ACT E I
SUZANNE
Vous êtes bien heureux 1
LABO RIE.
Oui, sans doute... mais croyez-le, mademoiselle, riches et pauvres, grands et petits, ne font qu’une même famille... Les seuls déshérités sont ceux que la perversité a corrompus et qu’a dégradés le vice.
SUZANNE
La pauvreté a aussi sa noblesse, je le veux bien. Mais la servitude n’engendre pas souvent ces sentiments élevés. Vous devez l’avoir observé?
CLARISSE
Suzanne !
Pour faire de certaines observations, il faut vivre parmi les personnes qui peuvent les provoquer.
SUZANNE
Mais Clarisse m’a dit que votre père lui-même...
Suzanne!...
LABORIE, & Suzanne.
On peut parler de mon père, qui était un brave et honnête homme!... Oui, mademoiselle, mon père fut le valet de chambre du père de votre amie Clarisse, et mon grand-père le valet de son grand-père, et mon aïeql le laquais de son aïeul... et. j’en bénis le ciel, car c’est à ce lien de domesticité qui, durant un siècle, attacha ma famille à celle des Nepteuil, que je dois la mission que je remplis aujourd’hui... Êtes-vous contente, mademoiselle?
SUZANNE
Je n’ai pas voulu vous mortifier.
Je n’en rougis pas, vous voyez.
CLARISSE
J’espère, un jour, vous récompenser dignement, mon bon Laborie.
M LE MARTYRE DtJ CŒUR
SUZANNE, bai.
Très-bien !
LABO RIE.
Une récompense?... vous ne me devez rien.
Je vous dois, du moins, une reconnaissance éternelle.
De la reconnaissance!... à la bonriè heure!... Ah ! j’avais le cœur gros... laissez-moi vous embrasser pour cette bonne parole. (li l'embfnse an front.)
CLARISSE) riant, à Suranné.
Ce bon Laborie, il croit que j’ai encore dix ou douze ans.
Qui vous le fait supposer?
CLAftissi.
L’habitude que vous avetf conservée dé fti’eftibrSSser i lotit propos...
SUZANNE
Coutume populaire...
CLARISSE
Qu’il vous faut étudier à perdre, Laborie... ces façons pourraient plus tard choquer mon père... Nous sommes d’un monde...
LABORIE, donlonrenieraent.
C’est juste... je n’y pensais pas... vous avez raison, Clarisse.
CLARISSE
Nous sommes un peu les esclaves de ce mondé... Par exemple, vous continuez à m’appeler Clarisse... je vous le demande à vous-même, est-ce nécessaire, est-ce convenable?
Vous avez encore raison,' mademoiselle.- (tt *è «tourn* poto
essuyer une larme.)
CLARISSE, à Suranné.
il pleure! - -
SUZANNE
Mais toi-même, tû as les yeux humides et tii es pltiS pâle que lui!