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Le masque de fer

Le 18 septembre 1698, M. de Saint-Mars, nommé gouverneur de la Bastille au mois de juin précédent, en venant prendre possession de son poste, amena avec lui un ancien prisonnier masqué qu'il gardait déjà à Pignerol avant 1681, et dont le nom ne se disait pas. D'autres prisonniers avaient été transférés ainsi masqués à la Bastille, mais leur nom avait été connu peu à peu du personnel ; seul de tous ces prisonniers, celui-là est resté à la fois inconnu et masqué pendant tout son séjour à la Bastille. Il mourut en novembre 1703.

Le secret du roi, sous l'ancien régime, s'étendait à bien des choses, mais l'une de celles qui piquaient le plus la curiosité était l'identité des détenus de la prison d'Etat du Roi, où étaient enfermés pêle-mêle les innocents que l'on ne pouvait faire condamner et les coupables que l'on voulait faire échapper aux rigueurs de la justice. Les hypothèses que le personnel de la Bastille et les gens d'alentour avaient commencé à faire sur ce prisonnier mystérieux se multiplièrent, se répandirent et devinrent plus extravagantes à mesure que disparaissaient les témoins de cette longue détention ; eux seuls avaient su la vérité ; ils en emportèrent le secret dans la tombe sans savoir combien la

postérité se passionnerait pour cette énigme. Dès 1745, le prisonnier devenait un fils de roi ; en 1746, on transformait son masque de velours en un masque de fer.

La fin du XVIIP siècle est l'époque où cette légende a le plus préoccupé l'opinion. « Louis XV fut souvent questionné par ses courtisans sur un sujet qu'il abordait sans répugnance et qu'il entendait en souriant approfondir devant lui. Mais à l'occasion de deux systèmes débattus avec une égale probabilité par Sainte-Foix et le P. Griffe t; il hocha la tête et dit : « Laissez-les disputer, personne n'a encore dit la vérité sur le Masque de Fer ».

« Une autre fois, le premier valet de chambre du roi, M. de La Borde, essayant de mettre à profit un moment d'abandon et de familiarité de son maître, pour s'approprier, sans péril, un secret qui avait causé la mort de plusieurs personnes, Louis XY l'arrêta dans ses conjectures par ces mots non moins énigmatiques que le Masque de Fer lui-même : « Vous voudriez que je vous dise quelque chose à ce sujet ? Ce que vous saurez de plus que les autres, c'est que la prison de cet infortuné n'a fait tort à personne qu'à lui » (1).

(1) P. Lacroix, l'Homme au Masque de Fer, P., 1837, p. 106-107. — On a prêté d'autres réponses à ce monarque : « Le duc de Ghoiseul m'a raconté plusieurs fois que Louis XV lui avait dit qu'il était instruit de la vérité de l'histoire du Masque de Fer. Leduc, très curieux de pénétrer ce mystère, s'avança autant qu'il le pouvait, jusqu'à prier Sa Majesté de le lui dévoiler ; mais le Roi ne voulut jamais rien lui dire de plus, sinon que de toutes les conjectures qu'on avait faites là dessus, il n'y en avait pas une de vraie ; et

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