‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 2)Chapitre 7 sur 45 · DU VRAI MARTYRE · texte numérisé non relu

DU VRAI MARTYRE

On manifeste de toutes parts en France le désir d'y rétablir la religion. Les politiques , les philosophes même, qui passent pour mécréans /' montrent à cet égard un zèle analogue à celui des prêtres qui plaident sa cause avec le plus d^ëclat. Le phénomène de cette unanimité, quelque différens que puissent en être les motifs, seroit un beau triomphe pour l'Eglise, s'il étoit accompagné d'une égale ardeur pour le rétablissement du règne de la Foi, s'il se distinguoit encore par la recherche des moyens les plus propres à la ranimer et à l'affermir. Le plus efficace de ceux que l'Eglise employa toujours après les persécutions ; le premier, et presque l'unique, étoit de célébrer la gloire des fidèles qui yenoient d'y perdre la vie pour la foi de Jésus -Christ; c' étoit de publier avec honneur leurs noms, les actes de leur Martyre ; de proposer leur exemple à l'imitation des chrétiens, et même d'offrir. leurs cendres à la vénération publique.

Eh ! ne seroit-il pas à craindre que cette foi sacrée ne fût aujourd'hui comptée que pour bien peu de chose , si les zélateurs de la restauration des pratiques religieuses négligeoient ce puissant moyen de la raviver et

de la fortifi^ir psoipi ^o)is ? I| est nialhguf e|}sement trop vrai que, tout en approuvant , en favorisant même le rétablissement du culte catholique, Fesjprit du siècle ^ n^appréciant de la religion que sa morale , oppose , entre aqtres obstacles, à la reprise de Tancien usage , rénovateur de la Foi, deux habitudes dans lesquelles il se complaît. L'une est Toubli volontaire , et toujours croissant , du motif pour lequel ont péri tant de confesseurs de Jésu^-Christ : oubli qui s'étend jusqu'à celui de leur existence. L'autre habitude est ce néologisme sacrilège par lequel , di3persant sur mille choses profanes , le beau titre de Martjr^ on en dissipe la valeur de manière à faire évanouir progressivement la gloire de ces héros de la Foi , qui, dans la hiérarchie des Saints , n'ont cependant au-dessus d'eux que les premiers apôtres , et dojninept sur la multitude innombrable des confesseurs jBt des vierges.

Lai première de ce3 habitudes remplit les vues de l'iriréligiqn , à laquelle il importa si fort qu'on ne voie plus arriver ce; qye Tertullien raçontoit des triomphes et de }' accroissement de TËglise par l'exemple de s^s Martyrs. iL'impiQté pe cjaindroit-ellp pqint que celui de^ nôtres ne npq^ autorisât à dire a^ssi : « Kqus nous multiplions à TuesMre que yous nous mpissopuez (i) ?* Par cette indifférence pour la mémoire de nos Martyrs , on con-r tinne i:éçlleinent , quoique avec des formes moins aaur yages , cette destruction furibonde que naguère dHmpies Vandales faisoient des écrjts par lejsquels nous pouvions 4trç portés à la piété. Qn répète du moins oblique- .ipent ce que .firent les e^écutturs des oxdres de DiQ^clétien contre ks Ss^tes-Bcritures, lorsqu'en Jiyranl:

jBnç.ore ^u? flamn^es les Actes des Martyrs , ils emp^échoient que les chrétiens n'y trouvassent des lectures 4'édificatiQa et d'^couragement (2).

\\ PiuresefficimtârguaHMrnetifnur à voHs- Apologet, c. i.

?) £u§^* Ri^^* £6cmv c* n et ui.

La MCOBde habitade , non moiils contraire à la re*^ naissance de la foi catliolique , fait que la mémoire de ses Martyrs se perd confusënient avec celle des yîctimes de la politique , dont on cherche d^ ailleurs à éteindre le souvenir. Par là se reproduit , en quelque manière , le stratagème de ces^ premiers hérétiques , lesquels , « pour retarder la foi des croyans » , suivant l'expression d^Arnobe (i)f obscurcissoient là gloire des Martyrs,' en mêlant à leurs actes des interpolations qui en altéroient la sainte autorité ; si bien qu^au temps du pape Gélase , on ne pouvoit plus y distinguer la vérité du mensonge. Cette habitude est d'autant plus funeste ,* qu'elle a gagné les personnes même qui font profession de piété. Que dis^je ? elle est jusque dans le langage des prédicateurs de la Parole de Dieu. £n prodiguant ainsi le titre dç Marty'r^,^ tous ceux qui ont péri pour une cause honorable quelconque , on concourt à le dépouiller de cette gloire suprêxne dont \^^ incrédules ont tsint à cœur de le voir entièrement privé.

Nous ne ferions, pour ainsi dire, que les braver inutilement, et mettre à Tépreuve la sincérité de ceux qui veulent le rétablissement de la religion , sans vouloir celui du régnée de la Foi , si nous donnions notre Catalogife historique des vrais Martyrs de ces derniers temp^ , san^ écarter auparavant les deux obstacles qui s'opposept le plus au but qu'il a de la faire refleurir. Kqus ne le pouvons qu'en exposant lés -volontés et la doctrine de l'Eglise à cet égard.

Ainsi donc nous montrerons, i^. que, dans Fintérét de la religion qui tire son influence , son efficacité et sa gloire de la foi de ses disciples, VBglise à toujours regardé comme un devoir indispensable, en des cir* constances pareilles à celles où nous sommes, l'usage d'illustrer, d'honorer la mémoire des Martyrs quive-

(i) L. I^ AdawK9iiL^ GeniUSf.

noient de remporter « cette victoire de la Foi , par laquelle le monde est confondu (i). » *

Nous prouverons, 2®. que c'est meconnpître la religion et la dégrader, que de prodiguer le titre de Martyr a d'autres que ceux qui ont souffert et sont morts pour çUe ; et le développement que , par cela même , nous ferons de la doctrine de TEglise dans l'attribution de ce titre , pourra faire juger si nous avons tort de le déférer à celles des victimes dont les noms seront inscrits dans notre Marty-rohgen

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