‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 34 sur 45 · SAVOIE · texte numérisé non relu

SAVOIE

Ces hordes qul^ altérées du sang des prêtres comme des rois^ grossirent tout à coup, sous le titre de Fohntaires^ les corps de troupes envoyés par les démolisseurs du trône > vers les frontières du duché de Savoie et du comté de Nice, à la fin d'août 1792 \ ces nouveaux soldats de révolution , pat qui nous vtmes nous-mêmes tant d'humbles et pacifiques ministres du Seigneur outragés, dépouillés 9 assassinés à cea frontières, lorsqu'ils vouloient sortir de France, conformé* ment à la loi du 26 août (V, Déportation) ^ cette soldatesque , ivre d'une fureur impie, et brûlant de poursuivre sur une terre étrangère, ceux qu'elle n'avoît pu égorger avant qu'ils y pénétrassent , se répandit enfin , sans obstacle , . en Savoie , au premier signal de ses chefs, le aa septembre. Ge€at alors un spectacle bien déchirant de voir ces vénérables exilés , presque sans ressource , la plupart courbés sous le poids des ans ou des infirmités, chargés de leurs pauvr,ea>f alises, fuir deiChambéry, d'Annecy, de Nice, etc., comtoe uiC traupeam -dispersé', à tràv^Vs une pluie en quelque sorte diluviale, et par des chemins qu'elle rendoit impratieablies, les uns cou*rant vers ritalie,-et les autres vers la Suisse,

Contenue par. son chef dans les precaHtions.de U cfi/n-^ quête, sa troupe n'eut pas le loisir de les atteindra; et le clergé de la Savoie fut même épargné dans ces premiers jours de l'envahissement; mais, quand la Convention, fit de cette province le département An Mont^-Blane y en novembre suivant^ elle y envoya quatre proconsuls animés de son esprit, pour y semer les germes de la.persécution contre le catholicisme. Quoiqu'elle se souciât alors fort peu de la constitution cwile du clergé , déjà tombée dans le mépris ; quoiqu'elle n'exigeât plus que le serment de libertè'égalité , cependant^

CQHîme ene>e xéservoit la faculté {de frapper de mort ceux qui u'aurQient pas fait, dansle temps, celui de cette $chisma* tique constitution cwile du clergé y ordonné par l'Assemblée Constituante, les proconsuls crurent devoir recommencer en quelque sorte la législation révolutionnaire jk l'égard des prêtres- de la Saroie , pour qu'ils ne pussent pas échapper à la persécution, dans le cas même où le dei^nier serment n'effraieroit pas leur conscience, dçjà trop éclairée sur. le ^rime du premier pour -se le permettre. Les amalgama&t tous les deux dans une (proclamation du. 8 février 179^» pals laquelle ils exigèrent i'mpérieusisment le serment de Uherté" égalité y les proconsuls déclarèrent, <HMnme pour Je faice décidément refuser, qu'il é^oit « lié avec l'universalité de tous les décrets rendus en France ^-çt que l'iulentioti dela^'Gon^ veniion, enr remplaçant par ce serment celhi de lar c^n^titu^ Mn4iîfile du clergé, étbit d'en faire conlnacter: toutes les obligations »>. Us décernèrent même des. p^iii^^. contre l<^ ecclésiaaiiqùes qui, a après avoir prêté ce serment de liberté égOOêé, viendr oient à j manquer, en refusant d'obéitr «ux éêcF^iM^àe l'Assemblée Nationale «, o'est^^dire enWobser-* vJmià pas celui de la constitution civile du tdefgé. G'éteît piré^ rw d'une mslnière tout à la fois inkuuKSLÎne et perfide, 4e ^as où quelques uns, ayant fait de bonne foi le serinent de libe^^é-égalùéy sans croixer. jurer c^tte ooi^slitiltiQmhâtnlf'Odoxe, ne voudroient pas en adopter les erreurs. Ainsi donc^ par cet infernal stratagème, l'on se procura, couture les prêtref de la Savo;e qui rêt;racteroient ou. refusei^iç»i^ çf -sermtent, équivalent aux précédens^ les mêmes prét^i^lés et les mêmes lois de persécution qu'on avoit, et lùéme qu*on auroit encore contre les prêtres soi-^disant rfsfractaires de la France (JToy. Lois et TRi»rarAUx^RÉvoLUTioNNAi»Es).

Quoiqu'il fût bien constante que le serment de libertèégaiité^ tel qu'il étoit voulu par les proconsuls, renfermoit celui de la constitution civile du clergé ^ condamnée par le Saint*Siége et l'Eglise, l'évêque de Genève 9 résidant à Annecy, affligé

fim

cte l'^pteuvfe 6ù ron mettoit ses ftétteê^ et âppréheûddlit à^èlte obligé > pdr sa propre et seule autorité, à sévir cotitte 6eùx que là foiblesse de leur courage ou quelque illusioti ihalheureuse, porteroit à faire le serment demandé^ consulta le T. S. P. Pie VI. Il lui demanda, nqn si ce serment étdit péi*mis , la question ëtoit dècid'é'é tït^p ^i^dcmment par la dëdaratiou des* proconsuls , mais «à quelles réparations dëvroient éire soumis le& prêtres' qui l'autoient fait^ soit qu'ils l'eussent fait pur et simple v^oit qfi'Ms y eussent ajouté des explications ou i^etftrictionsi^.'néeesstiireTnenrt insuffi-^ santés (j) ». La réponse du Pape ,' en date du S octobre typii fut« que ceux ^ui avoicfst prêté ledit aei^mei^t, auiTéntla pit>clamation du 8 février,' par) laqmlle r^bservtfncé' des décrets dé TAss'embléè Nati'otiale'étoit expressément exigée^ avoient encooriiles peines portée» par le Saint-^Siége, oohtre ies fauteurs «t complices de l'hérésie et du schisme, attendu qtie^ par les lettres apostoliques, en forme de Wef^ida 'i3 avril 1791^ ces mêmes décrets a voient été déolfi^vés, partie helvétiques, p^irtie ^schismatiques f que les juveurs d^t il étoit question devaient, en^bonséquence, remplir taatcs- les cotidttions prescrites dans les lettres apostoliques du ^atantv- Siégé /en d^e du^^g'Viai'S 1792, s'ilâS voulotent oblieaili àèvr absolution (a)»* * ! . î . . » . . . ; .- ^ .• •>

Mais déjilif .ilsiifentié pa|*lie d^ cLergé dela3Aveieen>avoît

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Xi) Qyidtrgh eus quiprcefatum autparum ahsùniU juramentum,,.. emùerunt éié pi^itHpto éUctct procldmatùmit f mensefiènatrio eotUgatœ, swe i&id pure 0c êùàpiédUerprenmuiéitumfuentt swe cum ementità if^mi^jHêantèiijiposmo-' num aut restrietionwn adjectione ? ■

(2) qf, Eos qui prœstiterunt prœfaJtum juramentum juxth prœscriptum dictœ proctamationis , dieï Sfibruaru prœterài ^ in qua expresse requirUwr ohservantia decretortàm Càhcentûs natiùmàU , càm eàde/^ dwrtta à nohis par Utteras in /arma hrevis^ diè i3 àpriUs 1991 ( $, Uis penmUM ) , deelàrata parûmfuaint hceretica , parùm scfusmatica, incwrisse in pcenam à jure statutam contra faur tores et adhœrentes hœresi et schismati ; adeàque adimplere dehere conditiones preesaiptasinnostris apOÈtolids litteris, diei 19 martu, drmi 179^^ ti absolut f/elini.

}ttgé ainsi. Presque totis les prêtres de cette province, placée entre la nécessité de prévaviqaer , et la certitude de perdre la Tie, s'ils ne faisaient pas le serment > s'étoient résignés i la persécution^ en le refusant:. Beaucoup se réfugièrent dail9 le Piémont j sous la protection immédiate de leur' Souverain | mais bientôt quelques uns, impatiens de venir au secoura des fidèles, poux les besoins desquels ne pouvoient suflSre 1^ peu de prétrea qui étoient restés cachés dans les çampagneai furent ramenés par leur zèle dans cette conb>ée.

Depuis là fin d'août i ^gi, la Convention avoit remplacé leatrois ptemier^r proconsuls par deux autres plus animes de cet esprit d'athéisme qui présida au choix de» proconsula envoyés ailléui^, vers cfette époque {Voy. Nai^tes, Lyon, Arras, etc.). Ils avoient l'efi^rayant avantage d'être eux* mêmes de la Savoie, où, mieux qfle d'autres, ils pouvoient, avec la connoissance desli^ux et des habitans, poursuivre la religion jusque dans l'abri des montagnes. Ces proconsuls étoient un nommé Dumas ( J. M. ) , qui toutefois y montra quelque modération, et un prêtre apostat nommé Philibert Simond > né à Rumilly , lequel , partisan fougueux d'Hébert, 4e DantOA^t de Chaumet, sera dan$ la suitcenvoyécomitie «ux k récba:&.ud, par la faction de Roberspierre, le ^4 g^^* minai an II (i 3 avril 1794)' Laissant à des commissions mili* taires le soîn de détruire les prêtr^ss, Simond se hâtoit de renverser les ^Ik^çhers, de fondre les cloches, de ruiner les aut^s , de faii^ pcofai^er les vases sacrés et les temples , pros* x^rivanti tout a«tre 4^1 te que celui de la déesse Maison et d^ la liberté,, i ' .

L^ comipissions militaires sous la main de qui peu de prêtres toqib^r^nt, en envoyèrent sept à Nantes, où Car* rjer devoit les submerger d^ns ses bateaux à soupape ; et trois ou quatre au supplice de la fusillade. Les premiers n'ér tant arrivés à Nantes qu'après que Carrier eut été forcé de s^spendire ses nçyades^ en furent rejetés sur Lorient ( F^oy, NevERS et Nanxss), d'où ils passèrent à flochefort, pour la

déportation de 1 7^4 (^J- Rochefort) ; mai» i\ ne pariorit pas que tous y aient péri. Ces déportés étoîent, les an« du diocèse de Ghambéfy , les' autres de celui de la Maurieni»e^ ceux-ci du diocèse de la Tarantaise^ et ceui-là de celui d'Annecy j mais 'tous les prêtres qtie les commissions firent fiasJHei étoient de fce dernier-diocèse, auquel appartenait encore celui que lé ttihunal criminel de Grenobte fit périr dans le même temps. {Foy. G, Jooubt, MoRANDy'VsaNAZ et F. M. Reveîîaz.)

Eh ! quels fidèles méi^îtoîent mieux îqu6 les catholiques de la' Savoie, le Sacrifice que chaque pasteUr leur faisoit de sa propre vi^ ? On peut cii juger par un seul traitque lès vicaires généraux d'Annecy ont consigné dans leurs Etrennes reti» gieusés aux fidèles du diocèse de Genève, pour tan 1800, et que nous nous faisons un devoir de copier, k Un brave paysan avoit donné pendant long-temps l'hospitalité à un missionnaire : (c'étoit ainsi que s'appeloient les ministres du Seigneur, depuis que, dispersés, iis alloient exercer leur saint ministère de paroisse en paroisse). Celui ci avoit quitté son hôte depuis quelques semaines, pour aller remplir sea fonctions dans les lieux tirconvoisin^ , lorsque Le commissaire du gouvernement déclara, par une proclamation, que là peine de mort alloit être infligée à tous ceux qui donneroiént asile aux prêtres.. Le bon paysan, loin d'être effrayé de cette menace, y ttoûve un nouveau- motif d'exercer le même bon office a l'égard du missionnaire ; et, cvaigniint que le l*etard du retour de celui-ci ne £àt occasionné par laerainte de compromettre la sûreté de son hôte , il va le chercher, et lui dit : J*ai eu peii de mérite à vous tenir chez moi^ ifuùnd je le poui/ots s An s courir de grands- dangers; mais aujourd'hui que la personne chez laquelle vous pourriez être pris aurok^ comme vous, le bonheur dt mourir pour là r^Hgioh {Voy. J. Alix ), jV viens vousdemander la préférence dé vous loger, et j'espère que vous né me larefuserez pas. Le missionnaire, touché jusqu'aux larmes, lut cépèndit : ^Jë vous reconnois

bien à cette démarche; je vous en loue , et je ayous en remets de de tout mon cœur; mais je ne saurois vous compromettre û ce point, et\jexposer votre famille au malheur de vous perdre. — Me compromettre l répliqua Tivement le villa«geois^ pourrois'je m'exposer au péril pour une meilleure cause ? et si Dieu m^ appelle à lui y il aura soin de ma femme et de mesenfans. Oui, oui, venez chez moi; il faut bien ifue vous logiez chez quelque un, je vous en supplie, préférez ma chaumière »•

La persécution y comme on Ta vu^ ne parut cesser en 1795^ que pour éclater avec de nouvelles foreurs, le 18 fructidor an y (4 septembre 1797). La Savoie les éprouva comme la France ; et elle fournit avec elle de nouveaux Martyrs à FEglise. Treize prêtres^ et un jeune homme pteux, simple domestique, furent d'abord envoyés, les premiers jours de mars 1798, à Rochefort, pour- être déportés à la Guiane {Fbj. GtriANE). De ces prêtres , il y en avoît neuf du diocèse de Genève, deux de Chambéry, un de celui de Maurienne, et un de celui de Tarantaise. Arrivés à Lyon , le 1 1 du même mois, ils poursi^i virent leur pénible marche, suivis de plusieurs autres , qui furent embarqués avec les premiers sur la corvette la Bayonnaise, le i"aoùt suivant 3 et presque tous périrent dans cette déportation. ' ( Voyez Beaugé, P. F. Bertqod, etc. etc.) .

Les autorités de la Savoie ne se lassèrent pas de faire de nouveaux envois de prêtres à Rochefortj jusqu'au commen* cernent de 1799, il y en eut huit consécutifs, auxquels sans doute, en aurait bientôt succédé un neuvième, si la crainte quils ne fassent délivrés, en mer pa^.les Anglais, n'avoit réduit le gouvernement persécuteur A se contenter de les enfermer dans le fort de File de Ré, avec beaucoup d'autres arrivés d'ailleurs, en mê me temps {V. OléroN) . Quinze prêtres du diocèse d'Annecy, qui étoient déjà presque en route pqur Rochefort, furent retenus dans les prisons où ils se trou-p voient alors. Il y en avoithuit de sexagénaires ou d'infirmes,.

dans celle de Cliambéi*y^ cinq dans celle, de Cairrouge, et deux dans celle de Bourg-en-Bresse. Parmi ces divers captifs de Jésus-Christ^ qui restoient^ soit en ces lieux, soit au fort de Kéy il en mourut un dans ce dernier endroit, «t un dans la prison de Ghambéry {Foy. FiGUET et Desplantes). Ils furent regardés, aussi bien que ceux qui expiroient à la Guiane, comme autant de vrais Martyrs, par les supérieurs ecclésiastique» de leur diocèse, qui, dans leurs Etrennes Re» ligieuses (pag. 65), leur appliquèrent cette maxime de saint Gyprien : « Ge ne sont pas eux qui ont manqué au martyre^ c'est le martyre qui leur a manqué. Dieu tient compte aux confesseurs de la Foi 9 non seulement de ce qu^ils ont souffert, mais encore de tout ce qu'ils. étoient prêts à souffrir pour elle ». [Voy. Discours prélim., pag. 35, not. i .)

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