SCÈNE V
Les Mêmes, LE MENDIANT, précédé par AMANDA et NITCHINKA.
(il est entré pendant la fin de la scène précédente. Il a paru chercher quelqu'un et
ne le voyant pas, il sort après avoir regardé les jeunes gens avec intérêt. —
Amanda le reconduit.)
SCÈN^ VL
Les Mêmes, moins LE MENDIANT. (Amanda reste en scène.)
SAUTRIOT.
Eh bien?
LOUISE, riant.
Oh ! mon Dieu ! n’ouvrez pas de si gros yeux, Sautriot. Comme je VOUS le disais, j’ai tout simplement rencontré ce brave homme en allant à l’église. C’était un matin au petit jour. . . il était caché dans l’angle d’une porte; à mon approche, il se montra. D’abord, je fus effrayée de son aspect sauvage. Il s’avance vers moi, mon effroi redouble. 11 pousse des sons inarticulés, je ne savais que penser. Je lui adressai la parole, il me regarda tristement en hochant la tête pour me faire comprendre qu’il ne pouvait pas répondre, il ouvr it la bouche. Sa langue était mutilée. . . C’était un muet.
SAUTRIOT.
Pauvre homme!
LOUISE
Je lui fis alors donner quelques aliments qu’il accepta, non sans difficultés. Quant à de l’argent, il n’en voulut pas... Je le rencontre parfois sur ma route, depuis ce temps. . . mais il ne me fait plus peur. . . 11 s’ approche humblement de moi, baise Je bas de ma robe, pleure. . . et s’enfuit en évitanttous les regards.
Surtout ceux de la police.
LOUISE
Aujourd’hui, lorsque je l’ai aperçu, il paraissait encore plus accablé que de coutume.
SAUTRIOT.
C’est peut-être le froiil. . .
LUCIEN
La faim, plutôt. . .
LOUISE
Oui, la faim, sans doute. . . Émue de pitié, j^allai à lui, et comme Lucien était avec moi, je me suis sentie plus courageuse, et je n’ai pas hésité à amener ici ce pauvre homme, qui, j’en suis sûre, vous intéresse maintenant autant qu’il m’aintéressée... Mais où donc estMariol ?. . .
SAUTKIOT.
Le fait est que la matinée serait complète s’il était avec nous, ce brave, cet excellent Mariol !