‹ Le masque de ferChapitre 13 sur 24 · LE RÉGIMENT DE DOUGLAS · texte numérisé non relu

LE RÉGIMENT DE DOUGLAS

de Douglas. Je vois par la lettre que je reçois de vous aujourd'hui qu'il ne va pas à Candie. Je considère ce changement comme une grande marque de la bonté du roi mon frère à mon égard. Ayez l'obligeance do le lui faire savoir et assurez-lo que ce n'est en aucune façon pour Douglas que j'ai désiré cela avec tant de force, mais pour des raisons qu'il connaîtra dans quelques jours. « Non seulement Louis XIV fut informé par Madame de ces sentiments de Charles II, mais Colbert de Croissy écrivit à de Lionne le 18 mars : « Je ne saurais vous dire la joie que le roi d'Angleterre a témoignée lorsqu'il a appris que le régiment de Douglas n'allait point en Candie. Il m'a bien fait voir que ce n'était pas à la sollicitation du colonel, mais par la nécessité de ses affaires qu'il avait fait cette prière au Roi, que Sa Majesté ne pouvait lui faire un plaisir plus sensible que de passer par-dessus toutes les raisons que je lui avais dites qui l'empêchaient de révoquer cet ordre, et que dans peu il espérait s'en revancher. Le duc d'York m'en a parlé de la même manière, Milord Arlington m'a dit que rien n'était plus capable de procurer une bonne union que cette complaisance du Roi pour ce que son maître avait demandé, M. de Lauderdale m'en a fait son compliment aussi, et toute la cour témoigne une joie de cela comme d'un très notable avantage pour l'Angleterre. Cela était même si fort à cœur aux marchands qu'ils avaient délibéré entre eux de proposer au Roi d'entretenir à leurs frais le régiment s'il le voulait retirer du service du Roi ». Mais le roi de France resta incrédule ; de Lionne

répondit à Croissy le 27 mars: « Sa Majosté sait ce qu'elle doit croire sur ce qu'on vous dit de delà que ce n'a pas été à la sollicitation de Douglas que le roi d'Angleterre a si ardemment demandé que son régiment n'allât pas en Candie ».

Pour se venger le roi fit écrire par Louvois au commissaire Lenfant le 2 avril 1669 : « Il y a deux compagnies du régiment de Douglas qui ont été envoyées en Provence, savoir celles de Bannatine et de Tourry. Elles doivent être payées du jour de leur arrivée et être jusqu'à nouvel ordre sur le pied de Français, et il ne faut pas que vous souffriez qu'ils aient aucun soldat qui soit d'autre nation qu'Ecossais, Anglais ou Irlandais (1) ». En même temps que cette lettre en partit une autre confidentielle où Louvois disait : « J'ajoute à ce que je vous ai mandé par une autre lettre de ce jourd'hui sur le sujet du régiment de Douglas que le Roi ayant des raisons importantes à son service de l'anéantir, vous devez non seulement ne point traiter les compagnies de ce corps qui sont en Provence comme les troupes françaises qui est un plus bas pied que le leur, mais encore au lieu de cinq sols par soldat ne leur en donner que trois par jour au plus, et pour cela ne les payer jamais qu'à bon compte, les mal loger, et en un mot leur faire toute la chicane que vous pourrez sans pourtant faire connaître que vous ayez ordre de ne pas suivre leur capitulation, afin qu'insensiblement les soldats se rebutent et

(1) Arcli. de la Guerre, 232, 33.

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