‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 14 sur 45 · I. II · texte numérisé non relu

I. II

d'aller attenclre aux barrières de la ville ceux qui en sortoient avec des passeports^ conformément à la loi de déportation décrétée le a6 août^ pour les arrêter et' les amener dans les prisons où devoit se faire le carnage. La populace étoit d'ail* leurs particulièrement ameutée contre ces prêtres : c'étoit au travers de ses huées y de ses insultes et de ses menaces , que chacun d'eux étoit conduit au comité de la section dan^ l'arrondissement de laquelle il avoit été saisi.

Les sections qui en avoient un plus grand nombre pour habitans, étoient celle du Luxembourg , dans l'arrondissement de laquelle se trouvoient beaucoup d*établissemens ecclésiastiques ; et celle du Jardin (botanique) du Jioi, ou des Plantes , qui n'en contenoit pas moins d'également recommandables par la piété comme par le savoir. Les hideux révolutionnaires de celle-ci venoient de lui donner, dans leur ignoble brutalité y le nom de section des Sans-Culottes ; et leur comité siégeoit dans l'église même de Saint-Firmin. C'étoit, cesemble, pour bien caractériser l'esprit des massacres prochains, qu'on y préludoit par la plus révoltante profanation des sanctuaires et des plus saints asiles du sacerdoce . Il ne falloi t pas que rien laissât douter que ces captifs de Jésus-Christ seroient imipolés en haine de leur Foi.

Le vénérable archevêque d'Arles fut un des soixante-deux que l'on amena, Te ii, devant le comité de la section du Luxembourg (i). Tous y furent livrés à trois membres^ de ce

*0) ^<^^ ^ Relation de l'abbé Bertbelet. — Qui ne seroit indigné^ d*après cela , de ce que l'oificieux JlfoniUur raconta de ce saint archevêque dans son tar* dif autant que mensonger récit des événemens ? Il disoit le 6 septembre : « Quelque déconcertés que dussent être les conjuré^, depuis la journée du lo août....

ils n'aVQÎent pas pour cela abandonné tout espoir de succès On avoit eu

connoisaance par des indices particuliers, des aveux publics, des dénonciations •ignées y que pendant la'nuit les prisons sett)ient ouvertes pour faire évader les coruptrateuTÊ ; que les autres détenus , dont le nombre étoit considérable , et Attxqnek on dtroit donner des armes, autant qu'il seroit pojpsible, se répandroient dans la ville, forceroicnt les corps-de-garde, désaimeroient les citoyens;

comité y dans une salle particulière^ pour être reconnus par eux, l'un après Tautre^ comme prêtres insermentés. Dans leurs réponses à ces interrogateurs^ ils s'honorèrent d'être revêtus du sacerdoce de Jésus-Christ^ de n'avoir point fait le serment; et d'être disposés à mourir plutôt que de le prêter. Ces trois commissaires les firent passer dans une chambre de détention, où ils restèrent pour attendre la décision unanime du comité à leur égard. Quand elle fut arrêtée, vers neuf heures du soir, on se mit à les fouiller comme de vils criminels, pour leur enlever ce qu'ils pourvoient avoir d'ustensiles usuels, avec lesquels d'autres qu'eux auroient été capables d'attenter à leur vie ou à celle de leurs persécuteurs ; et des gardes nombreuses les conduisirent à l'église des Carmes. Quand ils y arrivèrent, et qu'on les y écroua, ils n'y trouvèrent que quelques mauvaises chaises pour se délasser d'une journée aussi pénible. «Là, nous disoit naguère encorel'abbé Berthele t, sauvé des ipassacres ( i ), il nous fut défendu de nous parler : un garde fut mis à côté de chacun de nous, et l'on nous apporta, pour toute nourriture, du pain et de l'eau. C'est ainsi que nous passâmes la première nuit; et, jusqu'au cinquième ou sixième jour, nous couchâmes sur le pavé de l'église. Il fut ensuite permis à ceux

•t, réunis i quelques antres brigands, s'introdoiroient dans le» maisons pour piller et incendier. Le dimanche a , tandis que les citoyens électrisés par U proclamation de la commune provisoire , se rassembloient dans leur section ]K>ur s'enrdler et pour y délibérer sur les dangers de la patrie , seize particuliers armés de pistolets et 'de poignards avoient été arrêtés. L'ARCfiirAQtrs p'Ablbs et le vicaire de Saint-Ferréol de Marseille étoient du nombre ; on vent les conduire de la cour du Palais au comité des Quatre-Nations; ils font résistance^ et l'un d'eux tire un coup de pistolet qui blesse mortellement un citoyen. Alors ils deviennent victimes de leur propre fureur. Les bruits de l'évasion projetée des prisonniers inspirent plus de crainte ; ils s'accroissent par des indices plus certains... L'indignation du peuple étoit Àson comble.... £h bien ! qu'Us

meurent tous! s'écrie un citoyen qui vcnoit de s'enrdier* Que ies scéIdrtUê

meurent tous ! Cette résolution subite se propage avec une actirité in<*

croyable. Le peuplé se porte de toutes parts aux prisons^ etc. ik. (i) i?eMon écrite pur lui-mtoc.

It.

qui en avoientles moyens^ de se procurer des lits de sangle et des paillasses. Le lendeinain du jour où nous avions été enfermés étant un dimanche ^ nous demandâmes la permission de dire ou d'entendre la messe 3 et cette consolation nous fut refusée^ non seulement ce jour -là , mais encore pendant tout le temps de notre détention. Nous évitâmes avec soin de donner aucun sujet de plainte contre nous ; et nous rejetâmes même la proposition qui nous fut faite, à différentes reprises, par un jeune homme nommé Vigouroux, qui portoit l'habit ecclésiastique sans être attaché à cet état, de profiter des occasions qu'on sembloit nous offrir de prendre la fuite -, car on laissa plusieurs fois des portes ouvertes, et même des armes à notre disposition. Sans examiner si c'étoit, ou non , Une perfidie, n'écoutant que notre conscience, nous craignîmes de nous rendre coupables , ou de compromettre quelqu'un par la fuite ; et nous continuâmes à rester soumis aux, ordres que nous avions reçus. Cependant notre prison se peuploit tous les jours davantage 3 et, comme c'étoit la nuit principalement qu'arrivoient d'autres prisonniers, housétion^ fréquemment troublés, dans notre sommeil , par les propos outrageans et le cliquetis des armes des gardes qui les ainenoient ;>.

Il en étoit de même dans le séminaire de Saint-Firmin, où, dès le i3 août, le comité de la section des Sans-Cuiottes constitua prisonniers les vertueux prêtres de cette maison ^ et où, chaque jour, il s'en faisoit amener d'autres de tous les quartiers de la section, par des forcenés révolutionnaires, armés de piques et de sabres. Lorsque, devant le comité , ces prêtres manifestoient leur persévérance dans l'éloignement du serment anti-catholique, ils étoient aussitôt emprisonnés avec les précédens.

On n'amena des prêtres insermentés à la prison de Y Abbaye et à celle de la Force y que vers le 26 août, lorsque déjà l'église des Carmes etle séminaire4e:Saint-Firmin ne pouvoiei^it presque plus en contenir d'auti*es \ mais plusieurs de Geus-cî>

arrêtes presque en même temps que les premiei^s, étoient | déjà dans la prison dite de lu Mairie, et msûntenant de la * Préfecture de Police. "^

Sur ces entrefaites fut rendu^^ le a6 août, par l'Assemblée Législative , agissant en souveraine depuis le i o^ le farouche décret de la déportation des prêtres insermentés. ( Voyez Déportation.) Ceux qul^ dociles à cette loi,, se présentèrent, suivant sa teneur, à la municipalité, pour demander les passeports, sans lesquels ils ne pouvoient sortir de France, ni même de Paris , n'en obtinrent pas tous ^quelques uns furent retenus prisonniers. Ceux qui en obtinrent, et partoient déjà, conformément à la loi, furent arrêtés aux barrières mêmes, et amenés dans les prisons, commenaus l'avons déjà dit. Les prêtres queleur effroi, leurs infirmités ou leur grand âge avoient empêché de se mettre en route , se cachèrent en des maisons où ils croy oient trouver quelque sûreté ; mais ils furent presque tous découverts et saisis lors des visites domiciliaires qui se firent dans la nuit du 28 au ag, et les jours suivans, d'après le décret de l'Assemblée. On paroissoit mettre la plus grande importance à ce qu'aucun prêtre insermenté n^échappàt au massacre résolu \ et ce fut par un bien atroce respect humain que , pour n'avoir pas trop l'air de n'en vouloir qu'à ces prêtres et aux laïcs royalistes, le comité de sun^eiîlance de la commune décida qu'on égorgeroit, apr^ eux , une partie des détenus qui étoient, pour vols ou autres délits contre Tordre public, dans les prisons de la Force, de la Conciergerie, du grand Châtelet, des Bernardins, de Bicêtre et delà Salpêtrière.

« Sxtr la fin du mois d'aoftt, reprend l'abbé Berthelet, un cominissiaire vint faire (aux Carmes) un appel général des prisonnier^, et l'on demanda successivement à chacun eu particulier s'il était prêtre, ou dans les ordres sacrés. On écrivit nos réponses , et Ton élargit deux prisonniers qui décla7 rèrent n'être pas liéis au'x ordres. On i*j^tint néanmoins parmi nous deux laïcs : M.DuplaindeSainte-AIbii^^ pt M. de Val-

fons^ ancien officier au rëgimeut de Champagne, qui déclara être catholique-tomaîn , et ne pas connoitre d'autre motif de sa détention. Quelques jours après cette visite, nous reçûmes celle d^un autre commissaire de la section^ qui nous parla à chacun en particulier, et nous demanda nos couteaux, nos ciseaux et bos canifs, après nous avoir dit quelques mots de consolation. Nous voyions fréquemment aussi M. Manuel, procureur de la Commune. Il nous dit, un jour, que Ton avoit examiné nos papiers; que l'on n'avoit rien trouvé qui pût nous faire paroitre coupables, et que nous serions bientôt rendus à la liberté. Il nous revit, le 3o août, et nous dit que les Prussiens étoient en Champagne 5 que le peuple de Paris se levoit en masse, et envoyait toute sa jeunesse pour les combattre 5 que l'on ne youloit point laisser d'ennemis derrière soi, et que nous devions, pour notre propre sûreté, et pour obéir au décret de déportation, nous préparera sortir de France (1). Sur une observation de l'un de nous, il répondit que l'on nous accorderoit quelques heures pour prendre, dans nos maisons, les choses dont nous aurions besoin pour le voyage 5 et, le soir même, vers minuit, un commissaire, accompagné de gendarmes, nous lut le décret sur la déportation ,' et le laissa affiché dans le sanctuaire. Dès le lendemain, nous nous hâtâmes de recueillir le plus d'argent qu'il nous fût possible, pour des voyages dont nous ne connoissions ni le terme, ni la durée. Nous étions alors environ cent soiscante prisonniers ».

|.| ■ II. m'f

(i) M. Tablté Vialar^ |>areiUemeiit échappé au inasaacre fhitanaL Carmes, nqus a raconté qu'un jeune ecclésiastique normand « l'un des détenus,^ 04a dite à Manuel : « Vos principes de liberté , de bienfaisance et de pkilantrofifs i qu'on ne cerac^ de proclamer^ 8''BCcordent mal avec le traitement cruel et arbitraire que l'on'&it subir aux prêtres » , et qtxelVIanuel lin répondit :•« Que voulez-vous ? il a îjaJdn abattra un grand arbre dont les racines p!K;ofond«8 étoient envenimées , les branches vermqulues, et le tronc "pourri. Parmi les branches^ il a pu se trouver quelque rameau ^ain et pur; mais il a dû tomber aveclertste »: {f^qjr.SkVk.)

On comprendra tout à l'ineure pourquoi Manuel faisoil en sorte qu'ils eussent avec eux y dans la prison^ tout l'argent et tous les effets précieux qu'ils pou voient emporter. Le même jour^ il alla tromper^^ de la même manière^ les prêtre» enfer* mes às(ns la prison de la Mairie, eX parnd lesquels étoit l'abbé Sicard^ instituteur. d^S: sourds-muets > qui fut aussi sauvé du massacre. Suivait ss{ Relation , Manuel leur dit : « Je viens vou$ apporter, d^. paroles de cOn^olftâîon etd« paix ^ daDs trente-six heures, vous.recevrefl^^ ^e la iaunici-* palité, les détails des mesures d'exécution de la'dépcoRtatîott à laquelle sont condamnés tous ceux qui n'otiipe» &i^lè serment civique 3 et douze l]\eures aptes., K^Us serês libres, et vous aurez quinze jours pour yogs préparer à-i^otgrev0|)rii^ 5 mais il faudra que chacun prouve i^'il esltprlUre ^ car Tavan»* tage de sortir de France, en ce, moment,, est une iaveur que bien des gens envieroient ))• U; y a tout lieu de croij:e. qu'on usa de la même perfidie à 1 egaid des prêbc^ e^^ermés dans le séminaire de Saint-Firmin,

Et c'étoit.ç,e jourrlà même où le pro<:uteurrgénéràl de la Commune ^bfisoit aussi cru^Ueti^ent.de la >hi0Jaiie Ibilde. cies pieux captifs, qu'elle envoyoit à tous les comités de sections cet ordre affreux : . ,'..»» i» .

« Le conseil-général a arrêté, que le^/seçtiôfisf étaient chargées d'examiner et de juger, sff]^ lç|:(r, responsabilité, les citoyens arrêtés cette nuit 4cmièrç«^ou d^ns.la matinée.de ce jour. Signé Huguenin,,prç6id^n.t; Tallipu^ sçjcrétairegreffier j Mehée, secrétaire-adjoint»^ , r ,

Et ce fut le lendemain, 3i août,. nue ..MaT^U^, accompar gnant le maire Péthîon , et forn^ant ,.a.ye.ç.Xallien , ujie ^éputation municipale,, celui-rci, parlanjtau^xoiji^.^^Ja.Çominui^e., dit à l'Assemblée Législative : ;< Nçus avo^f f^itj'iarrê termes prêtres perturbateurs \ ils sont enfermés dans une maison particulière ; "et, sous peu de "jours, le sol de là liberté sera purgé de; leur préffoti&ce »v'r '«^ ^ ^ ^ ^ ...

La Commune, dans ses séances publiques, explîquoit assez.

dairemeiit l'ambiguité de cette dernière phrase. « La salle, dit Morellet (i), retentissoit des clameurs les plus sanguin naires contre les prêtres; les frénétiques^ dont les tribunes étoient remplies , y chantoient, avec la permission du présî* dent;, des couplets de cannibales dans lesquels il étoit question de massacrer sans retard les prêtres, qu'on y disoit rassasiés de crimes ^ et de les ensevelir sous leurs autéh ensanglantés. Celle des chansons où de tels sentimens étoient exprimés avec une plus atroce énergie , étoit applaudie avec fureur. Qnlafaisott répéter, n^e se lassant pas de l'entendre. Lesfemm^s^des tribunes en trépignoîent d'une joie féroce, et leurs vQie% criardes s'élevoietft en refrains. La Commune décida que cette chanson seroH imprimée à ses frais, et envoyée, avec beaucoup d'autres semblables, dans les départemens^: moyen puissant et terrible de nourrir et d'exalter les sentimens qu'on Vouloît inspirer au peuple. Un perruquier, nommé Yialard , s'échaaffànt dans un discours contre les prêtres , en cette circonstance , alla jusqu'à sujpposer, d'un tonaffirmatif , qu'ili étoient tout^prêts k égorger les citoyens , et qufils*les ëgo¥geiH>ieht/ èi lés citoyens ne se hfttoient de les prévenir. '>}>t * *^-' ' ' . ..• t. , .,

Le lendemain, samedi, i*' septembre, les places publiques et les rùes'fureiit inondées d'émissaires dé la Commune, qui ameutoîent la po{:|ulace, en désignant les prêtres à sa fureur, comme dès traîtres à qui principalement elle devqit imputer l'approche de? l'armée "prussienne; et, de toutes parts, déjà la populace ne parloit qti^e de les massacrer. Ce fut à travers ces rumeurs sinistres que le comité de surueillahce de la Coxnmtme "fit conduire- à la' prison de Vjâbhaye enviroft ▼îngt-uh' des prêtres qiiî iêtoicnt dans celle de la Mairie. Jusqu'alors'> il în'y ^en avoît in qlie trois parmi les laïcs royalistes

(x) Mélanges de Httérature et de miosophiê du XVIW sièeUé Ptaris , i9i% au III« Tolunra. ... • . ij :

enfermes à V Abbaye. Cette prison en étoît pleine : on enferma les prêtres. dans le réfectoire des religieux, près de la salle où siégeoit le^comité de la section des Quaire^Nations. Celui de surveillance de la Commune s'occupoit, dans rintervallê^ avee une barbare activité, des préparatifs du massacre fixé au jour suivant. Henriot, avec une bande de sicaires, étoit chargé, par le comité, d'exécuter le carnage aux Carmes; et Maillard , avec les siens , devoit immoler les prisonniers de V Abbaye (i). Tout se préparoi t avec la plus barbare prévoyance , comme on peut en juger par une lettre qu'à la mort de Maillard, Senart assure avoir trouvée dans ses papiers, avec d'autres pièces relatives au massacre. Cette lettre y écrite par le comité, lui recommandoit de « disposer sa. bande .d'une manière utile et sûre; de s'armer surtout d'assommoirs; de prendre des précautions pour 'empêcher les. cris desmotirans; de faire porter les coups sur là tête; d'expédier promptement; de faire emplette de vinaigre, pour laver les endroits où l'en tueroit, de crainte d'infection ; de se pourvoir, de balais de houx pour bien 'faire disparottre le sang, et de voitures pour transporter les cadavres, de chaux mêtnè pour les consumer ; de bien payer ; et surtout d'avertir lé comité, d'un instant à l-autre, de tout ce qui se passeroit (2) ».

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' ' (i) Hevriot, commi» aiuc bsmèrea , cti^t ttn stééràt, ai^eat pour tous les crime&i et qni^ les coinmett;aiit p«r goOt> servait tQi|<e3 les factions qui «voient besoin d'en faire commettre. ' , ■ .

« Maillard» dit Senart, «toit un escroc qui avoit été chassé d'un régiment, après y avoir^passé par les vefges pour cause de toi ; et il étoit le commandant en chef des filous, des mouchai:dB et des brigands , se faisant appeler Tape-^dur, Sa horde d'assassins étoit coffiposée de ce qu'il ylavoi^ ^de, eoupe-jarrets sur le pavé de Paris ». Ce témoignage scmbleroit autoriser à dire que les assassins n'éUùeiitpas dea Marseillais dii 10 août; mais il y en avoit bien certainement parmi eux. Indépendamment de l^ssuranée qdéIChabol erf adonaéey nous en avons la preuve dans le récit de l'évasion du P. Saurin, prisonnier aux Carmes, (f^of.è'la fin du présent Afrtenf.) ''

(a) ^ekoiret MSS. ch. 7.

La nuit du i"*' au 2 septembre n'a pAs encore fait place au }Our^ que dé^à les aasassâns ont i^eçu Fordre de se tenir prêts à exécuter le massacre* Dès le niatin^ le^bruit de la prise de Ver* dun estrëpanduipafmile peuple^ pour. le disposer aux grands excès qui vont he commettre. La municipalité fait afficher une proclamation qui semble, écrite avec du salpêtre ^ elle porte en titre ctçs mats fortement électriques^ imprimée- en grosses lettres: « Aux armes citoyens! aux armes! l'ennemi «st aux portes » l et elle est signée : Huguenin ^ .préisident ; Tallien, secrétaire. Entre autres ordres que donne la municipalité ^ est celui de fermer les barrières' de Paris ^' afin que pçrsanne ne puisse en sortir. La cloche de l'église des Gpr« deliers, à la disposition du club d^ce nom^ dontee l«;Si^ai du tocsin 9 qui bientôt se. répète, de 'tà«s côtés ^ ^t le^eahon d'alarme, que la municipalité fait tirer à deux heures après midiy porte au comble l'effroi d'une part,. etJaragc de Tau tre. L'Assemblée Législative en estalartnée, croyant qnee^estle signal de la prise de Verdun; mais Danton accoui*! pour la raçsm*er, et lui en explique l'intention. « Non, nouy lui dit-il; •ceci n'est point un signe d'alarme, mais une imvitatiaii à détruire; les Despotes >). Mot singulier-, qui «n'élboît pas une énigme poux.let s^ffidés qu'il avoît dans les comités de» sections de Paris.

Celui de la section- dii iaubourg Paijsonmère Tenoit de décider, par un arrêté, «qu'attendu, les dangers imminéns de 1» patrie , tous les prêtres et personnes suspectes, enfermées dans les pirispns de Paris, de la ville d'Orléans (i), et autres, seroiént mis. à mort ». Le comité de la section du Luxembourg i uni av oit sous sa main les prisonniers des

(i) Voy. à la fin du présent Tableau.

Ceyrat, elle aroit arrêté qu'on purgerait lés prisons^ « eu faisant couler le sang de tous les détenus ^ avant de partir pour aller repousser les Prussiens » , Déjà quarante sabres à l'usage des assassins sont portes à chaque prison ^ d'après un arrêté de la Commune i et ce qui reste encore de prisonniers à la Mairie va être transféré dans la prison àeVjAbaye, où. )e. massacre doit commencer^ au troisième coup de canon. « Au bruit du premier coup^ dit l'abbé Sicard, l'un des prisonniers de la Mairie , chacun s'en étonne ; Tun de nous court à la fenêtre^ et distingue au loin beaucoup de soldats dans la cour ; et presqu'à l'instant plusieurs d'entre ces soldats se précipitent en foule dans notre prison ^ renversent les tables, nous saisissent et nous jettent dehors, sans nous laisser le temps de prendre nos effets. Quand nous sommes réunis dans la cour,Jls nous annoncent qu'on va nous conduire à Vjibbaye y où nos compagnons l'avoient été la veille. On fait venir six voitures^ et nous étions vingt^quatrQ prison-

Îiiers. La première en contint AiL'y et je m'y trouvai dans le bnd. On. donna aux six cochers le signal du départ, en leur intimant l'ordre d'aller .très* lentement, sous peine d'être massacrés sur leurs sièges. Les soldats qui doivent nous escorter nous adressent mille injures, en nous annonçant que nous n'arriverons, pas jûsqu'^ Vjibbaye; que le peuple, à <pki ils vont nous livrer, se fera enfin justice de ses ennemis , et nous* égorgera dans la route. Cette annonce terrible, faite avec tous les accens de la rage , étoit accompagnée de coups de fiabres, de coups de piques sur chacun de nous. Les voitures partent; la populace ameutée nous suit, eki nous insultant« Oui , lui répliquent lés; soldats de l'escorte, ce sont vos ennemis / les complices de ceux qui ont liv^ré Verdun ^ ceux qui n^attendoient que votre départ contre les Prussiens^ pour forger vos enfans et vos femmes. Voilà nos sabres y nos piques: donnez la mort à ce^ mqnstres. La populace leffrénét^ grossissoit de>I)a %manière la plus effrayante à mesure que nous avancions vers V Abbaye y en passant sur le Pont-Neufy par

la rue Dauphine et le carrefour de Bussy. Un de mes com^ pagnons reçut un coup de sabre sur Tépaule^ un autre fut blessé à la joue, et un troisième à la lèvre supérieure. Enfin nous arrivons à YAbhaye; les assassins nous y attendoient : c'étoit par nohs qu'ils avoient ordre de commencer )>•

* Ici nous devoBS interrompre la narration de Tabbé Sicard , pour avertir le lecteur, d'après les renseignemens obtenus des voisins par nos enquêtes, i°. que la prison de YAbhaye n'avoit pas alors^ d'autre porte que celle qui existe encore sur la rue de Sainte-Marguerite ; qu'elle ëtoit même plus étroite qu'elle ne l'e^t maintenant; a®, que le concierge refusa de recevoir ces prisonniers, et qu'alors les cochers qui les con-* duisoient, étant poussés par les assassins dont ils étoient sui'* vis^ allèrent: jusqu'à la porte du cloître qui est dans la direction de la porte latérale de l'église \ 3^. que les cochers, obligés d'entrer par là dans le clottre^ y furent conduits dans la plus grande cour intérieure. « Cette cour, reprend l'abbé Sicard, étoit pleine d'une foule immense: on entoure nos voitures; un des six prisonniers qui étoient dans celle où je me trouvois, crut pouvoir s'échapper; il ouvre la portière, et s'élance au milieu delà multitude : il est aussitôt égorgé^ Le second et le troisième qui descendent de la voiture éprouvent le même sort. Le quatrième, qu'on ne peut que blesser d'un coup de sabre , s'est déjà réfugié dans une des salles de Vj4bbaye , où le comité de la section, des Quatre'^ Nations tenoit ses séances. Lcts assassins, croyant qu'il n'y avoit pas eu plus de quatre individus dans la première voiture, se portèrent à la seconde, sans m'apercevoir, et j'eus le temps de me réfugier aussi dans les mêmes salles (i )• Le comité

(i) On p€at Yoir dans la Relation imprimée de M. Tabbé Sicard comment il fat soustrait au massacre. L'abbé Godard, ancien vicaire-général de Bourges « qui devoit périr avec lui^ écbappa non moins singulièrement au même danger, selon ce que raconte Morellet dass leJII* v^kune de ses Méianges «le ZiuéraUtre et de JPkiloêophie du XVUI^^sikeh.

étoit alors rassemblé^ poursuit l'abbé Sicard, qui fut témoin de'^sa séance d'alors; et Ton massacroit^ sous ses fenêtres, non seulement les prisonniers qui arrivoient, mais encore ceux queTonalIoitchercherdansleréfectoire. (f7y^.M,L,R0YER.) Les membres de ce comité délibéroient néanmoins tranquillement sur les affaires publiques, sans faire attention aux cris des victimes dont le sang ruisseloit dans la cour, et comme sous leurs yeux. On leur annonce un commissaire de la Commune , qui, par ses ordres, parcouroit les différentes sections ; il entre , et leur dit : La Commune vous fait informer que y si vous auez besoin de secours , elle vous en enverra, — Non y lui répondirent les commissaires du comité , tout se passe bien chez nous, ^^ Je viens y répliqua-t-îl, des Carmes et des autres prisons; tout s^ y passe également bien. Parmi les diverses pétitions de révolutionnaires faites alors au comité, il y en eut une de quelques femmes du voisinage, qui demandoient qu'on leur procurât la facilité de bien jouir de la vue du massacre des Aristocrates y pendant la nuit qui alloit commencer; et le comité ordonna de placer un lampion près de la tête de chaque cadavre m.

Déjà beaucoup de prêtres avoient été égorgés en ce lieu, quand, vers cinq heures du soir, Billaud-Yarennes, substitut du procureur de la Commune , marchant sur les cadavres , harangua les assassins en leur disant : Peuple , tu immoles tes ennemis : tu fais ton devoir; et Maillard , qui étoit à son côté, s'écria : // n^y a plus rien à faire ici, allons aux Carmes, «Us y courent, poursuit l'abbé Sicard; et, cinq minutes après, je vis amener les morts traînés par les pieds dans les ruisseaux ». On n'a voit pas besoin de ces asssas^ sins aux Carmes; le massacre y étoit déjà commencé, comme nous le verrons tout à l'heure.

Le carnage se continue dans la cour pendant 1 a nuit ; il se faisoit sous la fenêtre d'un cabinet qù l'abbé Sicard s'étoit comme tapi, non loin de la salle du comité, a Les cris des victimes , dit-il, les coups de sabre qu'on frappoit sur ces têtes inno->

centes, les liurlemeiis des égorgeurs , les applaudlssemens Ae^ témoins de cette scène horrible : tout retentissoît dans moa cœur. Je distinguons même la voix de ceux de mes confrèrea q^ue^ la veille, on étoit venu chercher à la Mairie. J'enten^ dois les questions qu'on leur faisoit^ et leurs réponses : oa leur demandoit s'ils a voient fait le serment civique^ aucun ne Tavoit fait. Tous pouvoient échapper a la mort par un MENSONGE : TOUS PRÉFÉRÈRENT LA MORT. Tous disoient en mourant : Nous sommes soumis à vos lois, nous mourons tous fidèles à /votre constitution^ nous rien exceptons que ce qui regarde la religion y et qui intéresse notre conscience. Ils étoient aussitôt percés de mille coups, au milieu des vociférations les plus affreuses ^ les spectateurs crioient en applaudissant : Fii^e la nation! et ces cannibales faisoient des danses abominables autour de chaque cadavre» .

«Vers trois ou quatre heures du matin, recommencèrent, avec plus d'éclat, dans la cour, les mêmes cris et les mêmes chants ; c'ëtoit parce qu'on amenoit, dans cette cour jonchée de cadavres, deux prêtres qu'on étoit allé arracher de leur lit. i^F'oy. HuRTREL, ) Les ^or^eur^ se r^lUoient tous à ce bruyant signal de carnage ; les deux prêtres furent interpellés de faire le serment, et refusèrent ^vec autant de dour ceur que de fermeté. Se voyant pour cela seul condamnés à mourir sur-le-champ, ils demandèrent quelques heures pour se préparer à la mort,' et obtinrent cette grâce. Les assassins employèrent cet intervalle de temps à ordonneir qu'on amenât des charrettes pour emporter les cadavres , à laver et balayer la cour, toute ruisselante de sang, ce qui leur donna beaucoup de peine. Pour en être dispensés à l'a"» venir, malgré les massacres qu'ils se proposoient d'y faire encore, ils concertèrent entre eux divers expédiens, et adoptèrent celui de faire apporter de la paille, d'en former une espèce d'estrade, qu'on exhausseroit encore avec les habits des victimes déjà immolées, et sur laquelle ou feroit monter celles qu'on égorgeroit dorénavant : au moyen de q^uoi 1«

sang y absorbé par ce lit de mort^ n'iroit^plas inonder la cour* Un des sicaires se plaignant alors de ce qae chacun d'eux naYoit pas le plaisir de frapper chaque yictitne, ils déci-> dèrent que Ton commenceroit parla faire courir entre deus haies formées par tous, mais qu'alors on ne la frapperoit quWec le dos des sabres, et que, lorsqu'elle seroit montée sur Festrade, frapperoit qui pourroit avec le tranchant ou la pointe. Ils décidèrent aussi qu'il y auroit, autour de cette estrade , des bancs pour les femmes et les hommes qui voudr'oiei^t voir de prés l'exécution, et qu'ils appelqient les dames et les messieurs »•

' « Tout ceci /ajoute Fabbé Sicard, je l'ai yu et entendu ; j'ai vu ces dames du quartier àeVjébbaye se rassembler autour du lit qu'on préparoit pour les victimes, y prendre plape , comme elles l'auroient fait à un spectacle amu8ant!ïlLnË& , *^ \ vers dix heures du matin (3 septembre), les deux prêtres furent amenés, et périrent suivant le mode récemment con* venu entre les assassins. Toute cette journée se passa à aller chercher, dans la ville , les prêtres que des scélérats venoient dénoncer, et à les mettre à mort de la même manière, dans le même lieu. Toujours c'étoit, autour des victimes, les mêmes hurlemens, les mêmes chants, les mêmes danses. La nuit suivante ne fut pas plua calme. Le lendemain, mardi (4 septembre), la cour étoit encore^ couverte de cadavres; on donna des ordres pour le3-4gansporter ailleurs ^ et, pendant que ce transport se faisoit, un autre prêtre fut amené et égorgé, aux cris mille fois répétés de i^Ve la nation/ C'étoit le mardi matin. » (F^. Lenfant.) L'Assemblée Nationale ayant fait mettre en liberté l'abbé Stcard, dans cette journée-là même où il devoit périr, il n'a pu continuer au-deli sa Hela-»' tien, comme témoin oculaire» ^

En commen^nt le massacre par les prisonniers envoyés de IsL Mairie f et les prêtre^ déjà enfermés dans V Abbaye, les assassins ne s'-étoieut pas-eacore-^assufétis à l'espèce de formt» judiciaire que, d'après l'orcbe de la Commune , ili suivirent

ensuite pour mettre à mort les laïcs , pour la plupart militaires, et deux ou trois autres ecclésiastiques écroués à YAh-haye depuis le lo août ( i). Qui ne sait qu'on lés faisoit comparottre, dans le guichet de la prison, devant Maillard , entoiu'é de quelques assesseurs dignes de lui \ et que ce Maillard, tenant le registre d'écrou ( que nous avons vu taché de sang et de vin), envoyoit les victimes à la mort par ces mots : Conduisez Monsieur à la Force? Qui ne sait que l'honnête homme ainsi condamne ne paroissoit pas plus tôt sur le seuil, de la porte extérieure de la prison , pour en sortir, que des assassins élevés sur des bancs, aux deux côtés de cette porte, lui plongeoient leurs sabres dans le corps, et qu'il alloit expirer au milieu d'une populace ivre de joie ?

Nous n'avons pu savoir au juste le nombre des prêtres égdi^ëFà Yjibbaye, parce que , plusieurs m'y ayant étéame-* nés que le premier jour du massacre et les suivans , on n'eut pas le temps de les inscrire sur le registre d'ëcrou, et que c'est uniquement d'après ce registre, et le témoignage du geôlier, qu'a été formé le tableau qui forme le registre mortuaire de ces victimes , dans les archives de Y Etat civil de Paris, où nous l'avons coUationné avec celui de la géole de Vjibbaye. L. Prudhomme, dans son Histoire des Crimes de la Révolution, ne compte que dix'^huit pvétres parmi les^ victimes de cette prison ; encore regarde-t-il comme tels des hommes que le Registre d*écrou ne désigne point comme ecclésiastiques; mais d'autres contemporains, quiavoient un intérêt plus touchant à connottre le nombre des prêtres immolés à YAhhaye , assurent qu'il y en eut pour le moins quarante.

Peu d'instans avant que leur sang eût commencé d'y ^uler à grands flots, ceux qui étoient enfermés aux Carmes voyoient d'autres assassins fondre sur eux. Ces assassins avoient été déjà secrètement introduits dans les corridors du cloître, lorsque, vers quatre heures,, les perfides surveillans de ces

(i) fV- ci-après la o^e figurés du JttgUtfê iPéùtOiu

vertueux prisonniers leur ouvrirent les portes du jardin ^ pour y faire la promenade qui leur y étoit permise depuis quelques jours. De sinistres présages avoient dû assaillir leur esprit depuis le matin. « Quelques uns de nous, dit Tabbé Berthelet; avoient été visités ce jour-là par des parens ou des amis qui leur serroient les mains , et se contentoient de verser des larmes ^ sans oser exprimer leurs craintes. Les mouvemens précipités des gardes qui veilloient sur nous, les vociférations qui^ des rues voisines , parvenoient jusqu^à nos oreilles, le canon d'alarme que nous en tendimefir tirer, tout étoit £ait pour nous donnf^r de l'inquiétude ^ mais notre con^ fiance en Dieu étoit parfaite. A deux heures, le commissaire du comité de la section (Joachim Geyrat) vint faire précipitamment un appel individuel de toutes nos personnes, et nous envoya dans le jardin, où nous descendtmes par un escalier à une seule rampe, qui touchoit presque à la cha^pelle de la Sainte-Vierge, comprise dans l'église où nous étions prisonniers. Nous arrivâmes dans ce jardin au travers de gardes nouveaux, qui étoient sans uniformes, armés de piques et coiffés d'un bonnet rouge : le commandant seul avoit un habit de garde national. ATpeine fûmes-nous dans ce lieu de promenade , sur lequel donnoient les fenêtres des cellules du cloître, que des gens placés à ces fenêtres nous outragèrent par les propos les plus infèmes et les plus sanguinaires. Nous nous retirâmes au fond du jardin, entre une palissade de charmilles et le mur qui le sépare de celui des dames religieuses du Cherche*Midi. Plusieurs d'entre nous se firei|t un refuge d'un petit oratoire placé dans un angle du jardin \ et ils s'y étoient mis à dire leurs prières de vêpres, lorsque tout à coup la porte du jardin fut ouverte avec fracas. Nous vîmes alors entrer en furieux sept à huit jeunes gens dont chacun avoit une ceinture garnie de pistolets, indépendamment de celui qu'il tenpit de la main gauche, en même temps que, de la droite, il brandissolt un sabre. Le premier ecclésiastique qu'ils rencontrèrent et frappèrent

fut M. de Salins qni^ profondément occupé d'une lecture» «voit paru ne s'apercevoir de rien. Us le massacrèrent à coups de sabre, et tuèrent ensuite ou blessèrent mortellement tous ceux qu'ils abordoient, sans se donner le temps de !eur 6ter entièrement la vie , tant ils étoient pressés d'arriyer au groupe d'ecclésiastiques réfugiés au fond du jardin. Ils en approchèrentencriant : L'arches^équed^ Arles! Tarcheiféque d'Arles! Ce, saint prélat nous disoit alors ces mots, inspirés par une foi vive: Jtemercions Dieu y Messieurs ^ de ce* qu*il nous appelle à sceller de notre sang là Foi que nous professons ^ demandons-lui la grâce que nous ne saurions obtenir par nos propres mérites, celle de la persés^èrance finale. Alors M. Hébert, supérieur- général de la congrégation des Eudistes , dem*anda , pour lui et pour nous , d'être jugés : on lui répondit par an coup de pistolet qui lui cassa une épaule \ et l'on ajouta que nous étions tous des sc^érats , en criant derechef : Varchesféque d^ Arles! F archevêque d^ Arles! (On verra, dans l'article de son nom, comment il périt presque au même instant.) Après l'avoir atrocement assassiné ^ les sicaires, se tournant vers nous qui restions immobiles d'admiration sur la manière dont il étoit mort, nous frappèrent avec leurs sabres et leurs piques ; je reçus une blessure à lu cuisse; et M. l'évéque de Beau vais (^"voj, RocnÉfOUCAULi) ) en eut une causée d'un coup de feu.

« En ce moment, le commandant du poste , resté à l'autre extrémité du jardin, nous ordonna de rentrer dans l'église ; et nous nous acheminâmes^ avec plus ou moins de peine , vers l'escalier par lequel nous en étions sortis ; mais des gendarmes y plongeoiènt leurlB baïonnettes. Nous nous amoncelions vers cet endroit sans pouvoir passer ; les hommes à piques vinrent y croiser aftssi leurs armes d'une manière effrayante \ noua y eussions tous été tués, si , par des prières réitérées , le commandant n'eût enân obtenu que ces assassins nous laisseroient entrer dans l'église.

a ^ous nous rendîmes dans le sanctuaire ; et, auprès de

l'autel, où noua uou^ donnâmes Tabsolution les uns aux autres, nous récitâmes les prières des mourans, et nous nous recommandâmes à la bonté infinie de Dieu. Peu d'instans après, arriyèrent les assassins pour nous saisir et nous entrât* n«r; le commandant du poste leur représenta que nous n'étions pas jugés, et que nous étions encore sous la protection de la loi. Ils répondirent que nous étions tous des scélérats, et que qous péririons. En effets ils firent descendre les prisonniers peu à peu et en petit nombre dans le jardin, à l'entrée duquel se postèrent les égorgeurs »•

Ici viennent se placer, du moins en abrégé, certains détails que l'abbé Lapize de la Pannonie , sauvé pareillement de ce massacre, a fournis à M. l'abbé Barruel (i), et que l'abbé Berthelet a passés sous silence , par égard sans doute pour celui qui avoit contribué â le sauver lui-même : « C'étoit, dit-il , un commissaire de la section , envoyé avec la mission apparente d'empêcher le massacre des prisonniers » .Ce commissaire nommé Violette (l'atné), membre du comité de la section du Luxembourg, vint s'établir, avec une table et le Hegistre cTécrou de la prison des Carmes , auprès de la porte par laquelle on descendoit dans le jardin. Là^ il appelle et fait venir les prêtres devant lui , deux par deux , pour constater l'identité de leurs personnes , et s'assurer qu'ils persévèrent dans le refus du serinent 3 il les fait passer ensuite dans le corridor qui aboutit à l'escalier par lequel on descend au jardin ; ils y sont attendus par les assassins , qui les y égorgent aussitôt qu'ils paroissent, et S^ni entendre à chaque fois des burlemens affreux, entremêlés du cri : Fïi^e la nation/

Dès la première immolation de ce ginre , annoncée de

. cette épouvantable manière , les prêtres qui sont encore dsiXkS

l'église ne peuvent plus douter du sort qui les attend au

même lieu^ et néanmoins, toujours en prières au pied de

^ Il I nmmÊmtmf

j(t) Mût. du Ckrfséfenéhnl ia R^kaion française.

Tautel, ils n'en paroîssent point troublés^ Ceux qui soiii appelés à leur tour> par le commissaire^ se lèvent aussitôt > les uns avec la sérénité' d'une âme pure et pleine de confiance en Dieu^ les autres avec un empressement très-marqué d'aller donner leur vie pour Jésus-Christ. Celui-ci vient, les yeux baissés, continuant sa prière, qu'il n'interrompt que pour répondre au commissaire; et il la reprend tranquillement ensuite , en se rendant à l'escalier de la mort : il prie encore lorsqu'il tombe sous le fer des assassins. Celui-là, son bréviaire ou l'Ecriture Sainte à la main , mjarche avec ces livres des divines promesses, et montre, par son visage et sa démarche^ qu'il s'attend à les voir se réaliser quand il recevra le coup fatal. Quelques uns^ présentant aux assassins un front angélique, les regardenifavec une douce charité, dans laquelle on ne peut méconnoître une touchante compassion pour leur frénésie et leur aveuglement. C'est avec une céleste noblesse que ces héros du sacerdoce reçoivent le coup mortel qui les affranchit des persécutions des hommes et de la corruption de la terre (voy. Menuret). Plusieurs enfin, en quittant le sanctuaire pour aller comparoitre devant le commissaire, jettent des regards de prédestinés sur la croix de Tautel, et répètent ces paroles de Jésus-Christ : Mon Dieu , pardon-nez-leur; car ils ne savent ce qu'ils font. Ainsi périrent en vrais Martyrs, dans cet endroit, trois illustres prélats, un très-grand nombre de prêtres, et un pieux laïc, sur chacun desquels notre Martyrologe donne une notice particulière {voy. Abraham, etc.). Le commissaire lui-même fut touché de leur saint héroïsme. Deux jours après, il ne pouvoit s'empêcher de dire à ceux des prêtres qu'il avoit fait soustraire au massacre ^ et cj[ui étoient encore détenus ^au comité de la section : « Je m'y perds 5 je n'y connois plus rien 5 et tous ceux qui auroient pu le voir n'en seroient pas moins étonnés que moi. Vos prêtres alloieiit à la mort avec la méihe joie que s'ils fussent aUés à des noces»!

Le nombre de ceux qui périrent aux Carmes est porté.

par quelques uns des compagnons de leur captÎTÎté dans ce lieu> à cent soixante et treize : encore assurent- ils qu'ila dû s'en trouver bien davantage , parce que, le i" et le 2 de septembre, on y en aiïienoit à chaque instant de nouveaux^ qu'on ne prenoit pas la peine d'inscrire sur le Registre rf'ecrou. L'abbé Berthelet avoit compté déjà cent soixante prisonniers environ, la veille du massacre. INous h'en avons trouvé que cent vingt sur le Registre mortuaire de V Etat civil, fait d'après celui d!écrou, et dans lequel encore on voit, parmi les morts^ quatre prêtres qui> avec quelques autres, s'étoient sauvés du jardin, en escaladant les murailles, au moment du premier carnage. Ce Registre-copie ne peut pas, plus que son modèle, contenir les noms des prêtres égorgés qui , arrivés des derniers , n'avoient pu être enregistrés sur celui-ci (i).

Ce ne fut que dans la matinée dn 3 septembre que com-menr.a le massacre des prêtres enfermés dans le séminaire de Saint" firmin, Ds y étoient au nombre de quatre-vingt-onze ; et, avec eux, se trouvoit un ancien militaire qui, depuis long-temps, ne vivoit plus que pour le ciel (voy. ¥^^iyëôfil&>). Les assassins , se précipitant dans cette maison , les exterminèrent dé diverses manières , d'abord en les frappant avec leurs sabres ou leurs piques, et les jetant ensuite, la plupart tous vivans, par les fenêtres, soit dans la cour, soit dans la rue , où ils étoient reçus par d'autres assassins qui , avec des piques et des massues, achevoient ceux qui respiroient encore^ Dix-sept d'entre ces prisonniers ayant échappé à ce carnage, le nombre de ceux qui périrent ne seroit que de soixante et quinze , s'il falloit s'en rapporter au Registre mortuaire de YEtat^iyily fait aussi, i^onv Saint-Firmin , d'après \t Registre d'écrouj sur lequel, comme sur les autres, bien des prisonniers avoient pu n'être pas encore inscrits.

(i) On n'y voit pas beaucoup de noms qui se trouvent dans les listes publiées par Pi&Hier et pai^ Fradhomme.

A la prison de la Force ^ le massacre âvoit commencé àèé le 2 septembre y vers le soir. Il ne s'y trouvoit que cinq prêtres enfermés comme insermentés ou réfracttùres y c'est-à-dire comme n'ayant pas prêté le serment civique (yoy. J. B. Box-' TEX y F. Lagardette^ h. Leliyec). Les deux autres se firent soustraire au carnage , par un moyen que nous expliquerons à la fin du présent article.

Il se peut que des prêtres insermentés se soient aussi ti'ouyés parmi les prisonniers laïcs de la Conciergerie y égorgés comme ceux de la Force et des autres prisons \ mais nous n'avons pu obtenir aucune notion positive à cet égard.

« Le 3 et le 4 de ce mois^ dit Mathon de la Yarenne y on voyoit déjà Paris traversé en tout sens par des cl^arrettes chargées de cadavres. Des femmes, ou plutôt des furies, à la tête desquelles on dis^inguoit Angélique Voyer, étoient huchées sur ces voitures, chantant l'infâme chanson d'alors, qui commenroit par ces mots : Dansons la carmagnole^ et elles sautoient sur les cadavres mutilés, en battant la mesura sur les parties les plus charnues, dont la nudité étoit mise le plus en évidence :>.

Mais où furent inhumés ceux qui venoient des Carmes y de Saint^Firmin et de YAhbaye ? Le pieux désir de savoir au juste où reposent les restes des vrais Martyrs de cette époque ,devoit nous exciter à cette recherche. L'abbé Sicard a cru que «ceux de Vjihhaye furent portés bon de la barrière du faubourg Saint- Jacques , bien avaiit dans la campagne , au pied de la première croix de fer^ et qu'on y creusa une large fosse pour les enterrer tous » • L'abbë Barruel, dans son ffistoire déjà citée, mais écrite en Angleterre, a dit que c( ceux des Carmes furent portés, le 3 septembre, par dix tombereaux^ dans une vaste fosse que, /d'après un marché fait, \è 3o août, par des agens de la Commune, avec les fossoyeurs de la i^dLVoisseAe Saint ' Sulpice y ceux-ci avoient creusée, au village de Mont-Rouge », entre la grande route qui part de la barrière A$ai/z^-/acfue^, et celle qui commence

à la barrière dite ai Enfer. Il est bien certain que le geôlier de la prison de Yjébhaye avoit renu, et probablement aussi les geôliers des autres prisons , un ordre du comité de 5urveillance de la Commune, pour l'inhumation des cadavres ^ en voici la copie : « Municipalité de Paris. —« Département de police et garde nationale. — Vous ferez, sur-le-champ , Monsieur, enlever les corps des personnes de votre prison , {{ui n existent plus. Que, dès la pointe du jour, tout soit enlevé et porté hors de Paris, dans des fosses profondes, bien recouvertes de terre. Vous nous enverrez les noms des morts. Faites, avec de Teau et du vinaigre, laver soigneusement les endroits de votre prison qui peuvent être ensan» glantés, et sablez par-dessus. Vous serez rembo\irsé de vod frais sur vos états. Surtout une grande célérité dans l'exécution de cet ordre , et que l'on n'aperçoive aucune trace de sang. — A la Mairie, ce 3 septembre, à une heure du matin , l'an IV de la liberté, et de l'égalité le !•' (1792). Signé les administrateurs de police et de surveillancee ^ Panis et Sergent. — P. S. Employez des hommes au fait, tels que des fossoyeurs de THôtel-Dieu, afin de prévenir Tinfection »• Un second ordre postérieur, envoyé aux assassins de YAh^ bajrey étoit ainsi conçu : « Au nom du peuple, mes camarades, il est enjoint de faire enlever les corps morts, de laver et nettoyer toutes les taches de sang, particulièrement dans les cours, chambres', escaliers de V Abbaye. A cet effet, vous iêtes autorisés a prendre des fossoyeurs, charretiers, ouvriers, etc. — A l'Hôtel-de- Ville, le 4 septenibre. Signé Panis et Sergeiit , administrateurs ^ Héhée , secrétaire-greffier ».

li'auteur de VHistoire particulière des E^^ènemens des ^y3y /^et 5 septembre nous dit que « les cadavres enlevés des différentes prisons furent jetés en des excavations préparées exprès, hors la barrière Sainte Jacques ^ à Mont-Rouge, i, Glamart, àCharenton, aux carrières de Ménil-Montant, et dans un puits (de carrière), qui, précédemment comblé, avoit été rouvert dès le !»8 du mois précédent, par ordre

de Pëthion et Manuel ^ venus sur les lieux pour le reconnottre ».

Il ne seroit pas absolument impossible de concilier ces témoignages de Tabbé Sicard, de l'abbé Barruel et de Mathon de la VareDne, avec ce que Tinspecteur-général actuel des carrières des environs de Paris, depuis 1807 seulement^ affirme sur la foi de ses subordonnes, les conservateurs ou concierges actuels de la portion de carrières qui est hors la barrière Saint-Jfacques , et qu'on appelle les catacombes de la tombe./roire ou Jsoiuurdy dans laquelle, depuis 1785, on portoit religieusement les ossemens humains des cimetières de la ville convertis à des usages profanes. L'assertion de cet inspecteur est devenue, à son tour, une sorte de confirmation de ce que nous disent ses subordonnés, quand ils nous montrent dans ces catacombes un entourage de maçonnerie semblable à celui d'un puits de service de carrières, en affirmant que c'est là que gisent, entassées péle-méle, les vie-, times de septembre 179a (i). Leur assertion, qui a pris

(i) Cet inspecteur-général, M. Hcricart de Thary, dans son livre intitulé : Description des Catacombes de Paris, publie en t8i5 , raconte que son prédé» cesseur, Charles-Alexis Guillaumot, qui étoit en fonctions depuis l'origine de cette charge, en 1777» et qui l'a remplie jusqu'à sa mort, en 1807, donna l'ordi'e au concierge de la tombe Isoire de faire inhumer, « à la faveur du silence des catacombes , et aiissi convenablement que le permettoient les circonstances, tous les cadavres de ceux qui avoient été massacrés en sep-* temhre » : ce qui supposeroit qu'ils avoient été jetés dans quelque puits de ser^ %nce en cet endroit, au lieu d'être mis dans une large fosse creusée tout exprès. Il est assez probable qu'ayant^ dan.ft un ou plusieurs de ces pmts de service , des fosses tputes'faites, et très-propres à soustraire absolument et de suite aux regards lés victimes du carnage, on se dispensa de la peine et de la dépense nécessaires pour les engloutir d'une autre manière. Ce qui rend cela plus croyable^ c'est que, moins de deux ans après, c'est-à-dirè en 1794^ ^^ gouvernement révolutionnaire d'alors crut de son intérêt de faire clore et couvrir de terre l'escalier de la tombe Isoire par lequel on descendoit dans les catacombes. Cet escalier, qui a voit été un puits de service, et qui étoit « des* tiné à la jetée des ossemens depuis 1 786 » , avoit bien pu recevoir au ssi les cadavres de septembre. Ce gouvernement fit môme vendre comme domain^ national le territoire et la maison qui étoit au-dessus. On y vit bientôt, et

faveur^ attire en ce lieu une infinité de personnes amenées par la piété ou la compassion, et, même des étrangers conduits par la seule curiosité. Ce qui contribue à faire prévaloir cette croyance , est un petit autel expiatoire , qu'en 1 8 1 4» rinspecteur-général a fa^t ériger dans ce souterrain, « à la mémoire de tant d'illustres victimes de leur dévouement pour la religion et pour la cause du Roi , » suivant ses expressions en i8i5. Alors il déclaroit qu'il avoit été hlâmé pour avoir élevé ce monument, et que son intention étoit d'y ajouter deux tables de marbre, dont l'une indiqueroit à l'avenir les noms de ces victimes , et l'autre porteront cette inscription que lui avoit fournie M. Hezelle, vicaire de la paroisse de Saint-Jacques du Haut-Pas :

Piis Manibus civiv/m

DiebuB II' ac III' sepuméris MDCCLXXXXII

Luteiiœ trucidcUorum.

Hic palnux/m expectant cives , virtutis amort Coîispicui : cives patriœ iegumque Deifue CuUoreSs diris, neu! tefnvestatibus acti, Immoti tamen, ut scopuit, rectique tenaces 9 Infrenœ pieéis (leiira/menta perosi, H os 9 dùm crudeîis Discordia sceptra teneéat, Hcrtatrix sceterum, contempta^uejurajaceiajnt, Sœvâ casde cohors furiis incensa peremit. Siste gradum, inque pios flettis erumpcs viator; Castas funde preces , et cwndida iilia sparge.

Lux perpettta iuceat eis,

' DetdUis'Dondnusinvenire

misericardiamàDominoin iiia die, (Paul. Il ad Timoth.

Cette inscription est aussi touchante que les vers en sont

même pendant plusieurs années , une guinguette et dea danses à l'établissement desquelles il ne pouvoit qu'applaudir. Ce local a changé dix fois do propriétaire depuis 1794 jusqu'en i8i5^ où il çtoit occupé par un cabaretier. U s'appeloit déjà la tombe etlsoire, ayant 1^85 où il fut acheté par les écheyins

heureux; ranis elle nous laisse regretter qpc les vrais Martyrs qui ont été glorifiés par Dieu au moment même de leur mort, y soient confondus avec les victimes politiques qui atten* dent encore leur palme, et pour lesquelles on ne peut que dire : Lux perpétua luceateis. G't^st au reste la faxite de cet ossuaire, dans lequel on auroft jeté confusément tous les cadavres quelconques, parmi lesquels étoient probablement ceux des prisons où avoient péri beaucoup de madfaiteurs. S il n'y avoit là que les ossemens des hommes qui moururent pour la loi de Dieu , il auroit suffi d'écrire , sur leur tombe commune , cet éloge consacré par l'Esprit saint à la mémoire de» Machabées : Elegerunt magis mon y et noluerunt infriri" gère legem Dei sanctam , et trucidati sunt (I. Mach. ci, ^. 65 et 66). En allant voir ce dépôt sacré*, nous pourrions dire alors comme jiurelius Clemens Prudentius , visitant, au ly* siècle, les' catacombes de Rome :

Innumeras iillc defôssas mole su6 una ReUiguias memint me dididsse hominum :

Qwfrum soius habet covnperta vocahuia Chvistuë, Utpotè quos propriœ junadt amicitiœ.

(De Coroniê: Hymn. XI.)

Nous y répéterions à l'envî ce qu'en 1 796, un prêtre , non moins instruit que pieux, disoit en terminant son Hommage

de Pari» arec U maison qui «'y trouroit , pour, servir de logement au gardien du dépôt sacré des ossemens qui alloient être portés dans le souterrain de cet endroit. Ib firent alors transporter et ériger, au milieu de la cour de cette maison j la croix pyramidale appelée croix Gastine qui étoit dans le cimetière des SaintS'Innocens. Est-ce cette croix que Tabbé Sicard a prise pour une croix de fer; et les charrettes, chargées de cadavres, qui sortoientpar la barrière ^ Enfer i contpie celles qui sortoient par la barrière Saint-Jacquea ne pou- Toient-elles pas se rendre également à la carrière de la tombe Isoire, qui est dans la plaine de Afont^Souris , sous l'ancienne route d'Orléans, dite ^oiie- Cnuse, sur les bords de laquelle étoient deux puas de sen/iêe qui avoient beaucoup de profondeur et peu d'ouverture, sans parler de l'escalier et de la maison situés sur le cdté gauche de U route qui part de U barrière Saint'Jacqthes ?

(imprimé) à laméméire du vénérahle curé de SainuJean^ en-6rrèwc, massacré dans là prison de Y Abbaye (M.L. Royer): « Témoins que nous fûmes des triomphes de ces glorieux Martyrs de notre France, conjurons-les d'y hâter par leurs Yoeui:, lé triomphe de la rérité, de la concorde, de la paix, et d'y perpétuer par leurs exemples , le règne de Jésus* Christ. Dieu de nos pères! le sang de vos Martyrs réclame pour nous vos miséricordes. Ecoutez sa voix; pardonnez à votre peuple ; ayez pitié de vôtre Eglise ^ et réunissez tous Bes enfans dans la vérité, dans Tunitë, et dans la charité : par Jésus-Christ, notre Seigneur. Ainsi soit-il ».

Paris n'est pas la seule ville de France où Timpie et féroce municipalité du lo août y fit égorger des prêtres , à cause de leur foi, dans les premiers jours de septembre 1792. Déjà cette municipalité, s'élevant par ses attentats au-dessus de l'Assemblée Législative, tendoit à devenir l'arbitre suprême de la France : projet dans lequel elle réussit progressivement jusqu'en avril 1794? où périrent sur l'échafaud Chaumet, Hébert, Danton, etc.

Le lendemain du jour où le comité de surveillance de la Commune de Paris avoit fait commencer les massacres dans la capitale, c'est-à-dire le 3 septembre, il avoit promptement écrit aux administrateurs de toutes les communes de France une circulaire atroce, dans laquelle on lisoit : « La Commune de Pari» se hâte d'informer sts Frères de tous les départemens qu'une partie des conspirateurs, détenus dans les prisons, a éternise à mort par le peuple : actes de justice qui lui ont paru indispensables. — Et sans doute la nation

entière s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de

salut public. Signés, Pierre Duplain, Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil, Marat, Desforgues, Leclerc, Dutertre, constitués, par la Commune, administrateurs du salut public; et contresigné y Danton, ministre de la justice.— P. S. Nos Frères sont invités à remettre cette lettre sous presse, et à

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la faire passer à toutes \es municipalités de leurs arrondissemens ».

Ces administrateurs avoient même envoyé des agens dignes d'eux(i ), pour faire exécuter plus sûrement des massacres dans les villes où il lui importoit davantage qu'il y en eût; et ce fut par l'instigation de ces émissaires qu'e plusieurs prêtres furent massacrés à, Reims les a et 3 septembre (i^oy. âle« xandre)j à Meaux, le 4 (yoy. L. G. David); à Lyon, le 9 (v'oy. Guillermet) ; et à Versailles , les 8 et 9 (yoy. Gallois).

.Eu cette dernière ville, si prés de Paris, les assassins dans leur impatience, commencèrent un jour plus tôt qu'ils ne le dévoient. Le 8 septembre ils massacrèrent d'abord neuf prêtres enfermés dans le bâtiment appelé les Ecuries de la Heine, Si le carnage devoit y être retardé , c'est qu'il falloit attendre que toutes les victimes désignées pour y périr, y fussent réunies. On voulo^ que les personnages envoyés précédemment comme contire-révolutionnaires dans les prisons d'une Haute^Cour de justice nationale reléguée à Orléans , où l'on ne croyoit plus pouvoir les faire égorger, fussent amenés en cette autre ville, demeure des Rois. L'Assemblée Législative , cédant à des insinuations astucieuses , avoit décrété le 3 septembre qu'ils seroient transférés à Saumur ; mais, une fois maîtres d'eux sur la route , les agens du comité les firent diriger sur Versailles. Us étoient au nombre de cinquantetrois, parmi lesquels se trouvoit un prélat zélé, que, depuis le commencement de la révolution, l'on n'avoit cessé de persécuter pour sa foi : c'étoit l'évêque de Mende {yoy, CastelLane) : aussi fut-il des premiers que l'on immola, lorsque les charrettes qui apportoient ces prisonniers arrivèrent dans Versailles. Sept d'entre eux seulement purent échapper à ce

(i) Ronsin et Lacroix furent envoyés i Meauz et ailleurs ; Guernieiir le fut dans rOuest de la France où il ne trouva pas les esprits disposés à le seconder. 11 fut même emprisonné à Quimper ; et on se mettoit en devoir de lui faire son procès, lorsque la Convention, è peine installée , décréta qu'il seroit mis en liberté. {Hist. des Crimes de la He'uol. Tom. IV, pag. i5a et i65. )

iDA^acre. Comme il se fit le dimanche d après celui où les prêtres détenus dans l'église des Carmes , et dans la cour de YAhhskje, avoient été égorgés, ce fut pour la municipalité âe Paris une espèce de joyeuse octave qui transformoit en jour de fête, la journée oii elle avoit fait périr un si grand wnuhre de saints ministres de l'Eglise catholique.

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