‹ Le Martyre des Congolais rien de changé au Congo: principaux témoignagesChapitre 3 sur 7 · Fournir le riz consommé au poste de l'Etat · texte numérisé non relu

Fournir le riz consommé au poste de l'Etat

4. Bâtir, réparer et nettoyer une maison de repos pour les voyageurs blancs et deux autres pour les porteurs nègres ;

5. Fournir la nourrilure des blancs de passage. Cela veut dire qu'il doit faire couper les arbres,

l'herbe et les arbustes, construira et réparer les ponts, On ne lui a pas appris à le faire, et on ne lui a pas fourni les outils nécessaires ni les matériaux. S'il arrive un accident, U est responsable et on le met en prison à Stanleyville, Il ne reçoit aucun dédommagement, même si sa route est en parfait état. Comme il n'a aucune idée du nivellement, ni de la construction des rampes, ni de l'art de combler les tfous, sa route n'est qu'un large sentier à travers la forêt. Pendant les pluies elle devient dangereuse, les porteurs glissent et tournent avec leurs iardeaux, et les ponts n'étant que des bouts de bois attachés ensemble à la diable au moyen de lianes, il faut du courage pour s'aventurer sur les torrents sur lesquels ils sont jetés. Or, les chefs de trois villages à la suite étaient en prison, lors de mon voyage, pour avoir manqué à l'entielien deleur section. On s'imagine aisément l'état de la route. L'un d'eux n'avait que cinq hommes sous ses ordres, pour tout faire !

Les taxes ont atteint le maximum possible, et cependant il n'est pas dépensé un centime pour l'entretien des voies de communication. Elles sont dans un état déplorable, et malgré cela les autorités en sont très fières.

Maisons de repos. — Sous ce rappoit, le chef ne Reçoit rien non plus; on ne lui donne ni instructions, ni outils, ni matériaux: mais si ses maisons ne plaisent pas, on le met en prison. Le chef de Bongeiia était ipcarcéré, lors de mon passage, parce que §on dak se

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trouvait être plus petit que les autres, bien propre et tout neuf,

Service des transports. — Le chef doit fournir lous ses hommes, de temps en temps, pour porter les fardeaux des voyageurs d'un poste à un autre. Les postes sont silués à environ huit jours de marche les uns des autres. Pour ce travail, chaque porteur reçoit un doti (4 mètres) de calicot, d'une valeur de 3 fr. 5o; le chef,lui, leçoit 4 dotis. Mais le travail est obligatoire, touB les chefs devant s'y soumettre.

11 est bon d'ajouter que dans certains cas, ces fiortturs sont de véritables esclaves, soit aux yeux de leurs maîtres, soit à leurs propres yeux. Ils appartenaient autrefois aux envahisseui s de Bangwana. Lors de l'émancipation des esclaves, ils furent censés quitter leur^maîlres, bien que la plupart ne le fissent pas, et ils revinrent immédiatement, L'Etat donna alors à leurs maîtres le titre de u chefs 0, et lorsqu'on a besoin de porteurs, on demande aux chefe d'en fournir. Ceux-ci, naturellement, envoient ces anciens esclaves, qui ne peuvent pas refuser d'obéir.

La contribution de Riz. — Dans ce cas- ci, le chef doit fournir 3o coibeilles de riz après chaque récolte. Il reçoit un doti la ir. 5o) par corbeille, mais comme le poste est à 5 jours de marche, le transport à lui seul lui coûte la moitié de cette somme. Le riz est la taxe personnelle du chef; elle est obligatoire sous peine d'emprisonnement. Il n'ose pas envoyer moins de 3o corbeilles, que la récolte soit bonne ou mauvaise, même si elle est ravagée par les éléphants, ce qui arrive

Lorsqu'un blanc arrive, il doit lui donner moyennant un faible remboursement, une poule, quatre œufs, et du plantain ou du riz, en outie, il est tenu de fournir le combustible et l'eau nécessaires. Or ces voyageuis passent fréquemment et sont accompagnés de 20 ou 3o porteurs qui sont aussi obligés de se procurer du bois dans le village.

N'ayant que 12 jeunes gens à sa disposition, tl va

de soi qu'il ne peut exécuter sa tâche qu'ei travailler ses hommes sans relâche. Il est lui-ôième forcé de cultiver ses champs pour nomiir son village. Je lui demandai si sa besogne serait allégée par le territoire trois fois plus grand ; il me répondit que non , car il n'aurait pas assez d'hommes pour le cultiver, et les femmes ne pourraient pas à elles seules résister à l'envahissement de la forêt et de la brousse.

Il lui est interdit de quitter son village, sous n'importe quel prétexte, sous peine d'eipprisonnement. Le chef est un homme âgé, et il a demandé d'être relevé de ses lonctions. L'État y a mis une conditioir, celle de laisser tous ses enfants au village I'

Ainsi, à l'exception de quelques menus Irais, le Gouvernement fait maicher les choses au prix du salaire et des rations des fonctionnaires blancs, qui sont fort peu nombieux. Il est vrai qu'il existe aussi la Force Publique et quelques travailleurs, mais pour ceux-ci la çonsciiption est en force et leurs gages sont des plus mimimes. '

Le serv'ce des transports est le set vice le meilleur marché qu'on puisse imaginer. Même l^s vapeuis du fleuve sont peu coûteux et ils transportent les marcband ses de l'État pour rien. L'équipage se compose du capitaine, du second, d'un ingénieur (tous blancs) et d'indigènes à gages dérisoires. Les réparations ne coûtent presque rien, le bois de chauffage rien du tout, et l'équipage noir se nourrit de Kwanga fourni par les indigènes sous forme de taxe. Le transport par terre ou en pagaie se fait par travail forcé. Les faibles gages consistent en sel et en calicot sur lesquels l'État réalise un bénéfice.

Voici quelques détails sur un village Basenji, dans la foiêt, montrant les obligatioi s de ses habitants. Il y a 14 hommes dans ce village et 9 dans un hameau du voisinage — les chefs sont frères. Chaque homme doit fournira l'État une grande corbeille contenant environ 13 kgs. de caoutchouc soit à un jour de marche de l'endroit, il leur faut 3o jours pour le récolter. Ajoutons

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à fiela S jolire pour le fiorter au poste et 3 jourS pour revenir et nous avons un total de 38 jours de service obligatoire sur 45. Pour chaque corbeille de caoutchouc un homme reçoit i Icilog. de sel d'une valeur nominale de 1 fr. Le chef reçoit i kilog. de sel pour le tout. Si le caoutchouc est de qualité intérieure ou en quantité insuffisante, l'indigène court le risque d'être fouetté ou emprisonné sans procès. Comme c'est censé représenter 40 heuies de travail par mois, (i) il me semble qu'on n'a pas le droit de rendre l'homme responsable de la qualité, même s'il le talsîfie volontairement au moyen d'autres substances.

Le peuple est découragé et' regrette les temps des Arabes, dont le règne était intermittent et auxquels ils pouvaient quelquefois échapper.

Les habitants sont entièrement nus, » parce que l'Eiat ne leur fournit que du sel et pas de calicot, au dire du chef. Ils vivent de plantain et de manioc, n'ayant pas le temps d'aller à la chasse et étant trop pauvres pour acheter des chèvres. Ils ne peuvent pas manger les quelques poules qu'ils possèdent, puisqu'ils doivent les fournir aux blancs de passage à la maison de repos. J'ajoute sans hésitation que pendant le cours de 19 années passées dans l'Afrique du Nord et du centre, je n'ai jamais vu de tribu si pauvre que les Basenji du Congo,

Il est bon d'ajouter que cet état de choses existe dans la province orientale où les fonctionnaires sont d'excellentes gens et où il n'y a pas 11 d'atrocités » (3).

(1) En pratique, cela revient à 304 jours de travail [lar an pour une rémunération totale de huit francs.

(2) Ce passage a fait la joie de la Presse de l'Etat. Or, que veut-il dire? Que même là où il ne se passe pas d'atrocités, la condition de l'indigène est horrible. Que doit être sa condition ou les « atrocités » sont de tous les jours?

Région des Bangalati

Rapport du vice-consul anglais, M. Michel (i)

u Actuellement, le territoire de la Compagnie Lomami est dans un état de révolte telle, que ni les agents de la Compagnie ni ceux de l'Etat ne peuvent y pénétrer. Cette Compagnie prétend posséder le teintoire, non comme concession, mais bien comme propriété libre.

Après avoir quitté IJambi, je remontais le Congo pour me rendre, à Stanleyville, lorsque je rencontrai le steamer » Endeavour « de la Baptist Missionary Society ; en réponse à l'aimable invitation des missionnaires, je les accompagnai jusqu'à Bopoto, où nous ariivâmes le 8 novembre. J'y restai jusqu'au i6, en attendant l'arrivée du bateau de posie qui devait me conduire à Stanleyville.

Je fus content d'avoir l'occasion de visiter le district de Bangala. Bopoto est situé près du grand camp de recrues de Lisala, qui fournit les troupes de la province orientale.

La contrée a une population de Sooo hommes, outre les femmes et les enfants. Mais comme il s'agit de nourrir à Lisala une population constante de plus de 20O0 personnes, les indigènes se plaignent du fardeau intolérable qui leur incombe, car ils ont à fournir les provisions. Ces indigènes sont d'une race tiès arriérée ; ils sont absolument nus, ignorants, sans moralité et d'une extrême pauvreté. î

La Mission baptiste possède plusieurs avant postes et écoles sur les deux rives du fleuve. Le Domaine de l'Etat s'étend sur la rive droite jusqu'au territoire de l'A. B. ï. R. sur la Lopori; certains indijjènes m'ont

dit que les chercheurs de caoutchouc sont obligés d'aller si loin pour en trouver qu'ils ont rencontré les indigènes de l'A. B, I. R. en campagne, eux aussi, ce qui mon're que le caoutchouc est épuisé.

Ici, comme partout ailleurs, les taxes semblent preser si lourdement sur les indigènes qu'ils sont découragés et se considèrent comme étant les esclavages de « Bula Matadi ». La demande incessante de caoulchouc, de vivres et de travail forcé ne leui laisse aucun répit, u

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