CHAPITRE V
Procès et Supplice de Roux.
Le 1®"" juin 1669, de Lionne écrivit à Croissy : « Roux ayant fait savoir au Roi qu'il désirait la grâce de lui pouvoir parler pour lui révéler des choses qu'il ne pouvait confier qu'à sa seule personne, Sa Majesté n'a pas voulu le voir et m'a envoyé à la Bastille pour entendre ce qu'il avait à lui dire. J'ai été à deux reprises six heures avec lui (1). Il m'a dit diverses
(1) Arcb. étr., corr. Angl., 96, 5. — Ces deux visites de Lionne à Roux sont mentionnées dans les correspondances diplomatiques étrangères avec des commentaires : « Ils voudraient pendre Marsilly, mais ils ne savent comment procéder avec lui... Il n'y a pas de témoin pour prouver quoi que ce soit contre lui » (Note anonyme au Record Office, ap. Lang, p. 37) ; « M. de Lionne qui a parlé avec le prisonnier confesse depuis que l'accusation de complot contre la vie du Roi manque de base, que l'on aurait mieux fait de ne pas prendre cet homme et que ce qu'il a fait lui paraît être une extravagance de cerveau dérangé » (Dumoulin à Arlington, le 19 {29) mai, ap. Lang, p. 48). — Un diplomate anglais, W. Perwich, résumait ainsi à Williamson le cas de Roux, le 1" juin 1669 : « On a tous ses papiers dans lesquels il est fort question de la triple alliance ; s'il n'y a pas d'autre prétexte pour le faire pendre, je ne sais si on peut légalement le faire, puisqu'il a été naturalisé Hollandais et pris dans un pays neutre » (Ravaisson, t. VII, p. 314). — Lefèvre d'Ormesson confirme au contraire ce qu'écrivaient Louis XIV et de Lionne : « Roux fut mis dans la Bastille et dit que si l'on voulait le ménager, il découvrirait des choses très importantes » {Journal, t. II, p. 566).
choses qui regardent les affaires d'Angleterre et qui me donneront lieu de vous faire le plus tôt que je pourrai une dépêche expresse pour vous en informer, croyant que ces lumières-là pourront contribuer quelque peu à diriger votre conduite à l'égard de certaines personnes ».
De Lionne ne tint pas cette promesse ; une fois seulement, en passant, le 28 août 1669, il écrivit à Croissy 5 « Je ne me puis bien réjouir du crédit naissant de Milord Orrery quand je me souviens de la peinture que Roux Marsilly me fit de lui dans un temps où je reconnus clairement qu'il ne déguisait aucune vérité pour tâcher de mériter sa grâce. Il me dit qu'il le croyait le plus habile homme d'Angleterre, qu'il tenait entièrement en sa main l'esprit du duc de Buckingham, et qu'une des maximes qu'il lui inspirait était que l'Angleterre serait perdue sans ressource si le Roi devenait maître des Pays-Bas, et partant qu'elle n'avait pas moins d'intérêt que les Hollandais à s'opposer à l'agrandissement de la puissance de Sa Majesté» (1).
Le soin de faire le procès de Marsilly fut confié à M. d'Efita, lieutenant criminel du Châtelet. Le prisonnier répondit d'abord avec une grande fermeté d'esprit, puis le 14 juin, il resta au lit, feignant de souffrir de grandes douleurs d'une rétention d'urine qui le mettait hors d'état de pouvoir répondre ; quoique d'Efita fut persuadé que sa maladie était simulée,
(1) Arch. étr., corr. Angl., 96, 66.
néanmoins, pour observer les formalités de la justice, il fit mander un chirurgien, qui, après avoir visité l'accusé, fit rapport qu'il ne voyait aucun apparence du mal dont Roux se plaignait: «mais comme il a toujours insisté qu'il n'en pouvait plus», écrit d'Efita à Colbert, « et qu'il demandait pour toute grâce que je différasse jusqu'à demain son interrogatoire, j'ai cru que je pouvais la lui accorder pour lui ôter tout prétexte de plainte ».
Roux, après le départ de d'Efita, dit au lieutenant de la Bastille que l'inquiétude de son esprit contribuait beaucoup à sa maladie, que son juge le pressait bien fort et que si on voulait lui domier cinq ou six jours de relâche, il serait entièrement guéri. D'Efita en conclut que Roux « commençait à connaître que le roi en sait plus de ses nouvelles qu'il ne se l'était imaginé» et « qu'il le faut pousser dans l'état où il est, dans lequel on doit espérer plutôt que dans un autre la reconnaissance de la vérité » (2).
Les événements des jours suivants devaient le détromper. Roux y pratiqua « tous les moyens imaginables de se défaire de lui-même ». « Un soldat de sa garde lui avait vendu un couteau, avec la permission de son officier, après en avoir rompu la pointe. Après que M. de Ruvigny lui eut été confronté comme témoin des choses outrageantes et des résolutions contre la vie du Roi qu'il lui avait ouï dire en Angleterre, il vit bien qu'on en voulait tout de bon à sa vie et qu'on
(,1) Ravaisson, Arch. de la Bastille, t. VU, p. 320.
l'appliquerait à la question pour lui faire tout confesser par force et sans avoir aucun égard aux offres qu'on dit qu'il avait faites de tout découvrir volontairement si on voulait lui sauver la vie » (1). « Il se coupa donc tout net avec son méchant couteau, premièrement le membre viril et après le petit doigt de la main gauche sans en dire mot à personne, espérant de pouvoir mourir de la seule perte de sang. Il avait fait une corde d'une cravate pour s'étrangler, il se voulut casser la tête contre les murs, mais en fut empêché par ceux qui eurent ordre de le garder à vue dès qu'on eut connu son dessein. Il n'y a pas eu moyen de lui faire prendre une cuillerée de nourriture pendant les quatre derniers jours qu'il a vécu, et il joua si bien son rôle jusqu'au bout qu'il évita par là d'être appliqué à la question parce qu'on craignait toujours qu'il n'expirât à tout moment» (2).
« En exécution des ordres du Roi et de la commission qui nous a été donnée », écrit le juge d'Efîta à Colbert le 22 juin, « nous avons ce matin procédé au jugement de Marsilly qui a été mis en état dès hier. Le prisonnier a été amené dans la chambre, très faible et dans l'extrémité de sa vie. On l'a interrogé et il a répondu d'une voix fort basse et presque par signes, après quoi il a été jugé et déclaré dûment atteint de s'être entremis de plusieurs négociations secrètes contre le service du
(1) Petit à Williamson, 16 (26) juin 1669. Archives de la Bastille, t. VII, p. 327.
(2) De Lionne à Croissy, 25 juin 16G9, Arcb. étr., corr. Angl., 96, 27.
Roi et le bien de l'Etat, et d'avoir tenu plusieurs discours pernicieux qui marquaient ses desseins abominables contre la sacrée personne de Sa Majesté (1), pour la réparation de quoi condamné d'être roué vif et exécution ordonnée devant la Porte de Paris (2), crainte qu'en le condamnant plus loin, il ne soit expiré en chemin. S'il avait été dans un autre état, la peine aurait été d'un très grand-exemple et la question à laquelle il est aussi condamné n'aurait pas été peutêtre inutile, mais étant incapable de la souffrir, les juges ont seulement fait leur devoir (3) ».
(1) Il semble donc que l'on avait à dessein égaré l'ambassadeur Montague qui écrivait le 22 juin à Arlington : « Le crime pour lequel on instruit son procès est un rapt qu'il a commis autrefois à Nîmes » (Lang, p. 53),
(2) La porte de Paris était proche de la tour Saint-Jacques.
(3) Ravaisson, Arch. de la Bastille, t. VII, p. 321. — Le procureur du Roi au Châtelet de Paris, Armand de Riantz, écrivait à Colbert(?) le 22 juin à midi : « Il fut ce matin procédé au jugement en exécution des ordres de S. M. et de la commission. Tous les [12J conseillers ont été de l'avis de M. le lieutenant criminel, conforme à mes conclusions, et ont estimé qu'il n'y avait pas de supplice assez grand et qui put expier le crime dudit le Roux, lequel est si faible que l'on n'a pu lui donner la question et faire l'exécution en la place de Grève, mais seulement devant la porte du grand Châtelet. Nous faisons tout notre possible, M. le lieutenant criminel et moi, pour tirer de lui quelque déclaration, mais jusques à présent fort inutilement et presque sans aucune espérance ». — Le jugement dit : « condamné d'avoir les bras, jambes, cuisses et reins rompus vif sur un échafaud qui pour cet effet sera dressé au carrefour de l'Aport de Paris ; ce fait, mis sur une roue, la face tournée vers le ciel pour y finir ses jours, tous et chacun ses biens acquis et confisqués à qui il appartiendra » (Depping, (Jorr. adtn.,t. IV, p. 312).
« Le jugement fut prononcé dans le cabinet du greffe criminel du Châtelet où Marsilly avait été porté de la chambre criminelle, n'ayant pu être porté en celle de la question, à cause des faiblesses continuelles où il tombait à tout moment et qui ont fait qu'il n'a pu être appliqué à la question, ni même présenté conformément à la sentence, sur les dix heures du matin (1) ».
Immédiatement après, d'Eflta écrivit à Colbert la lettre ci-dessus, et de Saint-Germain « on lui envoya l'ordre de hâter l'exécution » (2).
« Et ledit jour sur les deux heures de relevée », dit le procès-verbal du greffier Gallyot, « sur le rapport qui nous a été fait par les médecins et chirurgiens du Châtelet que Roux Marsilly était en péril de vie, qu'il n'avait presque plus de mouvement ni de pouls, et que si l'on n'en faisait promptement l'exécution, il ne serait j)lus en vie dans une demi-heure ; avons fait tirer du cabinet Roux Marsilly, et icelui porter par l'exécuteur (3) au carrefour de l'Apport de Paris, où étant
(1) Procès-verbal du greffier Gallyot, Arch. de la Bastille, t. VII, p. 321.
(2) Lettre de Francis Vernon, du 16 (29) juin 1669 (Lang, p. 51). Elle constitue en quelque sorte la relation officielle anglaise de l'exécution et étant à la fois confidentielle et souvent en contradiction avec le procès-verbal de Gallyot, mérite d'être citée sur certains points.
(3) Le bruit courut que pendant le trajet, Roux aurait dit : « Le duc d'York m'a fait beaucoup de mal » (Francis Vernon, rtpwc/ Lang, p. .53). — L'ambassadeur, espagnol écrivait de son côté : « Marsilly avait été envoyé par Charles II pour faire
étendu sur le pavé, la sentence lui a été de rechef prononcée, feignant d'être à l'agonie, et ensuite a été porté sur l'échafaud, où étant lié par les bras et par les jambes, il a commencé à parler d'une voix fort haute, et avec tant de force et de vigueur qu'il nous a paru lors que tout ce qu'il avait fait jusques-là n'était que des ruses et des feintes pour prolonger sa vie et faire illusion à la justice, disant qu'il avait bien entendu tout ce qui lui avait été dit et demandé par nous, comme aussi la prononciation de sa sentence, même toutes les exhortations que lui avait faites le docteur de Sorbonne qui l'assistait, mais qu'il souffrirait plutôt cent mille roues que de changer de religion , et qu'il en étai t martyr ; etsurce quelevoyanten état de nous répondre, nousnous sommes approchés de l'échafaud où l'avons interpellé par serment de nous déclarer les noms de ses complices et de ceux desquels il a voulu parler au procès, ensemble tout ce qu'il nous a toujours dit avoir d'importance à dire à Sa Majesté. Marsilly nous aurait répondu que
entrer les Suisses dans la Triple Alliance, le duc d'York en avertit cette cour, on fît suivre Marsilly. . . » (Ravaisson, t. VII, p. 332). — Lefèvre d'Ormesson {Jout-nal, t. II, p. 56G) dit aussi : « II fut découvert à M. de Ruvigny par M. le duc d'York qui lui fit entendre derrière une tapisserie toutes les propositions abominables qu'il lui faisait contre le Roi ». — Dans une lettre du 10 juin, Croissy dit : « Monsieur le duc d'York n'a connu Marsilly, à ce qu'il m'a- dit, que parce qu'il s'est premièrement adressé à un de ses officiers qu'il a appris qui (sic) s'intriguait pour faire recevoir les Suisses dans la ligue. Il n'y a personne d'autre à la cour qui l'ait connu ou qui ne témoigne de ne le pas connaître. . . » (Ravaisson, t. VII p. 319).
puisque le Roi l'avait fait mettre en l'état où il était, il n'était pas obligé de rien dire, ni déclarer de ce qu'il savait être important au bien de son service et de son état, et que, néanmoins, si l'on lui voulait faire venir un ministre pour l'assister, il dirait toutes choses (1), ce qui nous aurait obligé à l'instant de mander M. Daillé (2), ancien de la R. P. R., lequel avait déjà été averti plus de deux heures avant l'exécution de se tenir prêt en cas que Marsilly demandât quelqu'un de sa religion, pendant quoi Marsilly s'est emporté exécrablement contre la personne sacrée de Sa Majesté, tenant des discours pleins de rage et de force qui semblaient plutôt sortir d'un démon que d'un homme, criant à haute voix qu'il continuerait toujours tant qu'il aurait l'usage de la parole, et qu'il avait voulu se donner la mort pour éviter le supplice qu'il allait
(1) Fr. Vernon dit au contraire : « Il ne semblait pas faire attention à ce qu'on lui disait et était affaissé et pantelant. Alors le lieutenant criminel pensa que le seul moyen de le faire parler serait de faire venir un ministre de sa religion ».
(2) Jean Daillé, né à Châtelleraut en 1594. mort à Paris en 1670; il était ministre à Charenton, cependant le procès-verbal ne lui donne que la qualité d'ancien, c'est-à-dire de simple membre du Consistoire — D'après Fr Vernon, « Daillé refusa d'abord de venir parce que les édits ne permettaient pas aux ministres d'assister en public les condamnés, mais seulement de les réconforter avant leur sortie de prison. 11 fallut lui envoyer un huissier qui l'aurait amené de force s'il avait refusé une seconde fois ». Vernon ajoute plus loin : « Tout ce qui est relatif à M. Daillé me fut dit par lui-même quand j'allais le voir le soir parce qu'on m'avait rapporté que Roux avait dit quelque chose sur le roi d'Angleterre, mais ce ministre n'en savait rien ».
sonifrir ; et incontinent après, M. Daillé étant arrivé (1) et monté sur l'échafaud, lui a remontré l'énormité des crimes et des offenses qu'il commettait, et qu'il ne pouvait espérer de salut qu'il n'en eut demandé de pardon à Dieu, au Roi et à la justice, et qu'autrement Dieu ne lui pardonnerait jamais, et que c'était à quoi il devait penser avant que de partir de cette vie ; que dans les principes de leur religion, ils étaient obligés d'honorer leurs souverains, et que si par la loi de de Dieu il est défendu de tuer et faire mal à son prochain, la défense était encore plus expresse à l'égard de soi-même, et qu'ainsi, ayant voulu se tuer, il avait péché contre la loi de Dieu et celle de la nature (2). A quoi Marsilly aurait répondu qu'il avait bien de la consolation de le voir pour lui faire sa confession véritable, qui était qu'il se reconnaissait coupable de tous les chefs d'accusation portés par son
(1) Daillé « s'attendait à être gravement insulté, car c'était la première fois qu'un ministre apparaissait sur un échafaud, et cela dans une si sinistre occasion. Quand il arriva, il y avait une grande foule, mais tous s'écartèrent sans proférer un seul mot de reproche. 11 monta sur l'échafaud au milieu du silence de tous et trouva le condamné lié sur la croix de St-André, nu et préparé pour l'exécution » (Fr. Vernon, loc. cit., p. 52).
(2) Fr. Vernon dit : « Tous furent surpris de lui voir relever la tète qu'il laissait pencher de côté comme un veau qui expire et de l'entendre parler aussi fortement et clairement 'que le ministre auquel il dit d'un air joyeux qu'il était content de le voir et qu'il n'y avait pas de doute qu'il mourrait en chrétien et avec résignation. 11 écouta avec grande attention M. Daillé qui lui cita des passages de l'Ecriture pour l'encourager, lis parlèrent ensuite de choses pouvant l'inciter à la contrition ».
procès ; qu'il avait cru être obligé de venger sa religion, et que, pour cela, il aurait été par toute la terre pour susciter tous les princes étrangers contre le Roi puisqu'il voulait leur ôter la liberté de prier Dieu en France ; qu'il n'avait jamais eu aucun complice de ses desseins dans le royaume, qu'il priait Dieu de ne pas recevoir son âme et de l'abîmer dans les enfers s'il ne disait la vérité, et s'il y avait bomme, femme, fille ou garçon qui y eut part, mais qu'il était vrai qu'étant en Angleterre et ayant communiqué son dessein à quelques personnes, ils l'auraient écouté et bien reçu, qu'il avait eu raison d'en user ainsi, qu'il voulait mourir martyr de la religion, que c'était la cause de tous ses frères qu'il voulait venger lui-même, que M. Daillé y avait intérêt comme les autres, et qu'il le chargeait de leur dire qu'il mourait dans l'esprit de venger leur religion » .
« Sur quoi M. Daillé lui aurait réparti qu'il ne voulait plus le reconnaître pour son frère, et qu'ill'abandonnait à l'abomination éternelle puisqu'il persistait à vouloir mourir dans de si exécrables sentiments, et qu'il ne prierait point Dieu pour lui s'il ne lui en demandait pardon. Sur quoi Marsilly aurait dit qu'il en demandait pardon à Dieu, et qu'il le priait de sauver son âme. Après quoi M. Daillé nous aurait demandé s'il pouvait en sûreté faire quelques prières pour lui. A quoi nous lui aurions dit qu'il pouvait faire tout ce qu'il trouverait à propos pour sa religion, et que nous demeurerions toujours près de lui pour la sûreté de sa personne et tenir le peuple dans le devoir, sur laquelle
assurance Daillé a prononcé quelques prières poui Marsillv, puis s'est retiré (1). Et aussitôt Marsilly a recommencé ses mêmes emportements abominables, et a dit en ajoutant qu'il mourait dans la volonté de persécuter le Roi jusqu'à l'extrémité puisqu'il poussait à outrance ceux de sa religion, et que s'il était encore en état, il n'y aurait rien qu'il épargnât et qu'il ne fît pour cela ; si bien que ne voyant aucune apparence de conversion dans Marsilly, nous aurions fait faire l'exécution de la sentence, après laquelle étant mis sur la roue, aurait encore continué ses mêmes emportements (2), autant que l'état où il était le pouvait
(1) « Daillé lui représenta l'horreur d'un attentat contre la personne du Roi. Marcilly lui répondit qu'il ne savait point ce qu'il voulait dire et que pour sa part, il n'avait jamais eu de mauvaises intentions contre la personne du Roi. Le lieutenant criminel, qui se tenait pendant ce temps là derrière M. Dailli^ et écoutait tout, le poussa à lui demander s'il avait dit qu'il y avait encore dix Ravaillacs qui feraient la besogne sur le Roi, mais Roux protesta solennellement qu'il n'avait jamais dit cela, ou que s'il l'avait dit, il ne s'en rappelait pas et l'avait proféré sans intention méchante. Alors M. Daillé se tourna vers le peuple et fit un discours pour justifier ceux de la Religion, disant qu'elle ne commandait pas d'attenter à la personne du Roi, mais de lui être loyal et obéissant. Il partit aussitôt après, étant resté sur l'échafaud environ une heure » (Fr. Vernon, ap. Lang., p. 52).
(2) Francis Vernon dit le contraire (p. 53} : « Quand Roux fut sur la roue, on l'entejidit dire : Le Roi est un grand tyran, le Roi me traite d'une façon fort barbare. Tout ce que vous avez lu sur ses jurements et sa mort en enragé est faux : ses jurements n'étaient que pour assurera M. Daillé qu'il était faussement accusé en ce qui concernait la personne du Roi ».
permettre, jusque sur les quatre heures qu'il a expiré sur la roue(1).
Après que Roux eut expiré, d'Efita alla rendre compte à Louis XIV de ce qui s'était passé. « Le roi, ayant vu tout ce que ce misérable a dit, ne dit autre chose, sinon : « Monsieur le lieutenant criminel, nous voilà défaits d'un méchant homme » (2).
De Lionne dans ^ une de ses lettres avait exprimé le désir que Croissy put faire décider Martin, le valet de Roux, à venir témoigner en France contre son maître. Le 24 juin , l'ambassadeur écrivait à son ministre «J'ai disposé le valet dont je vous avais écrit à vous aller trouver, en lui payant la dépense et en lui faisant espérer quelque récompense... ». Le 1" juillet, il ajoutait: «M. Joly (secrétaire de l'ambassade de France) a parlé à Martin et l'a véritablement persuadé qu'en allant en France déposer tout ce qu'il sait contre le roi, il ferait ce qu'un garçon d'honneur et bon sujet doit faire : mais Martin lui a dit qu'il ne savait rien, et
(1) Lionne écrit à Croissy le 25 juin : « Dès que Dalier (sic) se fut retiré, il retomba dans ses premiers blasphèmes, et ayant reçu onze coups vif, il ne cessa de les proférer tant qu'il eut de vie, qu'il conserva encore plus de deux heures. Toutes ces circonstances font bien voir aujourd'hui combien a été importante cette capture et ce qu'était capable de faire sur autrui un homme qui a sur soi-même la force d'entreprendre et d'exécuter ce que je viens de dire. Il est remarquable qu'il a été pris par un huguenot, que M. de Ruvigny [autre huguenot] a donné lieu par ses révélations à le faire prendre et par ses dépositions à le faire mourir, et qu'un ministre de sa religion l'a abandonné à la damnation éternelle » (Arch. étr., corr. Angl., 96, 28 r"). ■ (2) Lefèvre d'Ormesson, Journal^ II, p. 567.
que quand il serait en France, on s'imaginerait qu'il a connaissance des déportements de Roux, et qu'on le mettrait prisonnier pour lui faire dire ce qu'il ne sait pas, et qu'après tout, quand même il serait bien traité, il ne pourrait plus revenir ici gagner sa vie avec sa famille. Joly lui a dit qu'il y avait déjà suffisamment de preuves contre Roux, que l'on savait bien qu'il avait pris de l'argent de l'ambassadeur d'Espagne et de M. Lisola ; à cela Martin a fait un signe de tête comme avouant la chose ; M. Joly a poursuivi que son maître était un scélérat qui s'était emporté de menaces contre la sacrée personne du Roi et même avait conçu des desseins encore plus damnables, à quoi il a dit qu'il s'étonnait qu'il était encore en vie ; et enfin par les signes du visage et par d'autres petits mots, il a donné lieu de croire à M. Joly qu'il en sait davantage, mais il ne peut plus le résoudre de faire le voyage de Paris, quoiqu'il lui ait promis que je lui donnerais assurance pour la sûreté de sa personne et pour son retour, que je paierais sa dépense, et que s'il disait les vérités qu'il sait, il en aurait même une honnête récompense».
« Aussi je crains bien que je ne le puisse obliger par la douceur à aller en France ; mais je dois vous informer que m'étant enquis de ce Ve3Tas dont je vous ai écrit, j'ai su de plusieurs endroits qu'il était le camarade de Marsilly, aussi méchant que lui, employé dans les mêmes aflTaires, dpnt il a une entière connaissance et les continue encore. Il est du même pays, était autrefois ici servant sous le nom de Portail, depuis s'étant intrigué dans des cabales et ayant parlé
contre le roi d'Angleterre et le gouvernement, il fut condamné à un bannissement perpétuel nonobstant lequel il est revenu sous le nom de Verras {sic), s'est associé avec Roux, a reçu des lettres de ce scélérat pendant qu'il était en Suisse, a un chiffre avec lui, et depuis sa détention continue ses mêmes pratiques ; il a vu souvent l'ambassadeur d'Espagne et on croit qu'il en a aussi tiré de l'argent. Le même homme qui m'a donné cet avis que je dois vous dire, Monsieur, avoir été ami dudit Yeiras(,S7'6*), avoir gardé ses papiers et ne s'être brouillé que sur des dettes et prétentions, m'a dit que le voulant faire arrêter, et ayant su que le comte d'Orrery le protégeait auprès du duc de Buckingham, il avait voulu en parler au duc, mais que l'un de ses domestiques qui est de ses amis lui avait dit de n'en rien faire, que Veiras était fort bien avec ledit duc, et que lorsqu'il ordonne à ses gens de dire à ceux qui le viennent voir qu'il n'y est pas, il en exceptait toujours celui-là avec lequel il était quelquefois des heures entières enfermé ; ce donneur d'avis s'est même oifert de faire arrêter ce Veirras {sic) sous le prétexte de son premier bannissement et dit qu'il a un témoin qui est le secrétaire d'un évêque qui lui soutiendra qu'il a dit encore depuis peu du mal de la personne du roi d'Angleterre et de son gouvernement» (1).
Mais les ennuis du premier procès et les indices qu'il avait fournis- des inconvénients de ce genre
. (1) Havaisson, Arch. de la Bastille, t. VII, p. 328-329.
d'alïaires, avaient bien abattu le zèle sur ce sujet, aussi le 13 juillet, de Lionne répondit à Croissy : « Il ne sera plus nécessaire après le supplice de Roux de faire venir ici Martin, et le roi ne veut pas non plus que vous fassiez aucune instance au roi d'Angleterre de quelque nature qu'elle soit sur le sujet de Veras {sic), abandonnant cet homme à sa mauvaise conduite dont Lieu pourra fournir quelque jour les moyens de ne pas la laisser impunie (1) ».
Il n'y a aucune raison de soupçonner que cette réponse n'était pas sincère et on voit qu'elle enlève toute base à l'hypothèse de Mr. A. Lang qui croit que Martin est plus tard devenu Dauger.
L'afiaire Marsilly eut des suites pour d'autres personnages : nous ne les indiquons que parce qu'elles prouvent l'importance que Louis XIV y attachait et la sincérité de sa croyance que le supplicié avait réellement voulu attenter à sa personne.
Vers le 1®"" juillet, un épicier de la rue aux Ours chez lequel Marsilly avait demeuré fut arrêté et mis à la Bastille, accusé par sa femme d'avoir dit qu'il fallait tuer le roi. Ayant demandé un couteau pour couper du tabac, il s'en servit pour se couper le cou.
« M. de Besmaus, gouverneur de la Bastille, sur l'heure averti, envoya au lieutenant criminel, et celuici alla trouver M. Colbert qui lui défendit d'agir jusqu'à ce qu'il en eut fait part au roi, auquel en ayant parlé à St-Germain, et l'affaire ayant été examinée
(1) Arch,. étr., corr. Augl., vol. 9G, t° 39.
(levant le Conseil, il fui résolu qu'on laisserait cette affaire assoupie, et on envoya ordre au lieutenantcriminel de ne le point faire tramer sur la claie pour ne réveiller la curiosité du monde sur la raison de sa mort (1) ».
En fait, le malheureux ne mourut pas de sa blessure. Le 31 juillet (10 août). Petit écrivait : « On a mis à la Bastille la femme de cet épicier qui se coupa, il y a quelque temps, la gorge sans en mourir. On prétend que son véritable crime lui ayant été reproché d'après le témoignage de sa propre femme, il a répondu que ce témoignage est nul, et que si sa femme avait déposé contre lui, c'était en vengeance de ce qu'il n'avait voulu jamais lâcher la bride à son humeur coquette, pour les excès de laquelle même il l'avait souvent malmenée, et que pour preuve manifeste de ce qu'il allègue pour la récuser, on n'a qu'à juger s'il est possible qu'une femme d'honneur puisse jamais s'oublier jusqu'à ce point là, d'accuser son mari d'un crime aussi horrible que celui dont on l'a chargé (2) ».
On ignore ce qu'il advint de l'épicier et de sa femme, comme aussi d'un certain Lasalle, fils d'un correcteur des comptes et ci- devant exempt aux gardes, arrêté vers le 15 juin. « On fit croire qu'il était arrêté pour crimes particuliers, mais on a su depuis qu'étant en Flandre, il y a deux mois, on lui entendait souvent
(1) Petit à Williamson, 3 (13) juillet 1669 (Ravaisson, Arch. de la Bastille, t. VII, p. 330).
(2) Ravaisson, Arch. de la Bastille, t. VII, p. 331.
parler contre la sacrée personne du Roi. On a su d'un autre côté qu'il était grand ami de Le Roux de Marsilly et on croit que son exécution ne tardera pas ».
« Encore mercredi dernier, un prêtre de l'évêché de Grasse, homme d'assez mauvaise mine, s'avançant assez hardiment vers le Roi, comme pour lui présenter un placel, Sa Majesté qui le vit et à qui sa façon déplut, commanda aux gardes qu'on l'empêchât. Il dit qu'il avait des tablettes à présenter au Roi, et comme on lui demandait où elles étaient, il répondit qu'elles étaient dans sa chambre, et ensuite, comme on lui demanda oii était sa chambre, il répondit qu'elle était à Grasse. Cette réponse et quelques autres firent croire que c'était quelqu'un de ces hypocondres ; c'est pourquoi on l'envoya à la Bastille pendant qu'on s'enquête de ses mœurs, de son nom, de sa naissance et de sa vie. Le Roi dit hardiment au marquis de Bellefonds qu il fallait périr de la sorte, la chose étant inévitable, et qu'il fallait s'y résoudre (1) ».
(1) Petit à Williamson, 7 (17) juillet 1669 (Ravaisson, Arc/i, de la Bastille, p. 331). — Don Miguel d'Iturieta écrivait de Paris- le 18 août à Don Fernando del Ganipo : « On a arrêté depuis l'exécution de Marsilly, trois ou quatre individus qui en voulaient eftectivement à la vie du Roi ; deux se sont tués en prison, et les autres, il est clair qu'on les exécutera, mais secrètement, afin de ne pas donner à connaître que cette maladie l'ait de si grands progrès » [Ibid, p. 332). — Le 21 (31) mai, le gazetier Petit annonçait déjà que huit autres personnes avaient été incarcérées pour l'affaire Marsilly (Ravaisson, t. VII, p. 313). II n'y avait probablement rien ou à peu près rien de vrai dans ce bruit.
Le roi Humbert , après un attentat autrement sérieux que celui du prêtre de Grasse, a dit plus élégamment : « Ce sont les petits inconvénients du métier ».
Nous venons de voir le châtiment exemplaire infligé à Roux par ordre du Roi. Si Louis XIV était impitoyable et n'aimait pas pardonner, il était en revanche constant dans son désir de récompenser ceux qui l'avaient servi. Ruvigny avant d'avoir écouté Roux à travers les portes était déjà apprécié du Roi pour sa fidélité ; huguenot, il avait coopéré à la défense de la citadelle de l'île de Rhé contre ses coreligionnaires en 1628, s'en était échappé au péril de sa vie et était allé avertir Louis XIII de l'extrémité où la garnison se trouvait réduite ; il avait continué à servir dans l'armée jusqu'en 1654 avec une fidélité d'autant plus remarquée qu'elle ne s'était pas démentie pendant la Fronde, ce qui lui avait valu sa nomination au poste de député général des églises protestantes en 1653. Néanmoins les services qu'il avait rendus au Roi dans l'affaire Roux sont certainement pour beaucoup dans la constance de la faveur dont ses fils et lui jouirent auprès de Louis XIV.
Dès le 18 mai, l'un de ses fils fut nommé aide de camp. En 1675 , Ruvigny lui-même fut envoyé de nouveau comme ambassadeur en Angleterre. Il revint en France en 1676. Quelques temps après il se démit de son emploi de député général, et le Roi, sans consulter les Eglises, mit son fils aîné à sa place. Puis pour récompenser davantage Ruvigny de ses
services, il accorda à son second fils une pension de 3.000 livres (1).
En 1683, lord William Russell, mari de la nièce de Ruvigny, fut condamné à mort pour complot contre Charles IL Lady Russell pensa que si son oncle venait solliciter la grâce de son époux, il l'obtiendrait peut-être. Ruvigny obtint de Louis XIV son consentement à ce voyage, qui n'eut d'ailleurs pas lieu, et Charles II en fut informé d'une façon que M. Guizot a considérée comme une sorte d'intercession en faveur du condamné.
Après la Révocation, Louis XIV offrit à Ruvigny et à ses deux fils de rester en France, en promettant de leur laisser la liberté du culte dans leur logis. Ils refusèrent et partirent pour l'Angleterre le 30 janvier 1686, quatre jours après en avoir obtenu la permission du Roi. Selon Saint-Simon, Ruvigny emporta tout ce qu'il voulut, dont on lui permit la jouissance. Il devint conseiller du roi d'Angleterre après la révolution de 1688 et mourut en 1689. Quoique partir de 1689 ses fils aient servi contre la France, par une exception unique, ils conservèrent la jouissance de leurs propriétés jusqu'en 1711. Le cadet fut tué en 1690, l'autre vivait encore en 1720.
Morland fut moins heureux que Ruvigny, tout au moins les documents ne disent pas qu'il ait jamais reçu de preuves notables de la munificence de Louis XIV. Il vint en France en^ décembre 1681,
(1) Haag, la France protestante.
« envoyé à Louis-le-Grand » par Charles II « au sujet des eaux, et ayant promis à Sa Majesté Très Chrétienne de lui faire voir leur élévation réduite à la mesure, au poids et h la balance par des démonstrations immanquables », il publia son ouvrage sur Y « Elévation des Eaux » imprimé à Paris en 1685. Dans la dédicace, il dit que Sa Majesté « ayant été contente des modèles et des démonstrations oculaires » qu'il avait eu Thonneur de lui montrer dans son château de Saint-Germain, il se croyait obligé de « lui présenter ce livre comme un tribut qui est dû à un si grand monarque ».
En octobre 1684, Charles II avança à Morland 200 livres sterling, et un an plus tard il reçut une somme égale à litre de gratification (Ackermann, Secret Services of C/imies II and James II, Gamden Society, pp. 91, 112). On ignore quels « services secrets » lui avaient valu ces récompenses.
Après la révolution de 1688, Morland tomba dans la pauvreté et devint aveugle. Il mourut en 1695.
Note supplémentaire de la page 37 sur GiACOMO Stuart. — M. Alessandro Giulini, dans un article de VArchivio storico lombardo, série 4«, vol. 16 (1911), a fait connaître la vie de Giacomo Stuardo de 1707 à 1728.
Après la mort de son père, qui avait laissé « des legs aériens et composés du creux de la lune », il paraît avoir vécu d'abord à Naples où on l'appelait Franceschiello. Les Impériaux ayant occupé cette ville en juin 1708, il fut emprisonné par ordre du Cardinal Grimani, alors vice-roi, subit deux ans de prison au Château-Neuf et courut péril d'être exécuté. Giacomo donnait en 1722, comme motif de cette détention, qu'il était du parti dé Philippe V, et ajoutait que ses biens avaient été confisqués.
;i94 LE MASQUE DE FER
Le comte Charles Borromée, successeur de Grimani, le fit mettre en liberté en 1710 et Jacques alla alors à Rome. Pour expliquer ce départ, il disait plus tard avoir été frappé d'exil simple.
De Rome, il alla à Ariccia, petite ville située dans la province romaine, prés d'Albano. Il y noua des relations avec une famille médiocrement riche qui, lui entendant dire « qu'il était prince royal d'Angleterre, attendant beaucoup de millions », le garda chez elle plusieurs mois, et se tint pour honorée qu'il se fiançât à une de ses jeunes filles nommée Lucia, fille de Joannes Achilles de Minellis. Les millions se faisant attendre, les parents de la fiancée, pour éviter les dangers de fiançailles trop prolongées, hâtèrent les noces qui furent célébrées le 7 octobre 1712. Stuart ayant postérieurement mené une vie peu régulière et avan^îé des propositions hérétiques, le curé d'Ariccia en référa à ses supérieurs à Rome. Ceux-ci envoyèrent une escouade de sbires qui lièrent Giacomo sur un cheval et le menèrent aux Nouvelles Prisons à Rome. Il y fut tenu 8 mois et libéré après un procès régulier. Il était alors dans la plus grande détresse et fut incorporé comme soldat avec un mousquet sur l'épaule et une paye de un paolo par jour.
Cette situation ne lui plut pas et en 1715 il commença des démarches auprès de la cour deVienne «pourobtenirla restitution des 50.COO écus de monnaie romaine envoyés par Louis XIV à Naples, après la mort de son père, et qui avaient été placés à la Chambre royale de cette ville, pour servir à l'entretien du demandeur etde sa mère». Le 20 avril 1715, il sollicitait dans ce but la protection du comte Charles Borromée. ^'ers cette époque, il abandonna sa femme dont il avait eu un fils.
En 1718, il alla à Vienne, vivant en parasite sur sa route. 11 resta quelque temps dans cette ville, oii il faisait plutôt figure d'un coquin déchiré et vivant d'aumônes, que d'un prince de la maison d'Angleterre, qualité qu'il s'attribuait partout. Il réussit pourtant à obtenir une note de l'impératrice douairière Eléonore le recommandant au comte de Daun, vice-roi de Naples.
De Vienne, il alla à Vérone. 11 s'y fit annoncer à l'avance comme prince anglais, de sorte que les seigneurs \'éronais lui préparèrent un cortège de carrosses, de dames et de cavaliers. Quand ils l'eurent vu si déchiré, ils se vengèrent en le faisant