‹ Le martyre du cœur drame en cinq actes en proseChapitre 48 sur 134 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

fait un beau rêve... et c’est ici, dans ce triste et misérable réduit que Dieu me l’a envoyé... Voyez donc... chaque objet est comme empreintde tristesse... on dirait que les murs crient la faim !

Vous exagérez!

CLARISSE

Je n’eusse jamais cru que là misère pût aller si loin.

LABORIE, & part.

Mais...

CLARISSE

Je ne saurais vous rendre l’épouvante qui s’est emparée de moi quand je me suis réveillée sous ce toit obscur, entre ces murs délabrés... C’est de l’enfantillage, je le veux bien... Mais j’ai cru un moment que je passais réellement de l'opulence à la misère, et que la riche et noble héritière des Nepteuil s’agitait convulsivement dans un galetas pour gagner son pain.... je me demandais s’il ne valait pas mieux mourir que de vivre ainsi !...

LABORIE, à part.

Ah! mon Dieu! (naut.) Le travail est plutôt une bénédiction qu’une malédiction du ciel.

CLARISSE

Oui, c’est possible.... mais enfin partons.... sans attendre madame Durozoir... Vous le dirai-je, mon ami... ce spectacle douloureux m’attriste... Je voudrais être loin d’ici pour respirer à mon aise.

Mais où voulez- vous donc que je vous conduise?

CLARISSE.

Dans ma famille... à l’hôtel de mon père...

Je... (A part.) Ah !

CLARISSE

Mon Dieu! qu’avez- vous donc... vous chancelez?... cette pâleur 1... je vais appeler !

LE MARTYRE DU CŒUR

C’est inutile... .

CLARISSE

Les pauvres gens qui m’ont secourue...

Nul n'habite ici que moi 1

CLARISSE

Vous!... et mon père vous a laissé... (L#i prenant u main.) Mon pauvre ami!... Mais votre sort va changer... je verrai mon père... je lui parlerai... soyez tranquille!

Votre père?...

Quoi?...

L A B 0 R 1 E , te reprenant.

Je veux dire que je ne suis pas tant à plaindre, et que cette mansarde n'est pas aussi triste que vous le croyez (oo«ra»t la fccèire.) La belle vue qu’on a d’ici! voyez.. .on domine Paris... et ces murs qu’on aperçoit là- bas, été comme hiver, sont recouverts d’un tapis de verdure... du feuillage pour reposer ses yeux, des oiseaux qui chantent, un air pur et le ciel bleu... Que de gens vont bien loin pour en avoir autant!... — Voilà ma petite chfmbretle, mademoiselle Clarisse, et, si vous le vouliez, vous pourriez attendre votre père quelques jours ici ?

CLARISSE

Comment?

LABORIE, vWemeot.

Tout serait réparé, meublé, embelli en un tour de main. Tout en vous parlant j’y pensais. Tenez, une belle petite tenture en étoffe de Perse... hein?... Vous aimez les fleurs... ch bien! vous en auriez!... (e» nam.) II est bien entendu que j’irais loger ailleurs, moi. — Enfin, des rideaux de mousseline, deux fauteuils-bergères et un bon sopha en étoffe pareille aux meubles ; — c’est si frais et si joli, la perse ! — Là, une table à ouvrage... de bons livres dans ce coin, sur une étagère. .. ici, deux statuettes... — sur la cheminée, enfin, une jolie glace, où sè mireraient les flambeaux, deux vases en porcelaine ornés de bruyère, et la petite pendule dorée!... ce ne serait

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