‹ Le masque de poix drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 5 sur 121 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, moins AMANDA et le Mendiant.

LOUISE, suivant des yeux le mendiant.

Mes bons amis, vous remarquez avec étonnement, n’est-ce ■ pas? l’intérêt étrange que ce malheureux m’inspire.

Savez-vous qui il est?

LOUISE

Non. Je n’ai même pas cherché à le savoir. J’aurais craint de désobliger ce pauvre homme. La discrétion qui accompagne l’aumône n’eu double-t-elle pas le prix?

SAUTRIOT.

Sans doute!... Mais enfin, comment avez-vous connu ce malheui’eux ?

LOUISE

Oh ! mon Dieu ! tout naturellement, par hasard... Je l’ai vu pour la première fois un matin où... (Elle s’arrête, regarde Lucien et baisse les yeux.)

LUOEN.

Achevez, Louise. Sautriot n’est-il pas notre ami, notre frère ?

LOUISE, continuant.

Un matin où, comme aujourd’hui, je m’étais levée de bonne heure pour aller rejoindie Lucien à l'église. . . Ce sont nos rendez-vous.

LUCIEN

Des rendez-vous à l’italienne.

i^AUïRlOT.

Cliers et bons cœurs ! iv

LCUEN.

J)amc ! nous avons réfléchi qu^il n’était pas très-convenal)lc qu’on m’aperçût à chaque instant dans le magasin de Louise. ci J’y passais ma vie. Sans doute, elle est maltresse d’elle-mcme ; L nos intentions sont pures ; mais les égards dus à une clientèle pi riche ei un peu prude nous commandaient de grands ménagements. Donc, il était indispensable que je ne parusse que de loin en loin au magasin, et puis, d’ailleurs, les devoirs de ma prof^ion d’armurier exigeaient aussi beaucoup plus d’assi- / dÿite de ma part... Nous avons rais ordre à cela, Louise et moi.

SAÜTRIOT.

Vous vous êtes décidés à ne plus vous voir. .. ou du moins à vous voir autrement.

LUCIEN

Juste! Voilà ce que Louise a imaginé. Tous les matins, pendant la semaine, nous nous donnons rendez-vous à l’église Isaac. Nous nous agenouillons à côté l’un de l’autre. Nous faisons une bonne prière qui inaugure bien notre journée, car Dieu l’entend avec faveur, j’en suis sûr. Puis, nous nous relevons lentement, nous nous regardons; tiens, comme ça, vois-tu?...

SAUTRIOï.

Oui, oui, je vois bien.

LOUISE

Et puis nous nous quittons.

LUCIEN

Non... pas tout de suite.

SAUÏRIOT.

Comment ?

LUCIEN

Nous nous regardons encore mi peu ; et enfin le cœur plein d’amour. . .

SAUÏRIOT.

L’esprit léger. . .

LOUISE

Disposés à bien travailler. . .

LUCIEN. I

A bien remplir son devoir.

LOUISE

Nous rentrons chacun chez nous. — (a i.m;i.!n.) Et maintenant (pie vous avez assez causé, allez-vous-en, monsieur.

AOTE 1.

LUCIEN

OU! iiiu'lques instants encore! il y a si longtemps que nous n^’avons vu notre ami !

SAUTRIOT.

C'est vrai. . . et puisque je me suis an-augé pour vous consaci er ma matinée, vous m’accorderez bien de votre coté. . . d’ailleius nous parlions de quelque chose d’intéressant. Ah ! nous parlions du pauvre homme. . . justement c’est lui !.. .

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