LE PROGRAMME
a) La théorie de T écroulement.
fZusammenbruclistlieorie)
Nous sommes parvenus ici au point capital de la Critique de Bernsleiu. A partir de ce moment elle s'adresse'directement à notre programme et prend par conséquent une importance pratique. Sa critique de la théorie de l'écroulement est aussi la partie de son ouvrage que nos adversaires ont accueillie avec une satisfaction marquée. L'exactitude et la clarté sont donc particulièrement nécessaires ici.
Marx et Engels n'ont pas formulé une théorie spéciale de l'écroulement. Le mot est de Bernstein comme le mot de théorie de la misère croissante (Verelendungstheorie) appartient aux adversaires du Marxisme.
Bernstein inventa le mot de tliéorie de l'écroulement dans sapolémique contre Bax (Neue Zeit, XVL 1, p. 548 s.). Il partait alors dans son deuxième
article du § III de la motion sur les devoirs économiques de la classe ouvrière, motion présentée au congrès international de Londres en 1896. Ce paragraphe était ainsi conçu dans la rédaction allemande : c( Le développement économique est actuellement tellement avancé qu'une crise peut survenir sous peu. Le Congrès invite donc les travailleurs de tous les pays, à se mettre au courant de la production, pour être en mesure de diriger cette production en ouvriers conscients des besoins de leur classe et pour le bien de la collectivité. » Les rédactions anglaise et française diffèrent beaucoup de la rédaction allemande et donnent un sens préférable. On n'y dit pas : <( Le développement économique est actuellement tellement avancé qu'une crise peut intervenir sous peu y^. mais bien « le développement économique et industriel avance avec une telle rapidité qu'une crise peut avoir lieu dans un temps relativement court. Le Congrès insiste donc auprès du prolétariat de tous les pays sur la nécessité absolue d'apprendre... à administrer leurs pays » (et non la direction de la production) ». Dans le rapport du congrès, qui parut chez l'éditeur du « Vorwaîrts », ce passage manque complètement. Le paragraphe III est remplacé par une phrase sur la fête du l^"" mai.
On conviendra qu'il est un peu hardi de baser une critique de la théorie socialiste de l'évolution sociale sur cette phrase banale, dont la saveur est vague et obscure — car que signifie en effet le mot
crise?
Maisjc'est ce que fait Bernstein. La phrase citée.
dit-il^ « est au moins dans son sens général conforme à la conception socialiste actuelle de l'évolution de la société moderne. »
« D'après cette conception, une crise industrielle d'une violence considérable enflammera tôt ou tard tellement les esprits contre le système économique capitaliste, à cause de la misère qu'elle fera naître, elle convaincra si profondément les masses populaires de l'impossibilité de diriger avec ce système les forces productives pour le bien de la collectivité, que le mouvement dirigé contre ce système acquerra une puissance irrésistible et provoquera fatalement l'écroulement de ce système. En d'autres termes, la grande crise économique inévitable prendra les proportions d'une crise sociale générale dont le résultat sera la souveraineté politique du prolétariat, seule classe révolutionnaire ayant conscience de son but, et une transformation accomplie sous la direction de cette classe. » C'est là, répète Bernstein, la conception du parti socialiste.
« Le parti socialiste est donc convaincu que ce mode d'évolution est une loi naturelle inévitable, et que la grande crise économique générale est le seul et unique moyen de transformer la société dans le sens socialiste. » (Neue Zeit, p. 549.) Il serait difficile à Bernstein de prouver que le parti socialiste est réellement convaincu de cela. Il se contente de citer le paragraphe nullement probant de la motion présentée au congrès international, paragraphe qui ne fut pas même discuté et qui, si le rapport du « Vorwœrts » est exact, ne fut pas admis.
C'est en vain que Bernstein cherchera dans les documents officiels du parti socialiste allemand un seul passage qui concorde avec la théorie exposée par lui de l'écroulement dans le passage du programme d'Erfurt, qui traite des crises, le mot « écroulement » ne se trouve nulle part. Mais on ne trouverait même pas dans les discours et les articles de journaux des membres du parti, un passage où on soutienne d'une manière précise que la révolution sociale sera précédée d'une crise industrielle ou que le prolétariat ne pourra conquérir le pouvoir politique qu'à la faveur d'une crise industrielle. Belfort Bax a exprimé, si je ne me trompe, des idées analogues, et il semblait naturel que Bernstein en fît la critique dans l'article cité. Quand il y parlait de la théorie de l'écroulement comme d'une opinion dominante dans le parti socialiste, cela pouvait passer pour une exagération, facile à commettre dans l'ardeur de la polémique.
Mais Bernstein ne songe pas à rectifier cette exagération, dans son livre qui n'est pas dirigé contré Bax. Au contraire, il l'exagère encore en donnant à la théorie de l'écroulement une portée plus grande encore.
Ce qui en 1898 n'était encore qu'une théorie dominante dans le parti socialiste, est devenu en 1899 la théorie du parti socialiste; la polémique dirigée contre Bax se tourne contre Marx et Engels, la critique d'un paragraphe accessoire de la motion au congrès de Londres devient la critique du « Manifeste communiste » et du « Capital. »
Cette critique a été depuis portée aux nues par les anti-marxistes au-dedans et en dehors du parti, et considérée comme la réfutation la plus catégorique de la théorie marxiste de l'écroulement.
Si nous demandions à ces messieurs ce que sig-nifie exactement cette théorie, nous entendrions de curieuses réponses. On a vu, au cours de la discussion, que Bernstein lui-même a faussement représenté la théorie marxiste dans un de ses points essentiels. D'après Bernstein, Marx et Engels espéraient que le mode de production socialiste serait une conséquence de l'écroulement du mode de production capitaliste, qui résulterait de l'accumulation du capital et des crises de plus en plus terribles qui se produisaient. De lutte de classe du prolétariat, Bernstein n'en parlait pas.
Je n'y voyais pas une intention, mais un hasard. Bernstein omettait ce qui est le plus important et en môme temps le plus naturel. Voilà ce que je croyais. C'était une erreur.
Bernstein déclarait dans le « Vorwœrts » que ma conception de la théorie de Marx était fausse. Citons en entier ce passage caractéristique.
« La théorie de Marx et d'Engels, dit Kaulsky, déduit la nécessité de l'écroulement prochain du capitalisme de l'accroissement du nombre des prolétaires et des progrès de leur maturité et de leur puissance, de l'assujettissement progressif des petites industries aux grandes industries capitalistes, qui deviennent de plus en plus monopolisatrices, et de la tendance croissante à la surproduction; celle-ci aboutit ou à des crises de plus en
plus graves ou à une stagnation générale^ ou encore, ce qui est théoriquement possible, aune organisation générale de cartels, dont les effets seraient encore bien plus insupportables et irritants que la stagnation des affaires et qui aboutirait nécessairement à l'expropriation des cartels, c'est-à-dire, dans ce cas, de l'industrie capitaliste.
Tout d'abord, ce n'est pas là la théorie de Marx et d'Engels, mais une interprétation de cette théorie par Kautsky. En quoi cette interprétation est-elle conciliable avec le chapitre, dans lequel Marx traite de l'écroulement du capitalisme, et où il est question non des progrès de la maturité et de la puissance prolétariennes, mais de la dégénérescence et de la servitude des prolétaires ? Je puis d'autant plus facilement me dispenser de répondre à cette question que j'ai insisté moi-même très énergiquement sur ce fait que ce chapitre ne doit être considéré que comme la marque d'une tendance. (Vorwserts, 26 mars 1899.)
Voilà ma réponse :
« Celte phrase n'a pas été écrite par un vulgaire économiste, qui n'a jamais eu le« Capital» entre les mains, mais par un homme qui passe pour un des meilleurs et des plus intelligents connaisseurs de la littérature marxiste. Il me suffit pour justifier cette phrase de citer ici textuellement le passage auquel se réfère Bernstein.
« A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d'évolution sociale, augmentent la misère, l'oppression, la servitude, la dégradation, l'exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. »
L'accroissement continu du nombre, les progrès de l'organisation et discipline, ne sont-ils pas synonymes de maturité et de puissance ? Comment Bernstein peut-il
donc prétendre que Marx ne parle pas, dans son chal^itre sur l'écroulement, des progrès en maturité et en puissance^ mais seulement de la dégénérescence et de la servitude croissantes du prolétariat? Et comment peut-il soutenir^ que je ne donne qu'une interprétation de la théorie de Marx et d'Engels et non la théorie elle-même? Le Manifeste communiste ne dit-il pas déjà expressément que les progrès du prolétariat en maturité et en puissance sont une des conditions primordiales de l'écroulement de la société capitaliste?
« La bourgeoisie, dit-il, n'a pas seulement forgé les armes, qui lui donneront la mort, elle a produit aussi les hommes, qui manieront ces armes — les ouvriers modernes, lés Prolétaires... L'industrie, en se développant, non seulement grossit le nombre des prolétaires mais les concentre en masses plus considérables; les prolétaires augmentent en force et prennent conscience de leur force... Les ouvriers commencent par se coaliser contre les bourgeois pour le maintien de leurs salaires... Le véritable résultat de leurs luttes est moins le succès immédiat que la solidarité croissante des travailleurs... L'organisation du Prolétariat en classe, et par suite en parti politique, est sans cesse détruite par la concurrence que se font les ouvriers entre eux. Mais elle renaît toujours, et toujours plus forte, plus ferme, plus formidable. Elle profite des divisions intestines des bourgeois pour les obliger à donner une garantie légale à certains intérêts de la classe ouvrière, par exemple la loi des dix heures de travail en Angleterre... La bourgeoisie fournit aux prolétaires les éléments de leur propre éducation politique et sociale, c'est-à-dire des armes contre ellemême. De plus, des fractions entières de la classe dominante sont précipitées dans le Prolétariat ou sont menacées tout au moins, dans leurs conditions d'existence. Elles aussi apportent au Prolétariat de nombreux éléments de progrès».
« Nous voyons ainsi exposé déjà, dans le Manifeste communiste, l'importance qu'ont la maturité et la puis-
sance croissantes du prolétariat pour récroulement de la société capitaliste. Depuis que Marx et Engels ont formulé pour la première fois leur théorie de l'écroulement, l'accroissement de la maturité et de la puissance du prolétariat est devenu un. des éléments essentiels de la théorie. Sans cela, il est impossible de la comprendre, et voilà Bernstein qui vient affirmer que ce n'est là qu'une interprétation de mon crû.
Mais l'accroissement de la maturité et de la puissance du prolétariat n'est pas seulement un élément essentiel de la théorie marxiste de l'écroulement, il en est même l'élément caractéristique.
D'autres socialistes avant Marx et du temps de Marx ont déclaré, indépendamment de lui, que le mode de production capitaliste menait à une misère croissante, à une disparition progressive des petites industries et à une augmentation de la surproduction. Ce que Marx et Engels trouvèrent seuls ce furent des tendances qui fortifient le prolétariat. Ils se distinguent d'autres socialistes en ce qu'ils surent voir non pas seulement la servitude croissante du prolétariat, mais sa résistance croissante, non pas seulement l'augmentation de sa misère et de sa dégradation, mais les progrès de sa discipline et de son organisation, de sa maturité et de sa puissance,, c'est là ce que les vulgaires critiques de la théorie de la misère croissante n'oublient que trop facilement, eux, qui ne critiquent en règle générale que les théories de la misère croissante antérieures à Marx. Mais je ne me serais pas attendu à ce que Bernstein l'oubliât. Il semble qu'il y ait une loi psychologique qui trace à tous les critiques de Marx le même chemin, quel que soit du reste leur point de départ. »
Au reste nous trouvons ici un joli échantillon de ce que Bernstein entend par nécessité historique. Fidèle à sa traduction de mot nécessité par fatalisme, il ne voit de nécessité, que là où il y a une contrainte irrésistihle. 11 tire de la théorie de
Marx cette doctrine que le développement économique finirait par créer une si+uation dans laquelle les hommes ne pourraient faire autrement que d'introduire le socialisme. C'est ainsi et pas autrement qu'il comprend la tliéorie marxiste de l'écroulement. Dans ces conditions, il n'est pas difficile de la réfuter.
« Examinons de plus près, dit-il, l'interprétation de Kautsky. Est- elle une preuve que la victoire du socialisme est fondée sur des considérations purement matérialistes? Pas le moins du monde. La maturité des prolétaires n'est pas un facteur économique, mais éthique, sa puissance est un facteur politique et social. Mais Kautsky appelle aussi à son aide le mécontentement général provoqué par l'organisation prévue d^^s ortels. Ce n'est pas là un facteur économique ou du moins ce c'est pas un facteur purement économique. Sans compter que ce mécontentement ne doit pas « nécessairement » aboutir à l'expropriation des cartels industriels. Si la victoire du socialisme doit être « une nécessité économique immanente », il faut qu'elle soit fondée sur la nécessité inéluctable de l'écroulement économique de la société existante. Mais cette nécessité n'a pas encore été démontrée et elle ne pouvait l'être.
L'évolution a pris sur certains points une direction différente de celle qu'elle devrait prendre, si l'écroulément était inévitable pour des motifs d'ordre purement économique. Mais pourquoi faire dériver le socialisme « de la contrainte économique? » Pourquoi rabaisser l'intelligence, le sentiment du droit, la volonté de l'homme ? Pourquoi rapporter le théorème si souvent mal compris du défaut de libre arbitre dans l'individu aux hommes des pays civilisés, constitués en société ? Je considère cela comme insoutenable et superflu. La société accomplit aujourd'hui beaucoup de choses, non parce qu'elles sont absolument nécessaires, mais parce
qu'elles sont un progrès Et dans le mouvement socialiste, le sentÏQient du droit, l'effort vers des conditions sociales encore plus justes sont au moins un facteur aussi important et aussi actif que la nécessité matérielle. « (Vorwàrts » 2ô mars.)
Qu'y a-t-il de plus triste que de pareilles idées chez un homme, qui a été pendant vingt ans le représentant du matérialisme historique? Il s'attaquait encore en 1890 à von Schulze-Gâvernitz parce que celui-ci prétendait que le parti socialiste expliquait les causes économiques comme la cause exclusive des transformations sociales. « M. de Schulze, disait Bernstein, est non seulement un disciple reconnaissant, mais docile de M. Brentano. Après avoir répété ce qu'il a lu dans les théoriciens du parti socialiste^ il substitue, avec discrétion il est vrai, à la théorie socialiste, une caricature absurde de cette théorie, pour prouver sa supériorité »(NeueZeit, IX, l,p. 660). Aujourd'hui Brentano et Schulze-Gâvernitz le pressent sur leur cœur, car leur caricature ridicule de la théorie socialiste paraît bien terne en face de l'œuvre de Bernstein, qui identifie la nécessité historique avec la contrainte économique, et nie que Marx et Engels aient fondé la nécessité du socialisme sur la maturité et la puissance croissantes du prolétariat. Bernstein a trouvé un défenseur dans la personne du Docteur AYoltmann. Mais sa théorie n'est pas identique à celle de Bernstein. Ce que celui-ci désigne comme étant la théorie de jNlarx et d'Engels, c'est la théorie d'Engels, comme croit l'avoir découvert Woltmann.
D'après Woltinanii, Marx fonda toujours le socialisme sur la maturité, la puissance et le mécontentement croissants du prolétariat, tandis que Engels, — Cunow et ma modeste personne — prétendent que le capitalisme se détruira lui-même. « Engels a surtout pensé que les forces productives prennent un développement si considérable, qu'elles briseront les liens du mode de production en vertu de leur force mécanique et provoqueront ainsi une crise générale. Mais Engels n'entendait par forces productives que les forces productives technicoéconomiques et surtout la force mécanique industrielle. Tandis que les forces économiques se révoltent contre le mode de production, c'est-à-dire contre la propriété, le prolétariat profite de cette crise, pour s'emparer du pouvoir-politique et met en œuvre les forces productives dans l'intérêt général delà société. C'est là une opinion courante ».
Dans quel pays est-elle courante? je l'ignore; il est certain, qu'elle n'a jamais été celle d'Engels, ni celle de Cunow, ni la mienne. Il est assez invraisemblable qu'Engels ait collaboré pendant un quart de siècle avec Marx, sans qu'ils aient eu conscience de cette différence fondamentale entre leurs idées et qu'il ait fallu l'aide de Woltmann pour la découvrir.
Mais Engels n'était pas assez mystique pour voir autre chose qu'une image dans la rébellion des forces productives techniques contre le mode de production. Il est évident qu'une rébellion des forces productives techniques ne peut consister qu'à rendre les hommes eux-mêmes rebelles. Si
Engels n'a pas toujours jugé à propos d'insister sur ce point, ce n'est pas une raison pour dire qu'il était d'avis contraire.
Ce que Woltmann appelle l'idée d'Engels est évidemment analogue, sinon identique à ce que Bernstein entend par nécessité historique. Nous nous trouvons ici en présence d'un phénomène étrange : Bernstein emprunte aux théories de Marx le prétendu fatalisme delà conception matérialiste primitive de l'histoire, l'idée que l'homme n'est qu'un simple automate mù par les forces économi(pies, et il découvre dans les théories d'Engels, que celui-ci reconnaît l'influence des facteurs moraux dans l'histoire, tandis que Woltmann afhrme précisément le contraire de Marx et d'Engels.
Tant que nous n'aurons pas de preuves meilleures que de pareilles suhtilités problématiques, auxquelles on pourrait facilement donner un sens contraire, nous ferons bien d'admettre que les deux hommes qui ont composé le Manifeste communiste étaient absolument hxés et d'accord sur tous les points essentiels. Chacun d'eux était certainement une individualité indépendante, qui concevait et développait à sa manière la théorie commune.
L'historien de la théorie tient compte de ces différences et de l'évolution des idées de chacun d'eux. Mais ces différences sont trop minimes pour qu'elles aient de l'importance pour notre conduite pratique.
Ce que Bernstein prend pour mon interprétation spéciale de la théorie de Marx et d'Engels et ce que Woltmann considérait comme la théorie spé-
ciale à Marx et différente de celle d'Engels, c'est la théorie exposée pour la première fois systématiquement dans le Manifeste comnmniste, développée plus tard et rectifiée en quelques points par nos maîtres dans leurs divers écrits.
Cette théorie voit dans le mode de production • capitaliste le facteur qui pousse le prolétariat à la lutte de classe contre les capitalistes, qui augmente ses forces numériques, sa cohésion, son intelligence, le sentiment qu'il a de sa force, sa maturité politique, qui accroît de plus en plus son importance économique, rend inévitables son organisation en parti politique et la victoire de ce parti, et non moins inévitable aussi le mode de production socialiste, comme conséquence de cette victoire.
C'est là la théorie qu'il s'agit d'examiner dans une étude sur l'avenir du parti socialiste ; c'est elle qui est la base des programmes des partis socialistes ; c'est elle que nous ne devons pas perdre de vue dans la discussion qui va suivre et non la ridicule théorie de l'écroulement, que Bernstein nous met sur le dos.
Bernstein soulève trois objections contre la théorie marxiste du mode de production capitaliste : 1° Le nombre des personnes qui possèdent ne diminuepas, mais augmente. 2° La petite industrie n'est pas en décadence. 3° Les crises générales et ruineuses sont de moins en moins probables. — De ces trois objections, celle que Bernstein cite en second lieu devait occuper la première place. Si la doctrine marxiste de la concentration du capital"
est fausse, nous accordons, sans autre forme de procès, raccroisseiïient du nombre des personnes qui possèdent; si elle est juste, il faut qu'on nous montre comment il se fait que malgré cela le nombre des personnes qui possèdent augmente.
L'évolution du mode de production est le fait fondamental, la question de propriété n'est qu'un fait de surface qui est déterminé par le premier. C'est là une caractéristique de la méthode de Bernstein, qu'elle s'occupe des phénomènes accessoires avant d'étudier la loi fondamentale. C'est de cette dernière que nous allons tout d'abord nous occuper.
6) Grande Exploitation et Petite Exploitation.
D'après la ^loctrine de Marx, le développement économique amène dans la société moderne la disparition de l'ouvrier travaillant à son compte et sa transformation en ouvrier salarié, exploité par celui qui est maître des moyens de production, c'est-à-dire, par le capitaliste.
« La propriété privée basée sur le travail personnel, cette propriété qui soude, pour ainsi dire, le travailleur isolé et autonome aux conditions extérieures du travail, est supplantée par la propriété privée capitaliste fondée sur l'exploitation du travail d'autrui, sur le salariat.
Dès que ce mouvement de transformation a décomposé de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires et leurs moyens de travail en capital, que, enfin, le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socia^
lisation future du travail, ainsi que la transformation progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot l'élimination future des propriétés privées, va revêtir une nouvelle forme. Ce qui est maintenant à exproprier, ce n'est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d'une armée ou d'une escouade de salariés.
Cette expropriation s'accomplit par l'action des lois de la production capitaliste elle-même, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. En même temps que la centralisation, expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours plus grande, l'application de la science à la technique, l'exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l'outil en instruments puissants seulement par l'usage commun, par conséquent l'économie des moyens de production, les relations de tous les peuples sur le marché universel, d'où le caractère international imprimé au régime capitaliste.
A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de celte période d'évolution sociale, augmentent la misère, l'oppression, l'esclavage, la dégradation, l'exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui agrandi et prospéré avec lui et grâce à lui. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe va se briser. L'heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs vont être à leur tour expropriés (« Capital », I, 2*^ édit., p. 792, 793).
C'est la forme classique de la fameuse « légende
dévoratrice » de Marx que Bernstein a entrepris de détruire. Il est évident qu'il faut savoir comprendre cette description lapidaire d'une évolution qui met des siècles à s'accomplir; il faut y voir une certaine recherche d'esprit, principalement où Marx parle au figuré. L'enveloppe qui se brise, l'heure du capitalisme qui sonne, l'expropriation des expropriateurs doivent être considérées comme des faits de l'évolution historique qui doivent inévitablement se produire, mais dont il est impossible de déterminer d'avance le caractère et l'imminence.
Nous allons d'abord démontrer que la justesse de la théorie marxiste ne dépend, ni de la vraisemblance plus ou moins grande de catastrophes, ni de la rapidité de l'évolution, mais seulement de la direction qu'elle prend. S'il y a des marxistes s'attendant à des catastrophes politiques et sociales, cela n'est pas une conséquence nécessaire de leur théorie, mais une déduction tirée de situations politiques et sociales déterminées. Si la « légende dévoratrice » signifiait qu'une expropriation immédiate et générale de tous les capitalistes est inévitable, je la sacrifierais volontiers. Mais je ne puis non plus garantir que l'évolution se fera peu à peu et méthodiquement. Il est plus important de savoir si la concentration du capital s'effectue véritablement ou non. Il est difficile de savoir ce que Bernstein pense de cette question. Est-il vrai que la concentration et tous les phénomènes qui l'accompagnent, se produisent dans les conditions indiquées par Marx? Bernstein répond ainsi à cette
question : a Oui et non. L'exposé est surtout exact dans sa tendance. Les éléments mentionnés sont là et ils ag-issent dans la direction indiquée. Si l'imag-e ne répond pas à la réalité, ce n'est pas que les choses dites soient erronées, mais parce que les choses dites sont incomplètes. Des facteurs, dont l'action sur les contradictions relevées est limitative, sont ou bien complètement négligés par Marx ou ne sont traités qu'occasionnellement. En résumant et en faisant ressortir l'antagonisme réciproque entre les faits constatés, Marx ne fait aucune allusion à ces facteurs limitatifs, de sorte que l'influence sociale des antagonismes apparaît plus sérieuse et plus immédiate qu'elle n'est en réalité. » (p. 79.)
Cela peut avoir deux sens. 11 est évident que la théorie doit négliger tous les phénomènes qui pourraient l'obscurcir, si elle veut pouvoir étudier les lois fondamentales de ces phénomènes. Quiconque oublie cette règle et exige de la théorie qu'elle concorde en tout avec les phénomènes superficiels, verra, qu'ainsi comprise, elle donne aux choses un relief qu'elles n'ont pas dans la réalité. Mais quiconque voudra remédier au mal et faire entrer dans la théorie tous les éléments de la réalité superficielle, sera toujours débordé par l'abondance des phénomènes, perdra le fil conducteur, restera confus et ne parviendra pas à une vue claire des choses.
J'ai déjà dit qu'il faut savoir comprendre l'esprit de la théorie de Marx. Si les remarques de Bernstein ne voulaient pas dire autre chose, il n'y
aurait rien à ajouter sinon qu'elles sont évidentes et qu'elles s'appliquent à toute théorie.
Mais l'idée de Bernstein est probablement toute différente. Il admet que la théorie de Marx omet non seulement des discordances superficielles, mais des tendances fondamentales, qui détruisent plus ou moins les effets des tendances décrites par elle. Dans l'évolution sociale, les tendances décrites par Marx n'atteignent donc pas toujours victorieusement leur but, en dépit de toutes les oppositions. Mais nous ne voyons pas clairement si dans la pensée de Bernstein ces tendances opposées entravent l'évolution ou en changent la direction.
Bernstein déclare que les antagonismes sociaux étaient plus violents chez Marx qu'ils ne le sont dans la réalité. Mais il ne s'agit pas ici de la violence des antagonismes ; nous n'avons pas besoin pour cela d'une théorie. Cette théorie doit nous apprendre sur quelle évolution des antagonismes sociaux nous pouvons compter, s'ils augmentent ou s'ils s'adoucissent. Si l'on pose ainsi la question, il ne suffit plus de répondre en signalant les exagérations de la théorie marxiste. Quand je demande si un navire déterminé se dirige vers l'Est ou vers l'Ouest, je ne suis pas bien avancé, si on me ré pond que ce serait une exagération d'affirmer qu'il se dirige vers l'Est, et qu'il y a de fortes présomptions de croire qu'il va vers l'Ouest.
Ce sont pourtant les réponses que nous fait Bernstein. Il admet (p. 80) que les entreprises dans le mode de production capitaliste se centralisent, comme Marx l'a exposé. Mais, dit-il, les fortunes
ne se centralisent pas. « Dans la socialdémocratie, l'opinion prédomine qu'une concentration des fortunes va de pair avec la concentration des entreprises industrielles. Or, il n'en est nullement ainsi. »
C'est reconnaître que la concentration des entreprises est un fait réel dans le mode de production capitaliste. C'est ce que dit Bernstein au commencement de ses recherches sur la concentration. Mais il ajoute en finissant :
« Si donc les tableaux de la statistique des revenus, dans les pays industriels avancés, révèlent à un certain degré l'instabilité et, par elle, l'inconstance et le caractère précaire du capital dans la société moderne ; si les revenus et les fortunes qu'elles enregistrent sont, en des proportions toujours grandissantes, des richesses sur le papier qu'un coup de vent vigoureux balayerait, en effet, avec la plus grande facilité, il n'en est pas moins vrai que ces catégories de revenus ne constituent pas une contradiction de principe avec la hiérarchie des unités économiques dans l'industrie, le commerce et l'agriculture. L'échelle des revenus et l'échelle des entreprises révèlent dans leur gradation un parallélisme assez nettement caractérisé, surtout en ce qui concerne les degrés moyens. » (p. 114).
11 a commencé par nier qu'il existe un parallélisme entre l'échelle de l'exploitation et l'échelle du revenu (qu'il assimile à l'échelle des fortunes), et il finit par le reconnaître. Quelle est sa véritable opinion ? Celle de la page 80, ou celle de la page 114?
/L04 t^E MARXISME
Y a-t-il une concentralion des entreprises ou non? c'est évidemment une prétention marxiste exao-érée de réclamer une autre réponse que « oui et
non. »
Il n'est pas facile de juger une opinion aussi flottante que celle de Bernstein dans ce cas. Mais nous n'avons pas le choix. Nous devons donner notre avis, car ses phrases sont interprétées et exploitées par nos adversaires comme une banqueroute, non seulement du marxisme mais du socialisme en général. Il est donc absolument nécessaire d'examiner les faits sur lesquels s'appuie Bernstein. Il emprunte ses principaux arguments au recensement des professions en Allemagne. Il y ajoute, il est vrai, beaucoup de chiffres d'Angleterre, de France, d'Autriche, de Suisse, des Etats- Unis, mais ces chiffres ne nous disent pas la moindre chose sur la direction de l'évolution, parce que ce ne sont que les chiffres d'un recensement et non de plusieurs recensements successifs. Ils ne prouveraient quelque chose que si la conception matérialiste de l'histoire avait véritablement ce caractère mécanique que ses adversaires lui attribuent si volontiers. Si cette conception croyait véritablement à l'avènement progressif et naturel du socialisme, dans ce sens que toute la petite exploitation sera absorbée par le développement capitaliste, au moyen de la concentration du capital, et que l'organisme de la production sociahste sera constitué, de sorte que le prolétariat n'aura plus qu'à conquérir le pouvoir politique et à se coucher dans le lit préparé par le capitalisme; si c'était la la
conception marxiste de l'évolution vers le socialisme, les chilFres absolus, isolés, apportés par Bernstein, pourraient avoir quelque importance, car ces chiffres prouveraient que la petite exploitation est loin de disparaître complètement et que par conséquent le règne du socialisme est encore loin de sa réalisation.
Nous avons déclaré déjà, à plusieurs reprises, que ce n'est pas là la doctrine marxiste. Mais il est bon de le constater une fois de plus, puisque l'un des mérites de la brochure de Bernstein est d'avoir contribué à la propagation de cette fausse conception du marxisme.
La décadence de la production individuelle, qui " était autrefois la forme de production dominante, engendre les prolétaires, les salariés. Plus la production capitaliste se développe sur les ruines des petits métiers, moins le salarié a de chances de s'affranchir, comme producteur isolé, de l'exploitation et de la servitude capitaliste, mais plus il aspire à la suppression de la propriété privée. Avec le prolétariat naissent naturellement et nécessairement des tendances socialistes chez les prolétaires, comme chez ceux qui prennent le parti des prolétaires, qui aspirent à leur indépendance, c'est-à-dire, à leur liberté et égalité.
Mais cela n'explique que la genèse des aspira- ' lions socialistes, et ne dit encore rien de ses perspectives. C'est la concentration du capital qui les améliore de plus en plus. Plus elle progresse, plus le prolétariat grandit et s'organise, comme nous l'avons vu, mais plus elle affaiblit, décourage et
appauvrit la masse de ceux qui ont un intérêt à la propriété privée des moyens de production, c'està-dire, des entrepreneurs indépendants, plus elle amoindrit l'intérêt qu'ils ont au maintien de cette propriété et plus elle favorise les conditions d'éclosion de la production socialiste.
La production privée des artisans et des paysans ^ne peut prospérer que si la propriété privée des moyens de production existe. L'expérience prouve que là où les socialistes ont fondé des colonies communistes basées sur la production des artisans et des paysans, le besoin irrésistible d'arriver à la propriété privée des moyens de production l'emportait tôt au tard sur l'enthousiasme socialiste qui avait créé la colonie, quand des influences externes ne contribuaient pas à resserrer les liens de l'association communiste, — par exemple, la vie des colons au milieu d'une population hostile, de langue et de religion différentes. Il en doit être tout autrement, quand la production isolée n'est pas la règle, mais l'exception, quand les conditions économiques rendent la production collective de plus en plus générale et avantageuse, et contribuent à modifier de plus en plus les sentiments et les idées des classes ouvrières dans le sens de la coopération sociale. Une organisation socialiste devient alors possible, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir un enthousiasme, qui fut toujours l'apanage de caractères exceptionnels et qui ne résiste pas à la longue au terre à terre de la vie journalière.
Ce sont les éléments qui, d'après la théorie de
Marx, doivent engendrer le socialisme. La concentration du capital pose le problème historique de l'introduction d'un mode de production socialiste dans la société. Elle produit les forces nécessaires à la solution du problème, c'est-à-dire, les prolétaires, et elle crée le moyen de le résoudre, à savoir : la coopération sur une grande échelle : mais elle ne résout pas elle-même le problème. Cette solution ne peut sortir que de la lutte du prolétariat, de sa force de volonté et du sentiment qu'il a de ses devoirs.
Mais s'il en est ainsi, des chiffres isolés, démontrant qu'il y a encore un nombre considérable de petites exploitations, n'ont pas la moindre importance pour notre recherche. Ils ne nous disent absolument rien de la direction de l'évolution, et nous ne pouvons y découvrir le moment où notre société sera mûre pour le socialisme. Ce moment dépend d'un nombre immense d'éléments impondérables que personne ne saurait calculer, dont on peut bien constater a posteriori les motifs économiques, mais dont il est impossible de déterminer la force a priori. Nous n'en sommes pas encore arrivés à pouvoir remplacer les luttes de classe par des statistiques. Nous devons lutter; aucune statistique au monde ne saurait nous apprendre si nous sommes plus ou moins près de vaincre, et s'il nous sera donné bientôt de tirer sérieusement profit de la victoire. Sans doute, nos chances de victoire dépendent de la concentration du capital, mais il serait enfantin de prétendre fixer à quel moment son développement rendra notre victoire possible.
Bernstein dit, il est vrai :
« Pour autant donc que la centralisation des entreprises est la condition primordiale de la socialisation de la production et de la distribution^ elle n'est jusqu'ici, même dans les pays les plus avancés de l'Europe, qu'une réalité partielle, de sorte que si, en Allemagne, l'Etat, dans un avenir prochain, voulait exproprier toutes les entreprises occupant vingt personnes et plus, soit dans un but d'exploitation entière et directe, soit pour les affermer en partie, il resterait encore, dans le commerce et l'industrie, des centaines de mille d'entreprises avec plus de quatre millions de salariés, qui continueraient à être conduites par des particuliers. » Sans parler de l'agriculture, «. on pourra se former une idée de l'étendue de la tâche que l'Etat ou les Etats entreprendraient en expropriant toutes ces entreprises, si on songe qu'il s'agit, dans l'industrie et le commerce, de plus d'une centaine de mille d'entreprises avec cinq millions d'employés ». Et il en conclut : « Tenons-nous en provisoirement au fait que pour la socialisation de la production et la distribution une partie seulement est remplie de la condition matérielle primordiale : la centralisation avancée des entreprises. » (p. 130, loi.)
Dans le premer chapitre de son ouvrage Bernstein conteste que l'évolution sociale de l'humanité doive être ramenée en dernière ligne au développement de la production. Il déclare ensuite qu'il est inutile et impossible de prouver « la nécessité économique innnanente du socialisme »; et main-
tenant il le met dans la dépendance la plus directe et étroite des conditions économiques ! Le voilà qui., tout à coup, prétend qu'il ne sera possible de diriger le développement de la propriété vers le socialisme que lorsque l'emploi des moyens de production sera socialisé dans tous les domaines. Car il ne s'agit que d'un changement de direction dans l'évolution de la propriété, et non pas de socialiser d'un seul coup « dans une longue séance de nuit » comme le dit avec raison Victor Adler en plaisantant, toutes les exploitations de plus de vingt personnes, comme on pourrait le croire en lisant Bernstein. Remarquons en outre en passant que les « plus d'une centaine de mille » (dans l'édition allemande, il parlait de « plusieurs centaines de mille ») exploitations industrielles et commerciales occupant plus de vingt personnes, que Bernstein fait défiler devant nous, pour nous effrayer, se réduisent exactement à 48 956. Il nous faut renoncer à découvrir dans les statistiques la date de l'avénement de l'Etat futur.
De tous les chiffres que cite Bernstein il ne reste que ceux des recensements des professions et des exploitations de l'Allemagne. Ils ont, il est vrai, leur éloquence ; ils ne nous disent pas quelle distance nous sépare du socialisme, mais bien si nous marchons dans la direction, qui d'après les pronostics de Marx, mène au socialisme.
Si nous voulions nous borner à réfuter Bernstein, nous pourrions nous faciliter la tâche. Nous n'aurions qu'à le laisser parler. 11 y a quelques années (novembre 1896) il publiait un article sur « l'état
LE MARXISxME
actuel du développôiiient industriel en Allemagne » dans sa série d'articles sur « les problèmes du socialisme », articles qui lui furent funestes et dont le résultat fut de rendre son propre socialisme problématique. (« Neue Zeit », XV, 1, p. 303, s.).
Il écrit :
« Tout homme compétent reconnaît qu'actuellement le signe caractéristique du développement de l'industrie en Allemagne est le passage du petit au grand, du métier de l'artisan à la fabrique de l'industriel, des grandes fabriques aux exploitations gigantesques. Les chiffres de la statistique des industries et des professions dans l'empire allemand récemment publiée ne permettent pas de mettre ce fait en doute. Comparé avec la dernière statistique faite en 1882, le groupe B des professions recensées (industrie, mines, usines, bâtiment) indique en 1895, pour une augmentation de 14,48 0/0 dans le chiffre de la population, les changements suivants :
Patrons
Artisans à leur compte
Personnel de surveilla iu(luslr>'«, empl.de comm<^^.
Compagnons, apprentis
Ensemble