‹ Le masque de poix drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 63 sur 121 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, LE PRINCE, redescendant en scène avec un GÉNÉRAL.

LE GÉ.NÉRAL.

Tenez, prince, un conseil, un bon coaseil... Vous avez trop

de franchise et surtout trop de sympathie pourPOccident. (voyam

l’Agent iiui s'’cst approché et qui prend des notes à la dérobée.) On nOUS Ol)serve, j’en ai déjà trop dit. (ii veut s\*ioigner.)

LE PRINCE^ le retenant.

Un mot, général, rassurez-vous, je ne compromets jamais que moi. Général, à Dieu ne plaise (jue je m’oppose en qiioi ^ue ce soit aux arrêts de mon souverain ; qu’il ordonne, j’obéis ; qu’il fasse un signe, et je meurs à mon poste, en soldat, (a i’agcnt.) N’écrivez pas cela monsieur, c’est le bon côté. (Haut, au Générai.) Ma fortune, ma personne, ma vie appartiennent donc à Sa Majesté le Czar; mais ma conscience est à moi, je n’en réponds ({u’à Dieu.Uh bien! dans ma conscience, je déplore l’erreur fatale de ce vieux parti russe, parti rétrograde et aveugle qui domine dans les conseils du souverain. Je déplore la servilité profonde de ce pays qui supprime l’homme et ne lais.'^e subsister que le courtisan. Ici tout le monde flatte parce que tout le monde a peur, (a l’Agem.) Écrivez, monsieur!

LE GÉNÉRAL

Prince, prenez garde ! vous vous perdez.

LE PRINCE

Général, mon père m’a fait élever dans l’horreur du mensonge : en politique aussi bien qu’en morale, je le considère comme la plus impardonnable des maladresses et la plus énorme des fautes. C’est un renversement étrange qui humilie le chef devant le subordonné!. ..car l’homme qui trompe est au-dessous de l’homme trompé. D’ailleurs le mensonge est un anachronisme ; il est bien temps, ce me semble, de mettre la sincérité à l’ordre du jour, et de gouverner les hommes sans les tromper ! car la perfecti(jn dans un gouvernement, c’est la probité appliquée à la politique, (a l’Agent.) Ah! diable! mais n’écrivez pas monsieur, si l'on allait savoir en Europe qu’il y a des Russes qui pensent ainsi!

LE GÉNÉRAL, bas, au Prince.

Beaucoup sont moi’ts en Sibérie qui n’en avaient pas tant dit que vous.

LE PRINCE, liatit.

Général, vous oubliez que nous sommes en guerre. Si je dis sincèrement mon opinion, cela ne m’empêchera ’ pas de . me battre et de me faire tuer à l’occasion, pour mon pays. Or, vous ne l’ignorez pas, on a besoin d’officiers généraux. Qui donc voudrait se reprocher d’en avoir honteusement fait exiler un en ce moment? (il regarde futemcni l’Agent.) Allons, je crois que l’ai'mée me

sauvera de la Sibérie. (L’Agem déclure silencieusement son rapport et s’éloigne; le Général serre la main dn Prince et séloigne aussi en souriant. — Musique dc^

contredanse.) Mais je lu’oubliais; voici le signal de la danse, messieurs, mesdames... (Allant à ivana.) Mademoiselle, voulez-vous me permettre de vous offrir mon bras?...

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