‹ Le martyre du cœur drame en cinq actes en proseChapitre 21 sur 134 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

la vie S sa mère, — l’avait confiée à votre tante, sa nourrice, et sous la garde d’Ambroise Laborie, votre père...

C’est la vérité, madame.

MADAME DUROZOIR.

Vous avez ajouté que votre père était mort, victime des violences' révolutionnaires; que la nourrice de l’enfant l’avait suivi dans la tombe, six ou sept ans après; qu'enfin, vous vous êtes trouvé chargé de l’orpheline , charge d’autant moins lourde , que le marquis avait laissé une certaine somme en partant pour assurer l’entretien de sa fille... Voilà ce que vous m’avez confié... et si j’ignore la famille de Clarisse, si je suis encore à savoir le lieu d’exil de son père, c’est à vous que j’en fais le reproche, monsieur, à vous, qui me l’avez obstinément caché... Donc, je ne connais et ne dois connaître que vous, qui m’avez confié Clarisse. Si j’ai à la rendre, c’est à vous que je la rendrai; si je la renvoie, c’est chez vous que je la conduirai.

LABORIE, avec terreur.

Chez moi!... Ah! ne faites jamais cela, madame... jamais, entendez-vous, jamais! *

MADAME DUROZOIR.

Et pourquoi donc ?

Pourquoi?...

MADAME DUROZOIR.

Vous faites naître en moi d’étranges soupçons par moments... Clarisse est bien la fille du marquis de Nepteuil ?

Oui, oh! oui!

MADAME DUROZOIR.

Où est le marquis?... Oh! répondez, monsieur Laborie... Je suis résolue à connaître toute la vérité, ou à vous rendre Clarisse aujourd’hui même.

Aujourd’hui?...— Puisque vous m’y forcez, je vais tout vous dire; mais ^urez-moi, madame, que Clarisse n’en saura jamais rien.

I,E MARTYRE DO COEUR

M A4.) AME DL’ROZOIR.

Je vous le jure! — Voyons, remettez-vous, monsieur. Où se trouve le marquis ?

LABO RI E.

Je l’ignore.

MADAME DL’ROZOIR.

D’où vous a-t-il écrit en dernier lieu ?

i.ARORir.

11 ne m’a jomais écrit.

MADAME DL'ROZOIR.

H avait donc un intermédiaire pour vous faire passer ses ordres ?

LABO RIE.

Il ne m’a jamais donné d’ordre.

MADAME DL’ROZOIR.

Comment! la somme d’argent laissée par lui a suffi pendant onze ans?...

LABO RIE.

Le marquis de N’epteuil n’a rien laissé.

MADAME DLROZOIR.

Rien?... Mais depuis onze ans?...

Je travaille.

MADAME DL’ROZOIR.

Et c’est avec votre travail ?...

Oui, madame... — La terre deNepteuil, où nous vivions, fut confisquée. Alors, mon père nous lit partir, ma tante, Clarisse et moi, pour la Bretagne. Lui, il allait en Allemagne pour s’entendre avec le marquis il l’égard de sa fille. En passant par Paris, il chercha à voir ma mère, que son dévouement retenait au Temple, auprès de Madame Élisabeth de France. On fit à mon père un crime d’avoir, voulu pénétrer dans la prison royale. 11 fut arrêté, jugé, et... la Révolution compta une victime de plus. .

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