AUGMENTATION (-}-) DIMINUTION
absolue
« Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Si en 1882 on comptait deux employés sur trois travailleurs, la pro-
portion était en 1895 de 3 sur 4; l'importance de cette transformation saute aux 3^eux. »
« Cependant ces chiffres ne se révèlent pas aux yeux des profanes dans toute leur gravité.
« Cette proportion de trois employés salariés contre un industriel non salarié pour le pays tout entier permet encore de supposer que la grande industrie est actuellement encore de beaucoup dépassée par la petite industrie (métiers et petites fabriques), qu'elle a sans doute pris une extension considérable, mais qu'elle est encore loin d'être la reine. Si, en treize ans, et malgré les progrès gigantesques, accomplis pendant ce temps au point de vue technique, le nombre des non-salariés de l'industrie n'a diminué que de 140 276, c'est-à-dire de moins de 6 0/0, il semble que la diss'arition des métiers et de la petite industrie soit encore loin d'être un fait accompli et que les métiers aient encore, même en dehors du travail artistique, un vaste domaine. »
Ce que Bernstein désigne ici connue un fait apparent, qui pourrait induire en erreur les gens incompétents, est devenu pour lui dans l'espace de deux ans une réalité, au sujet de laquelle les fous, qui jurent aveuglément par les paroles du maître, peuvent seuls se tromper.
Or en 1896, Bernstein lui-même comptait encore au nombre de ces fous, et son œil per(;ant savait découvrir la réalité cachée sous les chiffres. Il continuait :
« Cependant ces chiffres grossiers sont loin d'exprimer le rapport réel entre la grande et la petite industrie. Ils ne montrent que le groupement extérieur de la fraction de la population occupée, au sens étroit du mot, dans l'industrie ; ils sont muets au sujet de tous les faits qui nous sont nécessaires pour connaître les relations intimes de la production, étendue, caractère, etc.
Pour nous instruire sur ce point, nous avons besoin non seulement des renseignements que nous donnera la statistique des professions sur la distribution en groupes d'exploitations de chacune des branches de production, mais de renseignements analogues sur la situation de chaque exploitation en particulier dans son groupe de production, sur le rapport des résultats' de la production entre eux et autres questions de détail, dont la statistique des professions ne parle pas en général ».
Il cherche alors à évaluer « le véritable étal des choses » en se basant sur les données du livre de Sinzheimer « sur les limites du développement des grandes fabriques en Allemagne », et il arrive à ce résultat :
(( Si l'on tient compte de? déplacements importants dans la distribution des travailleurs, suivant les classes d'entreprises, déplacements que nous montre la plus récente statistique industrielle, si on tient compte en outre de ce fait incontesté et incontestable, que c'est dans les grandes exploitations que la force productive du travail s'est le plus accrue, on pourra conclure sans crainte d'exagération, que, si en 1882, un minimum de 47 à o4 0/0 de la production industrielle totale revenait aux grandes fabriques, leur part actuelle ne peut être inférieure à 60 ou 70 0/0 de la production totale.
Les deux tiers, sinon les trois quarts de la productioi}. industrielle de l'Allemagne appartiennent aux grandes fabriques, à la grande exploitation collectiviste. — Une foule de circonstances nous cachent ce fait; une très grande partie des produits de la grande industrie ne sont qu'à demi fabriqués, un certain nombre d'autres nous sont livrés par des personnes, qui n'ont contribué qu'en apparence à leur fabrication et qui ne sont en réalité que des intermédiaires et des marchands. Mais il ne paraît pas possible d'en contester l'exactitude. Les exploitations collectivistes, qui contribuent pour une si
large part à la production nationale sont-elles assez mûres, en général, pour être soustraites à l'initiative privée? c'est une autre question.
Elle ne peut trouver sa solution que dans le succès du collectivisme et non dans les recherches statistiques. Nous pouvons donc la négliger. Mais nous remarquerons, que Bernstein est arrivé luimême récemment à ce résultat^ que les grandes fabriques, qui en 1882 ne livraient que la moitié de la production nationale, en produisaient treize ans plus tard déjà les deux tiers, sinon les trois quarts. Si on n'appelle pas cela une concentration rapide du capital, une évolution qui marche à pas de géant vers la production socialiste et collectiviste, c'est qu'on applique aux processus historiques une singulière mesure.
La comparaison des quantités de produits fait voir plus clairement les progrès de la grande exploitation, que la comparaison du nombre des exploitations des différentes catégories de grandeur et des ouvriers qu'elles occupent.
Mais là aussi les progrès de la grande exploitation sont indéniables. On comptait, dans l'industrie, la manufacture, le commerce, le trafic, l'horticulture, la pisciculture, etc. :
Exploitations
augmentation °/,
jec 1-5 personnes
us de \ 000
Total.... 3.005.457 3.144.947 4.i
Tandis que l'augmentation totale des exploitions était de 4, 6 O/o. les petites exploitations ne croissaient que de 1. 8 O/o et les grosses exploitations de 100 0/0- Le nombre absolu des premières augmentait, c'est vrai, mais leur nombre relatit
diminuait.
La répartition proportionnelle des exploitations
était, pour O/o *•
Exploitations avec 1-5 personnes.
— plus de 1000 »
La proportion des petites exploitations dans l'ensemble des exploitations est donc tombée de 96 0/0 à 93 0/0 en cbiffres ronds.
Il est vrai que la proportion pour O/o des petites exploitations est encore énorme. Mais les choses changent si nous considérons le nombre des personnes employées.
Nombre des personnes employées dans les :
Angmen-
4a«.7 1895 tationO/0
Exploitations de 1-5 personnes 6-10 —
plus de 1000 —
Total
Le nombre des personnes employées dans l'ensemble des industries aug'mentait de 40 O/q, dans les petites exploitations de 10 O/q seulement, dans les grandes exploitations de llO O/q- Nous trouvons donc ici une diminution relative considérable du personnel des petites exploitations.
Proportion O/q des personnes employées :
xploita
lions de -1-5
pe
rsonnes