‹ Le martyrs de la foi pendant la révolution Française (volume 3)Chapitre 146 sur 242 · ROG · texte numérisé non relu

ROG

Celte prière est exaucée; mab Dieu veut que l'évêque de Saintes soit appelé avant son frère , oomme pour récompenser en lui , par une dbtinction particulièpe, la générosité du dévouement firaterad ; et c'est lui qui , marchant le premier À la mort , reçoit , avant son aîné, la palme du martyre, à l'âge de 49 ans.

ROCHEFOUCAULD ( Fbah-« pois^osBFB DB La), évèquc dc^ Beauvais depuis le aa juin 177a, après avoir été grand*vicaire de l'archerêque d^ Rouen, étoit né à Angoulême en 1735, et se trouvoit par conséquent phis âgé de neuf ans que son frère , dont nous venons de parler. Député de son côté aux Etats -Gé^ nérauXf par le clergé du bailliage de Clermont-en-Beauvoisis , qui faisoit partie de son diocèse, il y tint une conduite aussi épiscopale que son frère, y refusa pareillement le serment de la Amstsltuian eivUe du etergéf et fut aussi l'un des trente prélats de cette assemblée qui rédigèrent, conttne cette œuvre de schisme 9 VExpasUiûn des vrais prin-eipeê ife i'Egiigô. Tout ce que nous avons raconté de l'éTèque de Saintes à cette époque, a été dit, par cela même, de celui de Beauvais. Tous deux continuoient à vivre ensemble dans unquartiee retiré delacapitale, lorsque, après le loaoftt 179a, les satellites des persécuteurs vinrent les enle-

KOC

ver. Oo a tu la générosité fraternelle arec laquelle le prélat de Saintes youliit partager la destinée de son frère > et par quelle impie barbarie le comité dvil de la section du Luxeméaurg les fit enfermer dans l'église des Canntêj prête à devenir une scène de carnage. Nous ne ferions que nous répéter inutilement ^ si nous allions raconter comment, le Jour du massacre 9 réyêque de Beau vais fut d'abord grièvement blessé à la cuisse 9 dans le jatdin ; comment on l'apporta dans l'église; quels soins affectueux lui prodigua son frère ; de quels sentimens il étoit animé en attendant le moment de son sacrifice ; avec quel regret révêque de Saintes 9 appelé pour y marcher le premier 9 l'avoit abandonné. Le prélat de Beauvais parut alors faire revivre en sa personne, ce vieillard Narsès, évêque de Syrie qui 9 en 343 , voyant mener , avant lui , au supplice 9 un compagnon chéri , d'un âge moins avancé, le r^ardoit avec une sorte de jalousie, et lui disoit en l'embrassant : « Que vous êtes heureux de sortir aussi glorieusement des embûches de ce monde ! Vous allez dono^entrer avant moi, et la joie su rie front, dans la porte étroite du royaume céleste (1) ». De même

( 1 ) Tum uerà senex AiiaHbtts ocuUt Joâephum iniuws , stuptnstfiu f ilùim

ROC

que Narsès , l'évoque de Beauvais ne de voit pas tarder d'être immolé.

Il sembloit que le meurtre de celui de Saintes eût irrité dans les bourreaux, la soif du sang de son frère. L'un d'eux revient en fureur, criant : « Où est donc François - Joseph , l'évéque de Beauvais?» et, bientôt arrivé âce prélat, qui, souffrant de sa blessure , sur un méchant matelas , ne pouvoit se mouvoir, il lui or* donne de se rendre vers le commissaire, pour passer ensuite dans le corridor de la mort ( F.

Septbmbbs). Le prélat lui répond avec calme : « Je ne refuse point d'aller mourir comme les autres; mais vous voyez que je ne puis marcher. Ayez, je vous prie, la charité de me soutenir et de m'aîder vous-même à me porter où vous voulez que j'aille » . Des assassins le soulèvent sous les brasy et l'aident à se traîner d'abord devant ce commissaire. On-reroyoït alors cet autre évêque, Ebedjésus, de Césarée, qui, lors de la persécution par laquelle la Perse fut désolée, en 376, étant resté des

amplexus oseuiitbatur, ei : O U beatum , aiebat , mt immaculau Joseph , quoniam paratas tibi à mundo ituidims egregA discussûii , mute vtrà lœid fronU cœlestis rtgrU angustam portam in$r0Sti ! Continua Joiephuâ carn^d ceruicem dedù ; mox iilum Ukutrim senex eodem exùu sequuuu tu, . ( Acr tfeman , pars U, pag. 99 : Hfarl/rÙÈtn SS. Karseti» ept'sçofHf et Josephi, )

ftOG

«iéfoiers dans I« prison f après en avoir ru sortir pour le supplice 9 beaucoup de prêtres 9 de diacres , de moines 9 et se trouvant trop affotbli par les blessures que lui afoient dèjàûdtes les bourreaux 9 pour j aller lui-même , sans soutien» fut porté au lieu où ses compal^nons de captivité venoient d'être égorgée. Notre nouTel Bbed-jésus o'a pas moine de fermeté que l'ancien , quand il est arriTé derant le magistrat du carnage. On croit l'entendre dire, comme son modèle 9 à cet homme impie qui l'interroge encore : « Dispensez-yous de tant de questions ; il doit vous sufiire de m'aroir tu satisfait de mourir pour ma Foi. Hfitez donc ma dernière condamnation sans hésiter 9 tt envoyez-moi bien vite où il me sera permis de jouir de la vue et des entretiens de mes frères 9 qui viennent d'être massacrés pour la même cause. J'en avois précédé un grand nombre dans les mêmes coÉnbats ; et je ne vois pas ^sans envie qu'ils aient obtenu la couronne avant moi (1) ». Enfin»

i'évêque de Beauvais est renvojé

(i) Quamobrem m humeros subia^ tus ad suppUeu iocum , in 4juo todi

exddêrant , deportaiiu est Prœtor

ffuœstÙMem exorsus esi».„ cui tuhleta magnanimus , atqus foriissimus : Jn* non , ait, homo stupide, te pudet istius modi eonsiiium suggerere, ta, nimirùm, corpore pereunte, uùn animœ mtœ infe^

ram Quodrcà ne me pidisse con'

tentum cœtera negfigatis , sed impigrè

liOC 497

pareillement à l'endroit où s'exécute le massacre ; et sa reconnois*»

sance est grai^de pour ceux qui l'y portent , et le présentent au martyre qu'il désire. Il fut presque la dernière victime immolée aux Carmeê. « C'est 9 dit Mathou de La Tarenne9 un tailleur d'habits^ nommé Berthelot9 qui tua les évêques La Rochefoucauld ; et le même Martin Froment, qui avoit enfoncé son sabre dans le ventre de l'abbé Dubray ( F, ce nom ) 9 se fit un atroce plaisir de n^utiler leurs cadavres 9 en leur coupant le nez et les oreilles ». « Et c'est ainsi, pourrons-nous dire avec plus de raison , comme un historien ecclésiastique des beaux temps de l'Eglise le disoU du martyre des deux frères saint. Marcîeu et saint Nicandre ; c'est ainsi que tous les deux 9 mis A mort en ce monde 9 de la même manière , ont ensemble passé comme des vainqueurs et des triomphateurs 9 comme de vrais Martyrs de. Jesus-C&rist 9 dans les joies éternelles. En méprisant 9 pour Tamour de Dieu , les menaces et

judtàum meum urgere, megue quantùdàs hdc eurd expedire » otçuc Ulud transnattere studeaUs , ubi odspectu conloquiûiiue potùri licAU fratrum nùstrorum , quos ( hodiemd ) die iniquissùno judido condenuuOos necdstis.

JStenim iilos ad cotiflictum prœibo , qwuttyis ad eoronam ipsi me prœeeste^ rint, (AtMman , pars 1* pag. i6a . dcta Sanctorum quadraginta Afartjrrum,)

49S KOC

les coups des hoiiimesy ils sont devenus les amis de Jésus - Christ j dans le royaume céleste. Nous devons donc les vénérer souvent par des hommages dignes d^eux, afin de mériter, par leurs prières 9 la grâce d'acquérir»

avec toute leur plénitude, les récompenses et les couronnes immortelles (1) ».

ROCHELÉ ( Jëaiv ) , prêtre du diocèse de Bûle ( dont l'évêque résidolt à Porentrui ), et né s\ 111furth, dans la haute Alsace, près d'Hab2>hcim, en 1760, étoit, à Tépoque de la révolution, vicaire en la paroisse de Seppois , près d'Alkirk. Il fut bientôt obligé de ne plus paroître dans son église , parce qu'il avoit refusé le serment de la constitution civite du clergé ; et il ne pouvoit plus exercer qu'en secret son ministère dans cette parobse. Son sacerdoce eut des entraves bien plus pénibles après la loi de déportation à laquelle son zèle l'avoit déterminé à se soustraire , afin que les fidèles ne restassent

(i) Et SIC eodem génère manjrriiin hoc mundo interempti , amho %*ictores et trùtmphaiores , Martyres Christ!, ad œt/ema gaudia migrauerunt in cœUs ; qui pro tunore Dei minas hominitm et uerbera contemnentes , Christi amid effecti sunt in rtgno cœlorum, Digtiis itaque honoribus sunt uenercutdi sœpissimè , ut eorutn precihus mereamur consequi cœfnrum régna ac prœmia ùtrgissimè, ( Ruinart : jécta SS. Alar* cianiet Aicandri , Jtfartjrrum.)

KOC

pas privés des secours de la religion. Cependant , l'on croit que, quelque temps après , il fut forcé par de trop imminens dangers , à sortir de Fiance. Ce qu'il y a de certain , c'est que, dans les années qui suivirent le fameux Neuf thermidor f il se retrouva parmi les fidèles de la paroisse de Seppois; et la confiance à laquelle les gens de bien se livroient trop imprudemment alors , entraîna le vicairp Rochelé à s'abandonner plus librement et plus notoirement aux mouvemens de son zèle. La persécution étant sortie tout à coup de sa perfide contrainte, le 1 8 fructidor an Y ( 4 septen>bre 1797 ), Rochelé , que ses œuvres a voient déjà trop fait con* noître des persécuteurs, fot obligé de se cacher; mais il n'étoit plus d'asile sûr pour lui, tant ils a voient à cœur de le surprendre^ et mettoient d'ardeur à le découvrir. Pour sa sûreté, il changea plusieurs fois de retraite; mais 9 comme s'il eût été suivi dans la dernière , où il s'étoit réfugié , vers le milieu de juillet 1798, elle fut tout à coup assiégée, par des gendarmes , accompagnés de forcenés révolutionnaires. Déjà les gendarmes sont entrés: l'un d'eux, le voyant fuir d'une chambre dans l'autre, s'élance sur lui ; et , se dispensant de tout autre moyen de l'arrêter , il le frappe d'un violent coup de sabre , entre les épaules. Ces satellites craignant

Page 1