DÉPORTATION DES PRÊTRES
Il y en eut plusieurs, dans le cours de la révolution (Fbyez Nièvre , Rochefort , Bordeaux , Guiane , Oléron); mais la première de toutes, celle delaquelle dérivèrent toutes les autres , fut la déportation que l'Assemblée Législative ordonna par son décret du a6 août 1792* C'est d'elle par con* iéquent dont il importe, avant tout, de connoltre les motifs et les barbares dispositions.
Le projet en avoît été conçu et même décidé trois mois auparavant, par cette assemblée, lorsque les factieux approchoient du jour fatal où Louis XVI devoit être renversé par eux de son tr6ne. Cette fidélité du clergé catholique , contre laquelle on avoit inutilement employé des rigueurs toujours croissantes, sembloit uti obstacle invincible à ce grand attentat. La progression de ces rigueurs antécédentes mérite d'être ici marquée.
Les I Sk et a4 juillet 1790 , l'Assemblée Constituante avoit décrété, comme articles constitutionnels , les dispositions de
cette hétérodoxe constitution cwile du clergé ^ qui devoit déchirer TEglise de France , et qu'elle exigea dès lors que tous les éyéques, curés et vicaires jurassent de suivre et maintenir, « comme faisant d'avance partie de la constitution générale de l'Etat» » Par ce serment-là même , qui confondoit insidieusement la première dans celle-ci , ils dévoient promettre « d'être fidèles à la nation, à la loi et au Roi, et de maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée Nationale, et acceptée par le ftoi »: La sanction royale fut donnée, le ^4 août, à cette partie de la future constitution générale.
Les factieux, voyant bientôt que la Foi inébranlable de la majeure partie du clergé français formoit un puissant obstacle à leurs desseins ultérieurs , excitèrent , contre les prêtres fidèles, sur presque tous les points de la France, les immorales et brutales associations révolutionnaires qu'ils y avoient déjà formées , sous le titre à' Amis de la constitution, Yoidel, un des membres de l'Assemblée Constituante, et l'agent le plus actif de son comité des recherchesy leur écrivoit : « Osez tout contre les prêtres : vous serez soutenus » j et «et ordre fut exécuté en beaucoup d'endroits , ayec une atroce irréligion.
Ce n'étoit pas as^ez poui' Yoidel que sa barbare instiga** tion eût eu ces effets partiels ; il voulut , afin de les rendre plus généraux, la faire convertir en loi pour toute la France; et ce fut sur sa proposition et $e8 instances que l'assemblée rendit, le 27 novembre 1790, ce décret qui, sanctionné par le Soi , le a6 décembre suivant , ordonna de punii^ ^ « comme perturbateurs du repos public , tous lea évêques , curés, et autres fonctionnaires publics ecclésiastiques ^ qui n'auroîent pas fait, dans huit jours, le serment de maintenir la constitution ciuile du Clergé, et continueroient le»fonc* tiens attachées à leur titre ». Pour prévenir les rétractations que le remords pourroit suggérer à ceiix qui anroient déjà prêté ce serment^ la même loi ajoutoit : « S'ils viennent à 1»
tîoler, ils iseront poursuivis juridiijuemênt, déclarés déchus du titre de citoyen, etc. etc.» Par là, se trouToit donc abolie y pour les seuls prêtres catholiques, cette liberté de culte que l'assemblée avoit précédemment décrétée.
Dans cette mémorable séance du 4 janvier 1 791 9 qui fut si glorieuse pour l'antique Eglise* gallicane, lorsqu'entoùrés d'une populace furieuse et menaçante, qu'on avoit ameutée contre eux, les évéques et les prêtres membt'es de l'assemblée , qui les somma de faire le serment, le refusèrent avec ùii héroïsme vraiment apostolique, elle déclara qu'elle exigeoit ce serment « sans préambule , sans explications ni restric^ tioiis »; et cela bien évidetament de peur que, par des t*éserves explicites, qui auroient pu sauver la Foi, ils jSB conservassent leurs places, et par conséquent leur influence sur les peuples.
Le 1 7 avril suivant, l'assemblée insista , par un décret for*mel, pour que les lois, par lesquelles elle avoit exclu de leurs fonctions tous les ministres fidèles, fussent exécutées sans délai , et que le roi fit élire de nouveaux évéques et de nouveaux curés, en remplacement de ceux qui avoient refusé le perfide serment.
On ne vit plus , à la vérité, figurer d'une manière formelle la conmtuthn duile du vlef^é, dans la constitution générale de l'Etat, quand celle-ci Ait promulguée, le 3 septembre ] 791 , parce que rassemblée' avoit résolu de ne plus recon-* noltre [paiement nucun culte ; mais cette constitution géné« raie portoit quetc les décrets rendus par Fassemblëe , et qui n^toient 'pais compris dans l'acte de constitution , seroient exécutés comme lois. » De ce nombre, Aans doute, étaient les articles de la constitution civile du clergé^ décrétés anté-' rieurement c6mme cotlstitutionnels; et, par oonséquent, le serment seul de maintenir^ U con^itntion générale renfermoit celui de maintenir la- conji^iliicion cii^ile du chrgé.
Ainsi donc,iiprès que l'Assemblée Législative eut su<icédé àla Constituante, le r^ oct. 1791 , et lorsque François (deHciif-
thâtetu), Tua de «et membres , viai pro{K)^r , le 1 6 novembre , l'insidieux expédient de Hé pliu ex igcr qu'un serment civique ,
mai$derexigerd«toutlesprétreS|mémenonfonctionnairespur blicsy ce piège ne pouvoit tromper .ceux qui qe vouloient point absolument trahir leur Foi » car ce prétendu serment civique devoit consister "essentiellement « à maintenir eette coustitution décrétée par la première assemblée , » dans laquelle se trou voit comprise la constiuuion civile du clergé, en vain un des mçmbresi de Tas^mblée ^ non encore initié dans le^ secrets des factieux > demanda qu'on permit aux prêtres d'à* jouter à leur serment lés réserves qui leur seroient commandées .par leur Foi : cette proposition fut repoussée avec toute la colère que pouvoit faire nattre une indiscrétion qui mettoitrassémblée dans la nécessité de dévoile^r en partie la perfidie de 9eB desseins) et la loi proposée par François (de If eufcbâteau) fut adoptée ^n entier , après une discussion qui sa prolongea jusqu'au 99 du même mois. Elle portoit, entre autres dispositions de fureur anii^sacerdotale , que les ecclé* tiastiques par qui ce serrnent, civique n'auroit pas été fait> seroient ce réputés suspects de révolte contre la loi, et de mauvaises intentions contre la patrie ^ qu'enfin > ils seroient confinés) comme tels, dans la ville que l'administration do cbaque département assigneroit pour leur çxil ou Jieur prison. )» Le roi ne s'eXpliquoit point sur ce décret^ et La sanction en étoit toujours attendf^e ^ mais les factieux de l'assemblée trouvèrent néanmoins le moyen de le faire exécuter avec dureté dans beaucoup de départemens. Regrettant qu'il ne le fût pas également dans tous, ils excitèi*ent partout la lie des révolutionnaires à comBLetire des attentats sacrilèges dans.lea oratoires où des prêtres nOU - assermentés exerçoient .paisiblensent leurs saintes fonctions^ et les troubles qui en résultèrent, «t dont ces prêtres, avec les fidèles quj assistoient à leurs messes^ étoient les seules victimes, servirent de prétiexte à un calviniste , membre de l'assemblée , François (de K^nt^l), pqur y déclamer violemment contre .eHX,.et{)Qur y
faire adopter, le %6 mai iJQ^y un décret terrible , par lequel commença la série des affreuses lois dont la convention devoit ensuite les écraser. Il étoit conçu en ces termes :
« i^. La déportation (c'est-à-dire l'exil, l'exportation forcée des préti*es insermentés) aura lieu comme mesure de police ; — ' %\ Seront considérés comme prêtres insermentés tous ceux qui, assujétis au serment prescrit par la loi du a6 décembre 1790 (c'est-à-dire tous les évéques, curés, vicaires et prêtres enseignans), qui ne l'auroient .pas prêté; ceux aussi qui, n^étant pas.soumis à cette loi, n'ont pas prêté le serment civique y postérieurement au 3 septembre ; ceux enfin qui auront rétracté l'un ou l'autre serment \ — 3^. Lorsque vingt citoyens du même canton se réuniront pour demander la déportation d'un ecclésiastique non-assermenté , le directoire du département sera tenu de prononcer la déportation , si l'avis du district (administration subalterne) est conforme à la pétition^ — 4^. Lorsque l'avis du directoire du district ne sera pas conforme à la pétition, le directoire du département sera tenu de faire vérifier, par des commissaires, si la présence de l'ecclésiastique dénoncé nuit à la tranquillité publique \ et, sur l'avis des commissaires, s'il est conforme à la pétition , le directoire du dépai^tement sera tenu de prO"* noncer la déportation; — 5^. Dans le cas où un ecclésias-* tique non -assermenté auroit causé des troubles , par des actes extérieurs , les faits pourront être dénoncés au département par un ou plusieurs citoyens actifr; et, après la vérification, la déportation sera pareillement prononcée ; — 6^. Dans le cas où les citoyens actifs formant la pétition ne sauraient pas écrire f elle sera reçue en présence du procureur syndic ( du district), par le secrétaire du district ^^ -^ 7*. Le département ordonnera aux ecclésiastiques sujets à la déportation , àe se retirer, dans les vingt-quatre heures , hors des limites du district de leur résidence; dans trois jours, hors dea limites du département; et dans le mois, hors du royaume ; — 8*". L'ecclésiastique déclarera le pays étranger où il veut
se retirer ; il lui «er^ donné un passeport portant son signalement j — 9*". S'il n'obéit pas, la gendarmerie sera requise de le transporter de brigade en brigade^ — lo*". Ceux qui resteroient ou rentreroient dans le royaume après Texportajtion prononcée y seront condamnés à la détention de dix ans.»
Peu de semaines auparavant, c'est-à-dire le 5 avril , l'assemblée avoit prohibé, même à son clergé fureur ^ tçut cpsitume ecclésiastique , annonçant ainsi dès lors sa haine pour l'ombre même de la religion catholique: et elle avoit encore menaoé de la déportation tout prêtre qui, jusqu'à deux fois, auroit refusé de se soumettre à cette défense. ,
. Il est vrai que le roi ne vouloit pas sanctionner ces deux derniers décrets ^ mais les agens de la fa,ction ne les en fai*soient pas moins exécuter dans la majeure partie de la France ; et ce refus tardif d'approuver les derniers excès de l'impiété^ après en avoir sanctionné tous les actes précèdens, ne fit que la courroucer davantage contre les prêtres. Ils étoient déjà trop abaissés , trop opprimés , pour que leur influence pût contrarier efficacement le dessein de renverser très«-prochainement Louis XYI de son trône. Les factieux, après avoir essayé leurs forces contre ce monarque, le ao juin, le détrônàrent enfin le lodu im>is d'août^ Nous laissons aux historiens le soin de transmettre à la postérité les horribles détails Ae ces deux catastrophes politiques.
Ce dernier jour -là même, ceux des conspirateurs qui aimoient mieux établir alors une république que de remplacer Louis par Philippe (et tels ëtoient ceux qu'on nommoit les Girondins), parvinrent à faire décréter, dans le trouble, que l'unique serment qui seroit alors demandé , seroit celui de « maintenir la liberté et l'égalité , et de mourir pour les défendre ». Mais les conspirateurs en chef, reprenant bientôt l'avantage, craignirent que le vague de cette formule ne la rendit susceptible d'une interprétation , qui réconcilieroitavecellecesprêtres-làmêmesdontrinébranlablefidé-
lité avoit fait décider contre eux l'expulsion ou la mort. Pour
qu'ils n'échappassent pas à l'uBe ou l'autre de cee pekies, on en revint bien tile à parler du fatal serment de cette cônsti'^ tution civile du clergé y quoiqu'elle fût alors par elle-même indifférente aux factieux ; mais , dans le refus que les prétrei vraiment catholiques avoient cous tamàient fait delà jurer, ott trou voit un délit national tout commis et bieu avéré , dont on pouvoit à Tinstant frapper les prétendus coupables.
Dès le lendemain du lo aeûty on avoit commenoé à ùtitt rechercher, dans la capitale, totis ceux qui' s'y tlH>uvoieut9 et, pour les eufermer, il avoit fallu> tant leur nombre devoit être considérable, convertir en prisons l'église des Carmea et le séminaire de Saint-Firmiti. (Fbyez Septembre. ) Pendant qu'on y entassoit en grande hite ces confesseurs de là Foi , que déjà l'on préméditoit d'y massacrer bientôt, l'assemblée i^notivela , le 96 août, et fit exécuter de suite, avee Une autorité pleine et dégagée de tout frein , son barbare autant qu'impie décret de déportation , qu'elle aggravoit encore par de nouvelles rigueurs. Gomme il devenoit par là un décret nouveau , nous ne pouvons nous dispenser de le transcrire; en voici le texte même :
« f^ Tous les ecclésiastiques qui, étant assujétis au aer^. ment prescrit par la loi du 26 décembre 1 790 , et celle d« 27 avrîl ] 791 ( celui de la cùnètitution civile du otergé ) ^ ne Tont pas prêté, l'ont rétracté^ et ont persisté dans leur rétrao*tation, seront tetius de sortir, i^ous huit fours, hori des limites du district du département de leur résidence , et tlans quintaine y hors du royaume : ces différens délais courroAt du jour de la publication du présent décret. — »•. Eu cou* séquence, chacun d'eux se présentera devant le directoire ou à la municipalité du district de sa résidence, pour y déclarer le pays étranger dans lequtel il entend se retirer (afin qu'on sût à qttel point de la frontière les assassiM' dévoient l'at-^ tendre ); et il lui sera délivré sur-le-champ un passepoiTtqui contiendra sa déclaration, son signalement^ la route qu^il doit tenir, et le délai dans lequel il'doit sortir du royaume
(afin que les assamns puissent bien le reconnoltre , et même le* suivre). -— 3*. Passé le délai de quinze jours > ci-»devant prescrit y lea ecclésiastiques n«n-sermentés , qui n'auroietit pas obéi aux dispositions précédentes , seront déportés à la Guiane française. Le» directoires de district les feront arrêter et conduire , de brigade en brigade ( de gendarmerie ) , aux ports de mer les plus voisins qui leur seront indiqués ^ar le conseil exécutif provisoire ; et celui-ci donnera, en conséquence, des ordres pour faire équiper et approvision-* ner les vaisseavx nécessaires aux transports des ecclésiastiques.
^ (Déjà la déporlattott de 1793 ou 1794 étoit projetée. ) *— 4^. Ceux> ainsi' transféré^, et ceux qui sortiront volontairement, en exécution du présent décret, n'ayant ni pension ^ ni revenu, obtiendront chacun trois livres par journée de dix lieues, jusqu'au lieu de iem' embarquement, ou jusqu'aux frontières du royaume, pour subsister pendant- leur route t ces frais seront supportés par le trèsor public , et avancés par les caisses du district. (Cette indemnité de route ne fut réclamée que par quelques uns de ceux qu'on embarqua ; et leurs snrveillans, auxquels on la remit, la retinrent presque
. en entier.) *-^ 5^. Tout ecclésiastique qui seroit resté dans le royaume j après avoir fait la déclaration d'en sortir, et obtenu un passeport, ou qui rentreroit après en être sorti > sera condamné à la peine de détention pendant dix ans (Cette peine fut bientôt changée en celle de mort. ) — 6". Tous ou/re^ ecclésiastiques non-ser mentes , séculiers j r^ulierSf frêu-es i simples clerc» ^ minorés ou frères lais, sans exception ni distinction ( c'est-'â-dire tout ce qui appartenoit au service des autels catholiques ), quoique n'étant point âssujétis au serment par les lois du 26 décembre 1790 et ^7 avril 1791, seront soumis à toutes les dispositions précédentes, lorsque, par quelques actes extérieurs (du culte catholique), ils auront occasionné des troubles ( excités par leurs ennemis ), et venus à la connoissance des corps administratifs , ou lorsque leur éloignement sera demandé par six citoyeus
(réToIutionnaires), domiciliés dans le même arrondiMement« — » j*. Les directoires de district seront tenus de notifier aux ecclésiastiques uon-sermentés , qui se trouveront dans l'un ou l'autre des cas prévus par le précédent article , copie collationnée du présent décret avec sèmmation d'y obéir et df s'y conformen »— 8^. Sont exceptés de§ dispositions précédentes (ce que dans le fait ils ne forent point ) les infirmes^ dont les infirmités seront constatées par un officier de santé qui sera nommé par le conseil général de la commune du ^ lieu de leur résidence^ et dont le certificat sera visé par le j^iéme conseil général. Sont pai*eillement exceptés (ce qu'ils ne furent pas davantage) les sexagénaires dont l'âge sera aussi dûment constaté. (Foy. RoCfiEFORT^ Nantes et NeVBRS.) — - 9^. Tous les ecclésiastiques du même département qui se trouveront dans le cas des exceptions portées par le précédent article, seront réunis au chef-Heudu département dans une maison commune dont la municipalité aura l'inspection et la police : (ce fut pour eux une véritable prison . )-«« i o**. L' Asjgemblée Nationale n'entend pas, par les dispositions précédentes, soustraire aux peines établies par le code pénal , les ecclésiastiques non-sermentés qui les auroient encourues ou pourroient les encourir parla suite. (Dans les lois de ce code il en étoit de contraires à l'exercice de leur ministère. ) —II®. Les directoires de district informeront régulièrement de leurs paursuites et diligences, aux fins du présent décret, lea directoires de département qui veilleront à son entière exécution dans toute l'étendue de leur territoire, et seront euxmêmes tenus d'en informer le conseil exécutif provisoire (dont le chef étoit le féroce Danton qui préparoit les mas» sacres de septembre.) — 12®. Les directoires de district seront en outre tenus d'envoyer tous les quinze jours au ministre de l'intérieur, par Tîntermédiaire des directoires de département, des états nominatifs des ecclésiastiques de leur arrondissement qui seront sortis du royaume, ou auront été déportés : le ministre Ae l'intérieur sera tenu de
commnniqaer de luite à TAssemblée Nationale lesdits états, ir
Avec toates oeyprécaations, il n'étoit sur les deux cents lieues carrées qui composoient la France, aucun prêtre dont le conseil exécutif ne pût suivre la trace, qu'il ne pût faire assassiner sur le chemin de Texil^ ou faire rétenir, de peur qu'il n'échappât aux assassins disséminés sur la route , et pour qu'il pértt plus certainement dans l'intérieur. Le ministre qui en avoit le département étoit ce même philosophe , Roland de la Platière, qui, en 1790, pressant le tsï\ de sanctionner le décret par lequel les prêtres seroient forcés de prêter le serment de la constitution civile du clergé ^ avoit écrit au monarque : ce La révolution s'acnèvera au prix du sang, et sera cimentée par le sang. » Et ce Roland, cinq jours après le fatal décret du a6 août, dira hautement aux assassins de Paris dans une adresse affichée la veille des massacres : « Lève«> toi, dans ta force; lève*toi tout entière, nation française; voilà l'heure du combat. Que ce soit celle de la victoire! »
Les plus sinistres présages se répandoient par toutela France ; les prêtres ne se dissimuloient pas les dangers qui les environnoient , ni ceux qui les attendoient sur la route de Texil. La plus généreuse comme la plus humble soumission devint néanmoins la règle de la plupart ; ils allèrent demander & leurs municipalités des passeports qui, par la note perfide qu'elles étaient chargées secrètement d'y mettre à leur insu, ne dévoient être pour eux , suivant l'expression de Manuel p procureur-syndic de celle de Paris, que des billets de mori, pour être sûres qu'ils n'échapperoient pas au carnage ordonné. Elles refusent des passeports à ceux qu'elles veulent voir im^ moler devant elles ; mais enfin le plus grand nombre s'achemine vers les pays étrangers ; toutes les routes sont couveites de ces vénérables proscrits au nombre de cinquante mille de tous les ordres, prélats ^ curés, chanoines, vicaires, religieux et simples clercs , chacun marchant vers la frontière la plus rap|>rochée, ou le port maritime le plus voisin. Ceux
qai y parviennent sont attendus par des soldats farouches , les accueillant avec ces cris : « A mort les prêtres et les rois ; n et assassinant les premiers en attendant qu'on donne le signal de frapper les secoAds. Le moindre mal qui arrive à ceuic qui sauvent leur vie ^ est d'être maltraités , blessés et dépouillés. On leur enlève le peu d'argent qu'ils emportent pour la subsistance de quelques jours ^ et on ne les laissé passer sur le sol étranger qu'après avoir tout fait pour qu'ils y périssent bientôt de misère. Eh ! combien en est-il qui ne parvinrent pas seulement j^qu'à la frontière! Combien furent massacrés sur les grandes routes^ ou en passant dans les villes^ et même en des villages! Les forcenés révolutionnaires auxquels ils étoient livrés^ les jugebient dignes de mort, par cela seul qu'ils pouvoieut les appeler prêtres réfractaires, c'est-à-dire exempts du crime d'avoir fait le serment constitutionnel. (Foy. PiNEROT, LoiSEàU^ Leliêyrb, Bené, Bessin, Secre- TiEK, etc.)
Le nombre des prêtres assassinés dans ce voyage a été rendu incalculable par les troubles longs et cruels qui, ayant succédé à ces assassinats^ ont empêché d'en suivre les traces. On ne peut les compter que d'une manière approximative, d'après ce que M« Tabbé Barruel a dit de ceux qui se commirent sur quelques points de la Normandie , du pays Chartrain et près d'Autun {Histoire du Ckrgé pendant la Jié^utionfran'^ çaisà). Le tableau affligeant qu'il en a fait, l'eût été bien ^davantage s'il eât pu connoUre, comme nous, ce qu'eurent À fiouffrir les eeclésiiastiques quis'acheminoient, soit du Bas- Languedoc , soit de l'Auvergne et du Vivarais, soit de la •Provence et même du Dauphiné , soit du Maçonnais , du Lyonnais^ du Forez et de la Franche-Cpmté ^ Vers la Suisse ou l'Italie. ( F^fM &aynard.)
SEPTEMBRE 179a.
Ce titre rappelle d'exécrables massacres qui dévoient être, pour la religion ; ce que le régicide du 21 janvier suivant seroit pour la monarchie. G'étoit ainsi que l'attentat du 10 août précédent étoit deven^^ pour le trône ^ ce qu'avoit été, pour la religion, quelques mois auparavant, ce renversement des sièges de l'Eglise gallicane, qu'a voient opéré les violentes intronisations des schismatiques de la consiitudon civile du clergé , sanctionnée par le monarque. Ces déplorables événemeus étoient corrélatifs, d'après l'admirable encbatnement de nos anciennes institutions^, où le trône et l'autel se prétoient un mutuel appui ^ où l'autel protégeoit encore plus le trône , que le trône ne pouvoit prQtéger Tautel : vérité si bien sentie par les politiques, nés de la philosophie moderne, que, dans leur restauration comme forcée d'un trône quelconque, ils ont toujours eu soin de retenir l'autel •ous leur propre dépendance,
Quand on les entend demander, avec tant d'instances ^ et d'autorité même, qu'on ne reproche plus à la révolution, sans laquelle ils seroient comptés pour bien peu de chose, les crimes affreux dont le but fut d'anéantir le tràne et l'autel, il est impossible aux gens doués de quelque mémoire, de ne pas se rappeler ce hideux Boussillon , qui, à la tête «l'une députatioii de oette section de Paris , dite de Marseille , dans laquelle siégeoit ce club des Cordeliers oÀ naquirent presque entièrement ces attentats, vint, le 8 l^\v\^v 1 793, commander, pour ainsidîrc , a la Convention, de révoquer l'ordre qu'elle avoit précédemment donné, de rechercher et de punibles auteurs des massacres de septembre. Roussillon les disQît H ji»sti&é4 i^v la pplitique , ^go^ 4^ kemp« 4« révolu^
tîon. » Eh! ne cralndroient-ils point de passer pour en juger ainsi, la plupart de ceux de nos prédicateurs actuels de clémence, dans les aveux de qui l'on entrevoit ceux-là même de ce Jean-Bon Saint-André , lequel , avec les Bourbotte, les Poultier, et plusieurs autres , disoit alors: « De grands maux accompagnent de grands biens, dans les grandes révolutions ; et , si l'on ne tiroit pas le rideau sur les premiers , jamais les seconds ne seroient possibles. La France, esclave depuis quatorze siècles, courbée sous le joug de ses rois et des prêtres, a voulu briser ce joug avilissant ; mais elle n'a pu le briser saiN une commotion violente. » — Bailleul ajoutoit, pour rendre encore plus graciables ces massacres : « Ils ont été faits par des hommes qui, le lo août, avoient combattu contre la tyrannie. » — « Oui, les Marseillais étoient au nombre des assassins », reprenoit Chabot , qui les a voit vus de près ; et Lanjuinais répliquoit : « Il est trop connu que ce fut un complot de cinq à six tyrans, exécuté par linéiques brigands stipendiés ^ il faut que les tyrans prescripteurs , comme les rois tyrans , périssent sur l'échafaud , ou qu'ils fuient d'une terre qu'ils ont déshonorée aux yeux de la postérité (i) ».
Ainsi parla, mais bien inutilement, ce député qu'alloit en« traîner, dans sa défaite , la faction Girondine , la seule qui voulût réellement la république, cherchant à la composer de départemens confédérés, pour la faire triompher des oppositions réunies de la société des Jacobins et de celle des Cordeliers , toutes deux contraires à leurs vues (2). La première, ignare
(i) Séance du 8 février 1793 ; Moniteur du 10 février^ n» i^w (a) La généalogie de ces deux sociétés remonte jusqu'à ce Cktb Bnum qui w forma dans Paris, dés les commencemens des Êtats-Générauz, en 1789, et fut composé de ce qu'il j avoit de plus al'dens réformateurs dans ces Etats , bientôt transformés par leur influence en Assemblée Nationale constitiâante. Avec Tesprit général de la révolution « chacun des membres de^oe-chib^ jaloux de la faire tourner au gré de ses vues personnelles, y apportoit dés iptentions parti* culiéres qui dévoient finir par y causer des scissions. Les plus véhémens allèrent former u^ club spécial dans le cloître des Domiaicaina de \k rue Saint*
et brutale 9 ignorant ce <{ii'<die Youloît, ne pouToit produire que l'anarchie dont sea meneurs avoient besoin ; mais les
Honora; et comme ^ depuis le premier établissement des religieux de cet ordre à Paris , lequel ayoit eu lieu dans la rue Saint- Jacques , on les avoit appelés Jacobine^ c^nom passa aux révolutionnaires qui s'assembloient dans le cloHr« dont il 8*agit; quoiqu'ils ne se nommassent eux-mêmes que les ^mis de la Cons^ titution. Plusieurs d'entre eux s'agitoient déjà pour substituer le gourernement démocratique A la monarchie d'autres en grand nombre , voulant la conserver^ tendoient à mettre le duc Louis-Philippe- Joseph d'Orléans à la place de Louis XVL Ceux-ci allèrent tenir des assemblées particulières dans le dottre des Cordeliers, qui étoit en face de V Ecole de Médecine; et on leur donna le nom de ces religieux. Roberspierre y vint avec Danton qui étoit leur chef; mais il y vint avec d'autres vues qui lui étoient personnelles. Danton se flattoit d'obtenir le principal crédit sous le règne du duc, quand il l'auroit placé sur le trône ; et Roberspierre , qui vouloit tirer parti des Cordelien comme des Jacobins ^ se croyoit déjà capable de renverser un jour l'un et Fautre. La société des Jacobins se renforçoit de plus en plus alors d'hommes Bans fortune « sans éducation ^ et persuadés qu'une loi agraire viendroit les enrichir. Les Cordelière s*applaudissoient d'autant plus de ceUe disposition aa bouleversement de l'ordre « que^ s'étant introduits les uns après les autres dans cette société , ils la dirigeoient par l'ascendant de leur talent. Ils lui faisoient même quelquefois la guerre jusque dans le lieu de ses séances , quand elle dévioit de lai route qu'ils vouloient qu'elle suivtt; et Roberspierre avoit l'adresse de s'y faire le plus souvent leur orateur. En y rendant imposante son éloquence , il lui inspiroit adroitement le désir de le conquérir, dût-il y dominer; et ce fut un triomphe pour elle, lorsqu'en 1793 il abandonna les CordeUers pour ne plus appartenir qu'aux Jacobins»
^ Trois autres factions notables étoient sorties dès 1791, de la société des Amis de la ConstkuUom* Deux d'entre elles furent bientôt effacées et même vaincues par les deux précédentes et par la troisième. La plus molle et la |>lus simple Touloit franchement la constitution qui alloit se proclamer; la seconde, comr posée de ce qu'il y avoit de gentilshommes révolutionnaires, mais orgueilleux « dans l'Assemblée constituante , prétendoit introduire en France la constitution Anglaise y se réservant à eux seuls les pairies de la Chambre-Haute. Comme ils s>ï réunissoient dans le clottre des FeuiUans, ils.en eurent le nom; et comme ils vouloient conserver Louis XVI, s'il adoptoit leur système, les Cordelière soulevèrent les Jacobins contre ces Feui/lans. Rien d^s l'opinion publique ne pouvoit soutenir leur arrogante foiblesse ; et la proclamation de la constitution de 1791 acheva.de les faire disparottre. La troisième fiUe de» prétendus jimis de la ConsdtiUiou , fut cette faction décidément républicaine qu'en 179a on appela Girondine, parce qu'elle eut alors pour chefs des députés du département, de la C^ironde, les Vcrgniaud les Guadet> les Genaonné» les Ducos,
Corddierg^ qui la dîrigeoiçnt, ei» ftéoptânt se$ livrées et son langage, pai4amt même égalité ^i liberté j afin de la mieux séduire, a voien t pour but général ] a proscription de la branche régnante, et pour but spécial^ Télévation du duc d'Orléans sur le trône^ de Louis XVI. Qu^nd ce but particulier fut manqué, en mai 1798, il leur resta loueurs la même ardeur, pour le changement de dynastie , quel qu'il pût être. L'on jugera donc mal. des hommes et des choses, dans la suite, qu^nd on tas,era d'inconséquence et de bassesae, oarUîns. lélateurs sycophantea de la république, qui élèveront eux* mélnes Bonaparte sur le trÔne des Bourbons, se pareront 9.vec prgueil de si^s livrées, accapareront sa^s faveurs, et deviendront les plus intrépides fauteurs d'un despotism^e exclusif de la dynastie qu'ils vouloient écarter. Tous étolent de la faction des Çordeliersy dans les rangs desquels, depuia Iç 9, th^riftidor aa II (2^7 juillet 1792), ils avoient admis quelques Girondins (1). Aucun d^eux n'éloît de celle des Jacobins proprement dits, a cette époque de la chute de
I IIII.IIH |>i> ll.H>tl^ yil ■>■ m fil |> iH ..Liw.ili ■ypy^.^pM ,1,1 I ■ ,1 n I 1,11 ■■11—,
anxquek s'adjoignirent les Gondorcet, lesBtissot, les Barbarouz^ etc. Quoiqu'ils eussent été reçus chez les Jacobins , ceux-ci furent excités par les Corde" UerSy dont le Girondisme cpntrarioit les desseins , à l'abattre de concert avec eux , le 3i mai 1793. Maïs les Cordeliers, devenus vainqueurs des JacoMns au 9 thermidor (^7 juillet 1794 ) 9 ayant besoin de relever les restes de la faction Girondine , pour 8*«b. faire une anxiliaige , les irappelèrent ; et ces restes^ •'aMOupliaaftat aux vues des. Cordeliers, participàrefit i leur lortun*.
(1) lU obX été peints ainsi par les competriotesi méoMs de lents ehefs ; dans le journal Bordelais^ ia Muche d'jé^tdtaiue (feuilles des aSetaG janyier 1^0) : « Èg^lem^nt avdana à saper le pouvoir royal , objet de leur comoHine jalousie , ils régnèrent looff^temps snr la France par les sooiétéB populaires. Constam^ ment A îk tdte d« tous lea comités , ils s'emparèrent seuls de ladilneation des afihires, plaoèrsnt, Iran (xéatnres dans toutes les administrations > et enfin Qomposèrent A leur guise josqtt'auiministéae du roi. La protection qu'ils accor*doiant aux attentif « se manifesta |^b d'une-foés dans l'Assemblée légialalii!<e> et surtout Ion de la discussion sur les massacres de la glacière d'Avignon^ le 16 octobre 1791^ €e fut sur la motion de Vergniaud, appuyé de Lasonrce^ Guadtot et G^nsonné, que l'amnistie de JVKirdan«Coi^e-7ke fut décrétée. ( On rem tout à rbeore^ dans nn passage du jeurnal de Brissot, un des leqn, quelle étott leav aftense dooltane sur les orîm^ qui potfvonnt faiee «fanosr
Robersplerre, devenu leur chef. Ce ne s^nt pas ces der^ niers qui jamais ont prêché Toubli : les attentats auxquels ils prêtèrent leurs mains frénétiques, pour Tabsurdis cause du nivellement, leur semblent encore des titres honorables. Comme ce ne sont pas euic que les résultats de la révolution ont rendus riches et puissans; et,x:omme, en général, on ne plaide que sa propre cause, en plaidant celle; des « intérêts nés de la révolution », tout lecteur pourra légitimement en concl)«re que. ceux qui, pour les maintenir, nous enjoignent si impérieusement, avec Jean-^Bon Saint- André, « de tirer le rideau sur les forfaits » dont ces intérêts dérivent, sont principalement de la faction des Cor^^liers, ou leurs for^ tunés adeptes.
Ce fut parce qu'au neuf thermidor (ay juillet iyg4)f elle reprit «on ascendant, quelque mois réprimé (voyez Lois et Tribunaux révolutionnaires ) 5 ce fut parce qu'elle le conserva sous le gouvernement /)i>ectorm/, et même encote, jusqu'à un certain point, sous le gouvernement de Buonaparte, que les tentatives faites à diverses reprises , pour obte-
|a révolution vers le hutr qu'ils se proposoient). Vei|piiiaud et les siens eurent donc la gloire, en couvrant de leur protection et de leur éloquence les crimes commis dans Avignon, de préparer d'avance une excuse aux atrocités dont Paris devoit bientôt après devenir le théâtre,... L'attaque du cbâteau des Tui* leries fut résolue dans des conciliabules que présidèrent souvent GuadeC^ {«asource et Barbaroux. A plusieurs reprises ensuite, les Girondins eux-m^mM se vantèrent d'avoir ourdi la trame qui avoit amené le lo août.... Plein» d'au* dace tant qu*il fut question d'attaquer un roi prisonnierd^a son château, ces fUn stes enfans de la Gironde ne sux^nt rien tenter pour arrêter les massacras de septembre. Loin de là : leur mmistre favori, celui qu'ils «ppeloient lefsrtueux Roland, en parloit ainsi dans une «dresse aux Patisieus.: J'ai fiien fugé ce que la patience long/ne et trompée du peuple, et ce que la justice an^ma/U dâ produire. Je n'ai point inconsidérément blâmé un terrihie et premier mow .wementjj'ai cru qu'il falloit éviter sa contimtité, jUnû quun grand wage pw rifie Voir et balaie les immondices ; ainsi la colère et le» mauvemens populaires opèrent en quelques .heures ce que le, eours des choses amènêréit peutnéire trop tard* L'assemblée, dirigée encore par les. Girondins, passa ài'ordre du jour lof:sqtt'oik vint la coi^u|rejr de s'occuper du, massacre des prisons ».
nir que les assassins de septembre fussent recherchés et punis ^ échouèrent toujours devant la singulière philanthropie des puissans du jour (i). Seroit-il donc vrai que, tant que les auteurs ou fauteurs des grands crimes dont le but fut un changement de dynastie , jouiroient de cette protection , Ton resteroit plus ou moins sous l'empire de la faction des Cordeliers dont les succès , en perpétif ant son existence y auroient aussi perpétué , quoiqu'en sous-ordre , celle des Girondins? Cette faction des Cordeliers, qui, depuis Jors, ainsi renforcée y se mit toujours derrière les Jacobins y en les accusant, plus haut encore que le vulgaire , par qui elle ne sauroit être discernée 5 cette faction qui, depuis sa victoire sur leur Roberspierre, où elle s'appela Thermidorienne y a changé si souvent de nom et de visage, suivant les chances de la fortune (2), en se séparant toujours avec a£fectation des Jaco^
(x) Séance du 8 février 1793. — «Depuis lors, comme le dit M. de Prous- Emilie {HUtoire secrète du Tribunid répoUttiormaire , pag. 96 du tome 1) , on a renouvelé différentes fois la proposition de poursuivre les auteurs des massacres du a septembre ; elle a toujours été écartée : et ces crimes sont restés impunis. »
(a) N'y auroit-il donc rien d'elle dans cette faction, qui^ depuis le rétablissement des Bourbons^ s'appelle arrc^amment la Nouueile France? N'est-ce pas en son nom qu'un des siens , extraordinairement instruit des plans secrets dlT ministère en 1S19, et soutenu par une haute protection dans sa scandaleuse correspondance anonyme avec un journal anglais, disoit i l'Europe étonné que « ce nombre immense de véritablement bons Français, dont l'attachement A l'antique dynastie ne varia jamais, les seuls qui en voulurent avec sincérité le rétablissement, n'appartiennent qu'à une f^ieille France qui doit s'abhner et disparoitre devant la Nout^elie ? » Cette faction appeloit en môme temps à son secours, de l'aveu de son interprète, et suivant l'usage qu'elle a suivi d^nis 1791 , ce Peuple, instrument de révolutions, par qui elle se vantoit encore insolemment d'avoir accompli ce qu'elle appeloit des thiracles, Ehl quels miracles que ceux du 10 août, du a septembre 179a, du ai janvier 1793, etc. etc. tous faits aux cris de Vive la Nation! Cette faction nous déclaroit en même temps par le même organe , qu'avec son Peuple elle ibrmoit une minorité incontestable k kquelle tout le reste de la France , ne consistant à son avis qu'en des tmnorités , devoit être subordonné; qu'elle étoit tunique nation véritahle^ accoutumée depuis trente ans à être considérée comme tout, et à uoir ses yaeux içovràs, c'cst-i-dire A commander et ft se faire obéir. ('Correspon'
bins, surtout depuis qu'au 18 bnumaîre (9 novembre 1799), Buonaparte s'empara du gouvernem>ent ^ cette faotîaa, di« sons-uous^ a toujours eu l'art de faire rejeter sur ces ignobles
dancepriuée de Paris fAeitve ^u 5 aoât 18 19 > publiée par la £euille anglaise The fîmes du la^ et transcrite avec indignation par notre Journal dès Débats du même mois.) Qui n*aar»it cru dès lors voir ressusciter avec plus d'audace encore qu'il n'en eut^ cet affreux Brissot, qui, en 179a, parlant avec complaisance de grands crimes récemment commis ( vc^ez Avignon ), avoit dit, dans son journal le Patriote Ftxinçais : « Les crimes inséparables d*une révolution ont ua objet d'intérêt pubàc; alors c'est la société presque entière, ou du mrâns une grande partie de la société qui punit violemment quelques indùfidu$ qui opposent une résistance criminelle à la uolonte générale? 9
Du même atelier où Bris^ot paroissoit revivre, partirent, moins de six jours après l'assassinat récent du prince royal le duc de Berry, ces phrases identiques, quant au sens, avec les premières : «Dans toute supposition, legouvernement du roi (c'est-à-dire le principal] ministère) ne peut triompbeif que parle maintien des intérêts nationaux (c'est-à-dire noat^eriiur, et sans doute moraux comÎBae matériels), et par la réunion de tous les hommes qui veulent.... la dynastie légitime et la France ^ouuel/e » (c'est-à-dire le maintien de lis pre- BÛére à la condij:ion du triomphe de la seconde). Âtomteuràu 19 février i8ao.
On avoit comme préludé au développement de cette doctrine de la Correspondance priuée par un discours sorti du même laboratoire en 18 16 » et pompeusement couronné par une Académie française , bien différente de celle àe 1689 {vqy. notre Préface), dans lequel un jeune écrivain se félicitoit d'abord dé ce que « la liberté du XVIII* siècle, ayant mis les idées à la place des croyance» (c'est-à-dire la philosophie de l'incrédulité à la place des lumières de la Foi, pag. i5), avoit amené la nécessité invincible d'une révolution qui avoit mis une des plus grandes forces^ du pouvoir dans cette liberté qui est un de ses périls (p. 43) ». Le trop confiant rhéteur y décidoit : « qu'il falloit à la France , dans ces derniers temps, une loi de liberté qui satisfît les idées du siècle, et une transàcUon nouvelle qui garantit les intérêts nouveaux (pag. 48) ». Il învitoit même les autres nations à <c s'associer à leurs gouvememens respectifs par un noble effort qu'il JaOoit tenter, quel qu'en pût être le succès dans l'avenir (pag. la), » ainsi que l'avoient fait les factieux de France en 1789. Et, comme s'il eût prévu les eflPorts. prochains de ceux d'Espagne , d'Angleterre et d'Allemagne^ malgré les forces répressives des monarques, l'auteur s'écrioit plein de joie (pag. 47) • « C'est un bienfait pour l'Europe que ces idées de liberté se trouvent si puissantes à l'époque même où la force des armes des Souverains a pris partout un accroissement prodigieux n, {Eloge de Montes'qiàeu, ^zx M. Villemain , directeur-général de la libraiiie au ministère de la policé" ?f professeur, etc. Paris,, août 1.8 16.)
et vJts instmmens, ses propres attentats. Maïs a-t-elle, pour cela , déposé son incurable haine contre les immuables roya* listes ? Eh ! comment ceut-ci ne la reconnoissent-îls pas mieux qu'ils ne le font, à l'aversion qu'elle ne peut s'empêcher de leur témoigner? De qui partent ces ironiques sobriquets pros-» çripteurs, d^ukra-royalistes {i), desquels il résulte, pour le moins, qu'en se disant royaliste^ elle-même, elle avoue qu'elle ne l'est point à la manière franche, loyale et courageusement désintéressée de ceux qui le furent toujours, jusque dans la misère et devant les échafauds? ]N 'est-il pas à craindre que^ tant qu'on ne l'aura pas démasquée, en remontant jusqu'à son origine , à ses desseins primitifs , et la suivant dans la succession très-conséquente de ses manèges, l'on ne reste sous le joug de sa perfide influence, par cela seul qu'on resteroit
(i) Paraonair de famille avec la qualification d'uàra-répiolutiimiuiircs cpm les Cordelien créèrent en 1794» et appliquèrent aux hommes 4e Ift &ctiQ4 qu'ils redoutoient Je plus, la moderne qualification diuhrorroyaihie fait com* prendre qu*elle a la môme origine. Jaloux des Bourhonniens sous les Bourf>ons, comme ils le furent des hommes de Roberspierre^ ils poursuivent les premiers avec la môme formule qu'ils employèrent contre les seconds ^ sana que les gens superficiels sachent y voir autre chose qu'une épigramiBe* G^ n'étoit pas ainsi que jugeoit Hoberspierre au sujet de la première. « U y a, disoit-il, plus d'esprit que de justesse dans la qualification ^L^ltrtt'^ré^^olut^on* nouées donnée à ces vils scélérats que la tyrannie soudoie pour surcharger notre révolution d'excès ou funestes ou ridicules ( les fôtes de la déesse Mai" son,eic.) ». £t^ en s'exprimantainsi^ Robefspierre attaquoit « cette philosophie vénale et prostituée qui, di8oit-il« renversoit les autels ^ ppposoit la rcligiolpi au patriotisme ^^mettoit la morale en contradiction avec elle-môme, confondoit la cause du culte avec Celle du despotisme , les catholiques ay^c les cçma^ pirateurs^ etvouloit forcer le peuple à voir dans la révolution , non \t triomphe de la vertu , mais celui de l'athéisme , et la destiruction de toutes ses idées morales et religieuses^ dans ces jours où le crime de conspirer oontjre l'état se l'éduisoit au crime d'aller à la messe^ et où dire la messe etoit la même ekosp tjue conspirer contre la république ». ( Discours de Hoberspierre , trouvé parmi ses papiers, let consigna sous lé n^. LU, dans le Rapport de Courtois contre hoherspierre h la Convention ^ le 16 nivôse an tll, 6 janvier 1795, aux pages 201 et 311.) En faisant de cette pièce un grand chef d'accusatioq coitiNs Roberspierre , cent soixante-un jours après sa mort, les Thermidoriet^^'iiefOM' TQteni dévoiler plus clairement \a faction à laquelle ils apparteuoient.
( iSi )
dans lesiUusions qu'elle a faîtes depuis le gthermidorP Notre lecteur se convaincra de plus en plus , par la suite^ que c'est non seulement connottre mal la révolution^ mais encore aervir, sans le vouloir, d'anciens oppresseurs, que d'adopter aveuglément leur astucieux langage, en n'accusant que les Jacobins et leur Aoberspierre, sans parler de Danton et de Ses Cordeiiers,
Ce furent, à la vérité ^ les Girondins qui complotèrent, r^attentat du lo août 1792, d'abord chez la femme de ce ministre Koland , qu'ils protégeoient (1 ) , et ensuite daAs une auberge de Charenton (a)^ mais ce furent les Çordeliers qui voulurent en diriger activement l'exécution. Ce fusent eux q^ni, pour cela , nommèrent , le ^ août, dans leur ctûb , ceti^ de leurs membres les plus effrénés, par qui les fonctions municipales de Paris dévoient être et furent effectivement envahies , dansla nuit du 9 au 10. Ce.furent enfin ces hotemes delà commune athëi^te du 1 6 août, que Dâtiton, devenu ministre de la [ùstice , dans Vintervalle, chargea de pj^*éparer et faire exécuter Jes massaerea de septembre (3).
Robersijierre étoît saîis dou4:ë alors de la société àts Côr-
m I «I « Il I' ' "■ ■ ■ I ■■ n — 1— ■! 11^ i I I j I I ^T^i^— i^i—— ■
{i) IHous aVons entendu raconter par Rovère, ti^éttibre àe rAsseniblée législative, fiùlâ^de la Cônrèâtion » ensuite du Corpâ législatifs et tela dans Tété de 1^9^, lorsque ^ revéAu de ses écarts, il dèVeùoit' digne d^ltre déporté par le Directoire à la Guiaùe où il le fut elTcctivetnèUt^ aprèé la catastrophe du iS fructidor, et où il mourut le 11 septembre 1798 (f^oj^- OtrtJLtrE) ; nous liii uvoD» entendu raconter ^em juillet 1^91 , pa^aMit dans la ra« delà Harpe où demenreit cette feikAne, il'itt venir à lot Balfwitom cfui sortoit de die% elle, et que Barbaront lui dit avecliea : « Lesiég^e des Tuileries Vteiit d*étre décidé; et je vais faire Venir mes llarseilkis ». L*expéditipn fut sospbndue, perce que dtenSiFintervalle, le roi ^consentit à hsprendfe Rabfnd pour mi* Kiistf^ ;: meis bientôt ôl le répudie.'' •
(n) AVe^ de Bâil^ront dans la Convention , séance du 3o octobre 1^92. (V07. MtdrUl^êur du t*' novembre, ihéiiie année) ; et Histoire /kntieuliëre dès etfénemens qni ont eu lieu en Frahtey pendant Us mois de juin , jiùlkt , aàiîl » et septembre t^ga, pai^'M.... de \é Varéntic. Paris, 1806. *
' (3) Ihid. — ^Voy. encore Histoit*è'âes Crimes de la Aei/otuti&ri;^Sir.tt, l*ru4 dhomme. Paris , 1797, au tome IV, pag. 87 et c^i,-^IJisioire de la JiévoluLhn
( iSo
delierSf mais atçc des vues différentes de celles de leurs chefs , avec des rues d'ambition personnelle d'un ordre plus hardi > et que l'avenir trahira. De l'aveu même de ceux qui, les ayant à peine entrevues (i), se déclarèrent bientôt ses enne^
du lo août; par Peltier; réimprimée à Paris ^ en 17979 sur l'édition de Lon*dres^ au tom. II, chap. 8. — Histoire secrète du Tr&unal réi*olutionnaire ; par M. de Prqusfiinàlle, Paris, i8i5, au tom. I", chap. a : où, comme dans les précédens ouvrages, il est démontré que le complot fut arrêté chei Danton , entre lui et Marat , puis organisé à la commune , par BiUaud-Varennes qui se chargea de trouver des juges et des bourreaux. Ce ne sont pas là les seuls écrits qui nous Aient servi lie guide : on nous verra citer, en outre. Mon agonie de trenU'Jadt heures^ parie chevialier de Joamiac, de Saint-Méard. Paris, 179a; la ablation de M. Pabhé Sicard, sur les dangers qu'il a courus les ^ H 3 septembre , à la Mairie et à V Abbaye, Paris, 1797 ; V Histoire du Clergé pen-^ dant la révolution française ; par M. Tabbé Barruel. Londres, 1793 : copié, en ce qui concerne les massacres faits aux Carmes et à Saint-Firmin , parles jénnaks catholiques de 1797. Nous avons aussi consulté, mais avec toute U défiance convenable, Técrit que publia, en 1794» sous un roile anagrammatique^ Méhée , secrétaire du secrétaire - greffier de la commune : La uérité toute en-tière sur les vrais auteurs de la journée du a septembre, et sur plusieurs joumétfs et nuits secrètes des anciens cemàéi de gouvemeiment, par Felhenesi ; et nous n'avons point négligé ce qufil y a de relatif à ces événemens dans les Mémoires manuscrits de Sénart. Nous v^ons, de plus, consulté ceux des prôtres qui, ayant échappé miraculeusement à ces carnages , vivoient encore. A toutes les notions que ces divers moyeiM nous ont procurées , noua avons ajouté d^ enquêtes personnelles, chez les pa;'ticuliers qui habitoientj alors prés des lieux de massacre ; et même» des recherches très-soigneuses sur les Reffstres d^écrou des différentes maisons ou ils se firent , comme sur les Me^tres mortuaires de l'état civil de Paris , k cette époqaCf
(i) Gnadet assuroit à la Convention, le 3o octobre 1793 , que les vues de Roberspierre lui avoient été dévoilées avant le lo aoftt, en ce que « Rc^rspierre l'ayant fait venir chez lui avec un antre député , nommé Rebecqui , et ne leur ayant parlé que de la nécessité de se rallier à un homme jouis<<' sant d'une grande popularité, sans le nommer': PanW, qui étoit présent, et sortit avec eux, leur désigna Roberspierre pour dictateor. » (Monùâur-dti 1^ novenJïre 1793.) L'idée qu'il faudroi( avoir de lui, pourroit se déduire de celle qu'une femme célèbre par son esprit donnoit de Buonaparte , en 1800, lors<qu'flle Tappeloit ; « Robersj^iierre-à-cbeval », c'estr^-dire Guerrier: qualité sans laquelle il n'eût pas réussi dans un dessein analogue. Le Ifgiste Roberspierre n'fii;roit donc é|é que Buonapeate-^-pied, Po.uiyoit-il dé$ lors ne pa^ échouer ?
1BÎ0, la part qu'il eut à leurs manœuvres» peur l'attentat du ^loaoût et les massacres de septembre , est restée tout au moins fort incertaine. Le Girondin Guadet lui reprocha, avec fu«^ reur» le ra avril sui van t, de s'être opposé, en 1791 et en juillet 1792 , à cette déclaration de guer: e qui avoit tant contribué à la chute de la monarchie ; « d*avoi]^ même alors parlé , disoit Guadet, comme les plus déterminés royalistes, et d'avoir voulu qu'on se laissât subjuguer par les ennemis de la révo-^ l^tion (1) ». Un autre Girondin fameux, nomàié Barbaronx, qui fut l 'un des plus ardens prombteurs de l'attentat exécuté le 10 août, avoit déjà dit, avant Guadet, le 3o octobre d'à* près Tévénement, et pour faire connottrê que Boberspierre n'étoit, au fond, ni Girondin ^ ni CordeHer^ qu'il avoit évité de se trouver chea; Roland, et dans ce comité de Charenton, où cet attentat fut définitivement combiné et résolu (2). Un troisième Girondin^ Vei^niaud^ le dénonça , le 10 avril sui* vant , comme indigne de la prétendue g^/oire de cette horrible journée, l'accusant de s'être « prudemment enseveli dans une cave, pendant l'attaque du château des Tuileries , tandis que
(i) « Il ne youloit pas la guerre contre les années ennemies -coalisées, qui tearehoient sur le territoire français^ disoit Guadet , lorsque nous , Girondins, nous Fayons voulue. Ah ! les Des-Essarts . de ce temps^là, tes Dnrosoy vous disoient aussi qu'il falloit se laisser subjuguer par ces armées , auxquelles les émigrés étoient réunis. C'est encore un trait de ressemblance que je trouve enlté Boberspierre et nos ennemis communs y^ ..(Moniteur au. i5 avril 1793.}
(2} « O vous qui combattHes i^u GiMrrousely le 10 août, s'écrioit Barbarouz, Parûienii» fédérés, des départemens , gendarmes nationaux, dites : Ces hommes (Marat, Panis et Bobei:s|»erre ) étoient -ils avec vous? Aucun d'eux n'étoit chez BohiQd., lorsqu'on y traçoit la plan de défense du Midi qui devoit reporter la liberté dans le IVord > si le Nord eût succombé. Aucuu d'eux n'étoit à Gharentoa , où fut arrêtée la conspiration contre la Cour , qui devoit s'exéeuter le ag/juillet, et qui n'eut lieu que le 10 août..... Tous les ^stèmes que Bobespierre Adopte compromettent le peuple. S'il parle contre les perfidies de La Cour^ il attaque avec un égal acharnement les hommes qui^^ dès long-temps, avoient conjuré la perte de la Cour; et, traversant leurs opérations paji* des dénonciations, il prolonge ainsi, au détriment du peuple^ l'agonie mal-faisante de la Boyauté ». (Moniteur à\x i«' novembre 1792.)
KAiMM«kMl^«H^^ ■■ i
C iH )
lui, Vergni^ud^ pré«tdoit cette commission des vingt-un ^ qui favorisa cette attaque (i), et que Guadet présidoit l' As^ semblée tnéme qui fit le Roi prisonnier (a) ». Comme Roberspierre a voit d'ailleurs refusé d'être président et même membre de ce tribunal extraordinaire qui fut créé le 1 7 août , pour juger les Duroaoy, et autres défenseurs du trône, Barbarout en concluoit, contre lui, « qu'il n'étoit pas, autant c[u'on le croyoit, Tennemi de la royauté (3) ». Lorsqu'à l'époque où les Girondins jugèrent prudent d'écarter de leur république la souillure des massacres de septembre, Barbaronx et Louvet x;harchoient à la rejeter sur.Roberspierre, pour le rendre plus odieux; cehii^i leur répliqua: uCeux qui ont avancé que j'aveis eu la riioîndre part à ces événemens, sont des hommes, ou excessivement crédules, ou excessivement per« vers : je dirai;, pour ceux que l'imposture auroit pu égarer, que, dès avant l'époque où ils sont arrivés, j'avois cessé de fréquenter le conseiKgénéral de la Commune ^ parce que l'Assemblée Electorale-, dont j'étois membre, àvoit commencé ses^^éancea (4) » • Comme ses adversaires ne répondirent point à ce défi de soutenir une telle accusation; comme on ne la reproduisit plus , tant qu'il pouvoit y répondre , car on ne Ta renouvelée, qu'après sa mort, Tbi^torien judicieux: n'efli doit parler qu'avec une sage défiance.
Ci) Commission t ou comité des Vingt' Un, composée de membres de FAssemblée législative , et chargée des mesures de sûreté générale» Elle fut le précurseur du fttmeux comité de ce nom , éb/bfi le ài janvier 1793.
(q) MbnAatr du i3 arril 1793. Le président d'ordre se trouyoit être, le 10 «oût^ depuis plusieurs jours, Khomiéie Lafond - Ladehat ; il abandonna le fauteuil de la présidence d*où il ne pouvoit rien empêcher; et ce fut Guadet qui prit sa place.
(3) ^onàeMr du !•' novembre î^ga.
(4) Il reprochoit en même temps à Lonret Savoir très-solennellement applaudi à ces massacres par son journal , £a SèniinelU , qui ç'afRëhoit sur I<e^s
* murs de Paris , lorsque celui-ci avoit commencé le placard ixi lendemain des massacres , par ces mots : • Honneur au conseil général de la Commune \ îl a fait sonner le tocsin (signal du carnage) ; et il a sauvé la patrie ». (Séance da 5 novembre T^ga^ dans le Moniteur da 6.)
Si Peltier 9 qui fut témoin de quelques évënemens de cette époqiie, psroU contredire Roberspierre sur Tabsolue continuité^e son absence du conseil -général de la Commune , en écrivant qu'il y reparut le i" septembre, au soir, seize beuret avant que le carnage irrévocablement résolu dût commencer , c'est y pour ainsi dire, afin d'exclure toute idée que Roberspierre voulût qu'on massacrât les prêtres , et pour faire con^ noitre la faction qu'il avoit déjà pour ennemie. U n'intrigun et ne parla , «uivant cet historien , que pour détourner sur le» Girondins les coups de ce massacre , dont les dispositions ne pouvoient plus être révoquées (i). Quoique le discours très-remarquable que Roberspierre fit en cette occasion , et que Pelli^r rapporte y nt soit point dans le Moniteur ^ ce n'est pas une raison de douter qu'il Tait tenu^ et ce l'est d'autant moins, que toute la séance du conseil général de ce jour» 1*' septembre, a été passée sous silence dans ce journal, par un effet, sans doute , de l'intérêt que prenoient à} leurs auxiliaires, ces frénétiqxiGs Cordeliers, desqxiels alors dépëndoit la iféd^ctîon de cette feuille qui n'a jamais dit que ce qui çonv^noit au parti dominateui/, quel qu'il pût être.
Que. si ^ poUr ne rien négliger afin de connoUre à fond la
■#«— •WOT«*iW<*wa««>Mi^iiW.^»i^<«wrta«>i«^^BWi^wa«iWa«rai*i^r*nMM^a*«ii«^i*««^>^
(i) « Le '!•' septembre, dit l^eliier (chftpv H), Yàncàenné liaine tie Roberspierre /d9n^Fe' Brisaot: et les d9p^|és |c^ U Gironde , se rettouvela, avee toute la force que lui domioient |es circonstances. Ifés le matin de ce jour, le bruit étoît répandu que Verdun , bloqué de toutes parts , et dépourru de tout , ne pouToit long-temps se défendre Le soir, ait cô|iseil général de U Commune > lesiiiii4¥S de Koberspiefre y disoiept iM^utsment que les dai^ers actuels de la patrie leur paroisf oient moins le fruit des complots de Louis XVI , que de quelques bommes auxquels le .peuple trompé croyoit du patriotisme. Roberspierre m6nta à, la tribune pour ^'expliquer plus clairement, elles désigner. Il dit : Pèkonne nVy^s àone nommar k$ tntàims ; ek himi m»^ y^urU saàu du pêupk.yjê les nomme. Je t^inowe le Hbtnicide firUsQt i la faction de la Gironde y la scélérate commission de» yingt^Wn de V Assemblée nationale. Je les dénonce pour auoir pendu la France h Brunswick ^ et pour ùuovt reçu d'avaacalû prix d&Ieur Mchcté' lï prom«lloit les preuTes pour le IcRdemain» ; mais le massacre ayant été exécuté ce jo-^ir-là , suivant la direction du complot de$ CordeHersj la promesse de Roberspierre Testa* sans effet» '
fttrt qu*eat ou n'eut pas Roberspierre dans ces massacres dés prêtres y nous recourons aux ouvrages historiques écrits en France^ et postérieurement à celui de Peltier, nous nous sentons saisis d'une juste défiance , en considérant que ceux qui parlent avec le plus d'assurance et de diffusion sur ce point, n'ont été faits qu'après la mort de Roberspierre , et que leurs auteisrs étoient, ou des hommes de la faction des Cordeliers, qui, devenus Thermidoriens y avoient intérêt à charger sa mémoire de tous les crimes antérieurs ; ou des écrivains peu judicieux qu'entratnoit la direction donnée par les Thermie doriens à l'opinion publique, depuis leur victoire sur Roberspierre.
 la tête des premiers, fut Prudhomme, dont le journal Les Jté^olutions de Paris y en 1792, avoit tant préconisé les massacres de septembre ^ et qui , cinq ans plus tard, c'est-à-^ dire trois années après le renversement de Roberspierre, t^han géant totalement de langage sur ces massacres , sans cesser d'être zélé républicain , vint les raconter avec horreur, dans son Histoire des Crimes de la Ré\H}lution, Parmi toutes celles dont les auteurs étoient visiblement subjugués^ par l'illusion que les Thermidoriens avoient produite, la plus étendue est Y Histoire particulière des éuénemens de 179^9 publiée en 1806, par Mathon delà Yarenne. Mais , en lisant ce que l'un et l'autre racontent de relatif au point dont fl s'agit, ayons bien soin de conserver cet esprit de critique sans lequel on ne peut arriver à la vérité.
Prudhamme se borne à dire qu'après que Marat eut concerté le carnage avec Danton, celui-ci se chargea d'en informer Rol;)erspierre ^ que Roberspierre ne répondit à cette affreuse confidentiel que par ces mots équivoques.: « Il ne fiaiut pas se fier absolument à Marat : c'est une mauvaise tête (i) ». Mathon de la Varenne, après «voir dît que Roberspierre
(i) Hist, des Crimes de la jRéi/ol.y tom. lY. pag . i55«
( iS7 )
assista, comme membre du premier comité de surveillance k delà Commune, à une assemblée que tinrent à l'Archevêché, Marat, Couthon, Hébert, Collot-d'Herbois, Panis et Sergent, dans laquelle il fut question de fixer ce qu'ils appeloient un mode d'exécution pour ces massacres, avoue qu'il n'y fut rien déterminé (i). Il convient encore que Roberspierre n'étoit point dans la réunion subséquente et plus secrète du 3o ao4t, oà, après une vive discussion entre ^ Panis , Sergent, Thirion , Marat , Collot-d'Herbois , Billaud- Varênnes, Danton et Manuel, pour décider si ce seroit par leier, ou le. feu , ou l'eau , qu'on feroit périr les prisonniers , il fut arrêté que ce seroit par le fer (a). Tout le monde sait, d'ailleurs, que, le lendemain 3i août, Panis fit inopinément, et même avec violence , créer un nouveau comité de sun^eil^ lance, d'où Roberspierre fut exclus, et qui se composoit de Paniâ, Sergent, Marat, Desforgues, Leclerc, Cailly, J. Duplain, Lenfant, Jourdeuil et Dufibrt (3). .
D'après tous ces faits bien vérifiés^ accordera-t-on une foi bien entière à Prudhomme , lorsque, racontant que « Rober»^ pierre se trouva deux fois aux séances du comité de sur%feil* lance , et que ses avis y étoient pris en grande considération , cet historien ajoute qu'il y dit une fois : Il ne faut/aire justice que des prêtres et des nobles (4) »? Ce trait, qui est le seul par lequel Prudhomme porteroit à croire que Roberspierre entra dans le complot du massacre des prêtres, prouveroit
(i) Hist, particulâre d» é^éumeiu, etc. pag. a84*
(2) Ifist. partie, des dpénêmens ^ etc. pag. a86, où l'auteor raconte comme le tenant d'un témoin furtivement introduit et caché dans la salle, « que Marat proposa d'égorger les prisonniers ; que d'autres vouloient qu'on mtt le feu aux prisons, en empêchant les prisonniers de s'évader; que d'autres proposoient de faire usage des pompes à incendies pour les noyer tous après les avoir enfemés dans des caves; qu'enfin l'ayis de Marat prévalut ».
(3) Hist, partie, des Mnemens , etc. pag. 294 ; et Hist, de la AétfobtUfm dm 10 ooiU; par Peltier , chap. 8.
. (4) Hist, des Crimes de la Rwolutian ^ lom. IV, pag. i56.
anssl que les autres membres du comité avoient des vues bien plus sangainaîres ; qu'ils vouloient envelopper une multitude d'autres personnes dans le carnage, et que Ro>berspîerre insista ponr qu'ils restreignissent le nombre des victimes. • •
Mais , si nous essayons d'accorder ce récit avec les discours et la conduite de Roberspierre, en ce qtiî concerne les prêtres, soît avant cette époque, dans l'Assemblée Constituante , soit après, dans la Convention , et même dans la société des Jaco^ hins y notre embarras devient extrême, par l'impossibilité de concilier l'opinion actuelle du public sur cet ambitieux, avec les témoignages irrécusables du Moniteur dans lei temps mêmes où cette feuille étoit sous l'influence la plus tyrannique de ^ts ennemis.
En 1790, le 8 juin , il avoit, de son propre mouvement, « invoqué la sensibilité de l'Assemblée Constituante eil faveur des prêtres qui avoient vieilli dans le ministère, et qui , à la suite d'une longue carrière , u'avoient recueilli de leurs longs travaux que des infirmités (1)». Le 19 mars 1791, il étoit venu repousser, avec une vigueur irrésistible, des lois pénales jiarticulîéres que proposoit le comité des Recherches ^ contre les prêtres mêmes qui combattoient , par des écrits catholiques, la naissante constitution cisfile du clergé', qui opposoient des obstacles à l'élection des évêques constitutionnels; contre ces prêtres que leurs ennemis qualîfioiei^t déjà violemment de perturbateurs {t^).
Dans la Convention (chose qui n'a pomt été observée par les historiens), on ne vit Roberspicrre proposer, ni appuyer aucune de ces lois de sang qu'elle porta en si grand nombre contre les prêtres non -assermentés ^ et si , le 23 juillet 1 793^ il parut désirer qu'on déportât à la Guiane ceux d'entre eux
(i) Moniteur, feuille du 39 juin 1790^ n« 180. (a) Ibidem, feuâle du aj murs 1791^ ii<' 80.
qui étoienten des maifionsiie récluaion^ c'est qu'ils y étoient menacés ,4' un nouveau septembre. {Voy. AoGHfiFORT.) Quand la Convention, entraînée par la Commune du lo août^ eut applaudi, en novembre 1793, à sa fête à,^\ Athéisme y et qu'elle aiitorisoit solennellement la brutale destruction de ce: qui subsistoit encore des vestiges de l'antique religion de la France dans le culte des prêtres assermentés ^ lesquels y du moins, pouvoient y entretenir quelque croyance religieuse' et la morale évangélique^ de ces prêtres qui ëtoieht les seuls que la loi permit encore de protéger ouvertement : ce fut Âpberspierre qui vint prendre leur défense, et combattit seul les fureurs de l'athéisme* On comptoit à peine onze jours depuis l'infernale fête de la déesse Jtaison, et la Convention applaudissoit encore avec délire aux épouvantables apostasies de quelques ministres des autels, lorsque, le ai novembre, Aoberspierre tonnoit dé^à contre ces hideux apostats, dans la spciété même des Jacobins , menaçant h de démasquer les hommes qui vouloient extirper toute idée de religion », enjoignant à ses auditeurs de «ne pas dénoncer les prêtres qui, attachés à leur mtnistère, disoient la messe »^ et décla-rant que « les furieux qui, pour les» en empêcher, les qùalifioient à^fanaêàtfues, l'étoient bien plusqu'eux ( i ) ». Qudqu es jours après, il vint forcer, en quelque sorte, la Convention, au milieu même des triomphes persécuteurs de l'athéisme déchaîné , à défendre « toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes d, sans exception même de celui des non-assermentés (2).
Ce qui reste bien évident , et peut expliquer, non seulement le passé , mais encore le présent, et peut-être l'avenir, en dissipant tant de nuages et d'erreurs si frauduleusement aeoumu-
(i) Séance des Jacobins du i5 frimaire aa H (ar Hovsmbrv 179a}. MonUsur duGfirimaiire (a6 novembre}.
(a) Ce décret présenté et fortement aoutena par Ik>l)flBf»ecre^ fut rendu le i5 frimaire an II (5 déceml^:e 1793^. JVWitf(Wr du 6 fjâam£%. (f décembre) 4
lés ; c'est que Roberspierre s'étoit, désoles commencemens , \é^ claré l'ennemi des Gironc/mj^ jusqu'à leur repi^ocher, en face' de la Couvention ^ le lo avril 1 798^ d'avoir vaulu l'attentat du' \Qaovty « pourrappeler, dès le lendemain^ au ministère leurs créatures. Serran^ Clavière et Roland (i); c'est que les Girondins conjurèrent sa perte \ que^ pour les désarmer, au.34 mai suivant y il agit de concert avec Danton et ^^s Cordetiers; que> lorsqu'il n'eut plus à redouter la faction Girondine y il se tourna contré Danton et les siens \ qu'après l'avoir fait périr avçc quelques uns d'eux, il travail] oit à la destruction de tous les auti^es (a), quand ceux-ci le terrassèrent ^ et enjE^t que ceux-ci, étant devenus vainqueurs, firent un traité dé pnix et d'alliance perpétuelle avec les Girondins. Toutes ces choses se trouveront plus amplement démontrées dans l'article Lois et Tribunaux révolutionnaires.
Après cette digression, qu'exigeoit la critique historique, revenant aux massacres de septembre 179a, nous remarquerons d'abord que ce ne fut pas sans une parfaite connoissance des faits que , luttant principalement alors contre les Cor» deliers et la Gomimune, le député Lanjuinais, qui avoit été l'un des auteurs et des plus chauds défenseurs de la consti-' iudon civile du clergé ^ exposoit ainsi les circonstances du complot des massacres^ dans le sein même de la Convention : a Les listes des victimes avoient été dressées par des hommes en place \ on sait par les ordres de qui ces victimes furent amoncelées dans les prisons^ que les bourreaux salariés rer.urent cent sous par tête ; que des registres des sections, et même de la Commune , portent en ligne de compte le prix de ces forfaits (3)».
(i) Séance de la ConveDtion du 10 avril 1793. Monitatr du la.
(2) Dana la séance de la Convention du 24 prairial (la juin 1794)9 I^oberapierre parlant contre Bourdon (de TOisc) et Tallien, disoit avec menacea : « Le système des Chabot» des Hébert, à^s Danton» des Lacroix.est resté organisé». ÂfordteuT du q6 prairial (i4 juin i794)'
(3) Séance du 8 février 1798. Moniteur du 10.
Mais ce que nul historien politique n'a fait remarquer , c'est que ces massacres eurent pour premier mobile la haine de l'Eglise catholique , puisqu'ils furent dirigés principalement contre les prêtres qui avoient refusé d'adhérer à cette constitution civile du clergé. La preuve en est évidente^ car ce furent eux que^ dès le lendemain du lo août ^* les proscripteurs se hâtèrent de poursuivre et d'emprisonner. 0ans l'après-midi du 1 1 , il y en avoit déjà soixante-deux amenés devant le comité de la section du Luxembourg , siégeant dans une des salles du grand séminaire de Saint-Sulpice^ et, le soir même, ce comité les et enfermer dans Téglise des Carmes de la rue de Vaugirard (i). Le 1 3 août, on en comptoit déjà cinquante-deux autres emprisonnés dans le séminaire de Saint-Firmin , oii.il en fut encore amené vingt du i3 au 28 (2). Ce fut seulement le 28 au soir que commencèrent, dans Paris, ces visites domiciliaires qui procurèrent, avec quelques prêtres , tant de prisonniers laïcs (3), La poursuite des insermentés se continua, sans interruption, et avec une rage spéciale, jusqu'au jour et à l'heure du massacre, au point
(1) Echappé aa massacre^ notre ami de quarante ans^ Jean-Marie Bertbe* let de Barbot, prétre-chanoine de Chartres, yicaire-général da diocèse de Mende, mort à Pans le 5 décembre 181 8, nous disait dé vive voix ^ après nous l'avoir écrit : « J'appris, le 11 août après midi, que des gardes nationaux étaient venus chez moi pendant mon absence pour me conduire à ma section , celle du ZwfemhQur%t:» Je m'y rendis de moi-même , et m'adressai à Legendre qui la présidoit pour savoir ce qu'on vouloit de moi. Il me fit passer dans une saUe voisine où je trouvai trois particuliers qui me demandèrent si î'étois prêtre, etc. Sur ma réponse affirmative, ils. m'envoyèf^nt d^s une autre pièce où je fus*bientdt rejoint par M. l'archevêque d'Arles. Noua y res<* tâmes jusqu'à neuf heures du soir, ignorant ce qu'on vouloit faire de nous. Ifous f(!^mes appelés alors, fouillés^ et réunis à soixante autres ec<^ésiastiques environ, et conduits avec eux, entourés de gardes, par lessouterraii^s du grand et du petit séminaire, dans l'église des Carmes, etc. ».
(a) ATt/-.' ci-après y dans la copie figurée du Jiegistre.d*ecnQU,d}iaéaÈioêixtàm Saint-Firmin , les dates respectives de l'emprisonnement dç chacun d'eux.
(3) Le décret par lequel el^Si étoieat ordonnées ne fut rendu qiM Je 98 août. ^ -