ACTE II
laquelle je vous prie de répondre franchement, loyalement, brutalement même, s’il le faut... j’aurai le courage de vous entendre. — Asseyez-vous... je vous en prie. — (s'asseyant.) Vous me croyez faible, sans énergie, une sorte de petite évaporée toute enfiévrée de vanité et entichée de sa noblesse. Vous vous trompez. Si un malheur me frappait, et que je fusse un jour contrainte au travail par la nécessité, je ne dis pas que j’en serais heureuse, mais j’y apporterais line âme chrétienne; je me souviendrais surtout que nous ne sommes plus au temps où l’orgueil et la dignité de gagner soi-même son pain étaient regardés comme un opprobre.
LABORIE, à part.
Que dit-elle?
CLARISSE
Le travail, comme vous me le disiez, est plutôt une bénédiction qu’une malédiction du ciel.
LABORIE, i part. -
Est-ce un rêve?
Je ne serais pas la première fille noble que le sort aurait condamnée à la pauvreté. Je brode, je suis bonne musicienne, j’ai de l’instruction... que faut-il de plus {tour se suffire à soimême? Je ferai comme tant d’autres, je vivrai honorablement de mon travail.
LABORIE, avec joie, à part.
Ah!
CLARISSE
Vous pouvez parler, vous voyez, c’est une femme courageuse qui vous en prie.
Obi la noble fille!
CLARISSE
Ma famille est sans ressources, n’est-ce pas?...
Non... mais...
CLARISSE
Nous sommes ruinés, n’est-il pas vrai?... j’attends mon arrêt avec calme. '
Ah! vous êtes un grand et noble coéur! Votre courage me donne la force de tout vous dire... Votre père...
CLARISSE
Achevez?...
Votre père a disparu, nul ne sait où il est, et U dernière année de votre pension est due! (vi««meni.) Mais je vous reste, moi, Clarisse... vous aurez ce soir six mille francs qui vous permettront d’attendre... vous vous acquitterez envers madame Durozoir... vous travaillerez... Jacqueline vous aidera et vous aimera comme une mère... votre vie ne sera pas absolument triste ainsi... elle sera peut-être pénible, mais non désespérée... n'est-il pas vrai?
CLARISSE
Oui... oui!... Au fait, celte mansarde qui m’effrayait il y a un moment, me sourit presque à cette heure.
LABORIE, porUot les mains & ses jeux.
Ah! mon Dieu!
' CLARISSE
Qu’avez-vous donc?
Votre résignation me fait pleurer l
CLARISSE, s'efforçant de sourire.
Je ne suis pas si résignée à mon sor-t que cela. Vous m'avez parlé d’une tenture, de quelques meubles, j’accepte.... Mon Dieu! je suis femme... puis-je les avoir sur-le-champ?
Oui, oh! oui. (a pari.) Et j’hésitais à me vendre!,., Riais je vendrais mon âme avec joie.,, oui mon âme, ma vie, mon sang pour lui épargner un regret! (six heures saunent, a p*n.) {six heures!... 11 en est temps encore, ce courtier in’altend!... (Haut.) Je vais trouver le tapissier... (a pat.) Oh! oui, tout, tout pour elle! (u tori.)