‹ Le masque de poix drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 108 sur 121 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

rVANA.

Menteuse ! si vous vouliez?

LOUISE

Ivana! par grâce?...

IVANA

Oh! moi, d’abord, je dis tout, tant pis!... Après ça, je ne vous y force pas, allez !... Je le plains... mais voilà tout... Moi, je n’en voudrais pas pour mari, et toi ?

LOUISE

Moi?

IVANA

Ça ne me lâchera pas, dis ce que tu penses.

LOUISE

Je pense, Ivana, que lorsqu’on a engagé sa foi à un autre.. .il faut être üdèle.

IVANA

Il faut êti’e fidèle... oui! Ah! voyez-vous, la cousine, qui a déjà donné son cœur : eh bien ! c’est comme moi.

LOISE^ souriant.

Vous, Ivana?

IVANA, très-tranquillement.

J’aime avec passion, avec délire.

LOUISE

Pourrait-on savoir qui vous aimez ainsi ?

Je ne sais pas qui... mais, bien sûr, j’aime quelqu’un. Qui pourrais-je bien aimer? Voilà ce que je cherche; seulement j’ai dans la tète un modèle de jeune homme. Il est grand , beau garçon, bien fait, il a beaucoup d’esprit, et puis il est toujour.^ occupé.

LOUISE

Occupé!

IVANA

A me regarder sans manger ni donnûr. (Riant.) Ah! le joli mari! c’est bien amusant, n’est-ce pas? A propos de dormii, je voudrais vous demander quelque chose, Louise.

LOUISE

Dites, Ivana, dites!

IVANA

Votre chambre me plaît beaucoup mieux que la mienne... Voulez-vous que je reste là près de vous?

LOUISE

Parlez-vous sérieusement?

Très-sérieusement.

IVANA

LOUISE

Faites tout ce quTl vous plaira.

IVANA

Ça ne vous fâche pas?

LOUISE

Pouvez- vous le croire ?

IVANA^ s’arranieant snr le canapé.

Je serai très-bien là. .. Je vous remercie, Louise... Bonne nuit, Louise, veux-tu m’embrasser?

LOUISE, l'embrassant.

Bonne nuit, Ivana. (Revenant en scène.) Il mc semble voir là-bas...

rVA>A, se relevant brusquement.

Oh ! mon Dieu !

LOUISE

Qu’avez-vous, chère petite?

IVANA, sérieusement.

Louise, tenez, croyez-moi, si vous voulez, je ne puis dormir. Je sens que je ne dormirai pas de cette nuit.

LOUISE

Vous êtes agitée... Allons, calme/y-vous?

rVANA.

Ne vous moquez pas de moi, j’ai envie de pleurer.

LOUISE

Pleurer, enfant, et pourquoi?

IVA1<A

Louise, voulez-vous que je vous dise en confidence pomtpioi je n’ose plus dormir dans mon lit?

LOUISE. I

Quelque folie... Allons, parlez, méchante enfant.

IVANA

Ah! ne raille» pas, je vous en conjure! C’est sérieux, allez, j’ai le cœur bien gros ; Louise, figurez-vous que, toutes les nuits, je rêve à ma pauvre mère qui est morte, et, hier, pendant mon sommeil, il m’a semblé qu’un homme venait vers moi. J'étais oppressée... j’étouffais! (eiio pleure.) Ah! si j’allais mourir!

LOUISE, émue.

Mom’ir ! Savez-vous que ce n’est pas généreux de me faire du mal comme cela, et pour rien encore? car enfin toutes ces méchantes idées-là, c’est de l’enfantillage.

IVANA

Peut-être bien, oui... Alors, je vais tâcher de ne plus penser à rien... Tu restes là, n’est-ce pas?

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