PREMIERE PARTIE
La publication glorieuse des noms et des actes des Mar-ty-rs à la suite des persécutions ^ considérée dans V Eglise comme un deçoir^ depuis les apôtres jusqu'à nous.
Quand saint Paul vouloit faire sentir à ceux des Hébreux qui avoient embrassé la foi de Jésus- Christ, tout l'avantage de leur vocation , il leur disoit , dans la plus sublime de ses épîtres : « Vous êtes arrivés au faîte de la véritable montagne de Sion ; vous voilà dans la vraie .Cité du Dieu vivant, dans la Jérusalem céleste ou, parmi plusieurs milliers d'Anges , vous voyez , avec les patriarches des premiers temps qui ont enfin reçu , par la mort de Jésus , l'effet de ces promesses célestes que jusqu'alors ib n'avoient pu que saluer de loin; vous voyez , dis-je , les esprits des justes parfaits qu'a produits le Nouveau-Testament du divin Médiateur, dont le sang est plus efficace que celui d'Abel. Ce ne doit pas être en vain que nous avons sur nos têtes cette imrmense nuée de témoins qui doivent, par leur exemple , nous exciter à soutenir avec patience et courage Icfs combats qu'on livre à notre foi (2). »
1) I, Joann. , c. y, f* 4*
aj Ad HebrasQSy c. xii, f. 22^ a3» a4-*c« â. /. i3.
Ainsi le grand Apôtre , en même tejnps qu'il rendoit un glorieux hommage à la mémoire des justes de Fanôenne loi, portoit ceux de la nouvelle à mériter la gloire éclatante que déjà plusieurs d'entre eux avoient obtenue par leurs souffrances. Sous Tancienne loi, tous ces justes , et plus encore ceux qui avoient souffert pour la croyance au Messie promis , étoîènt singulièrement honorés dans leur nation. « Comme Abel, ils dévoient à leur foi la prérogative de parler encore pour elle après leur mort (i). Le Seigneur, à la suite des persécutions essuyées par son peuple , n'avoit jamais manqué de sortir de sa retraite, suivant le langage d^Isaïe, pour venir obliger la terre à mettre en évidence le sang des justes qu'elle sembloit avoir absorbé , et la forcer à ne plus soustraire aux hommages publics ceux d'entr'eux qui avoient été immolés , et cachés dans ses entrailles par l^t malice des hommes (2). Leurs ossemens, comme ceux des prophètes qu'ils avoient martyrisés , sortoient honorablement de leurs sépulcres, en faisant pulluler cette vertu de la Foi, par laquelle ils avoient corroboré celle des enfans d'Israël (3). Quoique couchés dans les tombeaux , ils vivoient encore réellement et glorieusement parmi les hommes , suivant la pensée de saint Jérôme (4). » Avec quelle distinction l'histoire des Mâchabées ne montroit-elle pas, comme toujours vivant par sa gloire et par ses exemples, ce vénérable £léazard , qui avoit préféré une mort glorieuse à une action criminelle; qui é toit allé de, lui-même d^u supplice plutôt que de rien faire contre la loi de Dieu pour l'amour de la vie ! La mémoire éternelle de sa mort faisoit , dit
'2I Isaîe, c. xxYi; 7^. 21. .
5j Ecclés. , c. xux, Tf^. 12. . , . .
,4) Mortuuni suspicaris : et idcircd hiasphemas; lege Evan-
geiiwm : Deus Atraham, Deus Isacbc, Deus Jacob, non estBeus.
tnortuorum, sedvivorum. {AdvcTsi^ Figitantium^ EpisU^i;^
rhistorien sacré, qu^at^rès avoir" qliitté la terré ^ il y restoit néanmoins à perpétuité, pour les jeunes gens,' pour toute sa nation, comme un modèle au^ieste de force et de vertu (i). On n^hoiiora pas d^Un souvenir moins glorieux et moins durable la fin héroïquement religieuse de la mère des Machabées et de ses fib ^ tellement que leur nation célèbre encore le courage oui leur fit préféreir la mort à la violation de la loi du xSeigneur.
Si le grand Apôtre lui-même exaltoit la foi de ceux dcjs enfans de Jacob ((ai avoient souffert pour la justice , avant que le Messie fût venu ouvrir le séjour deé récôihpetisés promises , combien devoit-il hônoi'er davantage la mémoire des Martyrs du christianisme , que Dieti glorifioit sans retard comme sans résefve : Deo pro nobis melius aUquid providente (2) ? Qu'il lui parôîssôît bien plu» propre a rencouragement dés chrétiens , Vexemple de ceux d'entre eux que « Dieu même glorifioit aussitôt que , pour la foi de Jésus-Christ , les uns étoieht éeartelés; les autres , accablés de coups , abreuvés d'outrages, chargés de fers , et jetés dans les prisons ; ceuxci , lapidés , ou décapités , ou mutilés ; ceux-là , forcés de fuir par les montagms et les déserts, dans les antres sauvages et ks cavernes des bé'tes féroces (3)! »
Aussi voit-ôô , dès le premier siècle de rEgfîse , le second des succes^ur^ de saint Pierre , depuis Tan 6^ jusqu'en 76, ce même saint Olémènt , que , suivant Topi-! niôn générale , saint Paul avoit appelé son coopérateur dans la prédication dé FEvangile (4), créer sept notaires pour assister aux procédures des Martyrs , et recueillir avec soin les noms et les actes des chrétiens qui avoient donné leur sang et leur vie p'oltr Jésus-
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'3] Ad HeércBos, c. xi, jt. ^0.
4) Ad PAUipp, , c. IT, -jt. 5f
Christ (î). Ces actéà contenbient léurA interrogatoire^ et leurs réponses, les aentences qui les avoient coildamnés, et les paroles édifiantes qu'ils avoient proférées dans leurs derniers itistans. Cet usage, maintenu sous le pontificat de saint Evaristë, en 107 (2), et suivi par le pape Soter en 162, contihuoit encore d'être observé en 235 , sous le pape Anthère ou Ëléi)thère , iqui , de pilus , ordonna de rechercher, au-delà de Roihe , les actes de ceux qui avoient péri pour la même cause , et voulut qùHls fussent gatdés soigneusement dans les archives de son Eglise (3). Fabien , son successeur , en comimettant de même sept notaires , comme Tavoit fait saint Clément , leur adjoignit sept diacres, pour atteste^ le procès-verbal de ce qu'ils avoient vu et entendu (4); Félix I*^, et les papes qui lui succédèrent , en agirent de même (5). Ce pontife attacha même tant d'imporr tance i la mémoire des Martyrs, qu'il prescrivit ht chaque église particulière de çbtisacrer tous leé ans , & la gloire de chacun des siens , un jour déterminé , où Ton offriroit en son honneur des sacrifice^ eucharistiques (6).
Dans toute la chrétienté ^ les évêques , dès les cômméncemens , se montrèrent également empresses de recueillir les procédures et les derniers traits de la vie des Martyrs de leur église. Les fidèles eux-mêmes mettoient tant dé prix à s'en procurer le récit , que les uns , bravant tout danger, àlloient se mêler partrïi les païens , témoins
(i) Anastas. bibliothecar. : Fita saneti ClemeMÙ — Luitj^r. : Vita ejusdem.
(a) Voyez les Actes du Marljré dé saint Ignace 9 évêque d'Antioche, sons Trajan, en ig^. {Knîusin: Actà MdrtyrutA sincerà etsetecta.)
3^ Anastas. et Luîtpr. : Vita saneH ÀnlerL
^4) Idem : Vita sancti FabianL
5) Voyez son Epître II ad EptêCopOê Gattiœ; et Anastaà. biblîothec. : Vita sancti FeUci$.
(6) I6id.
(8) ordinaires des audiences, pour entendre les accusa-* lions et les réponses, qu'ensuite, pour Pédification des autres , ils consignoient dans des écrits dont Fingénuite atteste la franchise. Ces monumens historiques étoient si recherchés par les chrétiens , que ceux qui ne les avoîent pas , n'hésitoient point à dépenser de fortes sommes pour s'en procurer des copies; et ces actes étoient conservés presque aussi religieusement que les Saintes-Ecritures.
Elle est une belle preuve de cet empressement pour avoir les actes des Martyrs , la lettre que les fidèles de Philomélie en Egypte écrivirent, en i66, à ceux de Smyrnje, pour demander le récit de la mort subie tout récemment par saint Polycarpe et douze chrétiens de Philadelphicv Les fidèles de Smyrne , en leur envoyant aussitôt ce récit , l'adressèrent en même temps à toutes les autres églises , pour prévenir les d£mandes qu'ils sar voient bien qu'elles ne manqueroient pas d'en faire (i)^ Ces édifiantes communications réciproques , si vivement désirées de toutes parts, étoient souvent faites avant d'avoir été sollicitées. Onze ans après (en 177),, l'on voit les chrétiens de Lyon et de Vienne se hâter d'envoyer, à ceux d'Asie et de Phrygie , l'histoire touchante du Martyre de leur évêque saint Pothin , et d'une multitude d'héroïques compagpons die sa gloire (2).
L'illustre évéque de Carthage , saint Cyprien , obligé,' par la persécution, de s'éloigner de son troupeau (vers ^52), ne se lasse pas de recommander à ses prêtres et à ses diacres de noter les jours où quelque fidèle de son église perdoit la vie pour la Foi , et de lui envoyer le nom de tous ceux qui pérîssoient pour elle, avec le récit de leur mort (3). Ainsi en avoît a^^ vers z/^^^
1^ Euseb. Hist. Eudes, Liv. IV, c. xv, edit. Faiès, '2) Euseb. I6id, Liv. V, c. i.
[ajDies eorum çuiius eùscedièn$ annotate.,. gtMntfuoTn Ter->^ tutius fideiissimus et devatissinius frater noster scripserit et
(9) saint Grëgoire-Ie-ThauB(iaturge , évéque de Néocésaréc ; au rapport de saint Grégoire de Nysse (i). Celui-ci^ racontant avec éloge que Tuti des premiers soins du Thaumaturge , en revenant dans son église , avoit été d'en parcourir toutes les régions , afin d'y rechercher les noms de ceux qui avoient combattu jusqu'à la mort pour la Foi , ne laisse pas douter que , de son temps (en %o) » les saints évêques ne se fissent encore un devoir sacré de rechercher et publier les actes de leurs Martyrs. Nous en avons d'ailleurs une preuve assez formelle dans» saint Basile4e-Grand et dans saint Ambroise. Le premier nous apprend qu'il venoit de recevoir, des évêques de ritalie et des Gaules , la narration des glorieux combats de leurs Martyrs , lorsqu'il leur envoya celle des persécutions que les Ariens faisoient subir aux fidèles d'Orient (2). Nous lisons, dans la vie que saint Paulin e'crivit de saint Ambroise après sa mort , que lui-même avoit été, sous la direction du diacre Caste, le notaire que ce saint archevêque employoit pour recueillir les actes des Martyrs de l'église de Milan.
Il n'étoit pas alors un évêque qui ne se crut obligé de faire triompher la cause de la religion , par la gloire de ceux qui étoient morts pour elle- Les sujets favoris de saint Jean-Chrysostôme , dans les sermons qu'il prê-
icniat, at signiflcet tnihi dies quiétM in carcere éeati firatres '^^ri ad iammortaiiiaUfn giariosœ mortia transeunt. ( Epist. 57, ^ Ciemm» )
(0 Cùmauxitio diviito tyrannis iUa diêsoiuta esset des-*
c^it rursûs ad uréem, et omni drcà regione undiquie perîus^ i^cUa, addimentum et quasi coroUariufn stvdii ergà Numen divinum instiwsbat , apud omnes ubique popuios sandens, ut ^^^<^ina eorum qui pro fide decertâss&iit dies festi atque saiem- ^^ canventus cetebrarentur. (/n lavdes sancti Greg. Neocésar. )
(2) Tua autem narratio, athtetica çertamitia, corpora pro vktate diiacerata, etc. Nostra verà {tarmenta) qunlia sunt, etc* ( Epist. 243 , ad Episc. italos et galios. )
( io )
choit chaque jour au peuple d^'Anliochc, ceux ou son éloquence se déployoit avec le pltis de complaisance et â^enlhousiasmé, sont consacrés à là louange de quelques Martyrs (i).
Saint Augustin ttous atteste, dé son fcôté, qu'au commencement du V* siècle , comme aux temps dèTêrtuUièn et de saint Cyprien, les églises d'Afrique étôiènt unanimes à cet égard avec celles d'Orient et d'Oëcident. ic La discipline ecclésiastique, disoit-il, veut, comme le savent tou^ les fidèles, que les noms des Mairtyrs soient non seulement recueillis, mais encore proclamés avec honneur dans les églises , et même à Vautel du Dieu vivant (2). »
De là cette haute estime que saint Jérôme professôit pour cette histoire des Martyrs, qu'Eusèbe de Gésaréè avoît écrite sous lé grand Constantin (3). Le saint docteur jugeoit ce travail si glorieux et si utile à l'Eglise , qu'il voulut le continuer pour y comprendre les Martyrs dé son temps. Quoiqu à la fin du V* siècle cette chronique ne fût pas connue de l'Eglise romaine , et que , par les effets des persécutions de Dîoclélién, Rome eût perdu les actes de ses anciens Martyrs , suivant que saint Grégoire-le- Grand l'avouôit avec douleur dans une lettre àEuloge , évêqué d'Alexandrie , qui les lui avoit demandé^ , cependant on conservoit soigneusement à Rome un catalogue immense des confesseurs de la Foi , qui, en divers pays et chez diverses nations, étoient morts pour Jésus-Christ. Ce Martyrologe, distribué selon lé calendrier, faisoit du moins connbître le jour
(1) Voyez les Homélies, et entre autres, au t. I, rHomélie ^o qui commence par ces mots : Heri, 6eatus Baiyias cum tribus puerU nos eongregahdt ; hodiè vero par sanctorum niiiiium^ etc.
(2) Haéet ecciesiastica disciplina ( quod fid&ies norunt ), càm Martyres recîtentur eo toco ad atta/re Dei. ( De FeritaU apost. Serm. 17, eu i<.)
{^yEpist.adHeiiodor.
anniversaiFe dé knr mort , leurs noms tt k lieu ou ili avoient reçu la pahne du Martyre (i). Le saint pape^' tout en regrettant de n^ pa» trouver aussi le récit de leuï^ yertus , les particularités de leurs derniers instans ^* s^applaudissoit beaucoup de pouvoir du moins , au moyen de ce catalogue, célébrer chaque matin une messe solennelle en Fhonneur de quelqu'un d'entre ces athlètes de la Foi.
Il seroit trop long de parcourir tous les âges postée rieurs , pour montrer en détail combien TEglise fut attentive à recueillir successivement les noms des fidèle» intrépides qui étoient morts pour la Foi^ et à les offrir à radmiiration comme à la vénération publiques. Sa règle actuelle^ et pour les temps futurs , devant être les exemples et les enseignemens de scjs premiers siècles; auxquels il faut revenir si Ton veut conserver la vraie doctrine et le vrai culte, il doit nous suffire d'avoir prouvé que nous nous y rattachons par notre Martyrologe.
Eh ! qu'on ne dise pas que l'usage religieux qu'il renouvelle étoît tombé en désuétude , parce que ces hommes , qu'au temps des guerres civiles du calvinisme on appeloit les Politiques , parvinrent à faire oublier jusqu'aux noms des catholiques immolés alors en si grand nombre pour leur Foi. Cet oubli n'étoit-il pas pour l'Eglise un sujet de regrets amers ? Naguère encore
(i) Nos autem penè omnium Martyrum,, distinctis per dies ringfiios jmssioniims, coiiecta in uno codice nomina hah&mus, ntque ^uofidianis dietms hi eorum, veneratione missarum. soiemnia agimus. Non ta/men in eodem voium^ine quis qualiter sit pcLssus imdicdtur, sed tcmtum/modo nom^en, iocus et dies passionis ponitur. Vndè fit ut m>uiti ex diversis terris atque provinciis pet dies, ut'prœdiaA, svngulos eognoscantur Martyrio coronari. Sed hœc hahere vos éeatissimos credimus. Ea verd quœ trans-^ tnitti vàtuistis , quœrmiies quidem non in^enimus, sed adhàc non invenientes quaerimus; et, si potuerint inveniri, transmittemus. {Ad Eulogitmi episc. Aleaxmd. JBpist. 29^ lib. y III? indictionc i. )
im de ses plus dignes ministres les exprimoit avec tine juste douleur, comme pour empêcher que le stratagème d^etouffer les pieux souvenirs en pveille matière ne s^ëtablît en prescription (i). Si ce moyen parut alors réussir en France jusqu^à un certain point , il ne le put de même en d'autres pays catholiques. Les Sander^ les Alan , les Dulken , les Gallonio , les De Marois , et tant d'autres , ne publièrent-ils pas , à la grande édification 'de toute TËglise, les noms, les supplices et la constance des Martyrs que , dans le même siècle , le schisme d'Angleterre venoit de donner à la religion catholique (2) ?
i)ans cette circonstance des temps passés, avec laquelle notre situation présente a tant de rapports , Alan , ne se bornant pas à faire remarquer Tavantage que TËglise de voit retirer des récits qu'il publioit, déclaroit avec raison qu'il se les voyoit commandés, et par la loi naturelle , et par la morale , et même par les lois positives. « Elles imposent toutes à l'âme honnête et gêné-
(1^ Toyez la page 108 du t. II du Traité de la conduite à tenir mpres la persécution (ayol. iIl-S^ Florence, 1800), par M. l'abbé 5au9Sol, alors vie. gén. de Layaur, et maintenant évêque de Séez.
(2) Voyez le liyre ad Persecutores angios pro eathodcis persécuta tionem su/ferentihus (Ingolstad, i584); -«- Nicolas Sander : De Martyrio quorumdamsuh Elisabeth regina. {Coloniœ, 1578);
— Sanderi contînuator. Lîy. III de schismate anglicano : Dia-" rium rerum pro reiigione catholica in turri Londinensi gesta^ rum ah an/no i58o ad annum i585j ah v/no ex cathùUds ibidem captivis scriptum; — Jppendix, sive liber IV sehismatis. angiicani ex R. F. Kibadeneirae , socieU Jesu, libris excerptus ;
— De la mort glorieuse de plusieurs prêtres anglais^ séculier» et religieux , qui ont souffert le Martyre pour la défense de la Foi en Angleterre. Parle sieur De Marois (Paris, i645); — Historiadei glorioso Martirio di dieci-otto sacerd4>ti e un secotare^ fatti martre in Inghilterra per ta confessione e diffesa delta fede catho-. fica, gti anni i^yy, 1^78^ i58i^ i58aei585; con Vaggiu>nta det Martirio di dnaue attri sa^ierdoti ingtesi martirpza^i net i584^ tradotta detVinglese {Macerataj i585) ; — Fitaguorumr^ dam Martyrum, autore Antonio Gallonio {Romœj 1597}.
rense , dîsoit-il , le devoir imprescriptible de foire sortîf la vertu de cet amas de calomnies dont les persécuteurs l'ont accablée^ Ces victimes , poursuivoit cet écrivain en empruntant le langage de saint Grégoire de Nazianze ; ces victimes , travesties par des Juliens modernes en ennemis de la patrie et du gouvernement, ont été condamnées si solennellement , et méme^ comme ils le prétendent, si juridiquement par la justice imaginaire de leurs tribunaux , qu^il doit être au moins permis de venger leur innocence. Ce que nous avons à raconter pour obtenir ce louable résultat , fut foit en public , est connu de toute la terre.: voulussions-nous le cacher, nous ne le pourrions pas ; et c^est par vous-mêmes que tous les peuples ont connu vos accusations et vos sentences. Voudriez-vous donc qu'elles passassent encore chez eux pour équitables? Non, puisque vous avez l'air de les réprouver vous-mêmes , en ne voulant pas qiCon en parle. Dès lors que ces peuples ne peuvent être éclairés que par nous, que. d'ailleurs notre conscience , notre honneur exigent qu'ils le soient, et que le droit naturel lui-même veut qu'à cet égard nous leur manifestions la vérité , vous ne pouvez avoir aucun droit de nous blâmer lorsque , pour venger la vertu , nous sommes obligés de faire connoître l'iniquité, la perfidie et les vrais motif[| de vos condamnations (i). »
Ce même langage, nous le tenions également nousmême , il y a vingt-trois ans , aux persécuteurs des année$ précédentes , qui commandoient aussi le silence , parce qu'ils n'avoient pu précipiter la génération tout entière
(i) EiK/ue, càm acta fiierint juxtà ieaes et vmaginaricmh quamda/m justitiam , qmd est cur ipsi maiestè ferant , si eadem puMieis sermoniéus et scriptis aptid omnes natùyties divuigen^ tur ? nisi forti conscientia eorum ipsis suagérat aiiquid fuisse iniquitatis et nefariœ fraudis in suis iïiis judidis, auHms homines innocentes tormentis excruciatos è tnedio sushtùrunt, et adhuc in aies truddUre non desistunt. {Ad P^rscçutore^ angios p prœfatio.)
dans celui des tombeaux, et que la pliime de Iliistoire survivoit à leurs hécatomphonies (i). Il ne fallut rien moins ensuite que leurs transactions avec Tusurpateur quHls protégèrent , pour qu^au milieu de ses fusions hétérogènes , le saint devoir du pardon des offenses se trouvât comme légalement transformé en un système an ti^ chrétien d'oubli à Tégard des Martyrs de la Foi. Ils furent donc, après leur mort, voués par cela même à une espèce de proscription nouvelle, pour le seul intérêt de ceux qui les avoient immolés.
Mais déjà le chef de l'Eglise , l'illustre Pie VI, avoit de fait protesté d'avance contre cette perfidie philosophique, lorsqu'animé du même esprit que les Clément, les Ëva-^ riste , les Spter , les Anthère , les Fabien , les Grégoire4e- Grand , il avoit pris les mesures les plus propres pour que l'on fît parvenir à Rome les actes des évêques , des prêtres, des religieux, des religieuses, et des laïques de l'un et de l'autre sexe qui , dans toutes les parties de la France, étoient misa mort pour la cause de la religion. £h ! combien de fois ne vit-on pas ce grand pape , lorsque ces actes étoient déposés dans ses mains pontificales , les baiser avec un saint transport, comme dignes du culte même du Père commun des fidèles ! Il se complaisoit à Ips rassembler , par ordre de diocèses , en des archives spéciales qu'il s'étoit formées à cet effet , dans le plus intime de ses appartemens, se proposant d'en envoyer ensuite la collection imprimée à toutes les Eglises , pour y ranimer la Foi par tant d'héroïques exemples. Heureusement cet immortel pcmtife , dans sa vaste prévoyance , permit d'en prendre des copies , et voulut qu'on se mît aies publier dès lors successivement
(i) Voyez p. 12 de V avertissement préliminaire de V Histoire du Siège de Lyon s des événemens oui Vont précédé , et des désastres qui Vont suivi , ainsi que de leurs causes secrètes^ générales 6( jfartiçuiières {depuis lySg jusqu'en 1796); ayol. in-iS', Paris,
dans des mëmoires contemporains (i). Ces monumens religieux^ si honorables pour la France , n^ ont donc pu être totalement détruits, quand les délégués de nos pei^écuteurs , envahissant , et spoliant la demeure du Saint-Père, en février 1798, y enlevèrent les archives de nos triomphes dans la Foi, quand ils les brûlèrent avec la même rage et pour les mêmes motifs que le^ préfets de Dioclét^en avoient réduit en cendres les actes des Martyrs de la primitive Eglise.
En regrettant ceux des actes du même temps qui ont péri dans cette occasio^, nous nous félicitons néanmoins de ce que , par le moyen des Mémoires ordonnés par le pontife , il en résteroit même assez pour la gloire de TËglise gallicane , sans le grand nombre d'autres que nous sommes parvenus à nous procurer. Il y a vingt-six ans que nous nous disions à nous-même ce que l'un de nos plus vénérables prélats écrivit, en 1794» au même prêtre français qui remplissoit, à Rome, avçc tant d'ardeur et de persévérance les vues pontificales dont npus veiions de parler. « Si nous n'avons point eu^ comme tant d'autres , l'honneur de sceller de notre sang la religion de nos pères , et si nous survivons à ces hé-
(1) Cet illustre ^t saint pontife don^ia l'ordre à M. Tabbé d'Hesmîry d'Auribeau, arcbîdiacre, oflicial et yicaire-général de Digne, réfugié à Rome, de publier, sous l'inspection du savant et pieux cardinal Ger* dil , les fait^ divers qui pourroient servir à l'histoire ecclésiastique d« ce temps-là. Npus sonoinies redevables aux travaux de cet infatigablerédacteur, de quatre gros volumes in-d**, lesquels, bien qu'en très-petits c^ract^res, spnt encore loin de contenir tout ce qu'il importoit de savoir. Les dei|x premiers, imprin^és à Ronoe en 1794 et 1796, sont intitulés : Mémoires 'poua^ servir 4 l'Histoire de ia PerâcuUam française, reeueiUis pXtr tçs ordres <(e N. T. S. P. te papù PieVI, et dédiés àSaSmnteté. Ils contiennent ensemble 1379 pagee de pièces diyçrses, accompagnées des réflexions de l'éditeur. Les deux autres volumes, iinpriniés aussi en Italie^ en mai et juin iSi4> ont pour titre : Ea^traiis de qv£iq;ues Ecrits de l'auteur des Mémoires four servir à l'histoire de ià Persécution française. Us renfer*^ wei^t un grand noojibre de f^its et de documens intér^ssao^ qui ne sont ppint dans les premiers.
toïques confesseui's de la Foi. c'est que; dans les secrets desseins de la Providence , nous devions rester chargés, pour la gloire et Tutilité de l'Eglise , du soin de transmettre aux générations futures les actes de leur Martyre (i). »
Et ce prélat n'étoît certes pas le seul qui exprimât le même désir, et qui cherchât à le réaliser en ce qui pouvoit être de sa compétence individuelle. Il en est plus d'un sans douté qui , se glorifiant dans le Seigneur de ce que son église particulière fournîssoit à la Foi des témoins généreux qui mouroient pour elle , chargea quelque membre de son clergé , à l'exemple de saiiit Cyprien, de noter leurs noms , le jour et les édifiantes circonstances de leur mort (2). Dans ce point y comme
« ( 1] Emmanuel-François de Bausset de Roquefort > éTêque de Fréjus depuis 1766, étoit âgé de soixante-trois ans quand, pendant son séjour auprès du vénérable cardinal Matteî, archeyêque de Ferrare» aujourd'hui doyen du Sacré-Gollége , il écrivit ce qu*on vient de lire. On trouve à la fin du a* vol. des Extraits cités plus haut, depuis la .page 160 jusqu'à 6a8, in-8% sous le titre de Jugemens de plusieurs Evéques sur les Mémoires pour servir à l'Histoire de la Persér cation française, les lettres de plus de quarante prélats français à M. l'abbé d'Auribeau, dont les unes contiennent des renseignemens authentiques sur leurs diocèses , avec le désir qu'ils fussent présentés * au souverain pontife, et les autres des encouragemens pour soutenir son zèle dans sa longue et pénible entreprise. M. Tévêque de Sisteron , François de Bovet, aujourd'hui archeyêque de Toulouse, lui écrivoit de Fribourg en Suisse, le 14 janvier 1795 : « C'est reqdre justice k l'Eglise gallicane , que d'apprendre aux différens peuples les traits qui ont caractérisé l'atrocité de la persécution, et le courage des confesseurs. » L'année suivante , feu M. l'éyêque du Puy, Marie-Joseph de Gallard de Terraube , après avoir vu les deux premiers volumes des Mémoires de M. d'Auribeau, lui écrivit de Saint-Maurice en Valais, le 3 avril 1 796 : « Vos deux premiers volumes sont déjà un riche dépôt , qui le deviendra toujoi^rs davantage. Il ne pourra nécessairement se compléter et se perfectionner qu'avec le temps ; mais il faut toujours emmagasiner ce qui se présente de bonne main, pour que rien ne se perde , s'il est possible. »
(2) M. l'archevêque de Lyon, Yves- Alexandre de Marbeuf, nous écrivoit à nOu9*même de Bouchon ea près Bois-Ie-Duc? à la même
( 17) dans, tous les autres, TEglise gallkane de la fin du XYIII^ siècle se montra digne des plus beaux jours du christianisme.
A ces preuves du zèle que , depuis son origine , on a mis parmi les fidèles à conserver, à honorer d'une manière spéciale la mémoire de ceux qui avoient souffert la mort pour la Foi, nous sommes heureux de pouvoir ajouter que quelques évéques du temps présent, animés des mêmes sentimens , se sont occupés des mêmes soins avec la même ardeur. Les communications par les«< quelles ils se sont empressés de concourir à compléter notre Martyrologe , autant qu'il peut l'être , méritent non seulement notre reconnoissance particulière , mais celle-là même de TEglise universelle. Ils -perpétuent donc aussi de nos jours , autant qu'il est en eux , cet admirable usage d'institution apostolique, au moyen duquel la Foi des fidèles se répandoit, se fortifioit par l'exemple de ceux qui venoient de braver pour elle les tourmens et la mort: De même que leurs légitimes prédécesseurs , ils disent avec saint Ëucher : « Le courage des enfans s'arme d'une nouvelle force quand on leur ■ I ■ I I I >i ■ III ■ * « II. III—
époque ( i4 mars 1794) • «Je conseirerai toute ma yie, et arec •une vive reconnoissance, ce que tous avez déjà publié des Martyrs de Lyon. J'aurois voulu que, plus maître de votre douleur, vous eussiez plus étendu votre sujet, et que vous eussiez pu peser sur les détails intéressans de chacune des victimes qui ont succombé.... Si vous entreprenez quelque jour de parler plus au long de nos braves ministres de l'Eglise qui nous ont été enlevés, et ê(^t aujourd'hui au namh^re dt nos protecUurs dans ie cUi, vous prouverez au public que Téglise de Lyon est, dans cette persécution, ce qu^elle a été dans toutes les autres, celle qui a fourni plus de confesseurs à la Foi.» — Le 7 mai suivant, le même prélat nous écrivoit encore pour le même objet, en disant avec une bienveillance que nous ne ferions point connoître , d elle ne se rapportoit à notre travail^ et ne servoit pas à montrer le zèle du primat des Gaules pour Tillus* tration des Martyrs d'alors : « Je serai très-aise d'employer votre plume pour conserver à l'Eglise tous les détails de l'affreuse persécution qui existe encore à Lyon. L'histoiie les recherchera pour rendre croyables les cruautés dont nous somme» témoins* » '
net sùm les yeux ees exemples de leurs pères qui leur font comprendre k quel poi^t ils doivent désirer cette vie éternelle, puisqu'ils la voient recherchée par les iUppUces , et quHls savent qu'on Tacquiert au prix de son sang (i). »
Elle est donc remplie la première tâche que nous nous étions imposée , celle de démontrer , contre ceux qui sembleroient vouloir le rétablissement de la religion sans le renouvellement de sa Foi par le récit du combat de ses Martyrs , qu'à la suite des persécutions FËglise s'en fit toujours un devoir indispensable. Il hous reste à prouver , contre ceux qui prodiguent aveuglément le titre de Martyr à toutes sortes de victimes^, que ce titre ifest dû qu'aux fidèles qui ont souffert ou sont morts pour la Foi , et que ceux qui , dans nos derniers troubles , furent immolés comme fanatitfues on rvf'raotaireSj doivent être honorés comme de sprats Martyrs.