‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 3 sur 45 · PRÉFACE DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

Un siècle précisément avant Fexplosion de cette ré?olution terrible , dont nous avons été les témoins , et dans laquelle ont péri tant de héros de la Foi , FAcadémie française , alors dans sa plus ^ande gloire, la faisoit servir à relever le mérite et la di* gnité du martyre (i). Ne diroit-on pas qu'elle vouloit nous encourager d'avance à conquérir les mêmes palmes divines qu'avoient obtenues les Martyrs des premiers temps , lorsque renaîtroient pour nous les persécutions qui' leur avoient arraché la vie? L'incomparable monarque auquel, pour ainip

(i) Elle comptoit cilors pairpi ses membres 9 Bossuet, Fléchierj Huetd'Âyranches , J. Racine. Boileau , ayec son doctt ahhé Renaudot , auquel il dédioit sa douzième Epître ; Th. Corneille 9 La Fontaine 9 Dangeau, cite. etc. etc. Le sujet du prix d'éloquence 9 fondé par BaJzac, et décerné ea 1Ç899 étoit J^ mifù^ et ia gloire du Martyre, Deux discours sur eette matière furent lus dans la iféance solennelle du a 5 août. Le premier, celui qui fut couronna 9 montroit combien « les Martyrs sont supérieurs à ces philosophes vains et superbes qui 9 dans les souffrances , cachent leur désespoir et leur rage sous les dehors trompeurs d'une fermeté d'orteil n . I^e second ^scours établissait « la prééminence des Martyrs »ur l^ confesseurs», en observant que «même les plu^ saiats d^ntre ceux-ci ni^Toient pu s'empêcher de se plaindre des persécuteurs 9 tandis ^ue les Martyrs leur pardonnoient et prloient pour eux » . ki lecture ^e ces deux discours fut suivie de celle que M. Perrault fit 'd'une ^de tar le même sujet , dans laquelle étoit' la strophe suivante ,

(iv)

dire; elle deyoit son illustration; et peut-être son. génie , se félicitoit de la voir couronner le poëte qui disoit :

« . . Près des Martyrs 9 toute la gloire humaine

£st obscure 9 inutile et yaine « Sans même en excepter la gloire de Louis (i)- »

Mais ces louanges , que leur décernoit en général ce corps célèbre, n^autorisent<- elles pas à présumer que sMl revivoit aujourd'hui tel qu'il fut alors, se trouvant, comme nous, à Fissue d'une persécution dans laquelle tant de victimes ont héroïquement sacrifié leur vie pour conserver leur Foi , il consacreroit des éloges particuliers à la plupart d'entre elles , hierx loin de célébrer avec emphase les auteurs des doc-

bien remarquable à cett^ époque du' règne d'un prince que beaucoup de nos contemporains se représenteol injustement comme trop enorgueilli de ses victoires.

n Fiers conquérans , qui , sur Tos tétea , ' ' ^

Entassez lauriers sur lauriers ,

Que sont vos superbes conquêtes , Vos triomphes pompeux « vos grands actes guerriers? Quelque terrain soumis, quelques villes domptées»

Quelques dépouilles remportées, Dont rignorant vulgaire a les yeux éblouis : Non 4 non : près des Martyrs > toute la gloire humaine

Est obscure, etc. etc. »

( 1 ] V07. Recueil de piusieun jdèees d'éloquence et de poésie pré^ setUées à V Académie française pour le prix de l'année mjl sit geht quAT&fi^viNGT-iiBVF* (Pafîs , 17^6^ chex J^ B. Goignard.)

(v) trines qui ont armé nos persécuteurs? El s'il revivoit en même temps, ce magnanime Louis X.IV, qui savoit combien le triomphe de la religion conlribuôit à la splendeur de son règne, il applaudiroit à de tels bommages que sans doute auroient encouragés précédemxnent les illustres prélats de cette époque si glorieuse pour l'Eglise gallicane.

Les grands monarques, anîniés des sentiniens de la Foi, se montrèrent toujours empressés d'en honorer eux-mêmes les Martyrs ; et , dans la protection que VEglise trouvoit en leur puissance temporelle , ils savoient alKer les mesures d'une politique prévoyante et ferme avec les témoignages d^une piété non moins étlairée que sincère. Dès que le grand Théodose eut appris que des adorateurs de Pidole Sérapis venoient de massacrer un grand nombre de chrétiens dans la y\\\t d'Alexandrie ^ sa première pensée ne fut-elle pas celle-là nxéme des autres fidèles qui les vénéroienl l déjà comme de saints Martyrs ( i) ? Dans la résolution qu'il prit bientôt, comme empereur, nous voyons encore Tesprit de la religion présider aux vues d'une haute politique, puisque «c'étoit^ disoit-il, de peur que leur gloire n'en fût ternie ^ qu'il défendoit de venger leur mort » ; niais il n'en commandoit pas moins de renverser de fond en comble le tem^ple de l'idole , ïnalgré son imposante magnificence. Ce qui flatta le plus , et même ce qui seul transporta d'allégresse les

(0 L'Eglise célèbre leur fête le ty mars.

ttàkles d^ Alexandrie , dans ces ordres de Théodose ; ce fut sa clémence toute évangélique envers les meurtriers , dont eux-mêmes avoient déjà caché plusieurs dans leurs rangis , pour tâcher de les soustraire à sa Vengeance (t). Toiqours les vrais disciples de J.-C. purent avec sincérité dire aux puissances de la terre , comme TertuUien et saint Irénée : « Sachez, qu'exacts observateurs de ce qui nous est prescrit, nous avons une surabondance de bonté qui nous porte non simplemêM & prier pour nos ennemis , à leur souhaiter du bîeA ; flàais encore à leur en faire (2) ». « Nous ne reconnoissons entre nous , pour un vrai chrétien , que celui qui , bienfaisant encore à l'égard de ses persécuteurs , ne se ressouvient pas même du mal. qu'il en a reçu (3) ».

Mais en même temps les fidèles regàrdoîent comme nn devoir de consèrter le souvenir des exemples que leur avoient laissés leurs frères, en s^uccotnbant sou6 la persécutioti ; et ce souvenir, nécessaire au soutien

(i) J^ay. Rufîn : HisU Èdcies. 9 L. II, c. xxii et xxiii. — Sôzonièn« : L. VU, c. xv.-^9ôchite : L. V, c. xvi.— Fletiry : L. XIX,

(a) Seito ex ittii prascêpmm esH ndid, ûd tedundantiam ieiiignitatis » etiam pro imnUcis ora^e, et pereeeuiariéus fiostris éona precari» (Apologet. c. 5i.)

(3) Ferè bonus qui, in vulneribus ipsis et piagisy et reîiquis quœ in eum commiserint , beneficus est; iiec memor est in se cammissiB maUtiœ, (S. Iren. : Adversùs tuBfeses, L. III, c. ao.)

de ledt Foi , dans de semblables épré&ire&y â^atitôit pu se pttpéiu^t satis It eultè ptibKc , déeertié à ces Martyrs , et satis tmt tecfcrre souvent téj^étëe de rhistoire des combats ^ms l^s^tids ils avôieiit remporté la tictoire du sàlul. « L'honnetir qu'on rend atix Martytg » eM le gardiez et le cotiserrMeur de la Toi (ï) » : « l'esprit e» Mqttiert une élétMâou plu^ sublime ; Tâme en tm plus «oui^geuse , et Ist volonté plus (^terminée ^ parce que la Foi en devient plus ardente », dit saint Jean^Cbrysostâme (i)^

Les plus illustres empereuirs chrétiens, loin de yàit un inccmvéïfiiefnt politique dims Tadmii^able récit âei triomphes de ces héros , comme dans les bonneurs publics qu'on ^ieur rendost, et dans tous ces glorieux nionuma:i9 que leur â'igemt la pieté ; les GOAsiatitin , ainsi que les Théodose y venoiettt eui^mémes dans les saintes assemblées, entendre ^tee le même respect que le commun des fidèles , ces édifiante bis* toiles, et courber aussi leurs téte^ ceint^b de lauriers devant les tombeaux des vainqueurs. Lorsque , par ces démarches et ces hommages , ils se montroient ainsi convaincus à ce point qu'on f^e sanroit trop vénérer la mémoire de quiconque, malgré les tour-

iJp-^Hb^i II ■ I i> II» p— *i*i»p^M-A»^^*ll> i^ha».**—*.*— H>*«^'^fc*M

(i) Honot ifuippe Ma/ttyrù e»t cuM^dia Fiéki. ,( la opeilbus S. Jahan. Ghrysost. HomUia de Christs poêtore et qva. touo. III ,^ pag. 818).

(2) Ciim enim cul Mart^rum thecas veninius, màUmiûs efferunturnoitsanimi, fartîcr fit aninxa ^ majaralacrîtas, Tîdes ardenfior. (S. fhhûu, Cîrryjasl. : I^mda:éiû S. Martyris Drosidis,)

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ixiens et la mort, persévère jusqu'à la fin dans sa fidélité à une cause qui leur étoit chère, ils n^avoient garde d^exiger que , pour tranquilliser la criminelle conscience des persécuteurs, on oubliât leurs victimes. Us savoient trop bien que , généralement parlant , toute cause honorable tombe en discrédit , quand ses en9emis obtiennent qu'on oublie les hommes généreux qui sont morts pour elle. Tout gouvernement^ sincèrement ami de TEglise , et soi-r gneux des intérêts de la religion , inséparables des siens propres , ne pourra donc qu-applaudir aux résultats des efToïts que , depuis plus de vingt ans , Fauteur du présent MaHyrçloge. a faits pour consacrer ^ par un monument glorieux et durable , ]à ménioire de ces pontifes ^ de ces prêtres, dé ces religieux et religieuses , de ces laïcs de Fun et l'autre sexe , en si grand nombre , qui ont péri pour la cause de la Foi , pendant la trop funeste révolution de notre âge.

Ëh! lorsque, pour offrir àts encouragemens au civisme de nos neveux, Ton dresse à la gloire des héros de cette révolution tant de fastueux amas de marbre et d* airain ; lorsque nos chaires évangélîques ont., elles-mêmes, retenti de l'éloge de ces hommes si vantés par le siècle , et que l'encens de nos autels a brûlé sur leur tombe , n'est-il pas au moins permis de consacrer aux athlètes de la Foi , qui l'ont fait triompher si dignementdans les mêmes circonstances, un humble trophée qui ne consiste que dans le simple récit de le»r constance; et les actes de leur martyre?

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Nous avons nos héros , comme la Patrie a les siens ; et le droit qu'elle peut avoir d'élever des monumèns aux siens, excluroitil donc ceux que nous devons aux nôtres, surtout quand ^ modestes comme leur verlu , et pacifiques comme leur charité , ils ne sauroient blesser l'orgueil et troubler la prospérité des heureux qu'ont faits ces terops4à mêmes qui ne produisirent pour nous que des tribulations? Ah ! malgré tout ce qu'elles eurent d'affreux à notre égard, nous n'en dirions pas ihoins, avec la franchise de, Jona^has , à ces favoris du sort, ce qu'il écrivoit aux Spartiates : « Nous nous réjouissons de votre bqoheur et de votre gloire ; mais , en même tejqips nous nous glorifions de ce que le Ciel vient toujours à notre aide dans. les guerres que l'impiété suscite contre. nous (i) ».

Ils applaudiront quelque jour à notre Martyrologe^ pour peu qu'il reste dans leur âme des sentimens de vertu , ceux-là n^iêîmes qui , dans la fougue d'une jeunesse égarée par la fièvre révolutionnaire , adhérèrent à nos persécuteiurS;, ceux-là mêmes qui nous persécutèrent. Oh ! lorsque viendra , pour les plus endurcis , l'heure de l'éternité ; quand sa vive et pure lumière dissiperales prestiges qui les aveuglent encore sur Ténor-

Il I -I I ■ I ■ I - - --,--- ■ I ■ I I II « I

(i) L(etarnur ità^tie de gioriâ vestrâ : nos autem circumde'

derunt muitœ trib^kiati'Oncs , et mutta prœiia Havuimus

etiitn de Cœio aûxiimm ^et iiberati sumus nos. (Macch. c. XII , T, ia et \%)

mité de leurs crimes ; alors , frappes d'une terreur extrême , ils se féliciteront de pouvoir retrouver quelques motifs de confiance dans ce livre consolateur qui ne leur parlera de leurs victimes, que pour les leur montrer occupées dans le ciel à demander leur grâce. O vous , pour qui elles ne cessent d'intercéder auprès de Dieu, ne soyez pas sutpris, et même réjouissezvous de Finutilité de vos efforts pour les oublier , et pour obtenir qu'on les oublie. Votre impuissance à cet égard est une preuve de la miséricorde divine envers vous; et si, vous parveniez à faire évanouir entîèreinent le souvenir de leurs victoires, auxquelles se rattache nécessairement leur intercession en votre faveur, il en faudroit peut-être conclure que votre réprobation est sans ressource. Mais non : tout , par Teffet de la bonté divine , concourt à vous les rappeler. Il n'est pas jusqtt^à cette Glùire Nationale , dont vous êtes si jaloux, ef qui se compose sans doutfe de vertus autant que d'exploits ; il n'est pas jusqu'à cette gloire, qui ne tous ramène au' souvenir de nos Martyrs. Quel Français , dont l'âme est élevée , ne se «glorifiera pas de ce que , dans sa patrie plus que chez toute nation étrangère, il s'est rencontré , lors du débordement de la pins épouvantable impiété, un aussi grand nombre de personnes, tellement attachées à la vertu par les liens de la religion , qu'elles ont mieux aimé périr que de lui être infidèles? a Ce qui prouve le plus incontestablement la force des nations , dit saint Jérôme , c'est le triomphe des Mai^

lyrs ; «et nous avons lieu d'être fiers de la gloire des nôtres (i) ».

L'hoimeur de 1» patrie , comme le bonheur futur de nos compatriotes, vouloit donc que n^is r^ndiâr sions, publique et durable la gloire desnouv^aux Maitr tyrs que la France viçnt de donner à r£gIisjè.'!N'ayant évidemnient en cela que les ynes des; preroieri&apologistes de la religion, celles des saints Pères et des anciens Docteurs, qui tous nous en ont imposé le devoir par leurs exemples , nous n^aurpns pas bçsoin de repousser, le blâme indiscret de ceux qui, se traliifir sant eux-mêmes ,, exprimeroient la crainte que nous n'excitassions dans Tàme des«fidèles quelques. rjessèn- .timens' cqntre les persécuteurs. Nous n'4vons à préconiser que des victimes qui ont prié , et ne cessent de prier pour eux^ « Si les chrétiens , dît Tertullien , observent le précepte d'aiiniert.ous les bommes^, sans en excepter leurs ennemis , contre qui pourroientrik^ avoir desres»entimens^£t siv quand ils sont attaquésv tis n'usent pas même derépfésaMlës, de péur'de jiàriîcîper au tort des agresseurs, qui dotic peuvent-ils vouloir offenser (2) » ? - .

No^re premier but , en publiant ce.Martj:rohse,^\tsX

(1) Fortitudo geinti\^mt%iumphm ^t Mç^rtyrutn; et nos'in e<>rt£9n^f{>rt(2^u]9^6iju^ii^. (S.Ht^ron. : CommeiU^itiltfàtam^

(a) Si inimicos jubemus difigeref quem fioibemu^ adissô? Jlemsi lœ$i vicem referre prohibemurnedefûtctopares.spmiiSy querit possiimus lœdere? {Xi^ologeU c. ^y.) ^ ,

celui-là-méine que se proposoit saint Denis d'Alexandrie , -lorsqu'en 25o , il écrivit rhistoire des persécutions dfeséïitertips.G'eil dé « porter les fïdèles, que t^elles idê wofe *}durs ont épargnés, à celte 'charité \ à x^iè siaîntétédecohdnite, quipeuvent seules letif faire mériter le bonheur dont jouissent déjà pldsfeors de léuris frères, dont ikont vâréleclîon et la vîclmfé (ï) ». Notre second but est celui qu'avoient en rué et saint 'Eucher et Lactance /lorsque , publiant de semhfables técits , ils difpient : « Si hôxis vous transmettonsThîstoîre de la passion de- lios Martyrs, cVst dé crainte ijùe j proittant de Tinsoticiance de iiôs cdntenipbràins, le temps n'effacede là mémoire des honarmes le^spuvenîr de leofr Rn glorieuse' (i) ».' —-<« I^y à^dè

(i) Ex qiiihus fcf qui supèrfu^rti*it incommes, testées sunt eteeHmtis éirùrn atgtte victoriâs. .;. Atque tuec lion frustra y :fr(ù&r MtiêsP^nCf à fHe èem^MmorUta sunt ;' ged tit eôias^qitœ 1$ ^ftnim gtemia iudfùi99UÊta\edKàtg'eriM.:Qtiœp niéM^

inteiti^fU Ufuimagii^ag^riiêmU. ÇEipkèUadFoAi^iunui^MoêbL JD iviseh.,HJ9t,.^ L. Yly.c. xli. et JMu) ^ — D%to ^é^ .^cixfnviiodm cottiges, disoît un autre' historien du xnêpe ordre :^terum.(/uo(^ corpus aMuift; alterum fuod animum ad resurrection^pij.n" ^0vni- iUiic Mthpè tiuts intefiâttt spes te op'ortét , hèîo prœs^ tatari quœ speras. (fuariteici Xtniporaîia sunt; quœittic stm- |i»Mtui; ('AsdeBtfDn , AèU», Mètrtyr, OrieHiat ,■ pars I9 pag. lâi : Pasrio Martfftum ciiquot in 'Persiâ , dnnà 540. ) '

(a) Mitto ad Beatitudinefn tuam nostrorutn Marîyrum pas^» tUm&m : vtrèbàr e^iim ntij pe'r incuriam, , tam gioriosi gesta <fnartytiiab h&mmùm ineimarià tempusaioUret, {S.Ev^fiber.'^ Epist. ad Salvium,) ^ "

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plus à craindre qu^après nous , des historiens trompés ou des plumes volontairement trompeuses , en racontant notre persécution, ne corrompent la vérité, à Tavantage des persécuteurs ou de ceux que leur faveur a élevés : c'est pourquoi nous qui avons été les témoins oculaires des é vénemens , nous croyons devoir les écrire tels que nous les avons vus (i) ».

Cette crainte et ces motifs ^ qui décidoient Lactan ce , nous pressent nous-mêmes d'autant plus, que déjà nous ne sommes que trop environnés de ces espèces de mensonges officieux; et que d'une part, non contredits, ils sont de Fautre accrédités par les favoris de tous les équivoques gouvememens aux-: quels la révolution a successivement donné le jour. Avouerons-nous que, même parmi les anciens du sacerdoce, il en. fut un qui, sur Fannonce de notre Martpx)loge y nous écrivoit en 1818 : « La révolution a fait , il est vrai , de nombreuses victimes , mais non des Martyrs : si la haine de la religion est entrée pour quelque chose dans les massacres , ce ne fut qu'autant que ses zélés défenseurs contrariôient les vues de nos cruels réformateurs ; ce sont les délits politiques , et surtout Fattachement trop marqué à la royauté qu'on a

(1) Qtue amnia secundûm fîdem (sdetUi enim ioquar) Ua ut gesta sunt, numdanda iitteris credidi, ne aut metnoria tantarum rerum interiret , aut si quis historiam scrihere vo^ iuisset y carrumperet veritatetn , vei peccata Ulorum adversùs Deum, veijuéicium Dei adverses ilios reticendo. (Lactan. : De MartUms Persecuioruniy n** LU.)

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voulu punir: il n'y a point eu de décret qui ait proscrit la religion catholique , et qui ait obligé personne h l'abdiquer : elle a seulement été mise sur la même ligne que toutes les autres religions pour lesquelles le gouvernement professoit la même tolérance , ou plutôt la même indifférence »•

£h! quoi! lorsque, non content d^ayoir chassé de leurs diocèses, de leurs paroisses, de leurs institutions , les archevêques et évêques , les curés et vicaires , les supérieurs et professeurs ♦ qui vouloient persévérer dans la Foi catholique , on bannissoit les uns , on massacroit les autres ; quand on entassoit ceux-ci dans les fétides prisons du crime , ou dans le sombre . entrepont des navires, comme en des fosses sépul-* craks; et lorsqu'on traînoit juridiquement ceux-là devant le plomb des fusillades , ou sous la hache de la guillotine , parce qu'ils avoient re&sé de faire de criminels sermens , ou d'abdiquer leur sacerdoce , n^étoient-ils donc ainsi traités que pour des délits politiques? La rdigion catholique ne fut-elle donc pas asseii formellement proscrite , quand la Convention chargea, par un décret du € novembre 1793, son comité di instruction publique de préparer un projet de loi , tendant à substituer un culte raisonnable au culte catholique; lorsqu'elle déclara, quelques jours après , que la loi ne reconnoissoit d'autre culte que celui d'une Ujbérté fondée sur l'athéisme et la dissolution \ lorsque l'athéisme et la dissolution , représentés par une idole impure , étant inaugurés sur les saints au-

tels , les magistrats de la révolution fbrçoient de toutes parts les Français à venir > par de sacrUéges adora* tioos, ab}urer aux pieds de Tinfàme déesse tout sen* tîment religieux? Quand la Convention elle-même en donnoit Texemple , n^ professait'^ elle que de Fin^ différence pour la religion catholique? £t pour abréger cet afïreux tableau, lorsqu^eniin des laïcs de Vun et de Vautre sexe , comme les religieuses et les prêtres , étoient conduits à la mort , pour avoir fait dans Fintérieur de leur demeure quelque acte de religion , ou conservé seulement chez eux dans le secret quelque image , quelque livre de piété , n'étoientrils donc que les victimes d^un entêtement politique et d^un roya-^ lisme obstiné ?

. Nous conviendrons tout au plus qu^au premier aspect , la cause de la niort de quelques uns , qui se déclaroient aussi royalistes, sembla mixte, c'est-àdire tout ensemble politique et religieuse : mais si elle parut telle ; si même elle le fut en effet respectivement aux vues politiques des persécuteurs, elle ne rétoit point sous le rapport de cette haine bien notoire qu'une philosophique impiété leur inspiroit contre la religion ; et elle ne Tétoit aucunement dans les sentimens de tant de pieuses victimes , qu'ils $emblèrent n'immoler qu'à leu? athéiste république. La cause de ces victimes ne fut pas au fond plus mixte que neTavoit été dans les premiers siècles du christianisme , celle de tant de pontifes, de prêtres, de diar cres et de fidèles , que l'église honoroit comme Marr

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tyrs , quoiqu'ils eussent été condamnés à la mort uniquement comme rebelles à Tautorité des empereurs, parce qu'ils avoient craint d'agir contre leur conscience , ^n jurant par le nom ou îafoitum des Césiars. Combien d'entre eux ne furent conduits au supplice, qu'en les accusant d'être des provocateurs de sédition , des scélérats, et même aussi des brigands^ de même que plusieurs de nos Martyrs ! Dans tous les temps , les persécuteurs de TEglise ont connu l'artifice de motiver , par de prétendus crimes d'Etat, les sentences de mort contre ceux qu'ils ne faisoient périr en effet que pour leur Foi; et l'Eglise, juste appréciatrice de la véritable cause de leur mort, ne les en plaçoit pas moins aussitôt sur ses autels , empressée qu'elle étoit de leur faire recouvrer l'honneur que cette infernale supercherie leur avoit enlevé.

Oh ne pourra pas mieux se prévaloir contre les nôtres , de ce que beaucoup ont été mis à mort avec un grand nombre de victimes purement politiques. Est-ce donc que les Domitien , les Galère , etc. etc. , ne mêlèrent pas le sang même des païens avec celui des chrétiens que l'Eglise vénère néanmoins comme Martyrs? « Leur cruauté, après avoir commencé par ceux-ci , dit Lactance , alloit , sans les épargner davantage , frapper les plus notables d'entre ceux-là , condamnant aux mêmes supplices les décurions. et les premiers des citoyens , les personnages les plus illustres et les particuliers les plus estimables. De nobles mères de famille étoiént arrachées aussi de leur retraite

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domestique , et traînées à la mort. On y conduisoît également des jurisconsultes , des juges , des littérateurs même ; car les belles-lettres et oient traitées d'art funeste à TEtat; et ceux qui les cultivoient, se voyoient immolés pareillement comme des ennemis du gou-^ Yernemtent et du peuple (r) ».

Mais qu^avons-nous besoin de nous appesantir sur des vérités que le DISCOURS préliminaire du présent Martjrrologe va mettre dans leur plus grand jour? Le sentiment de son auteur en pareille matière étoit au reste celui . de tout Tancien clergé , celiii du pape Ke VI , et même de N. S. P. Pie Vil , lorsqu'en 1800 , il approuva par son bref spécial du 3 octobre , un ouvrage important où se trouvoit la même doctrine (2);

(1) Tùrquehantur non decuriones modd, sed prinwres etiam dviiMumy egregii ae ptrfectisrimi viriy et quidem in causis iùvibus atquc eiviUétM... Maires fcmiUias ingenuœ ae nobiies ingynœceumrapieéantur (De Mortibus Persecutorum, n*" XXII). Qttœigiiur in christianis eoccruciandis didieerat^ consuetudint ipsd in omnes exereeiat... Eloquent extincta, causidici suéimii, jurecanstdH aut reiegoH aut necati, Liiterœ autem inter maim Artes Aaéttte; et qui eas novertmtj pro inimicis ha$tUmsque pr&triti et eœecrati. (Ibid. n* XXII.)

(a) T^aiU de la conduite à tenir après ia persécution, par H. Alexis Saussol, théologien de Térêque de Laraur, et maintenant éyêque de Séei, d Toi. in-ia : Florence, 1800. Ayant de le publier ^ l'auteur Tearoya^ pour être examiné, à M*' Marotti, ex-jésuite, et secrétaire des lettres latines du Saint-Siège. Cetuî-ci le remit pour cet effet à deux théologiens très -renommés : l'abbé Marchetti, aujourd'hui archevêque d'Ancjre , et Bolgeni, ex-jésuite, et théologien de la pénitencerie. L'examen dura six mois; et, quoique ces deux

Dans cet ouvrage, composé au désert de Fabbaye de Mont-Serrat , près Barcelonne , en 1795 , par Fun de nos plus habiles théologiens, et de nos prêtres les

profonds examinateurs eussent été sur d'autres points importans d'une dissidence éclatante, ils furent unanimes dans les suffrages qu'ils donnèrent à l'ourrage de M. Saussol : chacun d'eux lui écrivit une lettre de féïicitation sur l'excellence de sa doctrine. Sa Sainteté couronna ces suffrages par le bref dont il s'agit, et dans lequel elle lui disoit : DUeeU fiii, accepitntis iiirum.... judicio eorutn qui iegeruht, et vaidè propter doctrinam proéariy et mirificè iaudàri prdptfT uUUiateni audivimus. Etenim et temporum necessitati ita prospicit, ut faeem quodammodà prœferdt, quam sequ^antur preshyteri in futurâ iUâ rerum atque animerum perpiexitate quœ necessariè consequi tantam temporum perturbationem débet, et simui NIHIL statuit in disciplina re$^ tittiend4'9 qtwd non eid eççUsiastioarum (egum twrmg,'m ^asactum, et esp pontificum ^ concHiorum sanctioifiiéuSf e^ partrum doctrinâi perenniquô eccUsiœ traditione depromptum

sit. Itaqtte grcUutamur. yeh^menter tiii, etc Rogandu$ igi-

tur Deus ut tmuUm aiiquando tempus Hiud propitiatiomf adveniOfty quo et $a4tUari6y,s hisce doctrinœ tiuB fructiémè uti ^ur eedesim, et tiH operm Puce quam prœetarè in ^juvandâ pasuiêti^fructu$ comtare^passU, etc. etç* PiuaPP, VII. — Dîiecto fiiio AiexMt&iusêQi, presh^ro : FtûT^Uiam. Ce b^ef fut imprimé à la tête de l'ouTrage; et nous avoQS S9ds les yeux un des exemplaires au il se troiive. Mais alors sa aégOcioit à Paris l'affaire du concordat qui fut sigjsé le 5 )uillet de l'année suifuiaie» et ratifié le g avril 180a entre le saiqit Père Pie YII et Buonaparte» Les vues politiques d^e oelui-ei ne pc»Qettant pas que l'ancieniie dîacâplifie^ exposée par M. Saussoli fût alors observée en Franoe, Bi^ Marotti écrivit à "Cet auteur pour le conjurer de supprimer le bref dans les exemplaires qui restaient eu son pouvoir.

plus vertueux (sous les yeux et par le conseil de Tar^ chevêque d'Auch , LouisrApollinaire de la Tour-du- Pin-Montauban ; des évêques de Lavaur, Jean- Antoine de Castellane Saint-Maurice ; et de Tarbes , Fraqçois de Gain-Montaignac) , il étoit dit : « L'un des premiers soins qui doivent occuper les évéques et TEglise de France y après la persécution , c'est de reivlre bon?* neur aux SS. Martyrs et aux confesseurs de la Foi^ pendant la révolution. Ce devoir est le plus honorable pour FEglise , comme le plus utile pour la rétablir; car cet honneur est un témoignage éclatant de la Foi, et un encouragement pour les fidèles. .. Plût à Dieu qu'on ' eût eu cette attention dans les temps des guerres civiles des Calvinistes ! Que de Martyrs furent immoles, dont nous ignorons même les noms (i)! n faudra donc prendre des informations sur toutes les victimes immolées en haine de la. Foi , adresser les actes de leur Mar4tyre aux ^glis^s 4? iFrance^çt; aux éghses étrangères, comme cela se pratiquoit dans la primitive église (2); et si les évéques ne pouvoient pas ordonner qu'on honorât solehnellentént tes victimes de la religion côrnme lîtf artyrs , avant ïe jugement du . Saint -Sig^ ». Us pourroient .au mpins ordonner , .Iqr^qiA'Usrlie jwgew^eirt.wnv^nable, iquipn célébrât le jour anniVeirtaire de lenrinort , vifie messe solennelle d'actions dé grâces pour retïifercier Dieu de

mtmtmma^mm

( i) Foy. çi^aprift , {yig. ^^^ ,»ot«i i.i

(a) Voy. diaprés., p9g.:rSj^,Jiill0^t6..; ,...

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