‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 24 sur 45 · W XI · texte numérisé non relu

W XI

a!ngers.

Cette capitale de l'Anjou^ dont la révolution avoit fait le chef-lieu du département de Maine et Loire ^ fut un des théâtres les plus sanglans de la persécution contre les prêtres et les laïcs fidèles à la Foi catholique : c'est dire par cela même que cette province eut la gloire d'en posséder un trèsgrand nombre. Le serment de la constitution ciuile du clergé n'y avoit séduit que bien peu d'ecclésiastiques; et l'immen* site de ceux qui le repoussèrent n'en rendit que plus violente la rage des protecteurs impies de ceux qui l'avoient prêté.

Dès le mois de mars 1 792 , les administrateurs du département ordonnèrent à tous les prêtres non assermentés, qui se trouvoîfent épars sur toute son étendue , de se rendre à

(i) Scrotum estifudd càm Phocas iUeimperatorwellet eos Martjrrihus annume^ ranquiin belUs occiduntur, quittuic erant sacerdotes hoc usi canone (xiii sancti BiuÙu), imperatoriam instantiam silentio manddrunt , dicentes .* Quomodo eos qui in bellis cedderunt inter Martyres annumerabimus quos magnus Basdius . ut qui non essent puris manibus , triennio à sacramentis prohibuù ? ( BalsamoA ; Commmtar- in Canones sancti ÈasHii : Canone XIII.)

Angers dans un court délai /pour y être comme prisonniers , ou sous la niain des persécuteurs. Les vieillards et les infirmes n'étoient pas exemptés d'obéir à cet ordre eflFrayant.

Le jour fixé compta réunis dans Angers trois cents de ces prêtres ; et cependant quantité de non assermentés ëtoient restés cachés dans les paroisses qu'ils desservoient, pour ne pas en laisser les habitans privés des secours de l'Eglise catholique. Les agiens de la persécution en surprirent plusieurs dans leurs asiles^ les amenèrent à Angers , et les enfermèrent dans la maison du petit séminaire tranformé en prison. Les autres ne tardèrent pas à l'être dans le même lieu, où ils restèrent les deux premiers jours et deux premières nuits presque sans nourriture, et absolument sans lits. Les vieillards et les infirmes n'y a voient eux-mêmes que le pavé pour se reposer et se coucher. Cependant une sorte de pitié fit transférer ceux-ci dans le grand séminaire , où l'on amena ensuite tous les autres. Les vexations, les insultes et les outrages qu'ils y essuyèrent seroient impossibles à raconter : quelques uns d'entre eux y moururent.

Le décret de la déportation, rendu le 26 août, délivra ceux qui conservoient assez de forces pour sortir de France j mais les vieillards et les infirmes restèrent en réclusion. Leurs souffrances et leurs dangers s'augmentèrent en raison de ce que la persécution croissoit en fureur. Elle devint extrême quand le conventipnnel Francastel , envoyé proconsul dans cette province, en octobre 1793, fut venu s'établir à Angers où déjà s'étoit formé un atroce comité révolutionnaire, « Ce comité, dit Prudhomme, n'étoit pas iadécîs sur le sort qu'il feroit épi'ouver à ces vénérables reclus j mais il délibéroit sur les moyens de s'en débarrasser plus prompteraent, et disoit à Francastel qui étoit présent : Les eny^errons-nous à Nantes (où Carrier imaginoit ses bateaux de submersion)? Jjes eni^errons-^nous à la commission militaire (^dé\k établie à Angers pour faire fusiller les Vendéens qu^on y amenoit)? Les ferons ^nous fusiller au coin d'un bois^ ou leur ferons --

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nous faire la pèche au corail (c'ett-à-direles noierons-nous) devant la Beaumette (bourg situé à une demi-Iîeue sous Angers)? Parlez.., »* « Telles sont, continue Prudhomme, les questions qui furent faites au représentant Francastel; et le registre de ce comité contient une note par laquelle ce député ordonna de les faire filer à Nantes (i) » : ce furent les cinquante-huit que Carrier y fit noyer avec seize autres, dans la seconde submersion de prêtres, la^nuit du 9 au lo décembre (^Voy. Nantbs).

Il en restoit encore à Angers; et, par je ne sais quelle réserve, on n'osoit pas les y faire périr tous par le feu des fusillades on par le fer de la guillotine. Quinze de ceux-là furent choisis , au passage des prêtres de la Nièvre que l'on conduisoit à Nantes en mars 17949 ^t le comité réuolution" noire d'Angers les fit partir avec eux, le i3 de ce mois, pour la même destination (F'oy. Nevers). « Il faudroit, nous écrit le respectable évéque d^ Angers, M. M ontaut-Desilles , en parlant des cinquante-huit précédens, comme de ces quinze ; il faudroit des volumes entiers pour dire les horribles tourmens que ces confesseurs de la Foi eurent à souffrir avant d'arriver au terme de leur martyre ». Les quinze derniers ne furent pas submergés , parce que Carrier cornmençoit à craindre pour lui-même quand ils arrivèrent à Nantes, comme nous l'expliquons à l'article Nantes; mais ils n'y périrent pas moins en peu de temps ( Foy. Nevers).

Les cinquante -huit du premier envoi a voient été si réellement noyés, que, pour la satisfaction plus complète du comité réyfolutionnaire d'Angers, <( Goupil, l'un des complices de la submersion, a voit rapporté leurs vêtemens. à ce comité » non moins avide de la dépouille que de la mort des prêtres (2).

Il en faisoit également immoler par les deux commissions

(i) Hist. des Crimes de la Riwobaion, pag. a4<> cl^ tom. VÏ. (a) Ibidem,

militaires qu'il avoit à sa disposition dans cette ville et dans celle de Saumur. « Les bourreaux qui se succédoient rapidement, nous écrit encore le digne prélat d'Angers, mettoient à mort sans formalité, non seulement les prêtres, mais encore, sous le titre d'aristocrates , tous les laïcs qui avaient de la piété )>.

Les impies étoient possédés d'une telle fureur contre tout ce quipouvoit dériver d'un sentiment de religion, que lei simples actes d'humanité qu'elle pouvoit avoir inspirés étoient traités comme des forfaits. Des Angevins, affligés de ce que les bourreaux ne songeoient nullement à donneur la sépulture à leurs victimes , et de ce que leurs af&dés prenoieùt les têtes détachées des corps, les portoient psir la ville àii bout des piques, et les plaçoient ensuite comme des trophées sur les remparts , ces Angevins ayant eux-mêmes creusé des fosses pour les enterrer, étoient signalés à la vengeance de la populace, sous le titre fatal de Modérantistes , *

On voit près d'Angers, iur la route de Nantes ^ une plaine où furent inhumées plus de trois mille victimes de ce tribunal militaire , et que la Jïiièté publique appela dès lor* le Champ des Martyrs, Tcirre sacrée, tous arrêtfcrea noî pkh avec quelque consolation , depuis que , sous les ausprceS du pieux évêque dont hous venons déparier, plusieurs faniillés des départemens de V Ouest de la France qui y ont des parens ensevelis, ayant acheté en commun ce terrain , y ont fait ériger une chapelle destinée à sanctifier les touchansi souvenirs dé la vertu de ces victimes, et dans laquelle des messes expiatoires seront célébrées à perpétuité pour le repos de Tâme de ceux auxquels il soroit resté en .mourant quelqueis fautes à expier dans une autre vie. Ce monument funèbre ne nous rappellera pas moins que, parmi ces victimes, il en fut qui, par leur mort pour la Foi, obtinrent aussitôt la palme du vrai martyre (i).

(i) Le Journal des Débats du 27 février 18 18, en nous apprenant cette

Combien nous regrettons de Ae pouvoir discerner leurs précieuses reliques parmi tant d'ossemens ! Les tyrans de

j notre âge, semblables aux plus acharnés des anciens persé-

cuteurs de l'Eglise , qui employèrent le feu et l'eau pour soustraire au culte des fidèles les corps des Martyrs , ont

'{ fait tout ce qu'ils ont pu, .à Angers comme ailleurs, pour

qu'il nous devint presque impossible de retrouver les reliques des confesseurs de la Foi égorgés par leurs mains. Là, de même qu'en plusieurs autres villes, ils ont même anéanti les registres sur lesquels ils avoient consigné, comme des crimes dignes de la peine capitale, les réponses héroïquement chrétiennes de leurs victimes, avec les sentences qui les en- ^Qyèrent à la mort.

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