SCÈNE IV
BORILOFF, PIERRE, ils descendent vivement en scène.
Eh bien?
BORILOFF.
PIERRE
Impossible de la joindre ! Kalouga a perdu son temps. Elle ne quitte pas la prison !
BORILOFF.
La prison?
PIERRE
Elle ne s’occupe que du jeune Français détenu pour l’affaire des fusils.
Lucien Bernard?
PIERRE
Lucien Bernard. J’éprouve à prononcer ce nom un mouvement inexprimable de haine. Plaise au ciel que mes pressentiments ne soient pas fondés !
BORILOFF.
Des pressentiments !... de quels pressentiments veux-tu parler ?
PIERRE
De ceux qui m’avertissent le jour, la nuit, à toute heure, que ce jeune homme me sera fatal.
BORILOFF, baussint le* épanles.
C’est à n’y rien comprendre. En quoi ce Lucien Bernard, ce Français, peut-il exercer une si terrible influence sur ta destinée? Explique-toi? Serait-ce parce qqe Louise s’occupe de sa délivrance? mais qu’y a-t-il d’étonnant à cela? Louise est pour lui ime compatriote, une amie d’enfance, une sœur! C’est naturel.
PIERRE
Une sœur! ah! j’en suis sûr, il l’aime autrement que n’aime un frère.
BORILOFF.
Et quand cela serait! que nous importe? oui, que nous importe? Réfléchis donc! Lucien est en prison : condamné ou absous, il s’éloignera forcément d’ici... Condamné, c’est l’exil en Sibérie... pisque cela, peut-être... absous, c’est l’expulsion hors de la Russie, car tu le sais, cette mesure est à peu près générale... Elle le frappera plus sûrement que tout autre.
PIERRE
Attendez. — Mais alors Louise aussi devra quitter ce pays, elle retournera en France, et moi, je ne pourrai l’y suivre.
BORILOFF.
Voilà ce qui te trompe, Louise est présumée Française à l’heure qu’il est ; à ce titre elle pourrait nous échapper, j'en conviens... mais c’est parce qu’on ignore quels sont ses parents, quels sont ses droits dans notre pays. (Bas eisi* rapprochant lie son (Us.) Mais lorsque tu lui auras démontré l ’inipossibilité de réaliser les chimèi’es que tu lui supposes, lorsque seul auprès d’elle, redoublant de