‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 25 sur 45 · LAVAL · texte numérisé non relu

LAVAL

^\ Gbtte ville devenue, par l'effet de la révolution, le riipfriieu du département delà Mayenne, dont l'étendue n'étoit que. la moitié .de l'ancienne province du Maine, avec laq]ielle aussi l'on a composé celui de la . Sarthe , dont le Mans étoit la ville capitale ;t Laval, disons- nous, fut le î champ de gloire où quantité de prêtres et de laïcs du diocèse

I du Mans, et même des diocèses circonvoisins , gagnèrent la

1 palme du martyre.

! La persécution contre les ministres du Seigneur, fut ter-

I rible dans ce département. Dès 1791, les administrateurs ^

fondation , aroit soin de nous faire observer q^e « ces yictimes étoient de« vieillards, des yierges, des mères de famille, des familles entières, la plupart étrangères aux événemens politiques, et condamnées pour leur attachement à la religion , pour un simple dévouement au salut des prêtres qui étoient alors proscrits ».

et même tous les amis d% la révolution, s'étoient irrités contre eux , en voyant qu'il n'y avoit qu'un très-petit nombre d'ecclésiastiques 9 et ménie des ecclésiastiques ignorans ou scandaleux, qui eussent prêté le serment ^e la constitution civile du clergé. Ils avoient déclaré une guerre ouverte à ceux qui l'avoient refusé. On excita contre eux la populace, par de perfides brochures; tous étoient en butte à ses outrages, et plusieurs furent cruellement maltraités par des révolutionnaires en armes, qui venoientles enlever de leurs presbytères, et même les arracher de l'autel.

U leur fut enfin ordonné , au printemps de 1 79a , par l'administration centrale du département, que présidoit l'évêque constitutionnel de la Mayenne, nommé Vil..., de se rendre à Laval, pour y rester prisonniers dans la ville ^ et l'évêque légi-time de Dol, qui, expulsé de son église, s'étoit retiré chez son frère, près la ville de Mayenne, se trouva compris, comme les autres, dans cette mesure de rigueur {Voy, U. R. de Hercé).

Ils arrivèrent plus de quatre cents à Laval , quoique plusieurs fussent restés cachés dans les campagnes, pour continuer à donner aux catholiques les secours de la religion. Tous les jours, à dix heures du matin, ces confesseurs de la Foi , consignés dans la ville , étoient obligés de venir répondre à un appel nominal, où ils ne se rendoient presque jamais sans être outragés et menacés par une populace soudoyée pour les maudire. Les administrateurs, s'étant lassés eux-mêmes de cet appel , firent enfermer tous ces prêtres , le ao juin 1 79a, dans les anciens monastères des Cordeliers et des Capucins. Ces maisons étoient dépourvues de tout : ils n'y trouvèrent pas même de la paille pour se coucher, et une chaise pour s'asseoir ; mais la charité des bons Lavalloifi y pourvut bientôt.

Ces captifs de Jésus-Christ étoient considérés par les persécuteurs, comme des victimes destinées à la mort; et ceux ci le leur annonçoient de mille manières, avec une joie féroce.

Les gardes qui veilloient sur eus, entrant une nuit dans l'une de ces deux maisons, portèrent leurs baïonnettes à la poitrine de ces prêtres ^ mais, s'ab^tenant tout à coup de les y plonger , ils disoient avec une ironie de cannibales : « Ces poulets-là ne sont pas ^encore assez gras; nous reviendrons pour les tuer quand, ils seront meilleurs à manger ».

Aussitôt que les révolutionnaires de Laval eurent appris, le i4 août, l'attentat commis à Paris, quatre jours auparavant, ils accoururent, en armes, aux deux maisons où les prêtres étoient renfermés, et firent, pour y pénétrer et les égorger, de violens efforts qu'heureusement la garde de ce jour rendit infi*\ictueux. Depuis ce moment, la vie de ces respectables reclus fut perpétuellement menacée. Chaque jour, le comité rév^olutionnaire de Laval formoit des complots pour les immoler en masse, conformément à ce qui devoit se faire à Paris (Foy. Septembre). Le décret de déportation rendu le a6 août leur sembla une loi libératrice; déjà ils avoient reçu leurs passeports, conformément à ce décret, et quelques uns même étoient sortis de la maison de réclusion, pour marcher- au lieu de Texil, lorsque les révolutionnaires de Laval apprirent le massacre des prêtres i Paris. Le comité fit de suite publier, le 9 septembre au matin , un ordre à tous ceux qui n'étoient déjà plus prisonniers, de rentrer dansi leur maison dç détention ; et ceux que les agens de la persécution rencontroient, y étoient tratnës avec violence. L'émissaire de la Commune de Paris étoit arrivé, et avoit dit hautement , au milieu d'une assemblée de révolutionnaires, tenue dans l'église des Dominicains, «qu'il falloit massacrer les prêtres à Laval , comme on venoit de le faire dans la capitale , et comme cela se pratiquoit, disoit*il ^ dans toute la France ».

Des réquisitions de chevaux faites alors dans les campagnes^ au sujet de l'approche de l'armée prussienne, les ayant soulevées, l'administration effrayée n'osa permettre le massacre. Les prêtres eurent la facilité de s'exiler ^ mais ceux d'entre

eux qui étoient infirmes ou sexagénaires^ restèrent enfermées dans le monastère des Cordeliers, d'où ils furent , peu de temps après y transférés dans celui des religieuses de Sainte- Claire y appelé la Patience. Quand l'armée vendéenne s'ap* procha de Laval , en octobre 1 793 y les administrateurs , craignant qu'elle ne les délivrât y firent partir, pour Chartres et Rambouillet, ceux qui pouvoient encore supporter la fatigue du voyage : les infirmes furent libres de se faire porter en leur maison. Mais, quand l'armée se fut retirée, après là perte de la bataille de Savenay, ceux - ci furent ramenés quelques jours après, dans la même prison ; et leurs geôliers se vengèrent sur eux de la peur que les Vendéens leur avoient causée. Ces prêtres y étoient au nombre de quatorze { et, depuis ce jour jusqu'en janvier suivant , ils furent, à deux reprises difierentes^ sur le point d'y être assassinés par des soldats de l'armée qui poursuivoit les Vendéens.

Leur mort fut enfin décidée d'une manière formelle y en janvier 1 794^ pftr les membres d'une commission militaire qu'avoient établie à Laval deux affreux proconsuls, dont l'un étoit de cette contrée. Quelques jours auparavant, dans une partie de chasse, ilss'étoient dit: «Voici le ai janvier qui approche; pour bien célébrer cet anniversaire, régalons le bourreau ^ce jour-là, en lui faisant expédier les quatorze vieux calotins enfermés k Patience ». Le 20, à onze heures du soir, dans un souper chez une femme veuve de la rue Sainte- Anne, parmi la fumée des vins et des mets, ils convinrent que «ces prêtres seroient guillotinés le lendemain ». (Fby. B. L. Ambroise, etc.)Ces prêtres furent effectivement jugés et mis à mort le ai janvier; et les juges, pour bien jouir de ce qu'ils regardoientaussi comme une fête pour eux-mêmes, voulurent voir abattre la tête et couler le sang de ces victimes. Ils vinrent, pour cet effet, se placer à une fenêtre qui étoit en face et tout près de la guillotine, se faisant servir du vin , des verres, des biscuits, sur une table auprès d'eux ^ et, k

chaque tête qui tomboit, ils bu voient et s'écrioient : e A bas les calotins! Vive la république » !

Après que ces quatorze vénérables prêtres eurent été dëcapités , on fit subir le même sort à cinq laïcs qui avoient servi dans Tarmée vendéenne. Les corps de ces dix-neuf victimes furent portés ensemble par deux tombereaux dans la lande dite la Croix -Bataille ^ en la paroisse d'Avenières^ près de Laval ^ où Ton enterroit alors les morts de cette ville. La fosse dans laquelle on les jeta fut recouverte d'une terré sablonneuse ; et les catholiques se flattoient qu'il arriveroit un temps où ils pourroient i:endi*e à ces précieuses reliques les honneurs qui leur étoient si légitimement dus. Ce sont les expressions mêmes de la relation qu'en 1817 nous a envoyée de tous ces faits un des plus respectables prêtres de ce pays.

<( Enfin ; continuoit-ily le 6 août 1816, d'après l'autorisation de M&' de Pidoll, évéque du Mans^ et celle de M. André d'Arb elles, préfet de la Mayenne, comme encore par les soins de MM. Joseph Gerbert, cui?»; d' Avenières , et Lelierre, maire de ce village, ces corps «««ilts ont été exhumés^ et le 9, ils ont été transportés solennellement avec toutes les cérémonies religieuses , dans l'église paroissiale d'Avenières, par un nombreux clergé ^ accompagné des autorités civiles du lieu , et d'une foule innombrable de fidèles de toute condition et de tout sexe , accourus de toutes parts pour assister à d'aussi touchantes obsèques. Ces corps ont été déposés dans une chapelle de cette église^ et l'on y a érigé, à la gloire des quatorze prêtres -martyrs,^ un très -beau monument sur le marbre duquel est gravé le récit de leur , mort glorieuse pour la cause de la Foi » . La légende qui contient aussi leurs noms , est terminée par ces mots : « La mort même , avec tout l'appareil des tourmens , n'a donc pu séparer ceux que notre sainte religion avoit unis par la piété envers Dieu et la fidélité au Roi »; et au-dessous on lit ce passsage du livre de la Sagesse (c. II^ « 3) : Si GORAM HOMI-

KIBUS TORMENTA PASSI SUNT, SPSS ILLORUM IXIIORTALITATE PLENA EST (l).

Reprenons notre narration pour dire ce que devinrent les prêtres y envoyés ^ en octobre 1793, de Laval à Chartres et à Rambouillet. Us furent revendiqués par les assassins- juges de Laval , encore altérés du sang des prêtres ; mais les administrateurs du département d'Eure et Loir^ à qui ils en« Yoyèrent pour cet effet deux commissaires, pénétrant et abhorrant leur féroce intention, répondirent courageusement : « Les prêtres que vous réclamez sont maintenant sous notre sauvegarde, et ils y resteront : vous les rendre, seroit les remettre entre les mains de leurs bourreaux ».

Cependant ces administrateurs furent obligés de laisser enlever ensuite pour la déportation {Voy. Rochefort) sept de leurs propres prêtres non assermentés qui y périrent. (/^. R. Boucher, etc.) Ceux qu'on avoit envoyés à Rambouillet y restèrent aussi \ mais ils ne recouvrèrent leur liberté que vers la fin de mars 1 795 .

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