‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 27 sur 45 · VANNES · texte numérisé non relu

VANNES

Cette vîlle de la Basse-Bretagne, devenue par la géographie de la révolution le chef-lieu du département du Jlforbihan^ voyoit encore en 1796 couler à grands flots le sang des prêtres avec celui des catholiques {Voy. Vendée). Les exécutions de ce genre continuoient même en si grande quantité, que le général Hoche, chargé de la pacification de ce malheureux pays, en étoit indigné, ou du moins y voyoit un grand obstacle à %^^ vues pacifiques ; et nous pouvons l'appeler lui-même en témoignage, non sans doute pour prouver que la plupart des victimes qu'on immoloit encore à Vannes étoient réellement des Martyrs , mais pour démontrer qu'on les y regardoit comme tels.

C'est ce qu'on voit établi d'une manière authentique dans la lettre que ce général écrivit au nouveau Directoire de la république, en avril 1796, lorsqu'il lui disoit : « A Vannes, on conduit chaque jour Sl^^ prêtres à l'échafaud \ et tous les jours aussi des femmes et des paysans viennent tremper leurs mouchoirs dans le sang de ces malheureux qui sont bientôt transformés en Martyrs de la religion». Alors sans doute, vingt-un mois après la chute de Roberspierre , la religion étoit encore persécutée suivant l'ancien système des Dantonistes y au parti desquels nous avons déjà vu qu'appartenoit ce Directoire 5 car le général Hoche ajoutoit : « Je vous en conjure , ne vous mêlez pas de ce qui a rapport au culte (c'est-à-dire à la religion), si vous ne voulez pas rendre la guerre interminable (i) ».

(i) Correspondance de Hoche, citée dans VHist, de la Guerre de la Fen" dée, etc. par M. Alph. de Beauchamp, à la pag. 385 du tom. III de Tédit. de

Tous ces Martyrs avoient été précédés au dernier supplice , dans cet endroit-là même, en juillet et août 1795, par le vénérable évêque dé Dol et son clergé (^Voyez U. R. de Hercé), avec lesquels et à la suite desquels périrent tant d'autres héros de constance et de résignation chrétiennes , que la malheureuse expédition de Quiheron avoit livrés aux persécuteurs. Ces victimes furent envoyées à la mort sous la tyrannie expirante de la Gonventjon^ par des commissions militaires établies à Vannes et à Auray. Sur la totalité des cinq cent soixante-quinze prisonniers que les suites de cette expédition avoient mis entre leurs mains^ vingt environ ëtoient les seuls qui eussent échappé à la mort. Les cent huit à qui d'à-

1806, et à la pag. 274 ^^ tom. IV de Fédition de 1820. — Hoche > selon la politique imaginée par la Conrention quelques mois après le 9thermidof^ et suivie par le Directoire ^ déclara qu'il protégeroit, sous condition^ Fexercice de la religion catholique ( y<yy. Lois et TRrpvHAUx révoIiDTiovnaibes^ f. III ). Cette condition, consistant en ce que les prôtres fissent une déclaration de soumission aux lois de la république , condition que n'acceptèrent point la plupart des prêtres de la Bretagne^ fut souscrite avec avidité par beaucoup de curés du Poitou, d'où le général royaliste Gharette, le seul qui tint encore tête auJL républicains , tiroit ses principales forces. La cause de la religion étant ainsi séparée de celle de la monarchie^ il ne fut plus suivi que par un petit nombre de cavaliers et de déserteurs; et cette déclaration de soumission entraîna sa perte, comme l'explique fort bien M. de Beauchamp à la pag. 184 du même tom. IV. Cet historien ajoute que « ce fut même d'après les indications d'un de ces prêtres soumissionnaires que les deux pièces de canon qu'on avoit envoyées d'Angleterre, tombèrent au pouvoir des républicains, avec un grand nombre de caisses remplies de gargousses, de balles , de mitraille et de cuirs anglais; qu'un de ces prêtres, Guesdon, curé de la Rabastelière (près Saint-Fulgent , au diocèse de La Rochelle ), accepta et remplit la commission que le général républicain Gratien lui donnoit d'engager Charette à déposer les armes, et à sortir de France (pag. 186) ». Les démarches de ce curé le firent regarder, lui et ses deux domestiques , par la petite troupe désespérée de Charette , comme des espions de la conduite de son chef; et cinq à six soldats vinrent à son insu pour eii tirer vengeance. Ils saisirent le curé et ses deux domestiques , les tratnèrent dans un champ voisin du presbytère , et les y mirent à mort, ce Cet assassinat, qui fait frissonner d'horreur, dit avec raison notre historien (pag. 164 )> fut exagéré dans ses circonstances, lorsque les républicains- en rendirent compte dans le Moniteur du 36 mars 1 796 ».

bord les commissions militaires avoient accordé tin sursis, furent exécutés les 19 août et jours suivans, d'après un ordre formel et pressant du comité de salut public. Les autres^ au nombre d'à peu prè$ quatre cent cinquante, avoient été immolés dans le court espace de cinq jours^ depuis le 3p juillet jusqu'au 4 août.

Renvoyant à l'article nécrologique de l'évéque de Dol le récit des vertus qu'il déploya dans son martyre y nous nous restreindrons à ne parler ici qu'en générid des circonstances religieuses qyi, dans la mort des autres , pourroient autori^ ser à regarder la majeure partie d'entre eux comme des Martyrs 5 et notre rëcit sera d'autant moins suspect^ que nous l'empruntons à une histoire militaire et politique dont l'exactitude et l'impartialité sont universellement reconnues (i).

a Jamais^ dit-elle^ impression ne fut plus vive que lorsque^ après une prière commune , et par une sainte inspiration , les prisonniers voués à la mort élevèrent tous la voix et les mains vers le ciel^ pour lui demander le bonheur de la France. La garde , d'abord immobile d'étonnement , partagea bientôt cet élan religieux , qui ne fut interrompu qu« par des sanglots. Amenés devant leurs juges , la plupart des prisonniers les étonnèrent par la fermeté dé leurs réponses. Rien ne put les sauver..... Les exécutions se firent en masse. Par uiie défiance honorable, les commissaires de la Convention n'en chargèrent point lés troupes nationales; des soldats étrangers (qui étoient dans ses armées) versèrent le

sang français Emus et attendris des soins religieux que

leur prodîguoient les habitans de Vannes et d'Âuray, les émigrés s'écrioient (avec une sorte de consolation) : Nous ne mourrons point sur une terre étrangère/,.. On faisoit précéder les condamnés par des hommes chargés de creuser leurs

f (1) Hist, de la Guerre de la Vendée , etc, par M. Alph. de Beauchamp , édit. de 1820, paç. 537 du tom. III.

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fosses. N'ayant pu mourir en héros , ces victimes de la guerre et du malheur mouroient en Martyrs y sans regret comme sans orgueil; donnant eux-mêmes leurs vélemens aux soldats commandés pour les tuer, et réitérant leurs vœux pour le bonheur de leur pays. C'est auprès d'Auray que se fit la majeure partie de ces exécutions sanglantes, dans une prairie au bas d'une coljine : elle est aujourd'hui en grande vénération. Les habitans d^Auray y font encore journellement des pèlerinages, et rappellent la Prairie des Mar-tyrs », comme nous l'avons déjà fait connottre.

G'étoit en regardant, avec un égal enthousiasme, comme Martyrs les victimes dont il vient d'être parlé , <ju'un royaliste octogénaire, étranger à la province de Bretagne, mais qui y avoit passé quinze ans à cette époque désastreuse, leur consacra dansJParis même, en 1817, un hommage poétique, lorsqu'il apprit que S. A. R. le duc d'Angoulême leur avoit lui-même dédié un glorieux monument funèbre.

Il leur disoit :

tt Martyrs de Quiberon ^ goûtez un saint repos*

'Priez poiir nous , Martyrs

C'est sur ce marbre saint qu'aUant nous recueillir^ N0U9 apprendrons de vous comment il faut mourir (i) ».

Cettcpieuse croyance, qui les faisoit appeler Martyrs avoit presque été commandée' d'une manière bien solennelle par un savant et vertueux ecclésiastique auquel notre Eglise gallicane a dû tant de, lumineux écrits dans ces derniers temps ; et isur cet indice , quiconque a connu toute la splendeur qu'elle s'est acquise , ou ne veut pas l'étouffer, nommera l'abbé de Ghateaugiron ^ du diocèse de Sennes (ïi). Dans le

(i) Les yictirhes du Morbihan , par le uieux Troubadour. Paris , 18 17.

(a) Il avoit déjà prononcé à Londres , en présence de tout ce qui s'y trouvoit d'évéques et de prêtres français , comme encore de catholiques anglais, l'oraison funèbre du saint évéque de Dol (f^q)r, U. R. de Hebc^), quand il vint faire à Jersey ceUe des autres victimes de Quiberon , à l'occasion du service solennel célébré à Jersey pour les officiers et soldats du régiment de

discours qu'il fit le a mars 1796, en Ttle de Jersey, lors du service qui y étoit célébré pour les officiers et soldats du régiment de Dresuay, morts à la suite' de Taffaire de Quiberon, u'éleva^t-il pas bien près de la gloire du martyre, celle de ces héros qu'il appeloit ^victimes de leur* fidélité à Dieu comme au Roi et à la patrie? Qu'on est porté à voir en eux de vrais Martyrs^ lorsqu'on l'entend, dans ses énumérations oratoires y nous peindre la manière sainte et généreuse dont plusieurs firent à Dieu le sacrifice de leur vie ! ((Un père vertueux, disoit-îl, (M. de. La Ghevrière, ancien

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Jhtanay, morts h Quiberonj uictimes de leur Jidéitté à Jheu, au i?oi et à la pairie. Tel est le titre du Discours qu'il prononça dans cette cir(Sonstance. Quelques uns des détails particuliers que nous ayons donnés sur l'affaire de Quiberon (/^ot^.Vbhd^b), et que nous dcmneroYis sur l'évêcpie de Dol, ont été tirés des notes dont l'abbé de Chafeaagiron a enrichi ces deux onâsons funèbres ; mais aussi beaucoup d'autres nous ont été fournis par le Journal Autorique et religieux de l*£ migration et de la Déporteuion du Clergé de France ,* par M . l'abbé de Labersac , dédié h S, M. le Moi d*j4ngleterre, George III, et publié à Londres en 180&.

Profitant ici de la facilité qui se présente si naturellement de rendre hommage à la mémoire de l'abbé de Chateaugiron , l'un des ecclésiastiques qui, pendant les malheurs de l'Eglise gallicane , et dans Fexil , ont le plus honoré la religion par leur conduite et leurs lumières , nous dirons qu'il avoit en outre prononcé: !<>. Un « Discourt àfoccasioti du Serrîce solennel (fait à Londre^) pour les généraux , officiers et soldats morts aux armées catholiques et royales de la Vendée , du Poitou et de la Bretagne » ; avec ce texte : Hune vadam et auferam opprohrium populis , efuoniam guis est iste indrcumdsuê qui au^us est moledicere exercitui Dei ui^fentis? (\^e%,C. xvii, it, 36.) a*. Un « Discours à l'occasion du Service solennel pour tous les ecclésiastiques victimes de la révolution » ; avec ce texte : Datœ sunt illis singulœ stolœ aibœ, et didum est illis ut requiescerent f donec compleantur consenti eorum qui interfidendi sunt sicut et illi, (Apocal. C. vi, f. 11.) 3», «L'Oraison funèbre de Louis XVI»; avec ce texte : Justum deduxit Dominus per uias recias, et ostendit illiregnum Dei, (Sapient. C. z,,'jf'. lo.) 4** Un. « Discours pour l'anniversaire de la mort dn Louis XYI » : Be^num à gente in gentem transfirtur, propter injusutias, ei injurias f et contumelias, et diversos dohs. (£ccl. G. x, ^. 3.) 5". « L'Oraison funèbre de S. M. la Reine de France » : In die bonorum ne immemor sis malot rum, et in die malorum ne immemor sis bonorum, ( £ccl. C. xi, if'. 27.) 6<>. «L'Oraison funèbre de M»* Elisabeth de France» : Etjleuerunt eam ont" nis poputus Jsrael planctu magno, et lu^ebant dies multos , et cœtera uirtutum quasfodt^ et magnitudinis ejus non sunt descripta : muUa enim erant ualdès

commissaire des Etats de Bretagne), étant près d'expirer, accompagne e% dispose lui-même son fils à la mort qu'ils reçoivent ensemble avec courage et résignation. De jeunes officiers, les chevaliers de Champsavoy et de Goetlosquet, pourroient ne pas mourir, parce que la délicatesse de leur complexion les autoriseroit à se faire croire plus jeunes qu'ils ne le sont , afin de jouir du bénéfice de l'âge déterminé par les lois républicaines pour échapper à la mort; les bourreaux eux-mêmes leur suggèrent ce stratagème; mais racheter sa vie par un mensonge. !.... non; ils marchent au supplice. Dieu a vu la vérité de leur cœur, et les coftsole : Dominas aspiciet verUatem et consolabitur in nobis (JIMach. 7,6). Un estimable jeune homme (le chevalier de Lage de Volude^ lieutenant de vaisseau), l'espoir de sa famille et de son corps, . implore avec douceur le coup de fusil qui doit le faire périr. Vivant encore après en avoir reçu trois , il dît avec calme : Messieurs y un quatrième! je ne suis pas mort. Là, tombe ce vertueux lieutenant-colonel , le comte de Talhouet, colonel au régiment du Roi , lieutenant-colonel en celui de Dresnay, modèle de piété, de bravoure, de bienfaisance et de désintéressement, etc. i) Noluerunt injringere legem Dei sanctam p ' ettrucidati sunt. (I Macfa. G. i. Texte du discours.)

( I Macbi C.1X4 a-, no. ) 70. «L'Oraison fanèbre de Louis XVII » : Odio habuerunt me gratis. ( Joann. C. xr, /. a5.) 8*. « L'Oraison funèbre de Ms' l'éyéque de Tréguier, Augustin-Reiié-Louis Le Mintier » : Jlectorem te posue^ Tunt; noli extolii , esto in iilis quasi unus ex ipsis. (Eccl. G. xxxii, it^n) On doit encore au savoir comme au zèle de Tabbé de Ghateaugiron deux importans ouvrages théologiques, à savoir : i^. «Ëcclaircissemens demandés à Ms* l'arche* véque d'Aix ( Jean-de-Dieu Raymond de Boisgelin) , à propos du concordat de 1801 (Londres^ 1801)1» : la question des démissions épiscopales de cette époque y est examinée à fond. a*». Une ample réplique aux écrits contradictoires que le précédent avoit fait nattre ; elle est intitulée : « Examen impartial et paisible àti objections proposées à l'auteur des JSciairdssemens (Londres, i8oa) ». Ges deux ouvrages, et surtout le second, jouissent d'une grande estime.

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