‹ Le masque de poix drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 72 sur 121 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

. ALEXIS, seul, puis LülIlSE.

ALEXIS, suivi d’un Laquais ii qui il fait nu signe.

Est-il bien possible que la condamnation de Lucien Bernard ait été aussi sévère?... Malheureuse jeune fille! que va-t-elle devenir? (lo Laquais, qui sur l’ordre du Prince avait disparu pour aller chercher Louise, la ramène par une porte latérale.)

LOUISE

Monseignem’ !

LE PRINCE

Qu’y a-t-il donc, au nom du ciel?

LOUISE

Monseigneur !... il y a que je n’ai plus d’espoir que dans un miracle de Dieu ou dans la miséricorde de l’empereur ; je viens vous supplier de me conduire auprès de Sa Majesté.

LE PRINCE

Calmez-vous, calmez-vous, Louise ! Il le faut dans votre intérêt même. Que pouvons-nous entreprendre, si vous êtes dans cet état ?

C’est vrai, oui, c’est vrai... Tenez, me voilà raisonnable... Je ne pleure plus... Suis-je ainsi que vous le voulez?

LE PRINCE

Pauvre enfant! Voyons, qu’est-il arrivé?

LOUISE

Le jugement est rendu.

LE PRINCE

Je l’ignorais.

LOUISE

C’est que la justice, ici, a des allures sombres et myslériou-

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ses ! Je les connais bien, maintenant... 11 y avait d’autres accusés, des malheureux, des Français aussi, qu’avaient-ils fait?... Je ne sais... Plusieurs ont été condamnés à l’exil, aux mines... d’autres...

A la peine de mort.

A mort... Oui.

LE PRINCE

Grand Dieu!

LOUISE

Rassurez-vous! Lucien n’est pas de ceux-là... Lorsque le juge a prononcé contre lui l’exil et non la mort, ça a été une grande joie pour moi, la première joie que j’ai éprouvée depuis quinze grands jours! La Sibérie, les mines, on peut en revenir; mais la pierre du tombeau mie fois fermée ne se soulève plus.

LE PRINCE

Allons! Dieu soit loué! il nous reste encore une espérance. Je vais écrire au grand maréchal du palais, c’est un ami intime. Ce moyen réussira peut-être.

LOUISE

Que de peine je vous donne, monseigneur, et combien ma reconnaissance...

LE PRINCE

Ne parlons point de cela, ou {ilutôt, tenez, Louise, il importe de proOter de cette occasion où nous sommes seuls, occasion qui ne se renouvellera plus, pour vous ouvrii- mon cœur... Ne craignez rien... c’est un ami qui vous parle... Je ne puis, je ne veux êti e pour vous qu’un ami... Sans doute, en vous voyant si jeune, si jolie, j’ai été séduit par toutue qu’il y a en vous de giàces ingénues et charmantes... Sans doute, je rêvais autre chose que de l’amilié, mais votre amour pour Lucien, votre sincérité, votre candeur, tout m’a ému, touché ; j’ai étouffé dans mon cœur des sentiments plus vifs et plus tendres... Louise, je les ai étouffés; la lutte a été cruelle, mais non impossible, et la preuve, c’est que je vous tends bien franchement, bien loyalement la main que voici, mettez-y la vôtre avec confiance, Louise... Car, je vous le répète, c’est bien véritablement la main

d’un ami. (ll va s’asseoir pour écrire.)

Ah! monseigneur!... vous ne savez pas... un moment j’ai cru que nous parviendrions à faire évader Lucien.

LE PRINCE

Le faire évader?

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