‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 21 sur 45 · II · texte numérisé non relu

II

Tribunal répolutionnaire de Roberspierre (du 22 prairial an II — 10 juin Ï794)-

PoUE comprendre comment Roberspierre arriva ji^squ'i ce degré de pouvoirpar lequel il se flattoit de monter à la dicta* ture, et peut-être ensuite à la royauté , il est nécessaire de reprendre les événemens politiques depuis le 21 novembre 1*^93, où , comme nous l'avons vu , il avoit déclaré la guerre au règne naissant de l'athéisme. En le dénonçant à %e^ Jacobins comme aristocratique , il les avoit liés à s^ complots, et s'en étoit fait de puissans auxiliaires. Appuyé par eux, il en acquéroit progressivement plus d'empire dans le comité de salut puhiiCy dont il étoit membre, et qui fâisoit les listes des prisonniers que le tribunal révolutionnaire devôit condamner à la peine de mort. Ce n'étoit, au reste, que depuis le mois de février 1794? 1^^ son influence, qui devoit l'emporter d'une manière transcendante, un mois plus tard, sur lâ faction dfès jithéistes y Dantoni&tes , Orléanistes y étoit devenue puissante (i). Enfin, il obtint un commencement de victoire

(1) G( nt fut ]^g bti% légèit»^âinrpr{ffe pourtetix qui ti« coimmssctifeiii pà» fa marche de» intrigues ^ ^e voir 1» |nisr rétf'ogvadè ipie fit alora le tnboofal révo-? Iwtipmiaire dans le jagedient de huit reli^usèB » le ai pluvioie (9 fëyrier 1794) . KlUïs étoient toutes a coavmncttes, mriuit le texte même de la «entence^

vers la fin de mars^ lorsqu'il fit envoyer à Tëchafaud^ non seulement ce Hébert, dît le Père Duchesne, substitut du procureur-syndic de la Commune, lequel, d'accord avee Cfaaumet, avoît tant contribué à faire décréter l'établisse-* ment d'un tribunal révolutionnaire, ainsi que les lois atroces des ai avril , 1 2 août , 1 7 septembre , ai et 22 octobre 5 et non. seulement ce Hébert qui, non moins ardent que Chaumet pour l'athéisme, avoit eu autant de part que lui à l'invention de la fête de la Raison; mais encore son complice Chaumet, avec leurs appuis dans la Convention, Danton, Camille- Desmoulins, Lacroix, Anacharsis Clootz, et environ quarante de leurs plus notables affidés.

Alors il fit disparoîlre leur formidable comité dVw^urrecfton, siégeant à l'Archevêché, et remplacer par d'au très hommes, les sanguinaires municipaux de la communedu i o aoûty et des massacres de septembre 1 792. Il fit en outre décréter, par la Convention (séance du 27 germinal — 16 avril 1 794)> que tous les proconsuls dantonistes qui étoient en mission dans les départemens seroient rappelés, et que les tribunaux extraordinaires

dTavoir formé , dans leur domicile commun, rue Neuve-Sainte-Geneviève^uik rassemblement où se trouvoient des pi'êtres réfractaires ; d'avoir même refusé de prêter le serment de liberté-égalité, etc. » ; et cependant les juges ne les condamnèrent qn'à la peine de déportation , parce que y disoient-ils ,' « elles ne Tavoient pas fait à mauvaise intention ». Encore ne siibirent*-elles pas la peine qui leur étoit infligée. Ces religieuses étoient sept Carmélites de la rue de Grenelle à Paris, Victoire Crevel, native de Paris , âgée de 46 ans; Jeanne- Louise Golin-Bioche, âgée de 4* ^^^y Marie-£lisabeUi-£léonore Carvoisy, native de Crespy, âgée de 6a ans; Adélaïde-Marie Foubert, native de Paris, et âgée de 4^ 9JM\ Angélique-Françoise Vitasse, âgée de 3s ans, et née à Paris ; Marie-Louise-Philippine Lesuier, née en Périgord , âgée de S6 ans ; Anne Donou , née à Cussangy en Cliampagne , âgée de 4^ ans ; et une religieuse de la Visitation de la rue du Bac, Xhérèse-Hélène-Julienne Cbeaet, âgée de 58 ans , et née À Saint-Malo. Quelle différence entre ce jugement et celui des religtenses Carmélites de Compiègn«^ rendu le 99 messidor an II ( 17 juillet 1794}» douze jours avant la cbute de Roberspierre , et lorsque depuis un mois au moins il n'assistoit plus aux séances du comité de sutut puhlic! (f^qx*. M. C. C. BK4ftD). Cette singularité s'expliquera ci-après, pag. a5t.

.Pii ^lu m JL.. *j. •

«t commissions homicides qu'ils j avoient créés, seroient abolis : ainsi donc les inconcevables hécatomphonies dont Kantes et Lyon étoient les théâtres , cessèrent dès que Roberspierre eut renversé Danton, Hébert et Ghaumet. Il sembloit que son indignation contre <teur affreux système d'athéisme «t de matérialisme 9 et contre cette abominable fête de la Jtaison , qu'il en regardoit comme le triomphe, l'avoit porté, plus que tout autre motif, à les abattre. On a entendu tout à l'heure ses paroles du 21 novembre aux Jacobins (i). Il ne parloit, soit dans leur société , soit à la Convention, que de la nécessite de croire au Dieu rénumérateur et vengeur. L'exécrahlefele étoit , pour lui , comme pour la partie saine de la nation , un scandale inouï qu'il falloit se hâter de réparer. Dès le 18 floréal (7 mai ), vingt-quatre jours seulement après que la tête dé Ghaumet fut tombée sur l'ëchafaud , il vint faire à la Convention, cet étonnant discours, dans lequel, apostrophant celui qui avoit été le premier prédicateur chaumétiste de l'athéisme (voj-. Nevers), et qui se trouvoit présent , il disoit : « Qui donc t'a donné la mission d*annoncer au peuple que la Divinité n'existe pas, à toi qui te passionnes pour cette doctrine? Quel avantage trouves -tu à persuader à l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées, et frappe au hasard le crime et la vertu ^ que son âme n'est qu'un souffle léger qui s'éteint aux portes du tombeau? L'idée de son néant lui inspirera -t- elle des sentimens

(1) y(ïjr. ci-devant, pag. 227 — Villate, prêtre apostat, l'un des juré* de 8on tribunal révolutionnaire , a dit dan^ sa curieuse défense , intitulée : Causes xecrètes de la Mêvolution du^au 10 thermidor (Paris, 1796) ^ pag. 23 : « Je ] 'a vouerai, Roberspierre, dans son discours aux JTacobùis sur la Divinité ^ sembloit de bonne foi résolu d'arrêter le torrent dévastateur (de Tatbéisme ). L*bistoire mettra en pvobléme s'il n'en exeitoit pas sourdement l'action , à dessein d'avoir le suprême mérite , aux yeux de la nation, d'être le dieu libérateur qui seul fermeroit l'abtme de la destruction , et ramèneroit les hommes aux espérances du bonheur. O profondeur de la politique » ! Villate ajoute : n Koberspierre disoit avec une sorte d'enthousiasme, à la fête àeVMtre'Sùprénwi P^S- ^4 ) * Comme les trmns doivent pdUr à l'idée de cette Jeie » /

plus purâ et plus élevés que son immortalitë ?... Lui inspirera-t-elle plus de respect pour ses semblables et pour luimême , plus de dévouement à la patrie, plus d'audace à braver la tyrannie , plus de mépris pour la mort ou pour la volupté ? Vous qui regrettez un ami vertueux , vous aimez i penser que la plus belle partie, de lui-même a échappé au trépas! Vous qui pleurez sur le cercueil d'un fils ou d'une épouse, étes-vous consolés par celui qui vous dit qu'il ne reste plus d'eux qu'une vile poussière ?

)i Malheureux , qui expirez sous les coups d'un assassin, votre dernier soupir est un appel à la justice éternelle! L'innocence sur l'échafaud fait pâlir le tyran sur son char de triomphe. Auroit-elle cet ascendant, si le tombeau égaloit l'oppresseur et l'opprimé ?. Malheureux sophiste ! de quel droit viens-tu arracher k l'innocence le sceptre de la raison , pour le remettre dans les mains du crime , jeter un voile funèbre sur la nature, désespérer le malheur, réjouir le crime , attrister la vertu , dégrader l'humanité ? Plus un homme est doué de sensibilité et de génie , plus il s'attache aux idées qui agrandissent son êti*e , et qui élèvent son cœur j et la doctrine des hommes de cette trempe devient celle de l'univers. Eh! comment ces idées ne seroient-elles point des

vérités? Un grand homme, un véritable héros s'estime

trop lui-même pour se complaire dans l'idée de son anéantissement. Un scélérat, méprisable kses propres yeux, horrible à ceux d'autrui, sent que la nature ne peut lui faire de plus beau présent que le néant, etc. etc.u

Boberspierre conclut par vouloir que la Convention déclarât solennellement, au nom de la nation , qu'elle (c reconnoissoit l'existence de l'Etre-Suprême, et l'immortalité de Tàme » ; etla Convention le déclara avec une sorte d'enthousiasme. Elle décida en même temps, sur sa demande, que, dans un mois, le 20 prairial (8 juin suivant), jour indiqué et choisi par lui, jour qui étoit, pour tous les chrétiens , la fête de la Pentecôte , ellemême en corps, feroit uue pompeuse cérémonie, où ces deux

Augustes vérités recevroicnt d'éclatans hommages , rendus au nom de tout le peuple français, par ses représentons .

La fête se fit le jour indiqué 5 et les athées , qui ^urvivoient et se trouvoient tout à coup renforces par les proconsuU rappelés, en frémirent de rage. Prétendant que Roberspierre qui, en sa qualité de président momentané de la Convention, étoit QOmme le ministre de la cérémonie, vou« loit <(S« faire Qiçu lui «-même », ils se mirçnt dès lors à la tourner en dérision. Ge furent euY qui, plus intéres* ses que d'autres, à vouer au mépris public ce signe de re* tour vers ta religion révélée , dirent que Roberspierre avoit ce donné un brevet d'exi$teuce à l'Ktre Suprême »^ et des catholique^ irréfléchis, mécontens de ce qu'il s'étoit arrêté à la religion naturelle, répétèrent le sarcasme. Ainsi donc c'est de ces athées d'alors qu'on devient l'aveugle écho , sans partager toutefois leurs affreux sentimens, quand on répète cette absurde et fausse plaisanterie. Tous les historiens du temps convienment que dès lors, et pour cela surtout, la perte de fioberspierre fut jurée. £K! par qui l'auroit-elle été , si ce n'étoit par les survivans athéistes du parti de Chaumet, Hébert et Danton? Les simples déistes de la Convention dont, au fond, il n'offensoit pas les systèmes, nt pouvoient vouloir sa chute, que pour l'empêcher de se rendre le souverain arbitre du pouvoir.

Cependant toutes les personnes portées à la piété ne ju^ gèrent pas avec une égale défaveur ce premier pas de Robers*^ pierre vers la religion révélée, Plusjt^urs d'entre elles, convaincues qu'en des circonstances aussi difficiles que celles où il se trouvoit, il n'avoit pu aller plus avant^ lui en surenl gré, au point de lui écrire des lettres de félicitation, .se flat^ tant que bientôt il parviendront à combler entièrement leurs vœux. Des historiens contemporains de cette époque racontent qu'il reçut, comme, dans la suite, Buonaparte, après sooi Concordât de 1801, «des adresses pleines de reconnoissance, dans lesquelles il étoit appelé Venyojré du Ciel, le sam^eurdc

la France; qu'il y eut des communes où même Ton chanta le Te Deum , à cause de son discours contre l'athéisme , et de sa fête de V Étre^^uprémm (i) ». En ce temps-là, dit la Bio-graphie des Fïyans ^ article Vadier, «Roberspierre se mit à protéger les prêtres», (voy^z ci-devant page iSg, etc.) ^ comme le fera Baonaparte en i8oo* Mais le prodigieux succès qu'obtiendra, dans la suite, par des moyens analogues, un guerrier environné du prestige imposant de trente victoires, et de la force d'une immense armée qui semblera n'exister que pour lui , pouvoit-il devenir le partage d'un légiste qui, tout-à-fait étranger »u métier de la guerre, n'a- Toit jamais connu d'autres triompb^^ que ceux de l'intrigue %t de la tribune aux harangues (2) ?

(i) Proussinalle : Hist, secrite du Trib. réifoL pag. 188 du tome second.

*^ a) Que Roberspierre eût des projets de ramener la France républicaine à un état monarchique quelconque > c'est une- yérité- démontrée par quelques unes des pièces de sa main trouvées dans ses papiers , et p«r 1» JSapport de Courtois qui les a conservées. On ne vit pas autre chose daas cette pièce 54 où Roberspierre avoit écrit : « Il faut une volonté une ; il faut qu'elle soit républicaine ou royaièste ». Courtois a voulu démontrer lui-môme qu'il y avoit une grande oonconlance entre la pièce 5o> écrite de la main de Roberspierre , où il se proposoit de <c £aire changer de local à la Convention >i ^ et. la révélation contenue dans une lettre de l'ambassadeur d'Espagne à Venise , Clément de Campoz , en date du 3i juillet 1798 , et adressée au ministre du roi d'Espagne à Madrid, le duc d'Alcudia. Le premier annonçoit an second , d'après sa correspondance avec les agens royalistes de Paris , que ' le comité dirigé par eux à Bagatelle (Iteu de plaisance près cette ville), avoit arrêté « qu'on prendroit tous les moyens possibles pour que la Convention prit des vacances pendant lesquelles le comijté de salut publie , etc. resterait à Paris pour conduire toutes sortes d'affaireis »• Ajoutez à cela cette lettre de menaces envoyée à Roberspierre avec le timbre du comité de sahu pubUc^ les premiers jours de juillet 1794 9 dans laquelle on lui disoit ( pièce 58 ) :

« Roberspierre! Roberspierre! ahl Roberspierre, je le vois^ tu tends à la dictature, et tu veux tuer la liberté que tu as créée. Tu te crcHs un gi*and politique parce que tu as réussi à faire périr Danton, Lacroix, etc. , et les Giron*

dins Tyran! nous connoissons tes projets; nous savons tes arrangemens...,

Malheureux ! tu as vendu ta patrie ; tu déclames avec tant de force contre les tyrans coalisés contre nous , et tu veux nous livrer à eux I Tu leur as vendu notre siiiig«.notiDe or, Inos vivres, nos provioces, pour ton ambition cnragéi*

^ Ce n'est pas que Koberspierre ne cherchât à suppléer au défaut de la puissance milijtaire par de formidables stratagèmes. En ce temps d'horrible vertige, où les malheurs comme les désordres publics disposoient certains esprits à cette crédulité superstitieuse aux mains de laquelle la poli^ tique pouYoi t mettre aisément des poignards, an grand moyen s'offroit à lui naturellement dans cette association Ôl illuminés p dont la vieille Catherine Théo , surnommée la mère de Dieu ^ étoit le centre, et se croyoit l'oracle. Il paroitroit que Robers« pierre voulut se faire une armée secrète de cette association; dans laquelle la soi-disant mère de Dieu l'auroit nommé in petto y son premier prophète , sans qu'il y pardt jamais en personne iFex-chartreuxdomGerles, qu'il protégèoit réellement d'une manière spéciale , n'en étoit que le second prophète ; mais , quelques semaines après la fête de Y Etre" Suprême, le comité de ^ure^ég^eWra/a lui enleva cette puissante ressource , en faisant arrêter, au milieu de ses mystérieuses cérémonies d'affiliation, cette Catherine Théo, avec les assistans; et Yadier vint, au nom de ce comité, dénoncer à la Convention cette espèce de confrérie^ comme une association de conspirateurs, en «'abstenant toutefois de dire tout ce qu^il avoit entrevu de leur connivence avec Roberspierre | et celui-ci profita de cette réserve pour faire tourner la dénonciation en ridicule (i).

de régner sur idngt lieues de pays* Tu lear promets de nous faire égorger les

uns après les autres; et^ pour comble de rage, les uns par les autres As-ta

bien songé au crime affreux que tu as promis ?.«. O vous, ses matbeureux

collègues au comité, tremblez de favoriser ses projets ; il est plus 6n que vous^ Elevé à la souveraine puissance, il vous sacrifieroit. Un tyran connott-il des amis ? Vous lui auriez rendu de trop grands services pour qu'il ne vous baït pas. Une fois maître, il ne songeroit plus qu'à se défaire de ceux qui Tauroient

aidé Roberspierre, songe à toi; tes projets sont éventés/Nous venons tous

d'écrire, en forme de circulaire, une lettre toute semblable à celle-ci à toutes

les sections de Paris »

(i) Ces détails curieux, ignorés jusqu'ici du plus grand nombre, nous sont révélés dans les Mémoires de Sénart, qui, cbargé par le comité de sûreté

Dé)à le comité de sûreté générale , et la majeure partie de

générale à'tûcréUr Catherine Théo et les iUumiiiéB rafsembléa chez elle, e raconté ce qu'il fit , ce qu'il entendit et ce qu'il découvrit , en exécutant cet ordre. Ceat à ce récit qu'cat consacré son chapitre zr, intitulé : De la Mère de Dieu, Tout y est ai remarquable , que> malgré sa longueur, npus croyons devoir lei transcrire en entier, sans en adopter toutefois les inductions.

Le rapport qu'a fait Vadier sur cette affaire, dit Senart, ^t insuffisant : la rapsodie de Vilate {Mystères de la Mère de Dieu déyQÎids^ Paris, 1796} n'a encore rien expliqué. Je peux en parler plus exactement que tout antre : c'est moi qui fus le rédacteur des procés-verhaux , interrogatoires, et qui pré* parai l'analyse des pièces et le rapport. Mais Vadier n'osa pas dire toute U vérité ; et le comité convint de supprimer beaucoup de £ûU qu'il croyoit alors indispensable de taire. Le détail que je vais donner sera d'autant plus exacte qu'il ne comprend que ce que j'ai fait , vu , lu , et écrit moi-même.

Le comité de sàreté générale, instruit d'un rassemblement fanatique dans la section de VObsenfOtQirey chez une femme se disant la Mère dé Dieup m'ordonna de m'assiirer de ce rassemblement, d'en rechercher toutes le$ causes et les effets. Je fus chargé de surveiller et de diriger les Q|>érations , et spécialement d'interroger et d'examiner les personnes-habituées de ce ras^ aemblement ; on ordonna à quelques porteurs d'ordres de m'assister. Tel fut l'objet de ma mission ; et l'on m'adjoignit l'indicateur du rase^nblement, qui^ j ayant été admis, devoit m'introduire sous prétexte de me faire recevoir eammejrère dans l'affiliation.

Je laissai dans les cafés et dans les cabarets les porteurs d'ordres : nous convînmes ensemble , l'indicateur et moi, d'afiecter- l'air dévot, et de me dire de la campagne; nous donnons le mot aux porteurs d'ordres, et nous montone au troisième étage d'une maison située rue Contrescarpe, près l'Estrapade ^ section de V Obsen^atoire; L'indicateur sonna; une femme parut, avec laquelle il fut entredonné des signes sns le front , et il fut reconnu pour frère. Elle HOU* dit : « "Entrez ,/rères ». Nous entrâmes dans une espèce d'antichambre oik arriva un homme vêtu d'une robe blanche , avec lequel recommencèrent les oignes ; et il me dit ensuite : Ftrère et. ami, asseyex-voua. Mon istroducteut fut introduit seul dans une pièce voisine , et revint peu apràs avec une femme qui me dit : a Vene^z, homme mortel, vers l'immortalité; là Mère de Di&i TOUS permet d'entrer », Je fus donc introduit 4ans l'appartement de la Mère de Dieui une^ autre femme arriva : et quoiqu'il fût huit heures et demie du matiu (en été), et qu'on fût dans un appartement très-clair, elle alluma un réverbère à trois branche^, plaça sous le réverbère une chaise et un fauteuil, mit un livre sur le fauteuil. Regardant ensuite une pendule, elle dit : « L'heure s'avance; la Mère de Dieu va purottre pour recevoir ses enfana ». Survint. un autre récipiendaire accompagné d'une femme. Il avoit un costume de soldat dit alors volontaire. On mit une seconde chaise à côté dn fauteuil, et Ton nou4 fit asseoir, ^riye alors une autre femme que l'on déeigneitpar le

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celui de salut public , bien que peu d'accord ebtre eux^ se-

aom de V^kéneuse ; ^le nous dit : « Enfana de Dieo^ préparez-yous à duu» ter la gloire de rEtre-Snprtbne ». En face de nous^ on découTrit un fauteuil blanc 4 élevé sur trois petite gradin» on il étoit entre deux fauteuils bleus. Le tignul fut donné par une sonnette ; et alors sortit d'une alcdve fermée par deux rideaux blancs une vieille femme soutenue sous les bras. Ses mains et sa tôte étoient comme en convulsion. On la hissa et on l'assit dans le grand fau* teuit blanc ; et, quand elle fut assise, les deux femmes qui Tavoient amenée se mirent à genoux, baisèrent sa pantoufle, joignirent les mains > et se relevèrent en disant : « Gloire à la Mire de Dieu »! On lui présenta une aiguière; elle se lava les mains, se les essuya avec un linge fort blanc : ensuite on lui apporta son déjeuner, c'étoit une tasse de lait avec des tartines. Pendant qu'elle déjeunoit, ce qui fbt assez court, arriva une quantité de femmes, de filles et d'hommes de fe>ut âge , qui se placèrent sur- des sièges semblables à des chaises longues, et qui formoient plusieurs cercles au milieu desquels je me tMtivoiSé La Mère de Dieu demanda la piseine, et on lui lava le front, le nez» les yeux, les oreilles > le menton, les jonee et les mains. Cela fini, elle dit : ce Enfans de Dieu , votre mère est an milieu de vous; je viens purifier les deux -{NrofaDes ». Chacun vint alors s'agenouiller à son tour devant la Mère de JHeu, et la baiser au fronts fille mettoit alors la main vtir la téie de chacun , eo disant : « Amis démon Fils, Je vous chéris- toua». Pendant cette cérémonie, j'étois ^ectateur immobile. Arriva Gerles, le Chartreux, ex-constituant. Aussitôt qu'il parut, chacun s'inclina, et resta courbé pendant quelques instans, et l'on se releva. Grerles s'agenouilla devant ia Mère de Dieu , lai donna un baiser sur là joue ; elle lui dit, mais sans lui mettre la main sur la tête : a Prophète de Diea, prenez séance » ; et il s'assit dans le fHuteuil cramoisi, A gauche de ia Mhv de Dieu, disant en levant la main droite : <c Amis de Dieu , féunisson»«ous a. La femme nommée Geofroi, qui remplissoit le rôle d'éeiai^ reuie , prit le livse qui avoit été mis sur le fiftuteail, et s'y assit au milieu de nous, mais du cdté de Gerles.

Sur un siège qni étoit en bes. de l'estrade étoît assise une belle ftmme Moadèi que l'on nooMnoit ia dtantmeet. De l'autre cdté, près du fauteuil bleu étoit nne jeune femme brune , fraîche et superbe, qu'on appeloit la colombe. Gerles fit une inclination à Féelainettse, qui y répondit par une autre incHnation ; et elle dit*, a Frères et setura, assistes »; puis se retournant vers nous récipiendaires, elle ajonta : c fit vbus> profane», disposes-vous â la grâce de Dieu ; levés la mam droite, etrépondet : Jai«««>V0tt8, promettee-voas de répandre jusqu'à la dernière goutte de yotiv sang pour soutenir et défendre , soit rame à là main , soit par tous les genres de mort, la cause et la gloire de rEtre*- Supréme »? Je levai la main en dieant : « Oui, je le jure ». — « Jurez-vous prgmetiee-voua obéiasance/à la Mère de Dieu ici pnésente »? — «r Je le Jure » . — a Jnnea-vooaet promettez- vous sônmission aux prophètes de Dieu et à lenr^ ni|iiistfis»?-*^«Je leiure». Celafiik, Ti^/aihncse ouvrit le U?re , et fit lec-«

toient i^éunis d'mtention p^ur abattre Roberspierre^ comme

"tare de VXpocBLVyp89 , après quoi cUe dit : « Les sept sceaux deDi«« souC^ mît sur TEvangile de la vérRé; cinq «ont ferés; Dieu a promis en vi^btion à laotre Mère la leiiée du sixième; et quand le septième se lèviera ^ prenez ooif» rage^ en quelque lieu que vous soyiez ^ quelque chose que voue yoyiea^ la terie sera purifiée; tous les mortels périront ; les élus de ia Mère de Dieu ne mourront pas; et ceux qui seroient alors frappés d'un accident quelconque ressusciteront pour ne plus jamais mourir. Le premier sceau fut.rannonce du Verbe ; le second fut la séparation de tons les cultes ; le troisième fut la révolution ; le quatrième' la mort des Rois; le cinquième la réunion de tous les peuples; le sixième sera le grand combat de FAuge exterminateur; et le septième la résurrection de tous les élus de la Âfère de Dieu , le triomphe de l'Ëtre-Supréme « le règne de ia Mère de Dieu sur tous les peuples de la terre> et le bonheur général surveillé par les prophètes et leurs miujistres v.

Pendant ce discours , Gerles nous regardoit> examinoit notre maintien. Il nous demanda nos noms, notre domicile , notre état, nous fit promettre de récrire et de le laisser avant de sortir. Z^éciaireuse nous lut ensuite l'évangile de la messe de minuit à Noël, et nous débita une espèce de sermon pour nous convaincre que Dieu avoit pour Mère Catherine Théo, qae le Verbe de Dieu étoit son fils , qu'elle répandoit la parole de Dieu, qu'elle avoit des communications avec Dieu* Quand elle eut fini de parler, Geries leva les mains au ciel, et l'on BOUS conduisit à la Mère de Dieu : nous nous mtmes à genoux sur un 'gradin de l'estrade. Une femme me prit la tête, la Afère de Dieu se baissa, -Crerles Yne mit la main sur la tête, et la Mère de Dieu me dit : « Mou tils , je 'Vous reçois au nombre de mes élus; vous serez immortel ». Ensuite elle me baisa le front, les oreilles, les joues , les yeux, le menton,. puis elle prononça ces mots : « Sur toi la grâce est infuse », Elle me passa sa langue sur les lèvres, pendant que Gerles prononçoit à voix haute : Diffusa est gratia in labiis iuis. Il me fiillut rendre à' la Mère de Dieu tous les mêmes signes. Alors elle me dit : «Fils de Dieu, élu de la Mère de Dieu, tu as reçu les sept dons : tu es immiortel». Elle' me fit avec le pouce sur le front un signe en forme d'équerre^ avec une barre au dessus des sourcils. Ce signe se faisoit sur le cœur aux femmes. Dans les instructions qui m'étoient données, on m'annouçoit que, dans tous les coins de la terre , il devoit y avoir des soulèvemens, de^ guerres; ' que les élus de la Mère de Dieu qui y mourroient, dévoient ressusciter pour ne plus mourir. En afiectant la croyance la plus humble, je demandai où seroit alors la Mère de Dieu? Véclaireuse me répondit qu'elle seroit sur son trthie dressé dans le Panthéon (église de Sainte-Qeneviève ) ; qu'elle auroit "ptèà d'elle ses ministres , ses prophètes , et que de là partiroit l'envoi de ses ordres; que là ou devoit venir se prosterner; qu'il faudroit combattre tous <ées ennemis et les profanes , en quelque lieii éloigné que l'on se- trouvât ; qu'il laUoit se réunir aux envoyés de la Mère de Dieu.

Après cette réception, je me plaçai au milieu des frères; l'autre candidat

en faisolt trembler, pour leur vie> beaucoup de membres ^

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«éryant^ et celle qui faisoit les préparatifs : tous les autres furent mis ea liberté. Je cherchai ata papiers : il n'y en avoit pas ; je ne trouvai qu'une lettre écrite à Roberspierre au nom de la Mère de Dieu, dans bquelle elle Tappeloit son premier prophète ^ son ministre chéri ^ et lefélicitoit sur Us honneurg «lu'il rendoit à l'Etre-Supréme son fils. Chez Gerles^ je trouvai une lettre

àe la 611e d'un concierge du château de M*« de ,. qui le félicitoit sur

ses dernières visites. J'y trouvai aussi une feuille écrite en trois colonnes ^ intitulées Fune Signa, l'autre f^erèa prophetœ, et la troisième JSt^entus, Je traduisis en français les versets latins qui ctoient dans les colonnes. Sous le titre de Signa, on lisoit : « Tu mettras^ la main sur sa tête en la regardant comme le gage du serment^ l'autre sur le front, et ce sera le sceau ; ses yeux seront purifiés pour la lumière , son nez pour la prévoyance , sa bouche pour le don de la parole^ ses joues pour l'amitié , ses oreilles pour l'entendement^ eon menton en signe d'alliance; le signe en forme d'équerre est celui de l'égalité ». Sous le titre Ferha prophetœ étoient les souhaits suivans : « Que les profanes périssent ; que le grand Dieu soit vengé ; que tout s'humilie et s'abaisse; que le serpent seit écrasé ; que les armées soient victorieuses; que les chefs se réunissent; que l'union soutienne la phalange ». Enfin ^ sous le titre Euentus, étoit ce qui suit : «A l'instant où ils s'élèveront^ ils seront abaissés ; les élus seront rendus à la vie éternelle ; le moment du grand coup sera l'instant d'une fête. -Ils seront écrasés, exterminés, et, à défaut, désignés. La Mère régnera; les prophètes gouverneront; f Etre-Suprême dirigera tout». Chez un nommé Lamothe , médecin , s'est trouvé un écrit intitulé : HMlo' Uons de la Mère de Dieu, où étoient plusieurs passages relatifs à ce qui vient d'être exposé. Il prétendit que c'étoit un recueil sur les somnambules. On ne

devra pas perdre de vue que Lamothe s'est dit médecin de. la princesse de

Quelques jours après, j'arrêtai le prophète Elie, espèce de prédicateur, qui se répandoit dans les quartiers isolés de Paris et dsnas les campagnes , et je le saisis à l'instant où il prêchoit la loi des prophètes. Je pris sur li^i un livre de carton vert, écrit à la main, et contenant le secret des prophètes, l'un desquels étoit celui de se rendre invisible en tuant un autre , et surtout les profanes députés à la Convention, comme encore le secret de f^re ressusciter les élus àes prophètes par des prières , et par l'usage de quelques simpl^es , préparés d'une certaine manière. Ce fait particulier et important ne fut pas expliqué par Vadier. Le comité crut devoir le tenir secret ainsi que celui de la. lettre qui, en désignant Roberspierre comme le premier prophète, aitestoit sa complicité. Les mystères dont on a couvert cette lettre, ainsi que les maximes et préceptes du prophète Elie, ont fait regarder par le public comme une fable ce qui étoit réel. On ne parla point de l'usage des signes, du projet du nouveau trdne, de l'extermination des profanes, des rapports des combats, de l'effusion de sang, des difiërens rapprochemens des prophètes. Ces moyens prétendus de se rendre invisible en tuant, annesçoieut une ramification dtf

dantônistes et leurs adhérens. (i). Cette loi que, dans la

complots fanatiques et sanguinaires. La lettre, désignant le premier prophète , et adressée à'Roberspietre comme prophète^ le présentoit comme un noure^u Mahomet qui voulcût établir une loi religieuse constitutionnellement dominante , s'élever au trône par les mains des fanatiques , . cimenter son trdno par le sang des non-croyans, et régner sur des fanatiques égarés. L*histoirQ de ia Afère de Dieu n'est point une fable; et comment conceroir que Gcrles, Lamothe^ Roberspierre^ eussent joué un rôle aussi imbécile, eussent adopté tant d'absurdités, s'ils n'y eussent été intéressés par des vues pai\ticuliéres ? Le nombre éea sectaires étoit incalculable; il y en avoit partout. Souvent j dans les rues, j'ai fait le signe « et Ton me répondoit. Pourquoi le trône au Panthéon , si ee n'eût été celui du dictateur ? Pourquoi la mort des rebelles désignés sous le nom de profanes , au dictateur ? Qu'entendoit-on par les profanes , si ce n'étoieot les députés (Dantônistes) proscrits? Pourquoi Roberspierre a-t-il donné un certificat de protection à Gerles ? Quel autre que lui a jamais pu en produire? Pourquoi Gerles alloit-il dans le château de la princesse

de porter la parole du prophète ? A ces diverses réflexions, il faut

joindre celles que font naître les renseignemens et différentes pièces résultant de l'observation de la secte de ces illuminés, les réunions de-gens de tous états

dans l'hôtel de la princesse de , à Paris. Il faut savoir aussi que

Roberspierre s'étoit emparé des pièces relatives à l'hôtel de cette princesse ; qu'il les avoit demandées au comité de sûreté généraU, long-temps avant que les rassemblemens chez la Mère de Dieu fussent connus du comité ; qu'il a , depuis lors , refusé de les remettre ; mais que le comité s'en est procuré des copies provenant des cartons du ministère de l'intérieur et de la municipalité de Paris ; que Lamothe étoit médecin de cette princesse ; que c'étoit dans son château que Gerles alloit prêcher la parole du Seigneur.

Parmi les pièces trouvées chez Gerles, on remarquoit plusieurs lettres signées de la soi-disant colombe de Dieu . indiquant des rendez-vous avec « le bienheureux Gerles, le Fils chéri de Dieu, le Fib aimé de Dieu , le favori des colombes de Dieu ».

J'ai interrogé un boiteux qui venoit demander â la Mère de Dieu une jambe ; un autre qui disoit qu'elle lui avoit rendu la vue. D'autres prétendoient qu'elle leur avoit fait recouvrer la parole; d'autres enfin qui, suivant que le porte mon procès-verbal, assuroient qu'elle les avoit guéris de paralysie, de lèpre > de maux incurables. Ils venoient la remercier. Une femme m'a dit et a signé « qu'elle avoit vu Dieu , comme un homme en robe blanche , parler à la Mère de Dieu, etc. » Peut-on croire que tout cela n'ait pas été inventé et publié à dessein d'égarer les esprits ? L'on conçoit aisément l'affiliation de Roberspierre , qui , comme premier prophète , devoit sans doute occuper le fauteuil vacant â droite de la Mère de Dieu. Pourquoi sa fôte à l'Etre-Suprôme et son système à cet égard » ?

(i) Ils étoient les mêmes qu^ayant cette loi. Viliate dit à la p(^ge i8 de ses

suite, ils sont parvenus i faire croire si monstrueuse à ceux ^i ne la connoissoien^ pas, n'étoit presque redoutable que pour les chefs de leur faction • Elle avoit investi les deux comités du droit de livrer au nouveau tiibunal révolutionnaire tous les proconsuls et autres membrss de la Com^ention, « qui avoient^ disoit-elle^ abusé des principes de la révolution ^ des lois et des mesures du gouvernement, par des applications fausses et perfides^ ceux qui avoient cherché à dépraver les mœurs, i corrompre -la morale publique; ceux qui s'étôient rendu coupables de dilapidations; et tous ceux qui, étant chargée de fonctions publiques , en abusoient pour opprimer le peuple »•

Quoique le sort de ces coupables parût mis entre leurs* propres mains, par cette loi, il pouvoît cesser de Fétre à raison d'une innovation que Roberspierre , aidé de Gouthon et Saint-Just , avoit introduite dans le comité àe salut public , lequel , se faisant appeler déjà le jury politique, exigeoit que toutes les victimes qu'il envoyoit au tribunal j fussent condamnées sans examen, et que les juges n'eussent plus d'autre fonction que celle d'appliquer la loi de mort. Cette innovation étoit celle d'un bureau de police générale. Roberspierre, avec ses deux séides, s'en étant rendu l'arbitre, dirigeoit déjà ses poursuites contre les missions proconsulaires de Fouché, Tallien, Carrier, etc« etc« Les autres membres des deux comités, qui avoient été leurs approbateurs, et même leurs complices, ayant lieu de craindre d'être poursuivis après eux, établirent d'un commun accord, en principe , ce système scandaleux d'impunité qui devoit prévaloir tant que

Causes secrètes de la Hé^tution , du^auio thermidor : « Barre re, le MbI des Cordeliers ( ou Daniomstes ) à qui Aoberspierre càt pardonné , me disoit : Ce Roberspierre est insatiable. S'il nous parloit de Tfauriot, Guifroy, Rorère, Lecointre, Punis > Cambon^ Moustier, et d'autres de la aequeUe J^antoniste ^ noHS nous entendrions. Qu^il demande encore Tallien , Bourdon (de TOise j , Legendre, Fréron, à la bonne heure; mais Duval, mais Aadouin, mais Léonard Bourdon, Vadier, Voaliaad^ il est impossible d'y eonsenjUr ».

les partisans de Danton, tant que les coupables d'alors seroient paissans dans la société civile (i). Considérant « qu'il seroit iiiconséquent pour eux de regarder comme des crimes les actes sanguinaires^ les délits de vol », ils décidèrent que les punir seroit yîwVe rétrograder la rès^olution (2). Parla, ils attirèrent, dans leur complot contre Roberspierre , tous les proconsuls qui , à l'abri des pouvoirs illimités qu'ils avoient reçus d'eux, avoient commis ou commettoient encore d'hor-

(t) Vadier^ dans sa Défense imprimée en 1795^ disoit, pag. 8 et 9^ que « le comité de sûreté générale avoit tout fait en faveur de Tallien , Fouché , et autres y pour détourner Feffet des dénonciations portées contre eux , par la raison unique qu'ils étoient poursuivis par Roberspierre ».

(2) Révélation faite par Senart dans le chapitre XIV de ses Mémoires. Il ajoute que Moïse Bayle lui dit alors : « Les circonstances exigent, quels que soient les crimes de ceux qui paroissent montagnards (c'est-à-dire du parti des liftrà* révolutionnaires) ^ qu'il n'en soit poursuivi aucun; c'est un mur dont nous |ie voulons pa« qu'on arrache un moellon , car le mur tomberoit ». Un frénétique imberbe qui , émissaire du comité à Bordeaux , y avoit aussi commis de grands crimes , reprochant ensuite à Senart , d'avoir exposé fran-* chement la vérité dans le procès de Fouquier-Thiuville où il .avoit été appelé comme témoin ^ lui dit : a II falloit taire la vérité ; le mensonge n'est pas un crime quand il sauve un révolutionnaire^ coupable ou non ; c'est un outrage à la révolution que de parler des torts révolutionnaires; et vous vous en repentirez long-temps ». {Voy, ci-devant pag. 'i440

Voilà donc l'origine et la cause de cette maxime d'impunité qui devoît troubler l'ordre social tant que la foiblesse croir(Mt prudent de la laisser en crédit. Ses fruits ont repondu à la perversité de -sa naissance ; et voilà pourquoi elle a marché encore , de même qu'en sos premiers jours , avec le cortège de l'impiété dans les bras de laquelle on la vit naître. On ne méconnoftra pas le système de quelques puissans des temps postérieurs à cet égard ^ dans une bro^ cbure publiée à l'époque des opérations du tribunal DantatUste du a6 septembre 1793, et qui avoit pour titre : Le Glaiife uengeur, avec l'image d'une guillotine en face du frontispice. L'auteur, dans tin chapitre intitulé Culte ^ et qui avoit pour texte ces deux vers abominables :

M Les prêtres dt tout temps ont eu IVirt d*effntyer« De BMntir, «t surtout de se faire payer »,

s'exprimoit en ces termes : (fDans une république fondée en un sièck debiankresy

et sur les bases de la philos opltie, la morille est la vraie , l'unique religion

Il étoit temps (|ue des ministres trompeurs fussent enfin chassés 4e no^

ribles excès dans les départemens (i). Quelques uns d'entre eux furent alors maintenus en exercice dans les provinces qu'ils avoient commencé à dévaster {'voy. Arrâs^ etc.); et d'autres furent envoyés danâi celles qui ne l'étoient point encore assez, au gré du comité. {Fbjr. Bordeaux, Orange.)

Roberspierre , voyant qu'il ne pouvoit plus y dominer ^ s'en retira pour n'y plus reparottre , nous déclarant solennellement y au sein de la Convention , le 24 prairial (12 juin 1 794), que « le système des Chabot , Aes Hébert , des Danton^ des Lacroix, restait organisé (2) »; et il se retrancha dans la société des Jacobins , où il jouissoit d'une supériorité moins contestée. Il Ty conserva, quoique plusieurs Dantonistes des plus capables de la contrebalancer, tels que Fouché, Tallien, fissent tous leurs efforts pour l'emporter sur lui, dans cette sôciété-làméme. Elle n'eut qu'une influence indirecte et foible par ^es dénonciations, dans le choix des victimes que le comité de salut public livra au glaive du tribunal révo^ lutionnaircy depuis le jour où Roberspierre s'en étoit retiré. Ce jour auroit été, suivant le rapport officiel du convention-

temples par le flambeau sacré de la Raison , et que les chaires du mensonge

devinssent celles dé la vérité Les églises vont devenir Téoole du civisme.

On n'y verra plus de ces figures ou de ces images de prétendus saints c[ui

n'étoient au vrai que de grands fourbes ou de grands imbéciles Plus de

sacremens , plus de mystères de religion^ plus d'indulgences, de dispenses,

d'j^gnMu Dei, etc Enfin les ténèbres ont fui, et le jour s'est fait. Gonti--

nuons à nous montrer dignes de nos premiers pas dans la carrière de la philosophie Reculer ! cela est impossible; mais nous arrêter dans notre marche

seroit déjà un crime de lèse-société ». Et c'est ainsi que, pour l'impunité des scélérats comme pour la gloire de leur philosophie , ils firent prévaloir cette maxime étrange que « le siècle ne doit pas rétrograder ». Aussi remarquerat-on que c*est par les fauteurs de cette doctrine perverse que les gouvememens subséquens ont été renversés, tontes les fois qu'avec de timides moyens ils cherchoient à ramener le peuple à des principes de justice et de religion.

(z)Seiurt, Mémùùnes^ cbap. XIV.

(â) Voyes , dans le jlforiàêur du 26 prairial an II (i4 juin 1794)9 1a séance du 24 prair. (lajuin 1794)*

nelSaladin (i), le 23 prairial (i i juin); car ce conTcntiônBel a compté quarante-cinq jours depuis celui de cette retraite, jusqu'au 9 thermidt>r (27 j uillet), où Aoberspierre fut abattu ; E| ' et il faisoit obserrer, à cette occasion , <x que le nombre des ^- victimes envoyées par le comité au tribunal, et de là à l'écba-

faud, dans cet intervalle, fut de ia86 (ou ia83), tandis que , dans les quarante-cinq jours précédens, il n'avoit été que de 577(2)».

A cette observation nous en ajouterons une plus importante encore , en ce qui concerne les victimes sacrées , dignes d'éti*es mises au rang des Martyrs ^ c'est que , depuis l'installation du tribunal dantoniste - chaumetiste du 26 septembre, faite le 2 octobre, jusqu'au désarmement des factions de ce nom > le 9 germinal (29 mars 1 794)> ^ur 44^ vicjtimes qu'il avoit fait périr, il y avoit eu 35 prêtres, tant assermentés qu'inassermentés , ou autres personnes condamnées pour cause de religion, c'est-à-dire plus d'un douzième du nombre total ^ que, depuis le 9 germinal, où la faction athéiste avoit été vaincue par Roberspierre, jusqu'au 22 prairial , sur 816 victimes, on en compta seulement 55 qui appartinssent aux mêmes classes, c'est-à-dire moins d'un quinzième; que, le 22 et le 23 prairial, il n'y en eut aucune de ce genre parmi les 35 personnes condamnées ces deux jours-là 5 que ce fut seulement le 24 prairial que recommença, mais avec une certaine réserve , l'immolation des prêtres ou personnes vouées à la piété ; et qu'à mesure qu'on avança vers le 9 thermidor, ces immolations se multiplièrent d'une manière atro-

(i) Happort au nom âe la commission des Vingt-Un pour texamen de Ug conduite de Biilaud-Farennes , CoUot-d* Herhois ^ membres de V ancien comité . (le salut public , et Fadier, membre de l'ancien comité de sûreté générale ,fiU à la Convention le i^ uentose an III (1»» mars 1796). On trouve à la vcrito dans le Moniteur la copie d'un des arrêtés de ce comité , en date du 27 prairial» où, parmi les signatures, se lisent celle» de Roberspierre et de CoâtlK>n ; mais «lies n'y sont qu e les deniièves ; et l'arrêté n'est relatif qu'à dfls subsistances.

(2} — Ibid., pag. 100. '

cernent sacrilège (i), au point que^ sur les ia83 victimes de ces quarante-cinq jours , il y en eut ii8, soit prêtres, soit religieuses, c*est*à-dire près d'un onzième y dont la mort fut toute entière Tceuvre de ce comité de sahtt public (z)

(i) C« fut notarament le 29 messidor^ dix jours seulement avant la défaito de Robei'spierre , sur lequel il acquéroit de plus en plus de Tavantage , que lo comité de saàa public fit égorger leà seize carmélites de Compiegne (yojrez M. ce. Braiid}^ et quatre autres individus regardés comiae eotnpUces do leur sainte croyance. {f^f^jT» J. 6. B&otat.) Le jour même où Roberspierro fut renversé , le comité fit tomber eUcore la tête de deux prêtres catholiques sur Féchafaud. {^py, A. G. BBAumBCARD et P. C. EBRHAan.) Ce fut aussi depuis la fin de prairial qu'on vit les sciences et les lettres devenir des titres - de proscription pour ceux qui les calthroient ^ que la jeunesse la plus tou* chante et la vieillesse la plus respectable furent également traînées à Féchafaud. A cette époque s'appliqua plus particulièrement ce que Lactance avoit dit des persécutions de Galère : £iturœ autem ùuer malas artes haiiue; et qui eas noPerantf pro inimids hostibusque protriù et execrati.,: jUii adi^ersus pan rtnUâ suspendebaniur, fideUssimi quique servi contra dominos t^exakantur^ uxores aduersus mantos..., nuUa œtatis , foletudinis exeusatio : œgri et débiles d^èr^antur.»,, Luctu etmœstitid plena omnia, (De Mortibus Persecutorum ^ n*aaeta3.)

(3) « Quand Ton considère , dit M. de Proussinalle (Histoire secrète iht Tri^ bunal JiétKiluûoruiaire de Paris, tom. II, pag. 2109}, que pendant les quarante-cinq jours oii Robcrspierre ne parut pas aux comités du gouvernement, ils envoyèrent è la mort sept cent neuf personnes de plus que dans les quarante-cinq jours qui avoient précédé ; lorsqu'on réfléchit qu'on avoit pris > en Tahaenoe de Roberspierre , de» mesures pour porter le tribunal révolutionnaire, de sa salle ordinaire , dans l'immense salle des Pas- Perdus du palais de Justice ; qu'on falsoit un aqueduc pour recevoir et conduire à la rivière le sang des victimes ; qu'on creusoit dans les carrières pour qu'elles engloutissent plus de cadavres ; qu'enfin , l'on faisoit dans les prisons des excavations sous prétexte d'y pratiquer des fosses d'aisance, et que la crainte des prisonniers étoit de périr dans un massacre général ; lorsqu'on réfléchit que tout cela se faisait saiis la participation de Roberspierre , et même à son insu , l'on est forcé de convenir que les Vadier, les Billaud-Varennes, etc., etc. » Nous tenons immédiatement d'un particulier qui, sous peine de perdre la vie, fut obligé de servir le comité de sûreté générale, où il eut le bonheur de faire efiacer Aés listes de mort vingt à viugt-cinq personnes , que ces listes étoient faites principalement par ce Vadier, qui, dans la séance de la Convention du 39 floréal (18 mai), disoit hautement <c qu'on n'auroit de tranquillité que lorsqu'il n'y auroit plus de prêtres sur le territoire de la république ».

Jurés.

AntoneDejr.ex-députëdes Bouches-du-Rhône à rÂssemblée Lé- {^siatite ; Benoftraîs y de la section dtt Muséum; Serfière, cordonnier de la même section; Fau- Tetty, fils, de la yiile dTzës; Lumière y membre du comité réyolùtionnaire de la section du Mu- Sium; Fauyely de la section du Panthéon; Auyraj^ employé aux diligences ; Fainot , électeur de Paris; Gauthier (de €hène- Chenuy département d'Eure et Loir); Renard, de la section du Cantra^Sociat ; Renaudin, luthier, section des Gardôs-Fran' çaises; Mejère 9 membre du directoire de l'administration du département du Gard; Châtelet, peintre , section des Piques; Clé-f mence, commis aux assignats ; Gérard, artiste « rue des Poulies, prés du Mv^séum; Fiéyé , du comité rérolutionnaire de la section àMMuséu^n; Léonard Petit-Treissin (de Marseille) ; Trinchard, de la section du Muséum; Topino- Lebrun (de Marseille); Pijot, membre du comité de surveillance , rue Contrescarpe ; Girard, orfèvre, rue S^. -Honoré ; Fouberbiel, chirurgien, rue S'. -Honoré ; Presselin, tailleur d'habits, rue du Rempart-Saint-Honoré ; Deyiiier, serrurier, à Choisy-sur- Seine; Sambat, peintre; Yillate, rue du Bac; Klispis, jouaiDier, rue Saii^t-Louîs,au Palais; Gresiîen, limonadier, place des Italiens ; Leroy, déjÀ juré ; Thoumin, idem ; Lapoite , administrateur du district de Lacey ; Ganney, déjà juré; Jourdeuil, idem; Broiïhet, idemj Garnier, section de

Jurés.

Renaudin, Benoitrak^ Pau-»

Tetty, Lumière, Fenaux, Gauthier, Meyère, Châtelet, Petit- Treissin, Trinchard , Topino- Lebrun, Pijot, Girard, Presselin, Didier, Yillate, Laporte, Gannay, Brochet, Aubry, Gemont, Prieuri Duplay, Devèze, Desboisseaux, Nicolas, Gravier, Billon, Subleyras, Laveyron l'aîné, cultivateur à Creteil ; Fillon , fabricant à Lyon ; Potherel (de Ghâlons-flur-Sadne); Mussion, cordonnier à Lyon ; Marhel , artiste ; Laurent , membre du comité réyolutionnaire de la section des Piques; Villers, rue Caumartin; Moulin, section de hRépuMique; Deprau, artiste,' rue du Sentie^*; Emmery, m' chapelier à Lyon; Lafontaine , de la section du Mu* iéum; Blachoi, payeur général à l'armée des Pyrénées Orientales; Debeaux, greffier au tribunal du district de Valence; Gouillier, administrateur du district de Béthune ; Dereys, section de la Mon^ tCLgne; Duquenel, du comité révolutionnaire de Lorient; Qan-r noyei', idem; Butins, section de hiRépuilit/uc; Pechet, faubourg Saint-Honoré, n° 169 ; etNierguîn, du comité de surveillance de Mirecourt ».

Ge tribuAal dut s« diviser par

( aS5 )

-22 septembre i794)« H y disoit en son langage profane : (( J'ai vu des curés respectables qui avoient exercé dans leur village des actes de vertu et de bienfaisance, récitant leur bréviaire sans distraction^ et ne manquant à aucun de letiss pieux exercices avant de se coucher. Ils me parloient des miracles du Christ, etc. etc. J'ai vu des cultivateurs dire leurs prières matin et soir, se recommander à la bonne Vierge Marie, ne voulant pas entendre parler du curé intrus, et regrettant les messes, les sermons et les prônes du curé réfrac^ taire, v Eh! pourquoi sa vanité philosophique l'a-t-elle empêché d'avouer les conversions éclatantes qui furent le résultat du spectacle de tant de vertus? Peu digne d'être initié dans les colloques de ces prêtres et de ces chrétiens entre eux , il n'a pas su qu'Us se disoient réciproquement ce que saint Gyprienécrivoitau pape sai^Dit Corneille : a Puisque nous sommes avertis que le jour de noti*e combat approche, «ppliquons-nous sans cesse avec tout le peuple aux jeûnes , aux veilles et aux prières. Souvenons- nous les uns des autres ; et, qui que ce soit d'entre nous qui sorte d'ici le premier par la grâce de Dieu, qu'il sache que notre charité continue auprès de lui, et que nos prières ne cessent point pour ceux de nos frères qui marchent au martyre (i) ».

Dirons-nous avec quel courage plein de Foi ils comparoissoient devant les juges? On le verra dans les articles de plusieurs d'entre eux, d'après lesquels on pourra j uger des autres. Il doit nous suffire d'observer ici que leur sérénité , leur résignation , accompagnées de fermeté , déconcertoientles juges et les jurés. Un de ceux-ci qu'elle mettoit en fureur, disoit à ises co-jurés : «A la placer de l'accusateur public, je ferois saigner les accusés avant leur exécution , pour' affoiblir leur maintien insolent»^ et ses co-jurés applaudissoient à cette idée (2).

(i) Sxhort, oêi marQrrùim , Epist. LIX, aliàs LX.

(a) Prudbommc, But. des Crimes de ia Jtéuohaion j tom. V, pag. 36i.-* tProussinaUe ,. jffùt, stcrite du Tribuntd rét^oàitionnmre, tom. II, pag. 179»

Tribunal révolutionnaire de la faction Thermido* RiENNE, créé les 22 et 23 thermidor an II (9 et lo août 1794 )•

La Convention ^ en lé formant^ ent bien soin de lui dé« fendre de juger, d'aprèis la loi du aa prairial , dirigée contre les Dantonistes y et de lui- ordonner d'agir d'après son organisation antérieure du i o mars 1 798, en suivant toutes les lois sanguinaires portées jusqu'à l'époque de ce 22 prairial (i).

(1) TtUiunal révaiuHémnairô de ïa faction THSAïaiDaaiENKB

(DarUoniste).

N. B. Toiu ccas <|fti font iiian|«<s d*«M * a?oitiit M en Tribmuuc rëvolatibaaâirti JOmaiMktn.

Président : Dopsent \ Accusateur public : Leblois. Substituts (Bordet,

Couturier^ Granger^ Petit, Sembauzel (d'Agen). f^ice^présuÊèns etjuget:

Bravetz* (deXiiége), Abrial, Bidb, Denizot"^, Dujoux (d'Aurillac), Damoalii^

Forestier^ Godinet, Càu, Gourmeaux, Hardouin *j Jaly, Lafond, Larallé

(de Dàmmartin), Laplante, Maire *, Meyère ^, Perrin , Poulnot/ Savary (de

Chollet). Greffier: Fabricius.

Jurés.

Nadeau (de Saintes) ; Dery (de Montargis) ; Cherel (de Bourg) ; Beaufils^ le jeune, du département de la Nièvre ; Saulnier (de Paris, section de Bondi); Dum^s, idem; M«tivi«r (de Paris); Cayalle, û/em , rue Saint- Antoine; Bonnetier 4 i6iV/. ; Delrautteau , rue du Paix; Legras^ rue Saint- Antoine ; Redon (d'Avignon); Labroux , rue Guénégaud, à Paris; Poux (de Sain t- Antonin , département de TAveyron) ; Dordela (de Ligny, département de la Meuse); Sambat*; Les-Bazeille (deSézanne); Saturnin Rivoire (du Pont-Saint-Esprit) ; Aubert (de Grasse) ; Nicolas Cateux ( de Gbaumont)i Putil , du comité révolutionnaire de la section du Temple ; Magendi, de U section Fontaine- Grenelle ; Prat, fils (du 'département de l'Ardèche) ; IN^antil (de Pont-à -Mousson) ; Capella (de la Haute - Garonne) ; Belhoste (de la Seine-Inférieure) ; Raimbaut (de la Gôte-d'Or) ; Boule (de Tuile) ; Lecour (d' Avranches) ; Reynes (de Rabasteins) ; Paillet * ; Maupin (de Versailles) ; Duval , de la section de Fontaine- GreneUe ; Domcr (de Meta)'; Petit-Treistàxk * ; Topino-Lebrun * ; JoUz (de Bar-sur-Ornain) ; Pérès (de Bagnères) ;

Depuis le i*' fructidor (i8 août 1794) où il commença à condamner^ jusqu'au 16 brutnaire (6 novembre suivant) où il entreprit le procès de quelques uns des complices de Carrier et de Carrier lui-même^ après quoi il fit celui de Fouquier- Tkinville et âdhérens, par lequel iltermina son existence; pendant ces cent onze jours, dans le petit nombre de victimes auquel il crut devoir se borner suivant le système hypocrite de la.fa.ction> sur quarante-trois individus sacrifiés , il y en eut neuf . qui le furent pOur cause de Catholicisme , avec deux prêtres assermentés. Ainsi le quart environ du nombre total de ces victimes^ fut alors égorgé par Tathéisme àes Thejynidariens. Jamais la proportion n'avoit encore atteint ce barbare excès d'impiété (1)4

Pour en être surpris , il faudroit ignorer que la journée du 9 thermidqr fut principalement Tœuvre et le triomphe de ce -paiTti athéïste et dantoniste, vaincu, mais non détruit par Roberspierre, quatre mois auparavant. Senart n'a presque fait que résumerenpeudemotsce qu'apprennent les longues pages du Moniteur y lorsqu'il a dit (ch. XIV) : « Le comité de sûreté générale travailloit en secret à la chute de Roberspîerrc/en réunissant des matériaux poi^r démontrer son active préten^ tion au pouvoir suprême; ; et en se préparant un parti dans — — — — ^— — *— — ^^— — ^— ^— ^^— ■^^-^— ^-^^■^-*'^^-^-^— ^^^~— ^'~^— *-^^— ^-^— ^ ■ ■ — -

Saimon (de JLiille} ; Devèze *', Lamothe (d'Oléron); Vaillant àhié. (de Dijon); Roussel (de Paris) ; Alzelin (de Dijon) ; Lébreton. ( de Pairis-^ rue Sainte- Anne) ; Bazainé (de Paris) ; Quichaud-Lyon (de la Charente) ; Rambour père (de Besançon) ; Libre , ci-devant JLeroi, officier vétéran , à Phôtel de» Inyalides ; Dubuisson (de Jussey) ; Tourrette (de la €faansn|e-«Iiiférieure) ; Delapierré (de Tbionyille) ; Presselin * ;.Bouret (de Paris);.et Duplais (de la Charente-Inférieure).

(i) Roberspierre n'étoit plus guaiid^ sous la tyrannie de ses Vainc^ueurs^ furent immolées soixante-sept victimes à Valenciennes , en septembre 1794 (^o^. Valbucieviîbs) ; un très-grand nombre à Quiberon ^ enji|ini795 (Voy. Vehdbe); une infinité à Vannes^ en avril 1796 {f^<yy. Vakhbs); quand périrent dans les prisons du Brouage^ de Blayes et de Bordeaux^ tant de prêtres en 1,795 {f^qy. Bobdeaidx) ; cent soizante-neufautres à la Guyane^ en 1798 {Voy, GiiTi.«B); et un si grand nombre sûr Téchafaud ou par la fusillade comme émigrés rentrés^ «t dans les forts des tiei^ de Ré et d'Oléron, en 1799 (f'qf . OLinoir.)

la Convention y tant parmi les modérés à qui déplaisoit la rigueur outrée qui s'exerçoit alors ^ que parmi les Danto^ nistes impatiens de venger la mort de leur chef.: Ces deux classes réuniies y formoient une maforité suffisante contre Aoberspierr^ ; et alors devenott inutile une petite poignée de factieux àla tête desquels étoit T..;.;. , espérant trou ver l'-împunité de leurs forfaits ^ et faire disparoltre^ dans 1« trouble^ les preuves qu'ils craignoient qu'on ne leur opposât. Ils devancèrent les instans \ ils crièrent le plus fort ; et c'est cette poignée d'intrigans que l'on a eu le droit de désigner sous le nom de faction Thermidorienne w . Mais le Moniteur renferme plus de détails \ et ils sont trop confirmatifs des vérités que nous avons dévoilées y pour qu'il nous soit permis de les négliger.

Dès le lendemain de la lai du 22 pi*airial, Fouché, tout président qu'il $s tronvoit alors de la société des Jacobins^ y avoit été attaqiié par des soi-disant patriotes de Nevers qui se plaignoient d'être persécutés par des Dantonistei et Chau" m J^iVfe^ subalternes qu'il protégeoit encore dans ce pays, oâ. il avoit donné le premier signal de l'athéisme. {Voy. NeteRS.) Il fut obligé d'abandonner le fauteuil de la présidence pour .^ venir se défendre à la tribune ; et dans sa défense très-craintive , qui avoit lieu trois jours après la fête de V Étre^Suptéme , lorsqu'il s'abaissoit jusqu'à déclamer contre Chattmet dont il avôit été l'àmi et l'agent principal , Roberspierre lui répliqua : a II ne s'agit pas de jeter à présent de la boue sur la tombe de Ckaumet, à présent que ce monstre i péri sur l'échafaud. H falloit lui livrer combat avant sa mort. Depuis long-temps , on a fait le mal y tout en parlant le langage des républicains. Tel vomilaujourd'hui des imprécations contre Danton, qui naguère étoit son complice i>.

Fôuché n'osoit presque plus se montrer à la société des Jacobins; et Roberspierre qui vouloit l'en faire exclure avec un signe de réprobation , Ty accusa le a3 messidor (1 1 juillet) d'avoir persécuté les patriotes^ et le fit sommer de venir

s^y disculper. Fouché^ trop effrayé^ n'y vint point; et, s'étant mis sous la protection des comités de sûreté générale et de salut public y il écrivit à la société pour la prier d'attendre leur rapport, ayant de juger sa conduite^ Quand on y eut lu sa lettre , Roberspierre s'exprima, sur son comp};e, en ces teirmes bien remarquables : « C'est moins pour ses crimes passés que je Tai dénoncé, que parce qu'il se cache pour en commettre d'autres (i), et que je le regarde comme le chef de la cons«piration que nous avons à déjouer (îî).... Sa démarche est l'aveu de s^s crimes. Jamais la liberté ne sera sacrifiée à des hommes, dont les mains sont pleines de rapines, etc. )>. Un citoyen de Lyon articula, coi^itre Fouché, des faits très-graves, aux yeiix même des Jacobins; et son exclusion de la société fut solennellement prononcée. Panis en vint .e:i^haler son ressentiment au sein de la Convention dont il étoit membre j et craignant^ avec quelques autres, d'être du nombre de ceux que Roberspierre vouloit abattre, il lui reprocha, dans la séance du 8 thermidor (36 juillet), «de faire chasser.de là société des Jacobins qui bon lui sembloit » ; il interpella même son confident Couthon, «de s'expliquer sur les six membres de la Convention qu'il poursuivoit, à commencer par Fouché, qu'il avoit calomnié » : tous les Dantonistes de

(i) Ceci i^ei^ ejLpliqué , tQutefoû avec beaitcottp de F4tiçe0ce9 par Tallièn» le 9 août de Taiméé suivante (aa thermidor an III), dapa le ^ein même de la Convention , quand il verra. Fouché prêt à succomber sou3 une accusation qui pouvoit réfléchir sur lui-mém^. Il y défendi*a son coÛègue^'en disant^ n i«. que Fouché avpité^é proscrit par Roberspierre; a5». quetfhaquejourilvenoit rendre compta aux hommes de son parti ^ de ce qui se passoit ^u comité de saint public ; 3*. qn^ la. veille, du 9 thermidor^ il leur dit : « La division y est complète : demain il faut frapper ».' {MomUur du 27 thermidor, 14 août 1795).

(3) Ici, Roberspierre ajoutoit entre autres choses : « Les vils agens des Hébert et des Chaumet qui n'ont servi la révolution qui^ pour la déshonorer et la faire tourner au profit de l'étranger^ employoient la terreur pour forcer les patriotes au silence ; ils plongeoient dans les cachots ceux qui avoient le courage de le rompre ». (Séance des Jacobins ^^ du à6 messidor an II, 14 juillet t794 : Moniteur du 3 thermidor, 21 juillet.)

l'assemblée applaudirent. Rober^pîerre, dans sa réplique^ se plaignit des comités de salut public et de sûreté générale y « qui protégeoient les coupables », en immolant toutefois, depuis qu^il s'en étoit retiré , un plus grand nombre de victimes innocentes , comme nous l'avons déjà reconnu.

Le lendemain (9 thermidor), Couthon, dès le commencement de la séance, répéta les mêmes plaintes, auxquelles Billaud - Varennes n'eut autre chose à répondre , sinon que « Roberspierre n'avoit cessé de paroitre au comité, que parce qu'après avoir. fait sa volonté pendant six mois, il y avoit trouvé de la résistance » . Tallien, contre lequel il apportoit une dénonciation terrible, se hâta de le désigner comme « un nouveau Gatilina » ; et Vadier ajouta : ce Si ce tyran s'a* dresse particulièi^ement à moi, c'est parce que j'ai fait, sur le fanatisme y un rapport qui ne lui a pas plu^ en voici la raison : il y avoit, sous les matelats de la mère de Dieu, une lettre adressée à Roberspierre; cette lettre lui annonçoit que sa mission étoit. prédite par Ezéchiel, et que c'étoit à lui qu'on devroit le rétahlissement de la religion » . Grand sujet de peur pour les Dantonistes !

Au milieu)de ces accusations et de quelques autres , toutes également tumultueuses , Roberspierre ne put se faire entendre^ quand il se présentoit à la tribune pour répondre, on lui crioit avec fureur : « A bas le traître! » ^ le Dantoniste Thuriot qui présidoit, lui refusoit la parole. Si, de sa place, il élevoit la voix, le président la couvroit avec le bruit de sa sonnette. Roberspierre, après avoir essayé viugt fois de monter à la tribune, se plaig^iioit à ses voisins de ne pouvoir se défendre j un d'eux , qui étoit Dantoniste , lui répliqua : «Ne vois-tu pas que le sai^g de Danton 9 qui coule de ta bouche , t'epipêche de pai'ler ? » (i ) : tant il est vrai que

(i) ProusâinaUe \' Hittoire secrète du Tri&unai réyobttionnawe , page 199 (lu tome II.

c*étoitpour veugcr Dântûn^ et daas l'Iatéréide ses complices comme de ses impies systèmes , qu'on vouloit .faire périr Koberspierre. Enfin^ il fut décrété d'accusation et traîné à la prison du Zuj^em&ourg:, odle geôlier ne voulut pas le recevoir. Cet incident liii laissa la facilité de se rendre à l'Hôtel-de* Ville , au sein de la municipalité . qu'il avoit formée. Le comité de sa/ut public l'y fit poursuivre par des gendarmeir détetiçinés ^ accompagnés de. deux conventionnels Danto^ nistes, dont l'un .étoit Bourdon , à^YOise (/T. ci-après, p. 545). Déjà les gendarmes avoient saisi Roberspierre , lorsque Bourdon lui ût tirer de côté, par Meda, posté en arrière, un coup de pistolet à la mâchoire inférieure, qu'il fracassa: Roberspierre fut amené , sur une charrette , à ce comité , où. plusieurs conventionnels Dantonistes vinrent l'accabler d'injures. Sa mâchjQire qu'il tenoit d'une main, tandis que de l'autre il e^sdyoit, avec des morceaux de papier, le sang qui co.uloit sa blessure, se détachoit chaque fois que sa main cessoit. la comprimer : il ne*pouvoit répondre. Voilure à la prison d« la Conciergerie^ il demanda au geôlier du papier, une plume et de Fencre. Celui-ci les refusa, en lui disant ^ suivant l'esprit de la faction triomphante : « Qu'en veux-tu faire? est-ce pour écrire à ton Etre -Suprême? » Apporté le lendemain au tribunal , oà sa condamnation à mort ne dépendoil que de la certitude, conflrmée par son aveu , qu'il .étoit réellement Roberspierre , il répondit volontiers par un signe affirmatif â la question qui lui fut faite sur ce point; et, presque aussitôt, la hache de la guillotine lui imposa un silence éternel. Nous n'osons affirmer qu'il faille regretter qu'à cette dernière heure , où l'on n'a plus d'intérêt à cacftier la vérité, Roberspierre n'ait pu expliquer ses desseins; mais nous pouvons bien assurer que son silence contribua beaucoup au triomphe de la faction Thermidorienne , et aux succès de l'illusion qu'elle a faite aux esprits superficiels, en les 'accoutumant à n'imputer qu'à Roberspierre tous le^ crimes antérieurs auxquels le Dantoiïisme eut tant de part.

Et eepeiiâatit Ton Voyoït celte faction rcplatéir les éiens dans les nouveaux comités de sûreté générale et de salut public y renouvelés en apparence, le i3 et le i4 thetmîdar, savoir : dans le premier, Vadîer, Moïse Bayle, Elie Lacoste, Vouiland, Dubarrah, Amar, Phiiîppeftultf, Louis (du j?û5- Wiin), avec Legendre et d'autres Danionistes ^ et, dans le liecond, Carnot, Barrère,» Collot-d'Herboîs, Billaud-Vaïennes, avec TalHen et d'-aittrfes delà même faction ^i)! Et cependant Barrère venoit dire à la tribune^ le 12 thei'midor (3o juillet), qu'après la chute de Roberspierre > « le gouvernement révolutionnaire ne devoit rien perdit de son activité ^di) »l Et cependant le nouveau tribunal rêyelittionnaire îmmoloit encore de.^ prêtres^, dans line pi^oportion plus forte Qu'auparavant,-... ! Malgré le renouvellement des comités , de mois en mois, après le Neuf thermidor y cette- laotien n* cessa d'y dominer, ainsi que dans là Couvention, quoique, pour ne pas pa-cottre inconséquente dans rimputation qu'elle ffû^j

(1 ) Li98 coinités ^^ d*apfès le Neufihénnidor, envoyèrent iuR nouveaux proconfulSf cUqs les départemens, deux par deux; et le plus puissant au morin» de chaque couple apparteiioit aussi ^à \». faction des Cordeliers, Dans quelques Tilles importantes où ils exercèrent leur proeonsulat , beaucoup de fercenék révolutionnaires qùL> excités précédemment les uns pac cette faction, les Autres par celle de .HoberspieFre , yenosent d'être jetés pôle-roéle daps les prisons , y furent masducrés par de nouveaux assassins quî^ cridient .* « Mort aux Terroristes >> ; et Ton fit croire que tous ces assassins agissoient en cela pat un sentiment <le xoyalisine. Senart explique à sa manière ces nouveaux ma»- Plicresy en nomrafaiijt an ou deux proconsuls d'alors.. «< Il ne faut pas s'y pomper, dit -il, il y avoit, parmi les détenus^ dés gens conservateurs des secrets et des pièces de conviction des crimes de leur faction. En faisant multiplier eux -mômes les arrestations, en suscitant, excitant > déteriAiaatit les fgot^mens^y ils se débarrassoîent des témoiss de leurs forfaits , des dépositaires des preuves.de leur scélératesse; ils marchoient sur leurs victimes vers le but. de rimpunité, tout en parlant justice , humanité ,. vertu. Ils s*assuroient d'eux» en leur refusant un jugement, de crainte que la publicité de Tinstruction iib 4es eût convaincus, eax-mdmes. Voilà le sens de ce que j'ai dit au tribunol févolulionnaire, lors de ma déposition, comine témoiti^ dans Taffiiire d^ rouquier-Xhinvillc ; yoilà Ce que, etc. » (chap. XIV).

(3) Vilate : €auses secrètes de la Révolution du q au lo tkimldor, ^. So.

soit au vaincu de l'oppression sous laquelle aivoît ^mi la France ; elle crût deVoir afficher quelques sentimens de justice et de niodération (i)^ mais elle ne pouvoit se résoudre à y faire participer les prêtres.

(i) Ces démonstrations plus oFRles qu'effectives^ n'étoient pas soutenues par des faits autant que l'ont dit beaucoup d'opprimés que cette faction ayoit soulagés. Dès qu'elle yit que la modération dont au fond eUe ne vouloit £siire usage qu'envers ses créatures , emprisonnées par les Jioberspiernstes , commençoit à se déborder sur les royalistes , elle revint à son système de terreur. Le public qu'elle avoit invinciblement entratné à rejeter sur Roberspierre se» Aiaux précédens , sentant qu'ils se renouveloient , ne savoit en expliquer le renouveUement , ou plutôt la continnation , qa'en regardant ceux qui l'opprimoient -encore comme des Jloètr$piernsUs. C'est ce que prouva ce pamphlet^ intitulé : La Queue de Jioberspî^rre , répandu en France vers la fin d*août 1794 > «t qui piqua si douloureusement l'esprit de parti de ceux qai avoient supplanté Roberspierre , et' que ^ par un contre-effet de leur ruse accusatrice, ce pampblet désignoit si odieusement à la France. L'amour-propre de faction porta l'un d'eux ^ Fouehé (de Nantes) ^ à dévoiler dans son indiscrète celère en cette occasion , que ce que l'on appelait mal à propos ia Qutiu deJtoberspierrÉ, étoit réellement celle de Danton^ Chaumet» etc. Cette révélation inconsidérée fut faite le i5 fructidor (i«' septembre 1794» second anniversaire d'une époque effroyablement mémorable) ^ et dans la société des Jacobins , ou les Cordeliers avoient pris quelque ascendant depuis le 9 thermidor. Fouehé s'y plaignit vivement de ce qu'on attaquoit les siens, prétendant «que l'on jetoit sur des caractères vertueux et seBsAiee, les couleurs sanglantes d'une féroce injustice, et qu'on plongeoit le poignard. de la calomnie dans le cœur de l'homme de bien par un libeUe intitulé : Za Queue de Roberspierre ». A ces mots hypocrites et perfide , les vrais Jacobins de l'auditoire se récrièrent , interrompirent Fouehé^ en le rappelant à Pordre, Il ne jreprit la parole que pour se fécrier contre le « système de sensibUUé qui se développoit dq>uis quelque temps » , pour insister m sur la nécessité d'établir la terreur dans l'âme du méchant (c'est-à-dire du royaliste) comme dans un camp d'ennemis » ; et il affirma que a tonte pensée d'indulgence et de modérantism$ étoit nne penfée contre- révolutionnaire ». (Monitettr du 19 fructidor an II — 5 sepUmbre 1794.) Vingt ans après, cet orateur^ devenu duc et très-riche , parut aux gens superficiels, s'être fait le protecteur de ceux qu'il avoit si fort traités en ennemis ; et la légèreté de ce jugement, dicté par l'égoïsme , nous rappeloit ce qui s'étoit lu en 1796, dans la it7« pièce du Rapport de Courtois. Elle portoit que, lorsque le fameux Joui^daa (d'Avignon) , devenu possesseur de superbes , domaines, dans le comtat Venaissin , alloit être livré en Ï794, au tribunal révolutionnaire de Paris (f^qy* ci-devant pag. 129.), ff la marquise d'Eyragues et plusieurs dames de sa cour disôient : y4

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Ainsi donc les prêtres instruits^ clairvoyans^ franchement orthodoxes, et moins jaloux d^exercer le culte en public que de conserver leur conscience pure , à laquelle cet acte de soumission devoit répugi^er, n'avoient pas même l'espérance de pouvoir exercer paisiblement les fonctions sacerdotales en des oratoires domestiques, puisque les tribunaux de police correctionnelle étoient appelés à les en punir, avec les pieux laïcs qui leur en auroient fourni de tels , dans l'intérieur de leurs maisons.

Le comité de législation de la Convention, sans doute moins Dantoniste que les autres, ou plus perfide, sembla vouloir, de son autorité privée, faire participer les prêtres insermentés de 1791 aux prétendues faveurs de cette loi. Il écrivit aux administrations départementales « de ne pas exclure de la souscription de Vacte de soumission , les prêtres qui auroient refusé les sermens précédemment ordonnés; ajoutant, comme en principe, que la constitution civile du clergé n'étoit plus une loi de la République». Mais la Convention s'étoit bien gardée de proclamer de telles dispositions, se réservant la faculté de persécuter ou faire persécuter encore les prêtres, sous le prétexte même du refus des anciens sermens, comme cela arriva dans la suite.

La décision à peu près clandestine du comité de législation séduisit néanmoins beaucoup de prêtres^ induits, parla clameur publique, à penser que la persécution avoit fini avec Roberspierre. Plusieurs de ceux qui étoî^nt restés en France, et dont la plupart avoient fait le serment de liberté-légalité, n'hésitèrent nullement à souscrire l'acte de soumission. Mais parmi ceux qui revinrenj; alors clandestinement de la déportation , le plus grand nombre ,ieffrayé de l'engagement de se soumettre à des lois criminelles, telles, par exemple, que celle qui les empécheroit de condamner le divorce , prirent le parti de n'exeixer leurs fonctions sacerdotales qu'en des oratoires, domestiques. Le conventionnel Tsabeau #p1falors soulever contre eux la Convention toute entière , dans la séance du

ao fructidor (6 septembre 1795), disant « qu'il n*y''avoit pas une administration ; dans toute la République ^ qui ne se plaignit des préttes réfractaires rentrés 5 que le nombre des catholiques étoit si petit y qu'il ne valoit pas la peine qu'on favorisât leurs prêtres chéris; que le nombre des patriotes fidèles à la liberté et à la philosophie y étoit de 10 à i ». Mensonge insigne , car è'étoit à peu près dans cette proportion que les catholiques , en France , surpassoient le nombre des individus sans religion.

Le résultat de ces impostures fut une loi statuant que « les prêtres déportes rentrés (ou censés rentrés, puisque tous ceux qui étolent restés, sans avoir fait le serment de 1791, étoient réputéis déportés), seroient bannis â perpétuité, et traités comme émigrés (c'est-à-dire mis à mort), s*ils ren-^ troîent.— Que si, trois jours après la publication de la présente loi, quelqu'un d'eux s'a visoit d'exercet son ministère, ne fût-ce qu'en des maisons particulières, ou ayoit mis des restrictions , en faisant Vacte de soumission pour exercer en public, il seroit arrêté sur-le-champ, et traduit dans la maison de détention d'un des départemens les plus voisins de son* domicile. — Que les propriétaires ou locataires des malsons dan$ lesquelles le culte se seroit exercé, en contravention à cette disposition , seroient condamnés à une amende de mille livres; et, en cas de récidive, à upe détention de six mois ».

Nous réservons , pour une Histoire générale de la perse-cution, le détail des vexations impies et des spoliations d'oratoires auxquelles cette loi servit de prétexte. Il nous suffit ici de faire observer que la Convention, dent la session se termina le st5 octobre 1 795, ou 3 brumaire an IV, finit avec le même esprit de haine contre la religion , qu'elle avoit manifesté dans toute sa durée. Quelques jours auparavant, c'està-dire le 7 vendÀniaire an IV ( 29 septembre 1 796 ), elle s'étoit encore signalée par un décret qui réstreignoit cette foible liberté d# culte qu'elle sembloit avoir accordée , et qui

le rendoit plus difficile et plus dangereux pour les prêtres catholiques. Tel étoit le but. de cette loi sur l'exercice et la police des cultes, qui fut comme Texpressiou des dernières volontés de cette assemblée ^ dont les deux tiers s'acharnèrent si fort à vouloir former celle qui lui succéda^ sans doute pour y perpétuer aussi l'esprit de cette loi. Il y étoit dit, entre autres choses presque aussi vexatoires, et à l'article Y: « Nul ne pouri*a remplir le ministère^ en quelque lieu que ce puisse être , s'il ne fait préalablement , devant Tadministratioh municipale, ou l'adjoint municipal du lieu où il voudra exercer, une déclaration dont le modèle est dans l'article suivant : Le« déclarations déjà faites ne dispenseront pas de celle ordonnée par le présent article : deux copies conformes en gros caractères , très-lisibles , certifiées par la signature de l'adjoint municipal et du greffier de la municipalité, et par celle du déclarant, en seront et resteront constamment affichées dans l'intérieur de l'édifice destiné aux cérémonies, et dans les parties les plus apparentes et les plus à portée d'en faciliter la lecture ».

Par là, le sacerdoce ëtoitlié et avili jusqu'aux pieds d'un simple greffier de municipalité; par là, tout révolutionnaire étoit autorisé à susciter une émeute contre un prêtre à l'autel , si sa conscience ne lui avoit pas permis de faire la déclaration. L'article VI en régloît ainsi la formule : « Le (de tel mois), devant nous (municipaux), est comparu (le nommé),

habitant à , lequel a fait la déclaration dont la teneur

suit: Je reconnois que l'universalité des citoyens Français EST LE SOUVERAIN 5 ET JE promets soumission et obéissance AUX lois de la République : nous lui avons donné acte de cette déclaration , et il a signé avec nous. — La déclaration qui contiendra quelqurC chose de plus ou de moins , c'est-à-dire àes restrictipns suggérées par la conscience), sera nulle et comme non avenue; ceux qui l'auront reçue seront punis chacun de cinq cents livres d'amende, et d'un emprisonnement qui ne pourra excéder .un an, ni être

lait tous les décrets de tolérance fallacieuse rendus naguère à leur égards puisqu'elle décréta que « toutes les lois de sang portées contre eux, depuis celle de la déportation, en août 179a, jusqu'à celle des ai et aa octobre 1793, seroient remises en vigueur »• Us furent donc condamnés de rechef à la naert, ceuat qui, n'ayant pas fait le serment de la oonstitu-tion civile du clergé y se retrou veroient en France; et non seulement eux , mais encore leurs pères, leurs frères , léSirmis qui leur auroient donné l'hospitalité. Si les vieillards et les infirmes non ^assermentés paroissoient encore cette fois -ci à l'abri de cette fin sanglante , ils n'en retombbient pas moins dans la nécessité de périr eu réclusion.

Et cependant, le 7 novembre 1795, malgré ce renouvellement tout récent de fureur contre les prêtres catholiques, léguée par la Convention à l'assemblée qui lui succédoit, un journal religieux entrepris à Paris, depuis le 3 octobre^ sous le titre de Journal de la Religion et du Culte catholiifue^ pcrblioit avec confiance, en transcrivant la Ibi'du 29 septembre précédent (n* 6, pag. 81 ), qu'il y avoit « peu de ministres du culte catholique exerçant à Paris, qui ne se fussent soumis à cette loi; qu'ils s'étoient déjà conformés à celle du II prairial (3o mai 179a), dont toutes les dispositions, disoit-il, sont renfermées dans celle -ci»; et, quand ce journal eut pris, le i" janvier 1796, le titre <S^ Annales Reli-gieuses y quelque temps après, il quali^a même de sages et Ae bienfaisantes y ces deux lois d'une autorité si manifestement impie. (Tom. I, pag. 460.)

On en jugeoit bien difieremment dans la plupart des autres diocèses. Presque tous leurs évêques, quoique éloignés les lins des autres dans leur exil, et sans avoir besoin de se concerter ensemble , écrivirent à ceux de leurs prêtres fidèleè qui se trouvoient en France, pour leur défendre formellement la déclaration prescrite par l'autorité civile. JNTous avons encore dans les mains ces letCl'es épiscopales, d.ont les unes sont même autographes ^ et les au^tres revêtues

pour être enfermés dans des maisons de détention d'où iia ne pourroient t>Ius sortir sans être ptmis de mort »•

Le Conseil des Anciens hésita, pendant plus de trois mois^ à s'expliquer sur ce décret $ et nous aimons à croire c[tte ce fut par humanité > plutôt que par des moti£i politiques. Mais cet intervalle de temps étoi t crù^ellement'employéparles hommes révolutionnaires dans plusieurs départemens, à produire^ sans, cette loi .* un effet non moins fnnesto qu'^ll«* Ils y sui voient très - activement ce conseil atroce , donné par le Directoire du pouvoir exécutif, composé de cinq DaniO'^ nistes y à plusieurs de 9ea commissaires : <x Pésolez la patience des prêtres ; enveloppez-les de votre surveillance ^ Tutelle les inquiète le jour^ qu'elle les trouble la nuit. Ne leur donnez pas un moment de relirche; que, sans vous voir, ils vous sentent partout à chaque instant ». (Voy, Mo^ niteur des i8, 19, ao et ai frimaire an IV -^9, 10, 11 et la décembre 1795.) Cette instruction de tigres, continuant d'être suivie après que le Gonsfsîl des Anciens eut rejeté la proposition de l'autre Conseil, ne lui laissort aucun mërite pour son apparente humanité ; et quand les vingt mille ecclésiastiques reclus jusqu'alors, depuis la loi du 3 brumaire (a5 octobre 1 79$) , furent mis en liberté par un décret du 1 4 frimaire an Y (4 décembre 1 796) , ils n'en furent pas moins en proie à dHnnombrables vexation».

Cependant , le Corps^Légisialif s'étant renouvelé dans un tiers de ses membres en mai 1797 , la législation contre les prêtres insermentés commença à leur devenir mèins défavorable ; mais bientôt le Directoire exécutif, d'intelligence avec ce qui restoit de Dantonisftes dans l'un et l'autre Conseil, rétablit le règne de la terreur par son attentat du 18 fructidor (4 septembre suivant : di^e anniversaire des massacres de 1 79a). Ce jour-là même , en décimant les membres des deux Conseils, pour ique Be% partisans y dominassent^ il leuir proposa de l'investir lui seul de la faculté de déporter à la f^uyane les prêtres ^'il lui plairoit d^accuser d'être

cette nouvelle ^fidélité , entraînèrent avec eux beaucoup de ceux qui étoient nouvellement revenus de l'étranger > sans avoir adhéré à aucune des formules précédentes. Les prêtres qui résistèrent (/^o^. Discours préliminaire^ p. 53, note i) furent, les uns envoyés en exil au delà des Alpes, et les autres retenus dans les prisons où le même conventionnel Fouché, resté ministre de la police sous Buonaparte, les avoit fait enfermer à leur arrivée de l'exil, jusqu'à cei qu'ils eussent transigé avec leur conscience. Un concordat obtenu du nouveau pape. Pie VII, le i5 juillet 1801, par lequel il étoit dit qu'au lieu de chanter à la messe Domine , sahum fac regeniy on chanteroit : Domine, saham fac rempuhKcam; Domine y sahos fac consulesj en attendant qu'on chantât : Sahumfac imperatorem (1)3 un concordat

(i) L'auteur du présent Sfartjrrologe a constaté par un écrit publié à Paris, lous la date de Londres en 1800^ que « dès cette époque^ Buonaparte iatriguoit secrètement 3 et sans beaucoup d'opposition^ pour se faire couronner bientôt^ et de la manière la plus imposante. Cet auteur ayoit alors des relations assea confidentielles avec le fameux abbé Bemier^ qui 8*étoit acquis tant de considération dans les armées catholiques et royales de la yendée et de la Chouannerie; «t qûi^ pour lors caressé par Suonaparte, étoit l'intermédiaire par lequel celui-* ci trai'toit de son futur concordat avec les agens du pape à Paris. Il apprit da ce négociateur qUe le Consul songeoit à répéter à son profit la prétendue con** sultation de Pépin avec le pape Zacbarie , par suite de laquelle beaucoup de gens çroyoient que cet usurpateur étoit devenu monarque légitime. Le zèle de notre écrivain pour la cause des Bourbons lui fit aussitôt composer et publier une dissert&uon de (5o pages in-80, sous ce titre : LE GRAND CRIME DE t^£PIN-LË-bR£F ; ayec cette épigraphe : Non tfficeres hoc, etiamsi PipùU prudentiam haberes (Londres, i8oo> mais imprimée à Paris, chez la veave Yalade, rue des Noyers ). Les desseins que le consul Buonaparte méditoit avec ses plus intimes confidens , y étoient dévoilés dans une péroraison analogue k l'esprit de l'épigraphe , mais surtout dans un Avant-propos que le méime écrivain a cité dans la refonte de sa dissertation > publiée en 181 7, sous ce titre : Preuves de la Fidélité des Fr^nçfos à leurs Mois légitimes , lors du passage de la pr%« mière à la seconde dynastie, résultant de V examen de cette question : EST-IL VRAI QUE PEPIN AIT ÉTÉ AUTORISÉ PAR LE PAPE ZACHAlilE A S'EMPARER DE LA COURONNE DES MÉROVINGIENS ? Si l'on se transporte en souvenir à l'année 1800, oii la France sa voit tant de gré à Buonaparte de l'avoir délivrée du gouvernement directorial, on com^ prendra^ d'après ce qui s'est fait en 1804^ que , quatre ans auparavant , l'auteur

par Tartlcle VI duquel il étoit prescrit aux évéques et aux prêtres de prêter à Buonaparte^ « le même serment de fidélité qui se prétoit antérieurement ^ et que même plusieurs des premiers avoient solennellement prêté au monarque légitime : JuramerUum fidelitaiis quod erat in more ante régi-' minis commutationem ; ce concordat enfin suffit au futur empereur, pour se composer un clergé avec une partie notable des prêtres qui s'étoient soustraits au glaive de la persécution. La nécessité de faire mieux saisir l'ensemble des lois réço-

n'auroit pu, aans quelque révélation diplomatique ^ annoncer Favenir aussi formellement qu'il le faisoit dans son Auant-propos , oii il ne prenoit d'autre précaution que celle d'un style ironiquement aUégorique. Dans ce monument historique de x8oo, dont on doit désirer la conservation , il s'exprimoit en ces termes :

Quoique les éuénemens de notre âge Jassent oublier, par le men^eilleux qui les distingue , et plus encore par l'action immédiate qu'ils ont sur nous , tout ce que les siècles anciens produisirent d'étonnant et de funeste ; quoique VaU" dadeuse ambition qui en fut la cause , laisse aujourd'hui bien au-dessous d'elle ses antiques prodiges et ses uieux attentats , cependant elle a toujours cru , de nos jours , qu'il falhit en rappeler le souuenir avant la manifestation de ses nouveaux projets , comme après l'accomplissement de ses nouveaux desseins^ Mst-ce pour tempérer notre pénible étonnement, ou pour désarmer notre indignation devant ses entreprises , qu'elle eut toujours soin d'insinuer qu'on a déjà vu ce que son audace allait tenter? Le premier motif prouverait qu'elle avait pitié (fe nous, le second trahirait sajoiblesse. Lorsque naguère , en proscrivant les rois , elle nous constàuoit d^ elle-même en république, manqua-t-elle de citer les Tarquins et les Brutus? C'est bien la faute de notre incrédulité, si nous ne nouf regardâmes pas , sur sa parole , comme des Crées et des JRamains, Dans r espace de dix ans , nous avons été tour à tour les républicains d'Athènes , de Sparte et de jRome ; les Solon et les^ Ljrcurgue ont pullulé dans notre malheureuse fivMce : nous avons même eu des décemvirs, des dictateurs , etc. Les JS rut us ont ensuite cédé la place à César; les Coules ont été conquises. Et comme nous allons vite en affaires , ces jours , où furent posées les bases d'une monarchie tempérée chez ces Caulois qui tout à Vheure immolaient des hommes à leur divi-^ nité farouche, ont brillé de nouveau pour eux. Jtfaplume marche avec moins de rapidité que ces évènemens imitatifsj ils nous entraînent^ Déjà le simulacre de Clovis voulait s'avancer sur la scène; mais le rôle étoit difficile pour V acteur, et suranné pour les circonstances, Clovis disparaît; les temps se précipitent : nous touclwns au règne de Pépin; encore quelques pas^ et le cercle entier sera parcouru, CNorm bk i;.'£d^tsuii. )

lutionnaires contre les prêtres, nous a forcé d*antîclper sur les évënemens et les époques .5 mais nous revenons à celle de l'été de 1793 , pour reprendre où nous l'avons laissée, la série des faits particuliers qiil présentent en détail la conduite des pei*sécuteurs et la vertu de leurs victimes.

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