‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 22 sur 45 · NEVERS · texte numérisé non relu

NEVERS

Nous avons dît {Fby. Lois et Tribunaux RÉvoLurioNr NAIRES.) que ce fut dans le département de la Niè{/re que l'impie Cbaumet, procureur syndic de la trop sanguinaire et trop puissante Commune dé* Paris, fit essayer par le conventionnel Fouché l'établissement du règne de l'athéisme . Mais ce malheureux déparlement, oà commença d'une manière atroce un si énorme scandale, et qui comprenoit, indépeuT damment du diocèse de Ne vers, quelques portions de ceux d'a^ 1 en tour, est aussi Tune des contrées qui offrirent le plus beau spectacle d'édification, et les plus sublimes traits d'attachement à la Foi catholique. On dirait que l'Enfer a voit pris à tâche de faire naître dans les pays les plus édifîans par leur piété , les monstres qui dévoient exercer plus de fureur contre la religion de Jésus-Christ. C'étoit à Nevers qu'étoit né, d'un simple cordonnier, cet infernal Châumet, qui, attiré à Paris la secondé année de là révolution par .l'appât de la violente perversité qu'y déployoit le club des Corde^ liersy s'y précipita comme dans l'élément le plus propre à son naturel. Ilydevintbientôtsi fort par son audace pour le crime, qu'il put, avec Hébert et quelques autres, s'emparer de l'administration municipale, dans la nuit du 9 au 10 août 1792, pour diriger le renversement du trône ce jour -là . même, et faire massacrer les prêtres au commencement de septembre, {^oy. Septembre.)

pour détruire Cliaumet, îl e répandroU, : ; et il voulut es proconsuls le de l'y faire : déjà Danton ire Inférieure suite, se fera ès-habile po- ËdilectîoA de e dn a6 mars ces deux dés tance justice •jer de grande masse de ces que Danton, bre. La Condominée par de l'un d'eux, laos les déparmt « des poue et de l'ouest

i Moulins ; on aire propr^ à laumet, qui»

f vint alors i itenniné dans >ro céder oit an :liéîsme, il fut tic carrière, le i conseil généit à son poste, ipoui'roitfair«

à Fouclié de déellner par là sa juridiction^ il commença par ;

flatter son impie férocité^ en lui annonçant (séance du 9 août) qu'il avoit imaginé de « promettra une récompense de 3oo livres à quiconque arréteroit un prêtre » : idée que la Convention ne tarda pas d'adopter en sa loi des ai et 21 octobre^ art. XYIII. Dans l'interTalle^ Ghaumet &isoit publier par le Moniteur (feuille du ag septembre ) le plus pom:peux éloge des premières opérations du proconsul. Il y disoit : « Le peu de hien que f ai pu faire dans ma vie , n'égalera jamais celui que le représentant Foucké et les' sans-- , culottes de la société de Nevers ont fait dans le département de la Nièvre, Ce pays est déjà régénéré par sen soins paternels }\c fanatisme est ^truit^ les gens suspects sont emprisonnes ».

La Commune à laquelle Foucbë envoya bientôt le plus scandaleux de ses arrêtes, en fit triompbalement une lecture pur blique, le 16 octobre. Il avoît ordonné que le drap mortuaire qui couvriroit les cadavres lorsqu'on les porteroit en terre, ne seroit plus orné que de la figure du Sommeil; que des statues du Sommeil seroient substituées aux croix des cimetières; que, sur la porte de ces cbamps lugubres (oii les défunts attendent le jour de la résurrection), l'on ne liroit plus que ces mots désespérans pour la vertu : La mort est un sommeil éternel (i). Il annonçoit en même temps que déjà il

(t) Cest hii spécialement qut Roberspierre, après le suppplice de Chaumet, décapité le a4 germinal (i3 avril 1794)» apostropha dans la Convention, le 18 floréal (9 mai suivant )f lorsqu'il s*écrioit : « Qui donc t'a donné la mission d'annoncer au peuple que la DâTÎntté n'existe pas? Quel avantage troiives-ta à persuader à l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées , et frappe au Lasard le crime et la vertu ; que son âme n'est qu'un souffle léger qui s'éteint aux portes dn tombeau? Un grand homme s'estime trop luimême pour se complaire dans l'idée deson anéantissement. Le scélérat^ méprisable à ses propres yeux , horrible à ceux d'autrui, sent que la nature ne peut lu faire de plus beau présent que le néant »• (^OT* ^<>" ®^ Tnitvvkvx nivolilTTIOirVAIllBS , 5* 3*)

(ayS)

àvoit fait détruire les sculptures et peintures qui poùvoient rappeler la religiou : « le peuple français^ ajdutoit-il, ne peut reconnoître d'autres signes que ceu3P de la loi, de la justice et de la liberté; d'autre culte que celui de la morale universelle (i) ; d'autre dogme que celui de la souveraineté du peuple et de sa toute-puissance. » {Voy. Lois et Tribunaux RÉVOLUTIOT^NAIRES.)

Si l'orgueil de la Convention pouvoit être blessé de ce que c^étoit la Commune qui avoit reçu une pareille communication du proconsul, il l'en consoldit aussitôt en flattant sa cupidité par un envoi de 1091 marcs d'or et d'argent, provenant de la dépouille des églises (séance du 17 octobre); et pour que la Commune n'en fût pas jalouse, il lui envoya, quelques jours après, un autre amas de rapines bien plus considérable ; c'étoit dix-sept malles remplies d'objets d'or et d'argent, enlevés des cbâteaux, palais , et surtout des églises du Nivernais ; et il promettoit de lui en envoyer bientôt un second du même genre (séance de la Commune du i" novembre). Le même jour, il écrivoit avec une sacrilège iroc nie à Hébert, substitut du procureur-syndic Cbaumet : « J'ai débarrassé les autels de ces monceaux d'or qui alimentoient la vanité des prêtres ; et je leur ai tellement donné la chasse ^ qu'il n'y en a plus dans le département de la Nièvre » . Dans une autre lettre du 1 3 brumaire (3 novembre) adressée à la Convention, il luidisoit : «Je vous fais passer un quabûème envoi d'or et d'argent qui s'élève à plusieurs millions : les âmes ne sont plus corrompues par les prêtres ; quelques uns s'avisent en-

Ci) Elle n'a pu avoir d'autre tiens, cette expression de morale publique ^ quç le projet de loi sur la liberté de la presse ^ discuté particulièrement le i5 avril 1819, présentoit avec Texclusion du laoi religion , et que protégèrent si scandaleusement la plupart de§ membres de la Chambre des Députés, ayec le ministre garde des sceaux de S. M. T. G. On consentit, pour des raisons de politique extérieure y le 17 avril ^ à dire morale publique et religieuse, {f^py* ^"^ rindéceiice et f insuffisance de la vague tradition de ce dernier mot^ ntt opuscule de M, de Ronald ; Paris ^ chezEgron.)

fiore de jouer leurs comédies (c'est-à-dire de célébrer la messe, et l'on verra tout à l'heure à qui cette phrase se rapportoit) ^ mais les sans^culottes les surveillent, renversent tous leurs théâtres (c'est-à-dire leurs autels), et plantent sur leurs débris l'arbre immortel de la liberté )>« La lettre fut fort applaudie. (Séance du 17 brumaire — 7 décembre.)

Ce fut sur ces entrefaites que Chaumet et Hébert donnèrent l'épouvantable scandale de leur Jeté de la Haison , en promenant pompeusement, et plaçant ensuite sur le maître* autel de la cathédrale de Paris une prostituée presque nue, ayant à la main une pique , et sous ses pieds un crucifix. Il a étë dit ailleurs que la Commune fit imiter cette exécrable impiété dans beaucoup de villes, bourgs et villages de France.

Fouché n'étoit que trop vérîdique en disant qu'on ne voyoit plus, de prêtres dans le département de la Nièvre. Beaucoup s'étoient déportés eux-mêmes d'après la loi du 26 ao&t 1792^ quelques uns qui é( oient restés pour le service d«s catholiques , s'enfonçoient de plus en plus dans les espèces d'autres où ils s'étoient cachés à l'arrivée d'un tel proconsul j et l'on emprisonuoît les vieillards et les infirmes, dispensés de la déportation , dans une ancienne maison de Bénédictins où le comité révolutionnaire faispjt enfermer aussi des prêtres assermentés, lorsqu'ils tenoient encore à l'exercice du sacerdoce. Il est juste de dire que le proconsul fit remettre ceux-ci en liberté, et que même il accorda cette faveur à quelques insermentés que réclamoient les habitans de leurs Communes ; mais le comité ré\folutionnaire les fit enfermer de nouveau. Déjà cruellement vexés et spoliés par leurs geôliers, ils le furent bien davantage après qu'ils eurent été transférés, le 3 septembre, au nombre de quarante-huit dans la maison du séminaire. Croyant d'abord qu'ils pour-* roient y jouir paisiblement de la consolation de célébrer la sainte messe, ils s'y étoient fait à leurs frais trois petits oratoires ; mais aussitôt que le proconsul eut prononcé l'abolition de tout culte chrétien dans le département^ le séminaire

lut investi par une troupe de gardes nationaux (le i8 oc* tobre) i et l'agent national vint avec quelques municipaux renverser les autels de ces prêtres , en briser les crucifix , cra-» cber dans les corporaux^ déchirer les missels, etc. etc. Se répandant ensuite dans leurs chambres , ils firent subir le même sort à tout ce qu'ils y trouvèrent de semblable, etleur prirent ce qu'ils avoient d'argent. Voilà donc le principal exploit dont Fouché se vantoit dans sa lettre du 3 novembre i Hébert,

Il fit, sur ces entrefaites , un arrêté par lequel il exigea que les prêtres du département se mariassent, sans excepter les infirmes, même ceux qui étoient en réclusion. Il ne les eu dispensoit qu'à la condition que, tout dépouillés qu'ils étoient, et manquant eux-mêmes des choses nécessaires à la vie , ils s^engageroient par acte public à prendre à leur charge , pour la nourriture, l'entretien et le logement, un vieillard ou un enfant qui seroit regardé par eux comme un père ou un fils adoptif. {Fi>f' Saint-Surin.)

Les Dantonistes delà Convention, croyant alors que ce proconsul seroit plus nécessaire à Lyon où GoUot-d'Herbois réclamoit son aide pour ajouter au massacre des Lyonnais les démonstrations de la plus extrême impiété , l'y envoyèrent {V^oy. Lyon) ; et Nevers étoit délivré de sa présence le 8 no-ivembre. Le conventionnel Noël Pointe qui le remplaça, étant moins hardi , refusoit de se prêter à l'exécution d'un arrangement que le comité réifolutionnuire avoit fait avec FpucÛé, d'âpre un complot particulier de Danton contre les prêtres, en général , celui d'envoyer les vénérables reclus de la JNièvrç à Nante^, où Carrier s'apprêtoit à les submerger dans la Loire {V. NjkNTES et lioCHfïFORT), Danton n'avoitpas craint de dire k la Convention que « la nécessité de faire garder les prêtres liges, et de pourvoir à leurs besoins les plus urgens , ocçasionneroit à TEtat une dépense dont on pourroitse dispen-* %tx » (séaincç du 23 juillet 1 799). Ne serait-ce point lui qui^

non moins féroce que Galère, auroit imaginé de les faire noyer (i)?

]N^oèl Pointe enfin se vit forcé de céder ; et il ordonna , dans les commencemens de février 1 794^ que « les prêtres sexagé-^ naireset infirmes, enfermés dans le séminaire, seroient déportés à la Guiane, et conduits à Nantes pour y être embarqués » • Les hommes du comité se mirent aussitôt à les dépouiller en grande partie de ce qu'ils s'étoient procuré de nouveaux effets ^ et , le 1 4 de ce mois , ils furent traînés au nombre de soixante-un vers le port de la Loire sur laquelle Nevers est situé. On les entassa dans un bateau étroit^ et Ton mit sur une barque voisine seize gardes chargés de les escorter, et qui semblèrent Tétre plus encore de leur ravir le peu qui leur restoit d'argent, et jusqu'à leur chétive nourriture. Les soins que ces vénérables confesseurs de Jésus-Christ prenoient pour les adoucir, ne servoient qu'à les rendre plus barbares ; et l'audace de l'un de ces satellites, qui ne savoit pas écrire, alla jusqu'à forcer un de ces prêtres de faire sous sa dictée une lettre par laquelle il informoit le club révolutionnaire de Nevers que « l'escorte n'a voit pas encore trouvé l'occasion de se défaire d'eux », s'en excusant par la raison toutefois honorable pour eux*(( qu'elle n'avoit qu'à se louer de leur soumission et de leur douceur » . S'ils ne furent pas noyés dans le trajet, ils ne le durent qu^à la probité des bateliers, Perrin père et fils > qui s'étoiënt chargés de les transporter. , Avant d'arriver à Amboise, ils avoient confié à quelqu'un d'eux y en leur montrant le passage nommé la Chevrette de Sriare, que c'étoit là que le club de Nevers espéroit qu'on les noyeroit^ mais, avoient-ils ajouté : a Soyez tranquilles, vous n'avez rien à craindre avec nous ^ car nous péririons avec vous plutôt que de vous laisser submerger ». Ils le prouvèrent

(i) Atqui homo impius miserUu est ilUs lU non égarent : congregari jussit y et txportatos nmàcuUs in mare mergi. (Lactance : de Mfortibus persecutorum , n* 23. )

du comité disoit devant eux à l'un des gardes : « Pourquoi ne les avez-vous pas jetés à l'eau , après les avoir dépouillés » ? Enfin ^ les divisant en trois compagnies, on les conduisit dans autant de cachots du château, où, pendant les onze jours qu'on les y laissa, ils n'eurent pour vivre qu'un peu de mauvais pain avec un demi -verre d'eau par jour, et pour se coucher, que de la paille pourrie. Us en furent brusquement tirés, vers minuit, le i3 mars; un nommé Mar* quet ou Marchais , chef de la nouvelle escorte qui devoit les accompagner jusqu'à Nantes, et se composoit de cin* quante soldats du 78' régiment, les fit d'abord lier deux à deux. Quand ils le furent, il commanda .sa troupe en ces termes efiroyablement équivoques : « A la rivière : marche ». A l'instaut ils sont traînés vers le port; on les embarque, en mettant avec eut dans le même bateau quinze prêtres septuagénaires d'Angeri. Il ne pouvoit contenir qu'avec peine ces soixante-seize Martyrs du sacerdoce, dont chacun n'y avoit au plus que l'espace d^un pi^d carré. La soldatesque, beaucoup plus commodément dans une barque canonnière, en dirigeoit le$ canons contre la leur pour la couler bas, si, des côtes de la Vendée, on paroissoit venir pour les délivrer, ou si, par des gestes innocens, des signes involontaires, ils pouvoient donner prétexte de dire qu'ils appeloient du seqouxs* Leur tranquille résignation irrita les soldats au point que l'un d'eux fondit dans leur bateau, tenant un crucifix qu'il leur avoit enlevé, et en frappa plu-sieurs au viaage, accompagnant. cette action diabolique des plus horribles blasphèmes.

Gomment y répondoieQ,t ces admirables imitateurs de Jésus-Christ, conduit an- Calvaire? Par des actes' de bienfaisance. Us n^avoie^t cependant plus rien à donner, ces prêtres de Never^mi^. presque à nu, dont les valises avoient été volées par la première escorte ; et il faisoit un froid glacial. Il ne leur restoit d'autre chemise que celle qu'ils avoient sur le corps ^ et encore, lorsqu'après l'avoir lavée, ilslafaisoient

sécher^ les soldats souvent la leur voloient. Mais la charité * ne permet pas de songer k sa propre pénurie à l'aspect d'un malheur inopiné. Un des soldats ëtoit tombé dans la Loire; on l'en retiroit, et il étoit transi de froid, sans avoir d'autre vêtement que celui qu'il portoit : un prêtre aussitôt quitte son habita et le lui prête jusqu'à ce que le sien soit séché. Sans doute l'âme du soldat en sera attendrie : vain espoir ! Lorsqu'ensuite Le prêtre crut pouvoir lui demander son habit, celui-ci ne répondit que par des insultes, et refusa de le lui rendre.

On arriva devant Nantes le i5 mars ; et depuis le départ d'Angers, c'est-à-dire, depuis deux jours, les prêtres avoient manqué de pain. Ils restèrent encore toute cette journée , mourant de faim , en station dans leur barque jusqu'à neuf heures du soir, où elle fut conduite au port de la Sécherie , près d'une galiote capturée sur les Hollandais, et dont le fond de cale devoit leur servir de prison* Il falloit que ces vieillards exténués de fatigue et de besoin montassent sur le pont par une échelle de bois^ et descendissent ensuite dans leur cachot par une échelle de cordes. Les plus impotens d'entre eux n'en ayant pas la force, les scJdats leur passèrent des cordes sous les aisselles pour les hisser, et les laissèrent ensuite tomber de tout leur poids dans le fond de cale : un d'eux en eut le bras cassé. Avant de les précipiter dans cette espèce de sépulcre, les soldats avoient achevé de les dépouiller du peu qui leur restoit de vêtemens, enlevant même à quelques uns celui que la pudeur la moins sévère juge indispensable.

Le lecteur comprend que nous ne décririons pas avec autant de détails le cruel voyage de ces prêtres , si quelqu'un d'entre eux ne nous en eût fourni une relation trèscirconstanciëe. Mais, au lieu d'une , nous en avons eu trois ^ qui , bien que différentes pour le style , sont uniformes pour les faits. Les auteurs de deux d'entre elles sont encore vivans^ et nous ont défendu de les nommer ; mais , plus libtjes à

. regard de la troisième dont l'auteur n'existe plus^ noua dirons qu'elle est du curé de Château - Chinon, Gaspard- François MoreaU; mort à Avallon en juillet 1808^ plein de mérites et de vertus, à l'âge de soixante*dix-huit ans. Il en avoit soixante - quatre lorsqu'il fit ce terrible voyage» Son récit, qui consiste en diverses lettres écrites de Nantes à un ami , va lui seul composer la suite de notre narration. Le langage d'un mort d'une telle réputation a quelque chose de sacré qui pénètre l'àme , et l'émeut d'une manière plus touchante, surtout quand on y voit se développer franchement,, dans une simple confidence amicale, les sentimèns héroïquement chrétiens dont l'écrivain étoit animé.

Dans sa lettre du 1 7 avril 1 794, il s'exprimoit ainsi : « Débarqués dans la galiote au milieu des plus épaisses ténèbres, excédés par les plus mauvais traitemens, nous cherchâmes à tâtons une place pour nous asseoir. Notre bâtiment est ^ très-étroit ; il peut au plus loger quarante passagers en santé , et nous étions soixante - seize presque tous malades. Nous ne trouvâmes que des cordages goudronnés et la quille , sur quoi nous pussions nous coucher ou nous asseoir. Bientôt nous nous aperçûmes que nous étions dans l'eau; et nous crûmes alors que notre dernier moment étoit arrivé. L'eau heureusement n'augmenta pas dans la nuit. Il y avoit sur le pont un corps - de - garde dont les soldats, après avoir entièrement clos l'ëcoutille , qui est la seule ouverture par où l'air puisse se renouveler dans notre prison , dansèrent la plus grande partie de la nuit sur nos têtes avec une fureur affectée. Us chantèrent les chansons les plus obscènes, et nous adressèrent les plus grossières injures. Cet affreux tumulte ajouta beaucoup à notre cruelle situation ; et quand le jour parut, nous fûmes tous surpris^de nous trouver encore en vie.

))1Jne innocente gaité, une sérénité parfaite, répandue sur tous les visages, auroientfait croire que nous n'avions rien souffei^t, si U pâleur et la foiblesse, causées par la faim^

chée, en y joignant des miettes de pain desséchées que nous avions pu ramasser dans le fond de nos poches. Deux vieillards, ayant découvert, parmi les cordages , quelques croûtes moisies , les amollirent dans un peu d'eau : le neuvième jour où Ton ne nous avoit pas encore donné de pain , ils les mangèrent 'y et cet aliment empoisonné les fit périr dans les plus yiolentes douleurs.

» Nous ne sommes plus que des squelettes; nous n'avons pourboire que de l'eau de la Loire, qui est si infecte et si dégoûtante par la multitude des personnes noyées, que la police a défendu aux habitans de Nantes de s'en abreuver. Nous n'avons pu goûter un instant de sommeil; et, à tant de maux, s'est joint le plus déplorable des spectacles. On a , presque tous les jours, amené sous nos yeux des canots remplis de femmes et d'enfans que plusieurs d'elles allaitoient; et, la nuit suivante, on les noy oit ensemble. Leurs cris de douleur perçoient jusque dans notre fond de cale, et nous déchiroient l'âme. Le lendemain, nous apercevions, sur la surface de l'eau, les cadavres de ces malheureuses victimes. La marée montante en fette encore des monceaux effrayans contre notre galiote. Ces femmes et ces enfans Tenoient de la Vendée.

» Les suites de la famine se déclarant avec violence, nous étions déjà presque tous affliges d'un flux dyssentérique , accompagné d'une fièvre qui avoit tous les caractères de la puti^dité; et nous ne pouvions pas même avoir de l'eau chaude pour nous soulager. Il nous étoit impossible de changer de linge ; et nous ne respirïons que le mëphitisme d'un lûcaLo4 se> réunissoicnfr hnttes les espèces d*infeclions(i).

(i) Il nous est impossible de dire en notre langue si fort gênée par la mollesse de nos mœurs actuelles , tout ce que nous avons lu sur l'horreur de ce séjour. Elle se retrouve au reste assez fidèlement décrite daps un passage de Tancienne Histoire latine de la Persécution t^andalique en Afrique , sous le roi Huneric> vers 484> lorsqu'il envoya en exil les «vaques catholiques. Jacta/i-

» Le dixième jour en&n, d'après noi deinandes réitérées aux autorités constituées de Nantes y on nous apporta pour chacun une demi-livre de mauyaispàin^ et deux onces de riz cuit à Teau. G'étoit trop pour notre estomac affoibli et resserré 3 et cependant cela lui parut insuffisant. Quatre d'entre nous expièrent, par leur mort, Tespèce de voracité avec laquelle ils mangèrent cette foible ration. Le grand nombre de ceux qui mouroient faisant croire généralement aux habitans de Nantes que la peste étoit dans notre bâti* meut, les gardes refusoient d'y faire le service 3 et nous ne pouvions obtenir la visite d'aucun médecin , ni aucun remède. Il étoit défendu aux personnes de la ville de nous donner le moindre secours, et même de se promener sur lé quai^de la Sécher ie, à deux cents pas duquel nous sommes^ : au milieu de la Loire.

» Cependant l'industrieuse cbarité des Nantais nous fit d'abord parvenir furtivement un canot cbargé de quatre-* vingts chemises , avec des comestibles et des boissons, parmi lesquelles se trouvèrent des sirops propres à arrêter le cours de la dyssenterie. Quelques jours après, ils nous ont encore envoyé, de la même manière, du linge de corps, des coU"* vertures, quelques vétemens, et tout ce qu'ils ont cru nous être nécessaire. D'autres aumônes particulières ont été confiées au geôlier de notre galiote; mais il en a retenu une grande partie : et ce qu'il nous en a cédé, il nous l'a fait bien t payer d'ailleurs, Enfin, un officier de santé est venu ^ se tenant

i sous le nez un flacon de vinaigre des quatre-^yoleurs } et il ne

nous a pas dissimulé que nous ne devions espérer aucun

tur confessores Christi, super învicetn, angustia coarcttmte, unus super aUum, ut offrùna locustarum , et ut propriè dicatur, ut grana pretîosùsùnajhimentorumj In quâ constipatione secedendi ad naturale offidum nulia ratio sinebat lod; sed stercora , et urinam , urgente nécessitâtes ibidem Jactebant, uti ille tuncfœtor eê horror unii^ersa pœnarum gênera superaret..,. lUud tune Hieremùs i/identes fiasse coiùpletum : Qui nutriti sunt in croceis , amplexati sunt etere<n%t sua* (Victor : dePersecut. Fondai, L. IL)

secours. Alors plusieurs de nous étoient àTagoniey et la majeure partie des autres dangereusement malade.

» Depuis le i6 mars jusqu'à kîer^ en trente-deux jours ^ il est mort trente-un des nôtres (de la Nièi^re); et, des quinze • Angevins , il n'en resté qu'un , dont l'état est presque désespéré (Foy, Bôuchet). Le froid est très-vif^ et la plupart de nos malades^ ont la gangrène. Loin de s'ennuyer de souffrir, tous voient arriver la mort avec une douce satisfaction^ tous n^eurent en remerciant Dieu de la grâce qu'il leur a faîte dç souffrir pour lui. Nous acquérons ainsi , tous les jours, des intercesseurs auprès de Dieu.

» En ce moment, 17 avril (i), il nous arrive des commissaires de la municipalité, assistés d'un officier de santé, pour prendre les noms de ceux qui sont encore capables de supporter, dans de simples barques, upe navigation jusqu'à Saint- Nazaire, à quelques lieues de Paimbeuf, d'oà ils monteront, dit-on, sur une corvette qu^les transportera à Brest. Nous qui survivons à tant de confrères, nous avons échappé à tant dé périls parles soins de la Providence , que notre confiance en elle doit toujours s'accroître au lieu de s'affoiblir. Dieu saura bien nous conduire à la fin qu'il s'est proposée dans sa sagesse : c'est à nous à suivre courageusement la route qu'il nous a ouverte ».

La suite de l'histoire de ces déportés > réduits à moins d'un tiers , est dans une lettre subséquente du même curé , datée de Brest, le 8 décembre i794- U y dit ; « Nous sommes partis de Nantes, le 1 8 avril , au nombre de trente-un de la Nièi^re , avec trente-un autres soit des Cotes^u-Nord, soit dn Mont-Blanc ^ qui étoient dans une galîote voisine de la nôtre. Quinze de nos Nivernais, incapables de soutenir le voyage, sont restés dans celle que nous occupions ^ et ils n'ont pas tardé à y mourir. Les vivres qui furent donnés par les commissaires, pour nous alimenter pendant le temps de cette nouvelle navigation, ont été retenus en partie par nos gardes, qui ne nous en ce-

(i) On verra ci-après > à la page a^5', pourquoi dès lors on eut quelques ^Ards d'humanité pour cea prêtres» i .

I doîent qu*à prix d'argent, et de bien foîbles portions , quoi-

que d'ailleurs ils nous montrassent quelques égards.

» Le troisième jour, nous parvînmes à la corvette le Jean- Bartj près Saint -Nazaîre 5 et *nous y fûmes accueillis avec humanité par l'équipage, surtbut pa,r le commandant, nommé Perrou, qui est de Brest. Il nous laissa une partie du pont pour nous coucher, en ayant soin d'y faire dresser une tente pour nous garantir des injures de l'air, et en nous donnant des voiles pour ^ous tenir lieu de lits. Nous eûmes la ration des matelots, qui consiste en pain tendre, vin potable et via;ide fraich.e. Mais, comme nous étions tous malades, et que les officiers de l'équipage croyoient que nos maladies étoient contagieuses, ils forcèrent le commandant à nous faire passer ^ur un autre bâtiment, où nous devions êtresetils. Quatorze d'entre nous, qui étoient moins malades, . du nombre desquels je me trouvois, restèrent cependant sur le Jean-Bart; mais on fit mettre tous les autres sur une gabare qui, n'ayant point de pont, les laissoit exposés à l'intempérie de l'atmosphèi^e. Le commandant Perrou , voyant qu'ils y étoient trop mal, fit venir de Paimbeuf une gabare 'à pont 5 mais cette gabare , ayant servi précédemment à des transports de sel, en étoit encore imprégnée : ce qui la rendoit fort humide. Trois de nos confrères y périrent en peu de jours ; et leurs corps furent jetés à la mer. ( FoY' Custode, Deschamps et Lempereur. )

» Le 3 mai , l'on distribua les prêtres de Ik gabare sur des bricks marchands, que la corvette le Jean^Bart devoit escorter jusqu'à Brest. Ceux des Gàtes-du-Nord étaient partis la veille pour Rochefort {Voy. ce mot) ; et ceux du MonuBlanc , pour Lorient. Ils n'avoientpas été aussi maltraités que nous, et on leur avoit laissé leurs valises. Trois de nous périrent encpre dans ce nouveau trajet; les deux, qui moururent près de Porto-Novallo, à trois lieues de Vannes, furent jetés à la mer (/^jr. BerthauLt î'f^îné et Frebeautz) ; maïs le troisième put être enterré , et il le fut avec une grande

décence ('/^j. La GâÂSSAiONE). De Vannes et de Porto-Novallo, comme encore de plusieurs autres endroits de la carte ^ il nous fut envoyé d'abondantes aumônes en vivres. Des vents contraires nous forcèrent de rester au même endroit jusqu'au lo^ qu'ils nous permirent d'aller mouiller à Quiberon. Mais ils nous y arrêtèrent encore trois jours^ pendant lesquels il nous fut impossible de ne pas consommer entièrement les alimens que la charité nous avoit fournis.

» Nous repartîmes le 1 5 ; mais bientôt une tempête, qui dura dix heures, assaillit la corvette qu'elle jeta fort loin dans rOcéan. Le danger parut tel aux matelots, qu'ils nous demandèrent des prières pour \e faire cesser 5 et , quand le ciel fut apaisé , le commandant ne trouva pas mauvais que la majeure partie de l'équipage nous en remerciât. Le 16 et le 17, nous revînmes à la hauteur de Quiberon» d'où, le 18, un bon vent nous fit parvenir à Qrest, sur le soir : les bricks y étoient arrivés depuis trois heures du matin. Le 19, deux gendarmes vinrent nous prendre en rade , et nous transportèrent successivement sur un canot, à l'extrémité du port, où ils nous enfermèrent dans la prison destinée aux matelots, et nommée le Pontanion: prison fort étroite, où nous étions extrêmement resserrés. Nous n'avions qu'une heure par jour pour prendre Ystir ; et nous y étions mal nourris, sans feu.ni lumière. Des officiers de santé de Brest nous visitèrent le lendemain de notre arrivée \ et ils firent passer dix de nos. malades à l'hôpital de la marine, dit de Sainte Louis f desservi par quar-ante»quatre.pieu«e»^filles appelées Filles de la Sagesse, {^Vçy. Vendée, ci- après, pag. 829.) Elles étoient si utilfîs dans cet hôpital , qu'on ne les <en avoit point expulsées, quoiqu'elles eussent refusé tous les sermens exigés par l'Assemblée Constituante, l'Assciiiblée Législa-; tive et la Convention. D'autres prêtres malades furent ensuite portés dans cette maison, où, malgré les soijais en^pressés des Filles de la Sagesse y H en< es^ mort treize > dans l'intei^valle du 19 mai au3i décembre. ^

)) Ceui: qui restoîent au Poritanion , en juillet , et parmi lesquels je me ti*ouvoi&^ étoient déjà compris dans la liste que Taccusateur public du tribunal de Brest avoit faite des personnes qu'il vouloit faire guillotiner; et nous l'avions appris sans eu être alarmés. Déjà nous aviotns réglé des exercices pour nous préparer à la mort ^ mais l'événement du 9 thermidor (27 juillet 1794 ) fit changer la face des choses, par rapporta sous ; et les habitausde Brest purent se livrer à tous les procédés généreux d'humanitç jque leur inspiroit leur âme compatissante. Combien de traits d'une Providence bien manifeste se succédèrent en notre faveur ! Que nou^ serions ingrats , si nous méconnoissions sa tendresse ; et qufs les Brestois méritent donc bien que nous nous intéressions de tout notre pouvoir à leur prospérité ! »

Les douze ou quatorze prêtres de la Nièvre qui survivoient aux autres, en janvier 179^, eurent la permission de sortir du Pontamon, pendant le jour, à la condition d'y rentrer le soir. Ce ne fut que le n mars qu'ils furent libres dans Brest ; et , en avril , il leur fut permis de retourner dans leurs familles respectives (i ). Ils n'y restèrent pas long-temps

(i) Ces confesfieurs de Jesus-Chiist pouyoient s'appliquer les remarques et les réflexions par lesquelles se teridiae notre article de Kochefort. Voici leurs noms avec leur â|[e , 'au moment et leur -embarquement > en février 1794*

MM. Bertrand jeune ^ curé de Glux, diocèse de Nevers. 'ygfe^9%^ ^ '^t'^- Blandin^ chanoine de la cathédrale de Nevers. . .-. ,É&^'^^k 71 De Colon, idem,^ .\ , v. . v. . . • ^ -fe(-[^g^ m^'J

(Vivant encore en 18 17.) v^-^^è^^^^

Etienne , curé de Saint>Germain , diocèse de NeyersS^£2^* 58

(Mort vers 1811 dans sa cure où ilétoit revenu.) Lagrange alliée cUré d'Anthien , diocèse d'A-utun 66

(Moit en 1817 dans sa cure om il étoit revenu. }

Lejault, curé d'Ipphy, diocèse de If evei\8 66

Le Neveu , priçur du monastère des Carmes de Nevers , infirmé . . 53

(RestéàBifest.) Moreau jeune, cuié de Château-Cbimon, diocèse de Nevers 64

( Mort à Avallon , le 5 juillet 1808. )

en paix ; car^ « en juillet sm^ânt^ dit un autre d'entce eux, daus son mémoire particulier^ nous fûmes obligés de fuir et de nous cfaeher^ pour échapper à tme nouvelle déportation»»

Le temps les a presque tous moissonnés •d.épuîs lors , tellement qu'en août i8i8, de ces douze , il n*èn restoit plus que quatre. Ils ne parloien^t ^fe leur déportation que pour ** rendre hommage à la sainteté de ceux qui y avoient péri. « J'auroîs peine à, le croire , si Je n*en avois été le témoin ,' nous écri voit encore Tun d'eux. Que de coui'ageî que de ver- • tus! que* de patience! Ouï, j'ai vu des choses surnaturelles. Dieu veuille que j'en profite, et qu'elles ne 'servent pas â' mon jugement et à ma condamnation!!...'. Que n'aî-je le' loisir d'ajouter aux mémoires que vous avez , quelques noCices particulières sur quelques 'lin s de mes confrères' dé!^nts!* elles feroiciltràdmiratiofri et l'édification déceùx qui doivent' nous suivre. Quelle sainteté dans lei "Bûuard, les La Chais*

I saigne , les Leropereur, les Duboi^ , etc. etc. ! Ceux-là', tî est

vrai, bien des années avant d'avoir passé au creuset des tribulations ^^ étoient déjà proposés pour modèles dans toùjt le diocèse dëNëvers. Mais DiéW rie seÂible-t-il pas plu^ adnii»rable" ^ans' quelques uns qui s'étoient rendus èouprfMes du' sermei^t ^chismatique , et, entre aiftres, ce dom ChezeaU,

' bénédictin (f^oy. ces divértf noms ) ?' On ti'a jamais' su que ,

dans noire galiote de Nantes y^ îl|y 'avoit eu dèui cotrlmùnîonar

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^ (Mort 4 Paris; habitué 4e la pafoisse S. Eustacï^e ^ vers 1^09.)

(Mort 4 Paris; habitué 4e la pafoisse S.^ Eustacï^e , vers 1^09.) Marille^curé de Veil-Aîarh'ay , diocèse d!*Aujerre. . .î. . .'. .\\ '60 ( Vivîrtlt. encore en 1817 jlètfÂohktiépuwi^rt.')' - ' ^' ■

FkDneirât> tvkréd» PoUs^igliol; diocèM de Ndvetsy infimei'. i.^ ^l &Bkhfifij Ficaire en la petite vi|le ^ Ji^uzy^diocèscf/l'^utuny iDÇrine. 3.0

Dufand^ idem , ibidyidem. , ,^, .*. » .^ 36

(Aujourd'hui chanoine séulepenf; honoraire à'Aùtun. ) Imhert^ prôtré de NiBVefe,"^âfl«"ft)iïi{ions ni traitement^}*

( Aujoui^'hui «impie vicaire Jir|fçv/e^xp9: )

générales 9 précéfdée& de touchais discotcr^, de confessions publiques, de.. rétractations de sermens, etc. etc* Que de suj&ts;d^attendrissement et de consolation on auroit à of&ir^ en outre de ceux que Fon a déjà, si l'on vouloit:dire tout ce qui s'est passé dfadmirable dans cette galiote ! Les seuls onze mois du séjour que nous savons fait à Brest suffiroient eux-mêmes pourfourpir l'ample matière d'un récit très-u-tile à l'édification dç l'Eglise )>..:; , . . .,

Et celui qui s'exprimqit ?^insi en 1818, n'étoit que simple

vicaire de la paroisse, de S^int^Çyr de^Nevers. Hélas! depuis

Ifi seconde année du »ièdbe,,elle a^oit été proscrite et foulée

aux pieds ^ cette antique^. juste etsagé'discipline de l'Eglise,

quiypuloit qu^ les places les plus éminentes du sanctuaire

fu;sssent confiées d^ préfér^ce aux prêtres quj, ayant le plus

spuirert.da];i,s les persé.çutipns,étoi^nt regardés 4 juste titre

Compaq les plus intrépides défenseurs de la Foi^ et recevoîent,

même de leur vivant, le tito'e ;glorie.ux de Martyr. {F'oy. le

Discouîis prélim., pag. 19.) , \:. .■

. i]$rçs.lec4:eurs, seront surpris, d'après çfitte narx^ation dont

U; esi^ Jçapossible de rév,aquer ep^^doîiie l'autUevtîcité >\qu«.

•fiDUs lep.écrivs|ins quijOnt p.^r4é ^ vant nous de çetjle dépoi^tfi-

tîon dç^ prjlf^çs de la Nièvre. y aient ^î t. qu'il?, furent noyés à

Nantes p^r le^ p«o,çQPfSul Caryiçr^ Cette, erreur prouve avec

beaucoup, d'açt^ei^ que, j^sq^'à. présent^ on p'a écrit surla

i^évolution qu'avec une coiinoissance bien superficielle du

fond des cHosesV et qu'on sVst plus attacE? a la jprésenter

comme etécrâbie, ^'k la bien étudier dans ses détails, pour

ne pas dénaturer la vérité des faits. Au su^-pfus, la trop eflS-

cace hypocrisie des /^^ntom'jî^ej;, qui firent U joiirnee du 9

tberaiiîdor,*ct n'ontxessé de dominer dans.le gouvernement,

a jeté , potit*leur intérêt, une tdle côiitfasion p«rmi ks'événe-

mens antérieurs, q^'oh est resté à cet é^ard comme dàiis un

tourbillon de ténèb|-es^ sçip)b!^]bl€ à celui qui obscurc.it un

chanip de bataille pendantle combat. Ce n'est qu'à mesure que

l'influence de ce parti s'affoibKi^, qne les nitege^ pot/iTont se

dissiper, et laisser bien apprécier et les yainqtienrs et les vaincus, si toutefois il se trouve alors un historien assez c ourageux pour aller chercher la vérité parmi les décombres ensanglantés de cette époque.

Si Ton alloit maintenant nous demander pourquoi le proconsul Carrier, qui fit noyer à Nantes tant de prêtres et de laïcs , épargna les déportés de la Niè\nre , et les quinze prêtres d'Angers qui étoient associés à leur sort, nous ferions obser* ver qu'ils n'arrivèrent à Nantes que le i5 mars, par l'effet des hésitations de Noël Pointe à les faire partir de Nevers, attendu que la faction des Dantonistes à la Gotivention y succomboit alors sous celle de Roberspierre ; si bien qu'Hébert, avec dix-neuf des siens, fut conduit à l'échafaud le %^ de ce mois; que les têtes de Danton, de son intime ami Lacroix , et de sept autres de ^^% aiEdés , y tombèrent lé 5 avril suivant; qu'enfin le i3, Chaumel et plusieurs de %^^ athées y reçurent la peine de leurs forfaits. Nous ferions encore observer que Tun des premiers soins de Roberspierre, le 27 germinal (16 avril i794)> ^*** de faire rappeler de leurs missions les proconsuls Dantonistes , et que Carrier surtout ne put se dispenser de revenir à la Convention. ( F". Nantes.) Nous aurons occasion de répéter la même remarque en parlant du carnage qui se faisoit à Lyon, et que la mort de ces chefs du Z>a/2£om^me fit cesser tout à coup. {Fby.y pour. la série des prêtres de la Jtih\^re dont il vient d'être parlé , Adelo^, etc.)

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