* circulaire adressée aux Provinciaux, le recommanda d^une manière toute particulière aux ferventes prières de la Compagnie,

Vaz, Michel, Frère de la Compagnie de Jésus.

Il arrivaau Japon, en 1568, avec le P. Alexandre Valignani. Le P. Viléla lui enseigna la langue du pays et l'envoya ensuite dans Tile d'Amacousa. Lorsque le F. Michel sut bien le japonais, il passa dans File Chiki : à Tororo et à Foucouro, il instruisit et baptisa environ quatorze cents personnes; il fît aussi construire deux églises où les chrétiens s'assemblaient pour faire leurs dévotions et célébrer les dimanches et fêtes le mieux qu'ils le pouvaient, car ils n'avaient pas de prêtre pour leur dire la sainte messe.

ViLÉL\, Gaspard, Prêtre de la Compagnie do Jésus. Parti de Goa, en mai 1554, avec le P. Nuiiez, le P. Viléla arriva au Japon, en juin 1556, et se rendit à Founaï, capitale du Boungo, où il séjourna quelque temps. En1557, il fut envoyé, par le P. Cosme de Torrez, à Firando, pour y résider avec le F. Jean Fernandez, et il y arriva dans le mois de septembre. 11 trouva dans r Eglise de Firando une ferveur qu'il n'avait encore vue nulle part : tous les néophytes étaient catéchistes, et l'on ne pouvait suffire à

baptiser ceux qu'ils gagnaient à tout moment à Jésus-Christ. Un jour qu'il passait dans une rue, il aperçut un enfant qui accourait pour lui parler, il l'attendit, et à son grand étonnement, l'enfant lui demanda le baptême. Le Père lui ayant répondu qu'il le baptiserait, dès qu'il serait suffisamment instruit : « Ce sera donc tout à l'heure, repartit l'enfant, car je sais tout ce qu'il faut savoir. » Le Père l'interrogea et trouva qu'il disait vrai. Il voulut pourtant le remettre au lendemain, mais l'enfant protesta qu'il ne le quitterait pas avant d'avoir été baptisé, et il fallut le satisfaire. Quelques jours après, le P. Viléla fut très étonné de voir son petit néophyte qui lui amenait son père, sa mère, ses frères et ses sœurs qu'il avait convertis et parfaitement instruits des vérités de la Religion.

Cependant les bonzes étaient irrités contre les missionnaires, et l'un d'eux résolut de disputer contre le P. Viléla, dans l'espérance de le confondre ; la dispute eut lieu publiquement, et le bonze, n'ayant pu combattre les raisons du Père par de bons arguments, se retira si confus, qu'il décida de se venger de lui et des chrétiens, à quelque prix que ce fût. En eflfet, les bonzes employèrent à cette fin plusieurs expédients que leur haine leur avait suggérés, mais voyant que c'était en vain, ils demandèrent

au prince de Firando de bannir les missionnaires; faute de quoi, ils se feraient eux-mêmes justice. Alors le prince fit prier le Père de se retirer, et celui-ci, pour éviter des troubles, consentit à partir et revint en Boungo, où il visita particulièrement les chrétiens des environs de Founaï.

Parmi le nombre infini de bonzes qui habitaient la montagne de Frénoxama, assez près de Méaco, il y eut un Tunde qui, ayant entendu parler de la religion des Européens, conçut le désir d'en être instruit ; il écrivit donc à cet effet au P. de Torrez, qui lui envoya le P. Viléla avec le F. Laurent, Japonais. Ces religieux arrivèrent à Sacaï, le 18 octobre 1559, et en peu de temps, ils étaient à Sacomoto, bourg situé au pied du mont Frénoxama, considéré comme le sanctuaire de la religion japonaise. Le P. Viléla s'y arrêta, et envoya le F. Laurent au bonze pour lequel ils avaient entrepris ce voyage. Le bonze était mort, il y avait peu de jours; mais le supérieur qui lui avait succédé, nommé Daïsembo, consola le missionnaire affligé de cette mort, en l'assurant que le vieillard avait protesté qu'il mourait dans la croyance de tous les articles que le P. de Torrez lui avait marqués dans la lettre qu'il en avait reçue. Il ajouta que lui-même et dix de ses inférieurs désiraient beaucoup entendre le

452 LE MARTYROLOGE DU JAPOîi

Père leur parler sur la doctrine chrétienne. Le F. Laurent fit son rapport au P. Viléla, qui sur-le-champ se transporta au monastère des bonzes. Daïsembo et les autres furent merveilleusement satisfaits de la doctrine du Père, mais personne n'osa se déclarer. Ils dirent tous qu'ils ne pouvaient faire cette démarche, avant que le Yaco eût approuvé la nouvelle loi, et ils conseillèrent au Père d'aller le voir. Le P. Viléla fit bien ce qu'il put pour obtenir une audience de ce chef de la religion dans tout l'empire, mais n'ayant pu en vemr à bout, il prit le chemin de Méaco.

Le Père entra dans la capitale le 30 novembre et se retira d'abord dans une maison qui tombait en ruine; il y demeura plusieurs joui^s avec son compagnon, et tous deux se préparèrent par la prière et par la pénitence à la grande œuvre d'évangélisation qu'ils allaient entreprendre. Leur retraite finie, le P. Viléla trouva le moyen de saluer le Coubo, qui lui fit un accueil favorable, et alors il se montra avec assurance dans la ville, le crucifix à la main. Il se fit autour de lui, pendant plusieurs jours, un concours extraordinaire de personnes de toute condition; c'était à qui pourrait le voir, l'entendre, lui parler; mais un certain nombre de conversions ayant eu lieu, les bonzes s'en plaignirent si haut que l'opinion tourna contre les

missionnaires, et ceux-ci furent insultés, traités d'anthropophages et chassés de leur demeure.

Enfin la tempête cessa comme par miracle, et quantité de personnes, même de haute condition, furent baptisées. La faveur de Miochindono, favori du Coubo, contribua beaucoup à cet heureux changement, et ce fut par son crédit que le Père obtint des lettres patentes très favorables à la religion; ces lettres furent affichées dans tous les carrefours. Alors de nouvelles et nombreuses conversions eurent lieu ; mais celle qui fit le plus de bruit fut la conversion d^un bonze célèbre nommé Kouenchou.

De si beaux succès semblaient répondre d'une abondante récolte, lorsque les bonzes irrités excitèrent un nouvel orage. Alors, Miochindono fit avertir le P. Viléla de se retirer dans une de ses forteresses, jusqu'à ce qu'il pût parer le coup qu'on se préparait à lui porter. Le Père déféra à cet avis, mais ayant appris que sa retraite passait pour une fuite, il prit sur-le-champ le parti de retourner à Méaco.

Dieu bénit son courage ; les bonzes furent étonnés; Miochindono parla au Coubo, et celui-ci, par un nouvel édit, défendit de troubler les prêtres européens dans leurs fonctions (1560).

L'année suivante, le P. Viléla fut appelé à Sacaï par un des principaux habitants de la

ville ; il fut reçu par lui comme un ange du ciel, et le baptisa sous le nom de Sanche avec toute safamiUe. A l'exemple de ce gentilhomme, quatre soldats venus des environs, reçurent le baptême avec quelques autres citoyens. Sanche fit établir un oratoire dans sa maison pour le service religieux, et le P. Viléla, ne pouvant retourner à Méaco, à cause des troubles qui étaient survenus dans la capitale, demeura un an à Sacaï; il prêchait tous les matins, et le F. Laurent tous les soirs. Lorsque le Coubo eut apaisé ces troubles qui avaient été excités surtout par les bonzes dits Négores, le P. Viléla retourna à Méaco, au mois de septembre 1562, ety reprit les exercices de son ministère.

Il n'eut pas plus tôt recommencé ses fonctions apostoliques, qu'on vint en foule lui demander le baptême. Ce succès obligea les bonzes à faire un dernier effort pour chasser les missionnaires. Ils s'adressèrent à Dakandono, qui commandait dans la ville et qui y rendait la justice au nom du Coubo. Dakandono leur répondit qu'il fallait avant tout examiner si la religion chrétienne était aussi mauvaise qu'ils le disaient, et que tout ce qu'il pouvait faire en leur faveur était de nommer des personnes capables d'en juger. Il mit donc cette affaire entre les mains de Chimachidono et de Cicon-» donoj deux bonzes adonnés à la magie, enne-

mis des chrétiens et très estimés à la cour. Ce choix fit penser que c'en était fait des missionnaires; tous furent d'avis qu'ils devaient se retirer; ils partirent en effet pour Sacaï. Peu de temps après, on vint dire au P. Viléla que les bonzes s'étaient convertis et qu'ils l'attendaient pour recevoir le baptême. Le Père ne pouvait en croire ses oreilles, et cependant la nouvelle était vraie ; il partit donc promptement pour Méaco, et baptisa les deux bonzes. 11 conféra encore la même grâce à un vaillant capitaine , nommé Chicaidono et à toute sa famille : Ghicaidono, qui fut appelé Sanche, commandait ^a forteresse d'imori, située à huit lieues environ de Méaco. Les bonzes convertis ayant fait observer au P. Viléla qu'il ferait bien d'aller visi ter le vice-roi Miochindono, qui résidait à deux lieues plus loin que le fort d'imori, le Père fit le voyage et n'eut qu'à se féliciter de la réception que lui fit le vice-roi. Au retour, il s'arrêta à Imori, y dit pour la première fois la messe dans l'église que le F. Laurent venait de faire construire et eut encore la consolation d*y baptiser treize gentilshommes.

Vers la fin de l'année 1564, le P» Cosme de Torrez envoya le P. Louis Froëz à Méaco pour y partager les travaux du P. Gaspard Viléla.

Ge dernier le reçut avec une grande joie, mais le P. Froëz fut étonné de le voir aussi blanc et

aussi cassé que s'il avait quatre-vingts ans, encore qu'il n'en eût que quarante-deux, tant il avait travaillé et souffert depuis qu'il était au Japon : son activité était incroyable, et s'il avait quelque loisir, c'était pour traduire dans la langue du pays qu'il connaissait très bien, quelques beaux ouvrages de piété.

Le jour de la nouvelle année étant venu, le P. Viléla se rendit avec le P. Froôz au palais du Goubo, pour rendre ses hommages au souverain, comme le font les grands seigneurs du pays (1565). Le Coubo les accueillit avec de telles marques de distinction que tout le monde en était surpris ; en effet, il daigna converser avec eux, tandis qu'il jetait à peine quelques regards sur les plus hauts personnages. Mais ce qui mit le comble à l'étonnement général, c'est que le Coubo les invita à prendre le thé. C'était au mois de février. Pendant le carême qui suivit, il y eut une grande affluence aux prédications des Religieux : plusieurs païens se convertirent et entre autres un seigneur de la province d'Omi, nommé Tacayama, frère du général Vatandono, et père du célèbre Juste Oucondono. Huit jours avant la Pentecôte, le P. Viléla publia le jubilé accordé aux fidèles par le pape Pie IV pour l'heureux succès du Concile de Trente : ce jubilé produisit des fruits abondants de salut.

Peu de teQips après cette publication, les deux ministres d'Etat, Miochindono et Dakandono, conspiraient contre leur souverain : le palais impérial était incendié, et le Goubo assassiné par les rebelles. Ce fut un triomphe pour les bonzes qui obtinrent bientôt de Dakandono un édit de bannissement contre les missionnaires. Le P. Viléla sortit de Méaco, accompagné par le seigneur Chicaidono, et arriva avec lui au fort d'Imori le 27 juillet; le P. Froëz ne tarda pas à venir Fy rejoindre avec plusieurs Frères. Ils séjournèrent à Imori et dans nie de Sanga pendant plusieurs mois; mais comme les troubles de Méaco ne s'apaisaient pas et que le fort d'Imori était dans la dépendance de Miochindono, ils se retirèrent à Sacaï, où ils se livrèrent avec succès à toutes les fonctions de leur ministère.

Cependant le P. Cosme de Torrez informé de tout ce qui s'était passé dans la Tenca, rappela le P. Viléla en Boungo^ et ce Père y arriva le 31 mai 1566. Après quelque temps de repos, il fut envoyé en Omoura. Le prince Soumitanda l'accueillit avec empressement, mais comme ce prince avait alors une guerre à soutenir, le Père ne put faire tout ce qu'il aurait désiré pour le bien de ses sujets. Ensuite le P. Viléla passa dans rile de Chiki avec un autre Religieux, et

il eut la consolation d'y convertir en peu de mois plus de six cents païens.

En 1368, les PP. Balthasard Lopez et Alexandre Valignani étant arrivés au port de Cotchinotsou avec le F. Michel Vaz, le P. de Torrez chargea le P. Viléla de leur apprendre la langue du pays et tout ce qui concernait les sectes japonaises; il ne pouvait leur donner un maître plus capable et plus dévoué. Ce fut vers ce temps que le P. Viléla fut chargé d'aller prêcher la foi à Nangasaki qui n'était encore qu'une ville de peu d'importance et toute païenne. Le Père y fit tant de conversions, qu'au bout de quelques mois elle paraissait n'avoir plus que des chrétiens pour habitants.

En 1370, le P. François Cabrai arriva au Japon en qualité de Supérieur et de Vice-provincial; il débarqua dans l'Ile de Chiki, et l'un de ses premiers soins fut d'y convoquer tous les Religieux que l'éloignement des lieux ou l'importance de leurs fonctions n'empêchaient pas absolument de s'y rendre. L'assemblée eut lieu au commencement de juillet, et il y fut décidé que le P. Viléla, dont la santé était mauvaise, retournerait aux Indes. Il n'était pas encore parti, lorsque, le 2 octobre, le P. Cosme de Torrez mourut à Chiki, où son état de maladie l'avait retenu. On lui fit de belles funérailles, et le P. Viléla y prononça son oraison

funèbre. Peu de temps après, le P. Gaspard, qui avait quitté le Japon pour retourner dans rinde, mourut saintement à Malacca.

Vincent, Frère de la Compagnie de Jésus, Japonais. En 1570, le P. François Cabrai emmena avec lui dans Tlle d'Amacousa le F. Vincent pour que celui-ci y travaillât de concett avec le F. Louis d'Almeïda à Tévangélisation des habitants. Les deux Frères combinèrent leurs efforts et réussirent si bien qu'ils convertirent à la foi un grand nombre de païens. En 1585, Cambacoundono, qui était alors bien disposé pour les chrétiens, s'entretenantunjour avec Tun des officiers de sa cour, au sujet des missionnaires, celui-ci vint à lui dire qu'il y avait à Sacaï un Religieux, nommé Vincent, doué d'une rare éloquence et si désireux de savoir à fond tout ce qui concernait les sectes du Japon, qu'il n'avait pas craint d'importuner un bonze par ses questions, mais, ajouta-t-il aussitôt, je détournai ce bonze de consentir à ses désirs. « Et pourquoi cela? » dit le prince. « C'est, répliqua l'officier, parce que Vincent est chrétien et que sachant nos secrets, il nous ferait plus cruellement la guerre. » — « Vous avez agi contre toute raison,, repartit Cambacoundono, car il faut donner à la vérité l'occa-

sion de se produire, et pour moi, je trouve la loi des chrétiens cent fois meilleure que celle de toutes les sectes du Japon. »

En 1388, Yetsoundono, prince de Tango, accompagna Cambacoundono à la guerre qui eut lieu dans le Chimo. Pendant son absence, la princesse, son épouse, ayant quitté secrètement son palais d'Ozacca pour se rendre à l'église des chrétiens, eut occasion dV entendre le discours que le F. Vincent adressait aux fidèles. Elle en fut tellement satisfaite qu'après avoir obtenu de lui quelques éclaircissements, elle demandât aux missionnaires de la baptiser sans délai, parce qu'elle craignait de ne pouvoir revenir facilement, mais les Pères crurent devoir lui refuser pour le moment cette faveur, parce qu'elle ne voulait point faire connaître sa qualité.

En 1396, le F. Vincent se trouvait à Ozacca lorsqu'on vint lui demander de conseiller à un seigneur chrétien d'user de quelque subterfuge pour se soustraire aux dangers de la persécution, mais il s'y refusa net, disant qu'il n'y avait qu'un seul chemin du salut, et qu'il valait mieux mourir que de fausser sa foi. Il montra bien quelque temps après, qu'il était prêt, comme il l'avait dit, à perdre la vie pour soutenir cette vérité, car ayant appris à Nara, où il disputait avec avantage contre les bonzes,

que plusieurs Religieux venaient d'être empri sonnés à Méaco, il se hâta de s'y rendre pou] avoir le bonheur de mourir avec eux. Quanc il fut arrivé à Méaco, il voulut aller s'enfermei dans le collège où Ton avait placé des gardes, mais les fidèles l'arrêtèrent par force et le con duîsirent dans une maison particulière.

Vincent. C'était un enfant de six ans à peine et petit-fils du gouverneur d'Isafaï. Son aïeul lui disant que tous les chrétiens devaient mourir, et que lui-même serait condamné « Je le sais, dit l'enfant, mon père et ma mère sont eux-mêmes préparés à la mort, qui se fai1 grandement attendre ; » et son aïeul, violenl ennemi des chrétiens, ayant ajouté : « Je fera: venir de Sanga vingt croix pour l'exécution des chrétiens. » — « J'espère, dit l'enfant, qu'il y en aura une petite à la mesure de mon corps. » Ceci se passait dans la seigneurie d'Isafaï, en t612.

.VocAYAMADONO, George. Ce scigucur chrétien était gouverneur du fort de Vocayama, en Cawatchi. 11 savait unir à une foi vive et à une piété sincère^ la pratique de bonnes œuvres ; ainsi, il pourvoyait par des dons magnifiques

aux besoins du culte et à l'entretien des missionnaires, mais il le faisait en secret, pour que sa générosité ne lui attirât pas de louanges. Se trouvant un jour à Méaco, où l'on construisait une église, il remarqua qu'on y employait moins d'ouvriers qu'à l'ordinaire ; il voulut en savoir la raison; et quand on lui eut dit que c'était par faute de ressources, il prit aussitôt son épée en main, la dépouilla de sa garniture qui était toute d'or, et donna cet or pour les dépenses de la construction. Quand les missionnaires avaient fait difficulté, par discrétion, d'accepter les aumônes qu'il leur offrait, il n'en demeurait pas là, et pour que leurs œuvres n'en souffrissent point, il savait user de quelques moyens détournés. C'est ainsi qu'il les priait de lui garder à titre de dépôt quelque bonne somme d'or ou d'argent, ce qu'on ne pouvait guère lui refuser, et quelques jours après, il leur écrivait pour leur dire qu'ils pouvaient et devaient en faire l'usage qui leur conviendrait le mieux. Il avait fait bâtir une église dans la forteresse qu'il commandait, et depuis qu'elle était achevée, il s'employait, avec un zèle plus grand encore que par le passé, à la conversion des païens ; il en fit baptiser plus de mille dans la seule année 1577.

WocANO, Barthelémi. En 1612, les gouverneurs d'Outo, par ordre de ceux de Coumamoto, se mirent à persécuter les chrétiens. Barthelémi Wocano, gentilhomme pensionné du prince de Fingo, fut menacé d'être dépouillé nu, promené sur un char dans toute la province, et battu violemment avec le bambou, s'il ne renonçait à Jésus-Christ. Il répondit qu'il était préparé à toute ignominie et à la mort. Son fils, nommé Darie Cambioyé, âgé de vingt-trois ans, ne se montra pas inférieur à lui en résolution. Enfin Marthe, femme de Barthelémi, dit que, puisqu'il s'agissait du salut éternel, elle voulait partager avec son époux et son fils tous les tourments et la mort pour Jésus-Christ, elle ajouta que, les affronts subis par Notre-Seigneur étant les joyaux de la couronne éternelle, elle s'estimerait bienheureuse de devenir l'esclave du plus vil des serviteurs, de porter du bois à la cuisine et d'allumer le feu sous les chaudrons pour l'amour de Dieu seul. Barthelémi eut ses biens confisqués, fut enfermé avec toute sa famille durant l'espace de vingt jours, puis banni de la contrée.

Yafindgidono, George. Gouverneur d'Yabé en Fingo. En 1599, les Pères de la Compagnie de Jésus établirent une résidence à Yabé, ville du Fingo, h la requête de George Yafîndgidono qui commandait la forteresse de ce lieu.

George, ancien et fervent cbrétien, que le P. Viléla avait baptisé, était Tun des officiers les plus distingués et les plus dévoués du prince Tsoucamidono. Sa piété était exemplaire et sa maison réglée comme une communauté de religieux. Il avait environ trente personnes à son service. Chaque matin, tout le monde assistait à la messe et quand elle était achevée, on se retirait au son de la cloche, et Ton vaquait à la prière, soit vocale, soit mentale, pendant une heure, et c'était seulement après ces exercices qu'on allait à ses occupations. Le commandant ne permettait pas qu'on le dérangeât pendant ce temps, à moins qu'il ne s'agit d affaires de très grande importance. Avant le repas du soir, tous se réunissaient pour faire un peu d'oraison, et après le repas, il récitait lui-mêm^ les litanies des saints, et toute l'assistance lui répondait; la prière se terminait par l'examen de conscience. La plupart des gens de sa maison jeûnaient les vendredis et samedis de l'aimée, et

recevaient souvent les sacrements de Péniten et dTucliaristic.

De si beaux exemples devaient contribu beaucoup à la conversion des païens ; aussi 1600, y eut-il à Yabé quinze cents nouvea baptêmes.

Canzouyédono devenu maitre de tout Fingo, après la défaite des régents, détestî les chrétiens. Il les persécuta avec fureur pe dant six mois, et s'il s'arrêta, ce fut parce qu craignit d'être blâmé par Daïfousama. Alors permit à ses vassaux chrétiens de sortir de province, et ceux-ci s'acheminèrent ver^ l'ex tout en regrettant la mort.

Protais, prince chrétien d'Arima, accueil Yafindgidono avec bonté et le fit gouvernei de la principale forteresse du Tacacou. I 1612, George résidait à Canayama, où il avî obtenu de vivre en chrétien, par une conde cendance particulière de Michel, fils et succc seur de Protais, qui déjà avait apostasie p ambition. Mais l'année suivante, le vailla capitaine, toujours fidèle à Dieu, dut pari pour Texil.

Yensaï, Mathias, Confesseur de la foi. Il f l'un des quatre chrétiens qui, ayant été tortur pour la foi àCochinotsou, le 23 novembre 161

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