Rapport de M. Kenred Smith, de la Baptist
Missionary Society (i)
Upoto, le i3mars 1907.
Le Martyre des Nègres La dépopulation .
Malgré les réformes dont on parle tant, le système inique en vogue dans l'Etat Libre du Congo continue à produire l'oppression, l'injustice et la misère dont il est impossible de juger l'éiendue, car elle dépasse les bornes de la plus vive imagination.
Ici et là, les missionnaires entendent parler de tyrannie et de cruauté infâmes, mais dans cette immense contrée, il existe des milliers de milles c^résoù les missionnaires n'ont jamais pénétré, et où la condition des nègres ne peut-être jugée qu'en évaluant la quantité de caoutchouc exporté. Dans le voisinage des missions, le sort des noirs est passable, mais dans les d-stricts éloignés, on n'ose songer au terrible destin des habibants, à leur vie sans repos ni espoir. Quelle doit
(1) Transmis au Ministère des Atfeires Eirsngères de la Grande- Bretagne par la Congo Retbrm Association le S mai 19^7, Dans la
Association écrivant à sir Edward Grev feit remarquer ; « Je voua remets en annexe une liste des noms de personnes et de places pour lesquelles i'ai substitué dans la copie du rapport ci-inclus, des voyelles et des consonnes d'accord avec l'exemple du dernier gouvemçmçnt anglais &ji livrant à la publicité le rapport Casement. ^
Cooi^le
être leur condition dans les parages situés tout à fait hors de l'influence des missionnaires? On s'occupe de rétormes à Bruxelles où à Borna — sur le papier — mais elles n'ont aucun efiet dans les légions du Haut-Congo produisant )e caoutchouc. La colossale tragédie du Congo continue. Les malheurs de ses habitants font appel aux nations civilisées. L'angoisse indescriptible de milliers et de milliers de noirs émeut le cœur des philanthropes; leurs maux demandent justice.
Pour votre gouverne, je vous envoie ci-joint les noins des personnes mentionnées dans les notes qui suivent, 'mais pour éviter de nuiie à ces personnes il serait préférable d'y substituer des lettres inoâensives et de ne sommer ni les individus ni les villages, si par hasard vous faites usage de ces notes.
11 me semble que le plus simple sera de donner comme préface les citations suivantes que j'ai moimême choisies dans l'organe officiel de la Congo Reform Association, numéro de janvier, que je viens de recevoir. Elles sont tirées de votre rapport sur les débats de la Chambre belge, et les incidents de ma narration formeront un excellent commentaire sur ces citations.
»c Voulez-vous permettre au nègre de se vautrer dans l'indolence et la paresse ?» — M. de Smet de Naeyer (Premier Ministre belge.)
« Les races congolaises sont plongées dans la plus grande misère morale et sont sujettes à une paresse physique qui semble incurable : 11 faut leur enseigner l'importance et les avantagesdu travail. » - M.Woeste.
En décembre 1906 (du 4 au 3l), le révérend O. de la B. M, S., fd un voyage dans le territoire de la Société Anversoise (Mongalla). Voici quelques notes sur son voyage, qu'il a bien voulu me permettre de vous transmettre. L'une rappelle que par la Convention entre l'Etat et la Société anversoise du Commerce au Congo, datée du 12 septembre igo6, l'Etat a assumé la respom sabilité dif district de Mongalla.
DjIreobvGoOgle
isroTE I.
Laa oh«rohaurB da caoutchouc do Benftohdèi
Mon collègue, le rév. 0.,.a rencontré dans la forêtj à 53 1/2 kms. de chez eux, des hommes du village dé Bongonde, cherchant lé caoutchouc.
Il les revit lorsqu'ils livraient ce caoutchouc aii Blanc à Ngwenzali, à 35 kms. plus loin de Bongonde. Comme la quantité n'était pas suffisante, plusieurs dé ces hommes ne furent pas payés (ainsi que d'autres eri pareille situation, venant d'autres villages); on les mit à la disposition du Blanc pour la taxe de transport, et on les força de porter l'énorme quantité de caoutchouc de Ngwenzah à Binga, à 38 Kms, de là; ils furent aussi obligés de se présenter aux autoiités à Ngwenzali, à leur retour.
Une simple addition vous montrera la distance parcourue par ces malheureux :
De Bongonde à la forêt où mon collègue
les a rencontrés 63 1/2
De la forêt à Bongonde 63 1/3
De Bongonde à Ngwenzali (poste de Blanc). 25
De Ngwenzali à Binga, idem 38
De Binga à Ngwenzali 38
De Ngwenzali à Bongonde 25
Total 353 kms.
Ajoutez à cela 20 jours de marche dans la forêt à la recherche du caoutchouc. Tout cela pour rien.