SCÈNE XIV
LABORIEj CLARISSE, SUZANNE.
C’est bien elle !
LABO RIE.
CLARISSE
Eh bien ! Laborie, vous ne me dites rien ?
LABO RIE.
J’étouffe!...
CLARISSE
Vous souffrez?
J’étouffe de joie... j’étouffe de bonheur!.,. (L'embrawarn.) Abl c'est vous, Clarisse, c’est bien vous !.. . Quatre grands mois sans vous avoir embrassée !
CLAR1SS E
Vous ne dites rien à Suzanne?
Oh! pardon, mademoiselle... j’était tout entier au bonheur...
SUZANNE
De revoir Clarisse... cela se comprend, monsieur Laborie...
LABORIE, 1 Clarine.
La préoccupation de vqtre bonheur m'agitait sans cesse. Le médecin me disait de ne pas penser, je pensais toujours à vous.
CLAEfSSE.
Vous avez été malade ?
LE MARTYRE Dü COEUR LABO RIE.
Dangereusement.
CLARISSE
Mon Dieu! que inc dites-vous? Et pourquoi ne m’avoir pas écrit?
Je l’ai voulu, mais les forces m’ont manqué. Je m’imaginais, dans le délire de la fièvre, que mes souffrances étaient les vôtres... Je vous voyais mourante... Jugez de mon désespoir!... Tenez, les larmes rn'en viennent encore aux yeux! (a suunne.) Tout cela doit vous paraître bien puéril, n’est-ce pas?... mais songez que je l’ai vue tout enfant, votre amie... nous avons grandi ensemble, en plein champ, en plein soleil... Le même pain nous a nourris... je ne parle pas de ses petits chagrins, qui étaient de grands malheurs pour moi... Elle peut ne pas être ma sœur, mais je l’aime comme un frère, moi. (a ci»ri.«>.) Enfin, je suis accouru dès que j’ai pu sortir... mon cœur battait avec violence en entrant... Mademoiselle Clarisse, ai-je dit, à la première personne qui se présente? On me répond : Elle va venir... Moi qui craignais... moi qui tremblais de... mais vous voilà... vous voilà souriante, je vous entends, je vous vois, je vous parle... que me faut-il de plus pour oublier, pour être heureux ?
CLARISSE, dame.
Laborie...
SUZANNE
Que te disais-je? monsieur Laborie a pour toi une affection...
C'est bien naturel. Les pauvres n’ont que leur cœur, ils le donnent tout entier.
SUZANNE
Je connais des pauvres, moi, qui ne donneraient pas un lambeau de leurs haillons pour rien.
Moi, c’est différent, mademoiselle, j’en connais qui ne vivent que de sacrifices et de dévouement.